00:00Chaque semaine, elle s'intéresse aux femmes dans l'histoire, les badass qu'on a parfois injustement oubliés.
00:04Ben non, aujourd'hui, vous revenez sur ces femmes qui ont été indispensables pour penser les plaies après le drame
00:09de Fukushima.
00:10Oui, après le séisme, le tsunami et l'accident nucléaire du 11 mars 2011, on l'a dit,
00:14près de 160 000 habitants de Fukushima doivent quitter leur logement à cause des radiations.
00:18Et même dans l'urgence, les rôles traditionnels ne disparaissent pas,
00:21surtout dans un pays très attaché aux valeurs genrées comme le Japon.
00:25Dans un bilan publié quelques mois après la catastrophe,
00:27le gouvernement japonais explique que dans de nombreux centres d'évacuation,
00:30ce sont les femmes qui se retrouvent chargées presque automatiquement de préparer des repas,
00:36de ranger parfois le matin jusqu'au soir.
00:38Entre deux services, elles doivent également s'occuper des enfants et des parents âgés.
00:43Mais lorsqu'il faut prendre des décisions, elles sont quasiment absentes.
00:46A l'époque, les femmes ne représentent que 4,1% des membres des conseils régionaux de la gestion des
00:52catastrophes.
00:53Et près de 96% des responsables d'associations de quartier, qui dirigent justement souvent les centres d'évacuation,
00:59eux sont des hommes.
01:00Résultat, les hommes dirigent la gestion de la catastrophe et les femmes gèrent la vie quotidienne,
01:06ce qu'on appelle les métiers du care, du coup du soin.
01:09Et puis à Fukushima, une difficulté supplémentaire vient s'ajouter,
01:12la contamination radioactive ne se voit pas.
01:14Chaque bouteille d'eau, légumes, repas servis à la cantine devient potentiellement une source d'inquiétude.
01:20Et c'est un problème que les femmes japonaises vont prendre très au sérieux.
01:22Oui, parce que de plus en plus de femmes commencent à vérifier la provenance des aliments.
01:26Certaines se forment à la mesure de la radioactivité et décident de contrôler les cours d'école, les parcs ou
01:32les sols.
01:33L'attention est portée surtout sur les enfants.
01:35D'autres créent des laboratoires citoyens pour analyser la nourriture.
01:39La sociologue Aya Hirata Kimoura a étudié ce mouvement,
01:42explique qu'un grand nombre de ces structures de mesures ont été fondées par des femmes
01:46qui n'étaient ni scientifiques ni militantes avant la catastrophe.
01:50Parmi les collectifs qui apparaissent à cette époque,
01:52il y a Mama Jen, un groupe de mères anti-nucléaires installés à Fukuoka, à plus de 1000 km de
01:58Fukushima.
01:59Alors leur but, toujours, protéger les enfants.
02:02Pour ça, elles s'échangent des adresses où trouver de l'eau, où trouver des aliments qu'elles considèrent comme
02:06sûrs.
02:07Elles cultivent des légumes pour les envoyer aux familles de Fukushima.
02:10Elles soutiennent aussi des femmes qui ont quitté le nord du pays avec leurs enfants,
02:13souvent sans leur mari qui est resté sur place, lui, pour conserver son travail.
02:18Et progressivement, cette entraide, elle devient politique.
02:20Les membres de Mama Jen préparent des manifestations,
02:23elles distribuent des tracts,
02:24elles participent à la mobilisation contre la remise en service des centrales nucléaires.
02:29Elles remettent en cause ce que leur disent les autorités,
02:31souvent des figures masculines.
02:33Elles veulent lutter contre la désinformation du gouvernement
02:35à une époque où ce mot était encore assez peu connu.
02:38Ce qui est assez marquant, c'est que la figure de la mère au Japon
02:40n'est traditionnellement pas très prise au sérieux.
02:43Elles sont là pour le bien de leur famille, pour élever les enfants,
02:45mais surtout pour se taire.
02:46Et là, ça se renverse.
02:47Elles deviennent des militantes de premier plan,
02:49si bien que les médias japonais les critiquent
02:51et les traitent même d'hystériques.
02:53Mais bon, elles ne se laissent pas faire.
02:54En fait, on leur a laissé la responsabilité de gérer leur foyer,
02:57mais aussi les conséquences de décisions politiques prises sans elles.
03:01Mais en se regroupant,
03:01elles ont transformé cette inquiétude privée en combat public.
03:04Un combat dont vous faites toujours le relais dans cette émission.
03:07Merci beaucoup, Manon.
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