00:00France Inter, Eva Roch, Quentin Laffey, le 6-9.
00:05Et re-bonjour Quentin Laffey.
00:06Bonjour Eva.
00:07Alors que les mobilisations lycéennes ne grondent depuis deux semaines,
00:10vous recevez ce matin deux représentants de syndicats lycéens et étudiants.
00:13Bonjour Yadrani.
00:14Bonjour Monsieur Laffey.
00:15Vous êtes président de l'union syndicale lycéenne, à vos côtés Sabrine Carbach, bonjour.
00:18Bonjour.
00:19Vous êtes porte-parole de l'union étudiante et alors que le mouvement des lycéens des étudiants a pris hier
00:24une ampleur inédite,
00:26le ministre de l'éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé hier soir dans une intervention aux 20h de France 2
00:32la fermeture de plus de 400 établissements ce vendredi, mais également quelques mesures
00:37comme le renoncement des frais d'inscription en BTS et en classe préparatoire pour les étudiants non-boursiers.
00:42Il s'est également inculter des violences croissantes, condamnant l'intervention des groupuscules ultra-violents.
00:49Nous y reviendrons.
00:50Est-ce que vous avez regardé pour commencer cette intervention du ministre
00:54et peut-elle permettre de diminuer le mouvement, Riyad Rani, pour commencer ?
00:58Écoutez, de toute façon, là, a priori, nous sommes conviés à une rencontre dans les prochaines heures
01:04avec le ministre de l'éducation nationale.
01:07Nous irons avec nos revendications et nous entamerons les discussions.
01:12Comme j'ai pu le dire, on parle avec le ministre s'il nous invite.
01:17S'il nous invite, on ira et on verra bien ce qu'on peut avoir.
01:19Mais ce que vous avez entendu hier, pour commencer, au 20h de France 2, est-ce que ça vous a
01:23paru
01:24pouvoir répondre aux questionnements soulevés par le mouvement des lycéens et des étudiants ?
01:28Écoutez, ça m'a fait rire de voir qu'une mesure annoncée en début d'après-midi,
01:35où ils renoncent du soir après une mobilisation massive pendant dix jours,
01:40c'est, écoutez, la moindre des choses.
01:44D'ailleurs, je me demande pourquoi avoir annoncé ça après une mobilisation telle qu'on la connaît aujourd'hui ?
01:50Vous parlez en l'occurrence de la mesure sur les frais d'inscription en BTS et en classe préparatoire.
01:55Sabrine Carbach, je voudrais revenir sur le cœur, peut-être, des revendications de ce mouvement.
02:00Il y a une très, très grande variété de revendications aujourd'hui.
02:04Conditions de vie et d'apprentissage, salubrité des bâtiments, manque de professeurs et de moyens,
02:09l'angoisse, évidemment, lancinante de parcours sup, inégalité des élèves et des établissements.
02:15Quel est le cœur aujourd'hui de ces revendications ? Pourquoi le mouvement prend-il de l'ampleur ?
02:19Déjà, pour répondre aussi aux annonces de M. le ministre, nous, on s'amuse de cet écran de fumée,
02:24de ces déclarations, de vouloir faire un truc citoyen pour inscrire, pour demander les doléances des étudiants.
02:32Enfin, nous, on est habitués...
02:33La plateforme lancée par le ministre.
02:34Oui, la plateforme lancée par le ministre.
02:36On est habitués, sous-disant de macronisme, de mille et une plateformes.
02:40Avec les gilets jaunes, on a eu ça.
02:42On a eu la même chose dans la Convention citoyenne sur le climat.
02:45Voilà, il vise à une chose, faire taire le mouvement.
02:49Il le dit lui-même, il appelle au calme.
02:52Ce qu'on dit, c'est que cette mobilisation, elle est légitime.
02:56Et les revendications, on a l'impression qu'on entend souvent dans les médias
03:00où il y a des revendications diverses et variées.
03:02Non, non, le fond, il est le même que ce soit dans la question lycéenne ou dans la question étudiante.
03:06Quelle revendication, alors, derrière les comptes fumées ?
03:08C'est que c'est un problème structurel de sous-financement des universités et des établissements scolaires.
03:14Il y a un problème structurel du fait que, c'est très simple,
03:17vous avez dans les lycées des bâtiments qui tombent en ruine.
03:19Vous avez dans les lycées, en année de baccalauréat.
03:22L'année de baccalauréat, vous avez des profs de français, des profs de philo qui sont absents.
03:26Le baccalauréat, c'est quand même la base pour pouvoir accéder à l'enseignement supérieur.
03:29Cet enseignement supérieur qui est ensuite, il y a de la sélection,
03:33nous on dit qu'il y a de la sélection sociale et raciste,
03:36puisque l'université trie selon son origine sociale.
03:41Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est une étude de Londès, notamment.
03:44Et raciste également, vous dites ?
03:45Et raciste également.
03:46C'est-à-dire ?
03:47Du coup, il y a une étude de Londès, qui est l'Observatoire national des discriminations dans l'enseignement supérieur,
03:52qui montre qu'à dossier égal, un étudiant avec un nom de famille à consonance nord-africaine
03:58a huit fois de chances en moins d'accéder à l'enseignement supérieur.
04:03Riyad Rani, si j'entends ce que dit Sabrine Carbache,
04:06c'est d'abord et avant tout une question de moyens, de moyens financiers.
04:10Cela veut dire qu'il faudrait, de la part du ministre, des annonces budgétaires pour que le mouvement diminue ?
04:17Ah oui, ça doit suivre.
04:18Les lycéens sont révoltés de leurs conditions.
04:20Aujourd'hui, il y a à peu près 10% des heures qui sont perdues par le non-remplacement.
04:27C'est à peu près 20,2 millions d'heures qui sont perdues chaque année.
04:33Alors on demande un recrutement massif d'enseignants et d'enseignantes.
04:37Sur les questions des bâtis, il faut un plan d'urgence.
04:40Quand on voit que les budgets des collectivités sont encore sucrés cette fois-ci,
04:45alors que c'est de leurs compétences, les bâtis scolaires,
04:48alors le département, les collèges et la région, les lycées.
04:52Et qu'on voit un état d'élabrement, notamment ce qui fait débat, c'est face aux aléas climatiques.
04:58En juin dernier, il y a des lycéens qui ont passé des épreuves du bac
05:02avec des salles qui étaient entre 38 et 39 degrés.
05:05Est-ce que c'est des conditions dignes et correctes ?
05:07Le mouvement, ce sont aussi des violences.
05:10Hier, plus de 1950 interpellations.
05:1465 membres du personnel de l'éducation nationale ont été blessés depuis le début du mouvement.
05:19170 élèves.
05:20C'est en train de complètement déraper.
05:23À certains endroits, il s'agit d'autre chose que de la mobilisation lycéenne,
05:27affirme et s'inquiète la secrétaire générale du SNEF, FSU, Sophie Vénétité.
05:32Alors, est-ce que le mouvement Sabrine Carbache a été dépassé ?
05:38Est-ce que les lycéens aujourd'hui et les étudiants se sont fait déborder ?
05:41Alors, tout d'abord, nous, on aimerait se féliciter du nombre d'étudiants et de lycéens
05:46qui étaient dans la rue hier à bloquer leurs universités et leurs lycées.
05:50C'est beaucoup plus que ce qu'on avait annoncé.
05:52C'est 40 établissements universitaires qui ont été bloqués.
05:55C'est plus de 700 lycées qui ont été bloqués.
05:58Et le chiffre ne fait qu'augmenter.
06:001 sur 4 environ au niveau des lycées.
06:01C'est ça, 1 sur 4 au niveau des universités également.
06:05Donc, la colère, elle est réelle.
06:06Et ce que montrent ces mobilisations, c'est qu'il y a un mépris
06:10qui est fait de la part de nos gouvernements envers la jeunesse.
06:13Et que c'est une colère qui est légitime, qui est normale, qui est naturelle.
06:15Sur les violences, alors, maintenant.
06:16Sur les violences, oui, on peut parler des violences policières
06:18qui ont éborgné des étudiants.
06:21A Tours, c'est un étudiant, un lycéen, pardon, un lycéen mineur
06:25qui a reçu un tir de LBD en pleine face.
06:28Dans plusieurs universités, on a eu des étranglements de la part de la police.
06:33Alors, évidemment, nous, on n'appelle pas, c'est pas notre stratégie la violence.
06:37On ne répond pas à la violence par la violence.
06:39Par contre, la colère, elle est légitime.
06:41Il faut l'entendre.
06:41Et on a marre d'entendre parler de poubelles qui brûlent.
06:44C'est une manière de détourner des revendications réelles de la jeunesse.
06:48Et sur certains établissements à Nantes et à Toulouse qui ont été incendiés.
06:52Je le redis également sur certains personnels de l'éducation nationale
06:56qui ont été pris à partie, blessés.
06:59Riedrani, là aussi, comment vous vous positionnez sur ces violences précises ?
07:02Écoutez, le gouvernement est coupable de chaque violence policière.
07:06Il est responsable de l'entièreté de cette situation.
07:10D'une part...
07:10Sur les violences policières, on l'a bien entendu.
07:11Mais je parle des violences, si je puis dire, du camp d'en face.
07:15Comment les qualifier ?
07:16Est-ce que vous les condamnez déjà ?
07:17Bien évidemment que nous condamnons les violences envers les personnels éducatifs
07:21parce qu'on estime que c'est contre-productif à notre mobilisation.
07:25Parce que les enseignants, c'est leur condition de travail quand même.
07:29Mais oui, je rejoins Sabrine sur le fait que cette colère, elle est légitime.
07:34Il faut l'entendre et qu'en fait, quand vous allez aujourd'hui sur les blocus
07:36comme je l'ai fait hier et mardi dans la métropole européenne de Lille
07:40et hier sur la région parisienne, ce qui remonte, c'est qu'on n'est pas entendu,
07:45on est méprisé et quand on essaye de s'exprimer ou d'avoir des revendications,
07:50la seule réponse qu'on a, c'est d'être réprimé.
07:52Ce que décrivent par ailleurs beaucoup de témoignages, c'est que ces violences
07:55sont perpétrées par des personnes qui n'appartiennent pas au mouvement lycéen,
08:00au mouvement étudiant Sabrine Carbach, le ministre parle de groupuscules ultra-violents.
08:06Je répète ma question, est-ce qu'encore une fois, le mouvement a été dépassé de ce point de vue
08:10-là ?
08:10Mais ce que les violences, aussi dommageables soient-elles,
08:14elles signifient quand même qu'elles montrent que, ça montre que les jeunes et les lycéens
08:18saturent d'un gouvernement qui est incapable de les écouter.
08:20Mais pardonnez-moi, vous ne me répondez pas sur cette question précise
08:22de savoir si vous avez été dépassé et qui sont au fond ces personnes
08:28qui violentent certains professeurs et qui incendient certains établissements.
08:33De qui s'agit-il ? Est-ce que ce sont des lycéens ?
08:36Est-ce que ce sont des groupuscules extérieures au mouvement ?
08:39Non mais écoutez, ce n'est pas à nous d'aujourd'hui de dire ça,
08:42on est en état de droit, il y a des enquêtes qui sont ouvertes,
08:45on attend d'avoir des réponses de la part de la justice,
08:49et nous, en tout cas, on respecte l'état de droit et on laisse la justice faire.
08:53La question aussi qui est posée par de nombreux responsables politiques,
08:58c'est évidemment l'implication de la France insoumise dans ses mobilisations.
09:02Les services de renseignement estiment que le mouvement de contestation est, je cite,
09:06« une manœuvre organisée par LFI et ses proxys d'ultra-gauche »,
09:10ce sont les mots de Matignon.
09:13Qu'est-ce que vous observez sur le terrain, Sabrine Cavrache ?
09:16C'est une infantilisation qui est fatigante.
09:19Un étudiant, un lycéen n'est pas capable de penser par lui-même,
09:22n'est pas capable d'avoir ses propres revendications,
09:23doit forcément se faire manipuler par je ne sais quelle partie.
09:28Alors non, non, on a appelé à cette date,
09:32on appelle d'ailleurs aussi au mardi 6 octobre.
09:36Ces appels ont retrouvé écho chez les étudiants et chez les lycéens.
09:41C'est un peu fatigant d'entendre toujours que la France insoumise
09:44serait celle qui dirige dans l'ombre toutes les mobilisations.
09:49Par contre, on appelle les organisations syndicales et politiques
09:53qui prétendent répondre aux aspirations de la jeunesse
09:55à nous rejoindre, notamment ce mardi 6 octobre,
09:57dans la rue, dans des manifestations partout dans le pays.
10:00Riyad Rény, vous-même, est-ce que vous avez des liens directs, indirects,
10:03avec la France insoumise alors ?
10:05Écoutez, notre organisation, bien évidemment, la France insoumise est un partenaire,
10:08mais comme les écologistes, le Parti socialiste, ou bien la CGT
10:13et plein d'autres organisations.
10:15Alors non, il n'y a pas de lien particulier avec la France insoumise.
10:19Vous étiez candidat en troisième position sur une liste bâtiée
10:22solidaire et citoyenne, emmenée par un leader de la France insoumise.
10:25Vous étiez quelque chose, monsieur Laffey, c'est que c'est une liste,
10:27et comme tous vos confrères et consœurs, depuis maintenant 48 heures,
10:32c'est que c'était une liste soutenue du Parti socialiste jusqu'à la France insoumise,
10:35qui était une liste ouverte sur la société civile et au monde associatif et syndical,
10:42et que moi, oui, comme des milliers de syndicalistes,
10:46je ne peux rester les bras croisés quand ma ville, quand mon département,
10:49quand ma région, quand mon pays risque de tomber à l'extrême droite,
10:51parce qu'on sait, nous, syndicalistes, la conséquence de l'extrême droite
10:55quand elle prend une ville ou un pays.
10:57D'un mot très très court, Sabrine Carbach, est-ce qu'il y aura un acte 2,
11:01quelle que soit la nature des discussions avec le ministre ce matin,
11:04il y aura bien une journée de mobilisation le 6 octobre ?
11:07C'est un acte 3.
11:07Un acte 3, d'accord.
11:08C'est le premier acte bien lieu.
11:11Il aura lieu alors quoi qu'il arrive ?
11:12Il aura lieu quoi qu'il arrive, mardi 6 octobre, partout, sur tout le territoire,
11:15on n'a pas les manifestations dans toutes les villes.
11:17Merci beaucoup Riyad Rani et Sabrine Carbach.
11:20Et merci Quentin Laffey.
11:21Merci.
11:21Merci.
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