00:00Good Morning Business, Parole de Patron.
00:02Parole de Patron ce matin avec François-Xavier Huard,
00:05PDG de la Fédération Nationale de l'Industrie laitière.
00:07Lafnil, bonjour.
00:08Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous.
00:09Lafnil, on rappelle, 100 adhérents, 36 000 personnes employées, 300 sites.
00:16On parle aujourd'hui de trois épisodes de canicule en moins de deux mois.
00:21J'aimerais savoir très rapidement l'impact immédiat sur la filière lait en ce moment de cet été.
00:26L'impact, il est immédiat puisqu'on l'a constaté, nous, dans la production laitière.
00:30On a en moyenne 10 % de pertes de production laitière au mois de juin.
00:34Parfois, c'est même monté jusqu'à 15 % dans certaines zones, notamment la Bretagne,
00:38qui est une terre laitière d'excellence et qui a été particulièrement touchée par la canicule.
00:43Donc, on est aux premières loges dans la filière laitière pour constater les effets du réchauffement climatique.
00:50Et on est très inquiets aussi, notamment, du niveau des nappes phréatiques, du niveau des sécheresses.
00:56On a quasiment tous les départements aujourd'hui, même si je pense que tous sont concernés par des alertes vigilance
01:01sécheresse.
01:02Et on est très inquiets pour le mois d'août, à la fois pour les fourrages pour les éleveurs,
01:05parce qu'ils ont déjà attaqué les stocks de fourrages qui sont prévus pour l'hiver,
01:08et également pour le maintien de l'activité dans les laiteries et les fromagers.
01:11C'est dans la loi d'urgence agricole dont on parle depuis plusieurs jours.
01:15Le traitement de l'eau, que faut-il en faire ? Faut-il faire des réserves ? Faut-il privilégier
01:20les agriculteurs ?
01:20Votre position par rapport à ces réserves d'eau, c'est quoi aujourd'hui ?
01:26La première position, c'est de se dire que l'eau est la ressource prioritaire demain.
01:31C'est-à-dire que sans eau, on ne peut pas faire d'élevage, sans eau, on ne peut pas
01:34faire non plus de produits laitiers.
01:36Donc c'est une ressource rare, qui devient chère aussi, et donc il faut la préserver.
01:40Donc tout ce qui est possible de faire au niveau des élevages, pour pouvoir effectivement,
01:45et la loi d'urgence agricole permet des avancées là-dessus, est bonne à prendre.
01:50Mais ce qu'il faut surtout, c'est s'assurer qu'on continue à avoir de la ressource en eau
01:55demain.
01:56C'est-à-dire faire de la rétention, c'est une chose, mais il faut surtout pouvoir continuer à préserver
02:00cette ressource-là.
02:02Et donc nous, on a engagé, notamment dans la filière de la terre, un certain nombre d'efforts,
02:06notamment dans la réutilisation de l'eau, puisque le lait, c'est 88% d'eau.
02:09Et donc la réglementation nous permet maintenant de réutiliser une partie de cette eau-delà
02:13dans nos process industriels, et c'est une bonne chose, et on va continuer à faire des efforts là-dessus.
02:18Dans cette loi d'urgence agricole, le Sénat a réhabilité la mise en place d'un tunnel de prix.
02:23Alors un tunnel de prix, c'est un prix qui doit rester dans une certaine fourchette.
02:27Vous, la fenil, vous y êtes opposé, alors que les producteurs de lait sont plutôt pour.
02:31Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qui se joue ici, en réalité ?
02:34Alors en fait, ce qui se joue, c'est la question de la rémunération et du revenu,
02:37à la fois des producteurs, mais de l'ensemble des maillons de la chaîne.
02:40Et bien entendu qu'on est totalement favorable à une rémunération juste, équitable,
02:44de tous les maillons, en particulier des éleveurs.
02:47Mais ce qui est proposé aujourd'hui dans le tunnel de prix,
02:50tel que la version du Sénat a été retenue,
02:53est pour nous un contresens économique dans la mesure où il y a deux éléments qui nous inquiètent.
02:57Le premier, c'est qu'on oblige, en fait, à avoir une borne basse,
03:01c'est-à-dire dans cette espèce de tunnel où on a plutôt un plancher qu'un plafond.
03:07On ne peut pas avoir de prix qui soit inférieur au coût de production des éleveurs,
03:11ce qui paraît plutôt une chose plutôt intelligente et de bon sens.
03:14Sauf qu'on a à peu près 30 à 40 % de notre production laitière
03:17qui part sur des marchés à l'export et qui dépendent d'autres niveaux de cotation.
03:21C'est-à-dire que c'est des prix qui sont faits sur des cotations mondiales,
03:24que ce soit du beurre, de la poudre, des produits d'ingrédients,
03:26et qui ne dépendent pas uniquement d'un prix fixé par une loi en France.
03:31Et donc, si aujourd'hui, on applique ce texte-là
03:33et qu'on nous impose un tunnel de prix,
03:36ce qui est une autre difficulté mise en place par la loi d'urgence agricole,
03:39ça veut dire que demain, on a potentiellement 7 milliards de litres de lait
03:42qu'on ne peut plus collecter et valoriser à des niveaux qu'on valorise aujourd'hui.
03:46Donc, ça représente quand même la production de 14 000 exploitations laitières.
03:50Donc, si c'est ça la solution proposée à la souveraineté alimentaire,
03:54la seule chose à laquelle on va arriver, c'est qu'on va avoir plus d'importations
03:57et on aura moins d'élevage.
03:59Je ne suis pas sûr que ce soit l'objectif politique.
04:00On le dit dans le titre, c'est dit dans le titre, la loi d'urgence agricole.
04:04On est constamment à agir dans l'urgence, c'est ça le problème.
04:07Si on avait un peu de temps devant nous pour la filière lait,
04:11qu'est-ce qu'il faudrait mettre en place pour justement qu'elle puisse prospérer ?
04:15Ce qui est important, en fait, c'est qu'on puisse dégager des marges
04:19et des capacités d'investissement, à la fois dans les élevages laitiers,
04:22mais également dans nos laiteries et nos fromageries.
04:24On l'a bien vu, on a besoin, face au réchauffement climatique,
04:28face à la nécessité d'être concurrentiel par rapport à nos voisins allemands,
04:33néerlandais, danois, qui produisent actuellement ce que les Français,
04:37notamment, consomment dans les fromages à ingrédients,
04:39ce qui est beaucoup plus consommé aujourd'hui en France
04:42que certains fromages à OP qui existent sur le marché,
04:45sur lesquels on est très bon.
04:46Sur toute cette entrée de gamme et ce cœur de gamme,
04:48on a besoin d'un investissement.
04:50Et donc, ce qu'il faudrait, c'est déjà s'assurer que ce qui est prévu
04:53dans les lois, les fameuses lois qui organisent la contractualisation
04:56entre les acteurs, il faut qu'on puisse s'assurer que ce qui est prévu
05:00dans la sanctuarisation du prix d'achat de la matière première agricole
05:04soit bien respecté.
05:06Et je regrette que, notamment dans la loi d'urgence agricole,
05:08on n'ait pas eu de mesures qui permettent d'être beaucoup plus actifs
05:12sur les sujets, notamment, des centrales d'achat,
05:14qui contournent, en fait, une partie des règles nationales
05:17et qui ont été mises en place par un certain nombre d'acteurs
05:19de la distribution.
05:21Donc, on y reviendra certainement,
05:22parce que je pense que les rapportrices au Sénat,
05:26notamment Anne-Catherine Loisier et Antoine Hedgul,
05:29envisagent un nouveau texte à la rentrée.
05:31C'est un sujet sur lequel on revient également souvent sur BFM Business.
05:34Merci beaucoup François-Xavier Huard, PDG de la Fédération Nationale de l'Industrie.
05:39Il est fier d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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