00:00Je vais vous proposer quelques réactions politiques alors que l'Assemblée Nationale a adopté la légalisation de l'euthanasie et
00:09du suicide assisté hier,
00:12donc par un vote qui s'est joué à pas grand chose, mais le suicide assisté et l'euthanasie sont
00:18définitivement adoptés à l'Assemblée.
00:21Je vous propose d'écouter d'abord Bruno Retailleau qui a parlé d'une loi d'abandon, l'ancien ministre
00:27de l'Intérieur est sénateur désormais.
00:28Ce n'est pas une loi de fraternité, c'est plutôt une loi d'abandon pour plusieurs raisons.
00:33Ma crainte, c'est qu'on fasse peser sur les souffrants, ceux qui sont au crépuscule de leur vie, cette
00:39question qui est insupportable, inhumaine, qu'ils devront se poser.
00:43Suis-je devenu un poids pour mes proches et pour la société ? Est-ce qu'il ne faut pas
00:47en finir plus vite ?
00:48Ce qui est terrible, c'est qu'en France, on a un énorme déficit. Le vrai scandale, il est où
00:52aujourd'hui ?
00:53Le vrai scandale, c'est qu'il y a à peu près 500 personnes par jour qui meurent sans pouvoir
00:57bénéficier de soins palliatifs.
00:59Mais regardez le système de santé, ça craque de partout.
01:01Entre une injection ou une capsule qui ne coûte rien et des soins palliatifs qui coûtent très cher, qu'est
01:07-ce qui va se passer ?
01:07On va avoir dans notre société une pression financière, économique. C'est ça qui est difficile.
01:13Et je vous propose d'écouter le ministre en charge des relations avec le Parlement qui devait, hier, mais ça
01:20a été reporté.
01:20Le cocktail ?
01:21Le cocktail, effectivement, pour célébrer. Alors ça a été contesté par le ministre, mais c'était présenté ainsi par les
01:29membres du CESE.
01:30Par le mail qui a été envoyé à toutes les personnes invitées. Nous vous convions à un cocktail pour célébrer
01:35l'adoption de la loi sur la fin de vie.
01:37Et le ministre des relations avec le Parlement nous a dit qu'il n'y aura pas de cocktail ni
01:41de nourriture.
01:42Et pourtant, dans le mail, il y avait bien, je cite, « si vous avez des contre-indications alimentaires, merci
01:47de le préciser ».
01:48Non, c'est invraisemblable.
01:49Dans le mail du ministère des relations avec le Parlement, il n'y avait pas le terme de cocktail.
01:55C'est dans le message d'information qui a été envoyé par le CESE.
02:00Exactement.
02:02Qui est la Convention citoyenne.
02:03Elisabeth Assaya, quel regard vous portez sur l'échange ?
02:07Et c'est vrai qu'habituellement, c'est le ticket gagnant qui est à la main.
02:12Oui, mais là, le sujet est bien trop important, bien trop grave.
02:15Sur cette loi, moi j'appelle un peu ça la loi du renoncement.
02:18Ah, c'est intéressant.
02:19Oui, parce que je trouve qu'on a renoncé à se battre.
02:23Alors que normalement, on doit protéger, c'est mon avis, il n'engage que moi, on doit protéger la vie
02:28jusqu'au bout.
02:30On ne doit pas soigner pour tuer, ça ne va pas ensemble.
02:36Et en même temps, quand je regarde, par exemple, le tweet sur X de Charles Bietry.
02:42Charles Bietry, ancien journaliste sportif, atteint de la maladie de Charcot.
02:47On sait que ce type de maladie dégénérative, il n'y a pas d'issue.
02:50La seule issue, c'est de voir sa dégradation et sa fin de vie en direct.
02:55Et lui, il a tweeté en disant, je n'irai pas mourir en Suisse.
02:59Grâce à cette loi, je vais enfin, je la résime, pouvoir mourir ici auprès de mes proches.
03:05Donc, j'ai aussi envie de comprendre ces personnes atteintes d'une grande souffrance.
03:08Et en même temps, je trouve que les soins palliatifs devraient être beaucoup plus approfondis,
03:16avec beaucoup plus de moyens, et pas aller directement vers cette loi du renoncement.
03:19Ah, justement, Jérôme, vous qui êtes médecin hospitalier,
03:24vous répondez quoi à un Charles Bietry, qui a été l'un des porte-paroles, porte-voix,
03:31de cette loi adoptée désormais, légalisant l'euthanasie et le suicide assisté, Jérôme ?
03:42Eh bien, effectivement, je pense que l'accent aurait plus dû être mis sur l'accès aux soins palliatifs,
03:49et la facilité d'accès aux soins palliatifs, et plus de moyens pour les soins palliatifs,
03:54plus de moyens humains, matériels, de lits, de soins palliatifs, plus d'unités de soins palliatifs,
04:00d'équipes mobiles de soins palliatifs, pour aider les patients qui sont dans ces situations,
04:06plutôt que sur cette adaptive à mourir, qui est effectivement une solution qui pose beaucoup de problèmes éthiques,
04:14et qui ne répond pas forcément aux demandes de toutes et tous.
04:19Mais sauf que pour une maladie comme la maladie de Charcot,
04:23est-ce que les soins palliatifs permettent de soulager la douleur,
04:29et d'accompagner jusqu'au bout le patient ?
04:34Alors, je ne suis pas spécialiste de la maladie de Charcot,
04:36j'ai une autre spécialité, pour des raisons d'anonymat, je ne souhaite pas la dévoiler,
04:42mais pour ce qui est des maladies que je traite au quotidien,
04:45qui sont plus des maladies cancéroses,
04:47on a, oui, les moyens de soulager les patients jusqu'au bout, jusqu'à leur dernier souffle.
04:52Laurent Frémont est également avec nous, alors vous êtes enseignant en droit constitutionnel à Sciences Po.
04:57Oui, mais c'est très intéressant cette question de Charcot,
05:00parce qu'effectivement c'est une maladie horrible, qui vous enferme dans votre corps,
05:04mais pour en avoir beaucoup parlé avec des spécialistes de Charcot,
05:07aujourd'hui, par les limitations au rétraitement,
05:10vous pouvez partir endormi, apaisé, dans des très bonnes conditions,
05:15lorsque vous souffrez de la maladie de Charcot.
05:17En tout cas, je regrette que ce soit devenu un peu un étendard du débat,
05:20parce que ça met une pression très forte sur les personnes qui souffrent de cette maladie,
05:24mais en tout cas, il faut bien souligner que cette loi n'est pas faite pour ces cas un peu
05:29limites,
05:30ces cas exceptionnels comme la maladie de Charcot,
05:32mais qu'elle va concerner plusieurs centaines de milliers de personnes.
05:37Plus d'un million de personnes.
05:38Parce qu'on a déjà un million d'éligibles.
05:40Qui sont parfois même éloignés de la fin de la vie.
05:42Ce qui fait peur, c'est l'explosion.
05:43On l'a vu dans les pays où ça a été légalisé,
05:46c'est cette explosion, là ça correspond à un million de personnes,
05:51mais moi ce que je crains aussi, c'est l'explosion de l'aide à mourir.
05:55Sur les enfants notamment.
05:56On écoute le ministre des Relations avec le Parlement,
05:59M. Laurent Panifousse, qui lui était favorable à cette loi.
06:04C'est l'un des pionniers.
06:05C'est sans doute grâce à lui,
06:07c'est grâce à Yael Brandpivet et Emmanuel Macron,
06:10que ce texte a pu passer aussi rapidement.
06:11C'était sa priorité visible.
06:12Le triangle des Bermudes.
06:13Je veux saluer toutes celles et ceux
06:16qui d'une manière ou d'une autre,
06:19petits ou grands, ont participé à cette décision.
06:23Experts, parlementaires, anciens rapporteurs,
06:25cher Olivier Falorni,
06:27ministres, députés, sénateurs aussi.
06:29Toutes celles et ceux qui ont fait que l'on soit pour ou contre cette loi.
06:32Nous avons pu ici débattre de manière respectueuse
06:36de la position de chacun.
06:37Alors pour tout cela, à vous toutes et tous,
06:39et au nom du gouvernement,
06:40merci d'avoir respecté les opinions de chacun d'entre nous.
06:43Merci de faire en sorte que ce vote ait pu avoir lieu dans ces conditions.
06:47Le mot essentiel que je veux rappeler,
06:49c'est-à-dire le respect de chacun d'entre vous.
06:52Un auditeur averti m'informe que
06:55Astrid Panossian,
06:57bouvet la députée Ensemble pour la République,
07:00a voté contre la loi hier soir.
07:03Absolument.
07:04Alors qu'elle a une histoire personnelle extrêmement forte,
07:08l'a-t-elle exprimée un jour dans les médias ?
07:10Bien sûr.
07:11Alors je peux en parler.
07:12Elle en a déjà parlé.
07:13Donc je me permets de le faire.
07:15Son mari, le politiste Laurent Bouvet,
07:18qui était mon ami,
07:19m'envoie ce contact,
07:21était atteint de la maladie de Charcot.
07:23Il est parti dans des conditions décrites
07:25par votre invité à ma connaissance.
07:29Et donc c'est intéressant et important
07:32de voir que la députée Astrid Panossian-Bouvet,
07:37qui était directement impactée par ce drame,
07:40a voté contre la loi légalisant l'euthanasie
07:43et le suicide assisté.
07:44Avec beaucoup de courage,
07:44parce qu'il ne faut pas sous-estimer
07:46la pression au sein des rangs macronistes
07:47pour voter cette loi.
07:49Ah, ça, ça m'intéresse, Jules Thorez.
07:51C'est-à-dire que les députés Renaissance
07:54n'avaient pas la possibilité de voter
07:56en leur âme et conscience.
07:57Alors, pour le coup,
07:59il y a eu une liberté de vote
08:00qui a été donnée dans tous les partis.
08:02Mais on sait qu'Emmanuel Macron,
08:05Yael Brandpivet, Laurent Panifou,
08:07le ministre des Relations avec le Parlement,
08:08étaient extrêmement favorables à ce texte.
08:11Et si ce texte a été voté le 15 juillet 2026,
08:14c'est parce qu'il y a eu des pressions pour le voter.
08:16Et on sait très bien comment ça se passe
08:18dans ce genre de moment.
08:19On appelle un tel pour lui demander
08:21s'il est bien là,
08:22pour lui dire,
08:23bon, qu'est-ce que tu vas voter ?
08:25On essaye de le convaincre.
08:26Donc, évidemment,
08:26qu'il y avait un certain nombre de pressions,
08:28comme il y a, disons-le quand même,
08:30à chaque texte.
08:31Sur tous les textes que l'Assemblée vote,
08:32en tout cas les textes importants,
08:33il y a des pressions.
08:34La question, et moi, c'est ce que j'ai vu,
08:36parce que ce sujet m'intéresse
08:37et il m'a toujours intéressé,
08:39et j'y suis très attaché,
08:40c'est de voir certaines évolutions,
08:42notamment au sein du Bloc central,
08:44il faut le dire,
08:44je ne trahir personne,
08:45mais pour avoir eu notamment des discussions,
08:47il n'a pas voté ce texte-là,
08:48mais s'il l'avait voté,
08:50il aurait sans doute voté contre.
08:52C'est le ministre chargé des Affaires européennes,
08:54Benjamin Haddad,
08:55qui est député de Paris.
08:56Il aurait sans doute voté ce texte
08:59il y a deux ans,
08:59et puis, en s'intéressant au sujet,
09:01il a décidé de changer d'avis.
09:03Charles Rodwell,
09:04dont vous avez cité le tweet tout à l'heure,
09:06était plutôt favorable à ce texte
09:09il y a deux ou trois ans.
09:10Il a changé d'avis,
09:11donc c'est intéressant de voir
09:11qu'au sein du Bloc central,
09:13il y en a beaucoup qui ont hésité
09:14et il y en a beaucoup qui ont changé d'avis
09:15à l'épreuve du réel.
09:16Laurent Frémont.
09:17C'est intéressant,
09:18parce que le député tout à l'heure
09:19nous disait que c'était la personne
09:21qui décidait et que ce n'était pas l'État.
09:23Mais là, on a véritablement l'État
09:24qui détermine les critères d'éligibilité,
09:26qui trace finalement une frontière
09:27entre deux humanités,
09:28ceux qui sont éligibles
09:29et ceux qui ne le sont pas.
09:30C'est l'État qui va introduire ce droit
09:32dans le Code de la santé publique.
09:33C'est l'État qui va payer l'acte,
09:36la sécurité sociale,
09:37ce sera remboursé.
09:37C'est l'État qui va rembourser
09:39le poison létal.
09:41Donc c'est véritablement
09:42une implication très forte de l'État
09:44à chaque étape
09:45dans cette procédure létale.
09:47Et c'est le chef de l'État
09:48qui a accéléré le processus
09:50pour que cette loi soit fêtée
09:51au 15 juillet prochain.
09:53Il s'est félicité hier
09:55que la promesse
09:57qu'il avait émise
09:59en 2022 a été tenue.
10:02Eh bien, on retiendra
10:03que l'une des seules promesses tenues,
10:05c'est celle qui va administrer la mort,
10:08celle promettant de faire
10:09de la protection des enfants
10:10une boussole pour le second quinquennat.
10:12On voit ce qui se passe actuellement.
10:14J'aurais pu vous parler aussi
10:16de la réforme des institutions,
10:17la réforme des retraites,
10:19les 100% d'exécution
10:20des obligations de quitter
10:21le territoire français,
10:22la promesse qu'il n'y ait plus
10:24un sans-abri,
10:26sans-papiers,
10:27dans les rues,
10:27la promesse sur la fin de l'année,
10:29sur la protection de l'enfance
10:30qui avait été faite en 2022.
10:32La Macronie.
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