Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 semaines
Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00et chargé des affaires publiques de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs.
00:04Car ce soir, c'est un tournant anthropologique, disait Jules, et même civilisationnel.
00:10C'est-à-dire que ce soir, les députés doivent voter après deux ans de débat sur cette loi sur
00:18la fin de vie.
00:19Est-ce que demain, un médecin qui a choisi de s'engager en médecine pour protéger la vie, pour soigner,
00:28devra administrer la mort ?
00:30Laurence est en direct avec nous. Bonjour Laurence.
00:33Oui, bonjour.
00:34Je le disais pour les auditeurs qui nous rejoignent et que vous êtes nancéenne, vous êtes surtout médecin gériatre.
00:41Quel regard vous portez sur ce qui se joue cet après-midi à l'Assemblée nationale ?
00:45Je suis effondrée. Je suis effondrée déjà de tout ce qui se passe.
00:50Mais alors là, concernant la loi de fin de vie, on avait des textes qui ont été quand même
00:56savamment pensées, avec des histoires quand même bien connues, où vraiment on a tout ce qu'il faut à notre
01:04disposition,
01:05même dans les petits hôpitaux, pour faire en sorte que les gens terminent leur vie dignement.
01:13Je vous ai prêté le serment d'Hippocrate, où je dis que je veux soigner les gens.
01:18Il est hors de question et j'irai en prison s'il le faut.
01:21Je ne donnerai pas la mort volontairement.
01:24D'ailleurs, c'est une vraie question. Est-ce que les médecins vont pouvoir refuser ?
01:29Non. Pour l'instant, oui.
01:30Mais vous doutez bien que les évolutions de la loi vont être rapides, tout comme elles l'ont été dans
01:37d'autres pays.
01:38Et nous, on a cette possibilité encore en tant que médecin.
01:41Mais par contre, les infirmières, il me semble qu'elles vont être obligées.
01:46On est toujours avec Thibaut Barranger, qui est chargé des arts publics de la Société française d'accompagnement et de
01:51soins palliatifs.
01:52Précision, est-ce que les infirmiers pourront refuser ?
01:55Les médecins ont une clause de conscience spécifique, un peu comme c'est le cas aujourd'hui dans l'IVG.
01:59Et les infirmiers et infirmières ont aussi une clause de conscience spécifique.
02:03Mais la difficulté, en réalité, c'est la condition qui est assortie à cette clause de conscience.
02:11C'est-à-dire qu'on a le droit de l'activer à la condition qu'on adresse le patient
02:16sans délai vers un professionnel disposé à le faire.
02:20Et c'est là où on rentre dans la réalité du terrain.
02:22Moi, je ne peux pas le faire, mais je vais vous présenter mon collègue qui va le faire dès ce
02:25soir et qui va vous administrer la mort.
02:27Et vous arrivez dans des choses très compliquées.
02:29Et par exemple, je ne sais pas, vous prenez de l'hospitalisation à domicile dans un territoire rural.
02:34Vous allez dans la Creuse ou vers Châteauroux.
02:37Et donc, vous avez une HAD.
02:38Donc, c'est un établissement techniquement, une HAD.
02:41Et vous avez, je ne sais pas, deux, trois médecins.
02:43Si vous avez trois médecins qui sont objecteurs.
02:45Et c'est ça qui va se passer.
02:46Parce qu'en fait, comme au Canada, comme en Belgique, il y a très peu de praticiens qui sont prêts
02:51à faire ce geste.
02:53Qu'est-ce qui se passe ? Comment vous faites concrètement ?
02:55Vous trouvez un généraliste ?
02:56Vous le faites en vous disant, tant pis, je me bouche le nez.
02:59Et sinon, ce sera quelqu'un d'autre.
03:00Comment ça va se passer ?
03:01Vous voyez, il y a ce qu'on écrit, ce dont on débat à l'Assemblée, c'est une chose.
03:05Mais demain, les députés, eux, ils passent à autre chose.
03:08Le texte, lui, une fois qu'il est voté, demain, c'est le problème de tous les soignants.
03:12Et donc, on peut dire, tiens, tu as une clause de conscience.
03:14Comme ça, tu n'as pas de problème, etc.
03:16Mais la réalité, si vous voulez, c'est que comment j'oriente sans délai, concrètement ?
03:23Laurence est toujours avec nous.
03:24C'est un échange absolument passionnant.
03:26Au contraire, ne vous excusez pas, Laurence.
03:28Je voulais vous donner la parole.
03:29Allez-y.
03:30Pas de souci.
03:31Mais comment peut-on dire à quelqu'un d'autre de faire ce que nous, on ne veut pas faire
03:36?
03:36Et comment vous vous rendez compte que ça va impliquer vis-à-vis des gens de devoir leur expliquer ?
03:42Non, je ne suis pas d'accord.
03:44Non.
03:45Enfin, c'est...
03:46Waouh !
03:47C'est dramatique.
03:51Je suis médecin, j'ai rien.
03:53Je fais de l'évaluation de la fragilité, de l'évaluation des patients qui ont des troubles cognitifs,
03:59qui ne sont pas en capacité de dire s'ils souhaitent ou pas avoir recours à l'euthanasie.
04:05Parce que moi, j'appelle ça de l'euthanasie.
04:08Tous leurs beaux termes, c'est l'effraie.
04:13En tout cas, moi, j'ai de la chance d'avoir 60 ans.
04:16C'est ce que je me dis.
04:18C'est tellement triste d'entendre votre témoignage.
04:23Pourquoi ils ne parlent pas ?
04:24Juste une question, parce que ça, c'est une vraie...
04:25Pourquoi ils ont préféré le terme aide à mourir ?
04:28Et pourquoi ils ne parlent pas d'euthanasie aujourd'hui, pour que les choses soient claires, Thibaut Barranger ?
04:36Alors là, je vais prendre ma casquette de prof.
04:40Alors, le professeur qui parle dans le micro, s'il vous plaît.
04:42Pardon.
04:43Je vais reprendre ma casquette de prof d'affaires publiques et de communication politique.
04:48Il y a les raisons invoquées pendant le débat.
04:50Le rapporteur Olivier Falorni a dit à plusieurs reprises que le terme d'euthanasie,
04:55c'est un terme qui avait été, et je reprends ces mots, souillé par l'histoire.
04:58Parce qu'il faisait référence au programme d'euthanasie pendant la Seconde Guerre mondiale.
05:03Et puis après, il y a la réalité...
05:04Paré nazie.
05:05Exactement.
05:05Et ensuite, il y a la réalité de la communication politique.
05:08Quand vous prenez le terme aide à mourir, il y a plusieurs choses dedans.
05:11Vous avez le mot aide.
05:13À partir du moment où vous aidez, vous êtes du côté de la compassion.
05:15Oui, c'est le camp du bien.
05:16Vous aidez, je vais vous aider à...
05:17Je vais vous aider.
05:18Et puis, il y a le terme mourir.
05:20Et si vous voulez, c'est un euphémisme ici, le terme mourir.
05:23Puisque le terme mourir, il occulte, il cache une réalité qui est que derrière, il y a un geste létal
05:29quand même.
05:30C'est-à-dire qu'il y a un soignant qui fait un geste létal.
05:34Et donc, si vous voulez, ça crée ce qu'on appelle un virus sémantique en réalité.
05:38C'est-à-dire que quand vous employez ce mot, vous intégrez déjà une partie du raisonnement.
05:47Et c'est ce choix qui a été fait.
05:48C'est un choix qui n'est pas neutre.
05:50Vous savez que le langage a une grande influence sur les idées et sur la manière dont un débat se
05:55conduit.
05:56Il est beaucoup plus difficile d'être contre une aide à mourir que contre une euthanasie ou un suicide assisté.
06:02C'est le choix qui a été fait en France.
06:03Je n'ai pas le juge.
06:03Là, c'est la sémantique.
06:04Mais factuellement, qu'est-ce qui différencie l'euthanasie de ce qui va se passer en France demain si la
06:12loi est votée ?
06:12Ah ben rien.
06:13En réalité...
06:14Qu'est-ce qui va se passer demain ?
06:15Une fois que la loi est votée, concrètement, qu'est-ce qui peut se passer demain ?
06:18La terminologie derrière cette aide à mourir, il y a deux gestes en réalité dans la loi.
06:23Il y a un geste de suicide assisté qui est un geste par défaut.
06:26C'est-à-dire qu'un médecin prescrit selon certaines conditions une substance létale
06:31et aide plus ou moins la personne à se l'administrer avec une perfusion.
06:37La Haute Autorité de Santé va préparer des protocoles pour tout cela.
06:41Mais ça n'existe pas déjà ça ?
06:43C'est-à-dire ?
06:44Ça n'est pas déjà fait dans certains cas de cancer, de maladies incurables où il y a un accompagnement
06:54vers la fin ?
06:55Ça existait déjà ?
06:55C'est-à-dire ? Alors les soins palliatifs accompagnent tous les jours vers la fin ?
06:58Vers la fin, voilà, c'est ça.
07:00Avec une substance ou pas ?
07:03Jamais pour provoquer la mort en réalité.
07:06C'est-à-dire que la distinction, aujourd'hui une partie des parlementaires favorables à cette loi
07:12explique que cette loi n'est que la continuité du droit existant.
07:16La continuité de la loi Claes-Leonetti et que finalement, bon en mal en...
07:20Je conteste, dans les colonnes du Figaro aujourd'hui, d'ailleurs, il faut lire l'interview de M. Jean-Leonetti,
07:26qui est extraordinaire, parce qu'aujourd'hui, c'est un homme qui est abattu, qui ne comprend pas comment des
07:35politiques peuvent présenter cette loi comme une loi de progrès, alors que lui-même parle d'une loi de régression.
07:42Il y a une cassure fondamentale entre les deux actes.
07:46Non mais je veux vraiment qu'on revienne sur le concret.
07:48Qu'est-ce qui va se passer demain ?
07:50Donc vous dites, soit il y a une ordonnance qui est faite, on va administrer une substance...
07:55On fait une ordonnance.
07:56On fait une ordonnance.
07:57Sur cette ordonnance, vous dites, on va administrer ce produit qui va être prodigué par cette personne ?
08:07Alors...
08:07Ce médecin, pardon.
08:08Prenons un cas concret.
08:09Je suis généraliste, vous êtes à domicile, vous demandez l'aide à mourir.
08:16Le médecin, votre généraliste, va regarder les fameux critères présentés comme stricts.
08:22On pourra revenir après sur ce sujet.
08:24Vous remplissez les critères, et donc là, le médecin, à 15 jours pour vous répondre, il vous dit, ok, tu
08:30as le droit.
08:31Vous, vous avez deux jours pour réfléchir, et ensuite, l'acte peut avoir lieu.
08:35Cet acte, c'est...
08:37Premier cas.
08:38Un suicide assisté.
08:39Le médecin vous fait une ordonnance, vous allez ensuite demander à votre pharmacie le produit.
08:48Non, c'est pas vrai.
08:49C'est la pharmacie ?
08:50Et ensuite, la pharmacie va vous délivrer un produit, mais c'est pas un produit industriel, c'est un produit
08:54qui va être fait à l'hôpital, dans les pharmacies hospitalières.
08:57Puisque chaque produit, si vous voulez, sera adapté à la personne qui le demande.
09:02Et ensuite, en fonction de votre état de santé, en fonction de ce qui n'est pas précisé encore, il
09:07y aura une forme d'auto-administration du produit, une perfusion, quelque chose.
09:12Ça, c'est le premier cas.
09:13Et il y a un deuxième cas prévu dans la loi, qui est l'euthanasie, où il est écrit, si
09:18vous n'êtes pas en capacité de vous l'administrer, alors un tiers soignant, qui sera soit un médecin, soit
09:24un infirmier, vous l'administrera.
09:27Donc c'est obligatoirement un soignant, ça ne peut pas être un proche qui administre de la mort.
09:33En revanche, est-ce que c'est un proche, pardon Elisabeth, et je vous donne la parole dans un instant,
09:37mais est-ce que c'est un proche qui peut faire la demande d'administration de la mort ?
09:42Non, bien sûr que non. Un proche ne peut pas faire la demande, la demande, elle doit être personnelle.
09:48Néanmoins, la question qui se pose, c'est la question de l'entourage, et la question des pressions.
09:53Un grand sujet, et ça fait écho tout à l'heure au témoignage qu'on a eu de cette médecin
09:57gériâtre, il y a un sujet qui a été, à mon sens, trop absent du débat.
10:02C'est le sujet des EHPAD, et le sujet du grand âge.
10:06Aujourd'hui, un quart des personnes qui meurent en France sont en EHPAD.
10:11Aujourd'hui, un tiers des EHPAD n'ont pas de médecin traitant, de médecin coordonnateur.
10:15Aujourd'hui, une grande partie des EHPAD n'ont pas d'infirmière à la nuit.
10:19Aujourd'hui, en France, 1,5 million de personnes ont une maladie neurodégénérative de type Alzheimer, et seulement un tiers
10:27est diagnostiqué, dont une grande partie des personnes sont en EHPAD.
10:31La question des EHPAD, c'est une question majeure qui n'a pas été traitée dans ce débat,
10:35puisqu'il ne vous aura pas échappé que les gens qui vont mourir sont souvent les gens les plus âgés.
10:39Et là se pose la question des pressions.
10:42Quelle est la pression des proches ?
10:44Quelle est la pression d'être dans un EHPAD où vous n'avez pas voulu être ?
10:47Quelle est la pression quand vous commencez à perdre votre discernement, mais que finalement, ce n'est pas diagnostiqué ?
10:51Que va dire le médecin ?
10:52C'est diagnostiqué ? Ce n'est pas diagnostiqué ? On en pense quoi ?
10:55Que vont dire la famille ? L'entourage n'est pas toujours bienveillant ?
10:58Parce qu'il ne faut pas...
10:59Pour l'Alzheimer, par exemple, vous avez des changements de comportement, des sautes d'humeur.
11:04Lorsque ce n'est pas diagnostiqué encore, vous pouvez avoir les premiers symptômes.
11:08C'est un comportement qui change, c'est un rapport au quotidien qui peut être complètement différent sans qu'il
11:14soit forcément diagnostiqué.
11:16Imaginez une personne en EHPAD atteinte d'Alzheimer, mais non diagnostiquée, qui a envie d'en finir.
11:23Et on ne savait pas qu'elle était... C'est ça que vous êtes en train de me dire ?
11:26C'est tout le problème de cette loi.
11:27En réalité, elle essaye de classer, si vous voulez, des situations cliniques.
11:32Et on sait que ce n'est pas possible.
Commentaires

Recommandations