00:00Le 6-9.
00:01Et justement, face à ces vagues de chaleur qui se multiplient face au changement climatique,
00:05face au conflit aussi qui pèse lourdement sur les prix,
00:08il faut repenser totalement notre agriculture.
00:11C'est ce que dit en substance notre invité dans son ouvrage
00:14« Nourrir les raisons d'espérer pour l'agriculture française ».
00:17Bonjour Thierry Blandinière.
00:19Bonjour, merci.
00:19Et bienvenue.
00:20Merci de l'invitation.
00:21Vous êtes le PDG d'Invivo, qui est un groupe coopératif
00:23qui est devenu l'un des poids lourds de l'agriculture en Europe.
00:26Je vais donner quelques chiffres, 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
00:2913 000 salariés dans 38 pays, présents dans la jardinerie,
00:33la distribution alimentaire, les céréales ou encore les engrais.
00:36Et on va y revenir tout à l'heure.
00:38Alors, on est au cœur de la troisième canicule de la saison
00:41et nous ne sommes que le 10 juillet.
00:42Est-ce que c'est, selon vous, est-ce que ça doit être l'été de la bascule,
00:46la prise de conscience nécessaire pour le monde agricole ?
00:50Alors, je pense qu'effectivement, c'est l'été de la bascule.
00:54On vit plusieurs événements très importants depuis maintenant quelques années.
00:58On vit de crise en crise.
00:59Parce que, rappelez-vous, c'était les inondations il y a deux ans,
01:01avec une baisse de production significative aussi pendant l'été, de 30%.
01:06Cette année, ça va être donc la chaleur.
01:08Donc, ça va être très difficile aussi.
01:09On aura des baisses de production programmées de 30 à 40%.
01:12Donc, c'est énorme ce qui arrive sur l'agriculture aujourd'hui.
01:15Donc, les agriculteurs sont les premiers à souffrir du réchauffement climatique.
01:18Il faut le souligner.
01:19Ils sont au boulot, comme on dit tous les jours.
01:21Mais enfin, ils souffrent beaucoup actuellement.
01:22Donc, il faut avoir quand même une pensée pour eux aujourd'hui.
01:26Et puis, la géopolitique, vous l'avez dit, au niveau des prix des engrais.
01:30Donc, on voit bien que l'enjeu de la souveraineté aujourd'hui est essentiel.
01:33Et ce n'est pas juste un mot valise, comme on dit.
01:35C'est vraiment un mot stratégique et qu'il faut repenser notre agriculture
01:37avec une vision long terme pour transformer notre modèle.
01:41Parce qu'il s'agit maintenant de produire mieux,
01:43mais aussi de pouvoir être complètement indépendant des importations.
01:48Parce qu'on a vu aussi que la conséquence de tout ça, c'est d'augmenter les importations
01:51et donc de fragiliser notre souveraineté.
01:53Est-ce que vous êtes assez sévère dans votre ouvrage ?
01:54Vous dites que la France a dû renoncer à sa souveraineté alimentaire en 2025.
01:58Ça veut dire quoi concrètement ?
01:59C'est une question de balance commerciale d'indépendance ?
02:01Techniquement, il y a eu effectivement...
02:02J'ai parlé de la baisse de production des céréales.
02:04Donc, il y a eu un impact massif sur les exportations.
02:06Donc, une balance commerciale qui, pour la première fois, a été déficitaire.
02:10Dans l'histoire, quand même, de l'agriculture et de l'alimentation française,
02:13c'est la première fois qu'on est déficitaire.
02:15Donc, peut-être que c'est un épiphénomène ponctuel, mais la tendance est là.
02:19Alors qu'avant, on était un pays exportateur et donc qui était très important de valoriser
02:24la ferme France à l'international.
02:26C'est un enjeu de souveraineté aussi.
02:28Et donc, du coup, là, on voit bien qu'il y a un sujet.
02:30Donc, j'ai écrit ce bouquin parce que je pense que c'est le bon moment.
02:33Parce qu'il faut sensibiliser l'opinion publique sur les enjeux de souveraineté.
02:37Se nourrir, ce n'est pas évident.
02:39À un bon prix, ce n'est pas évident non plus.
02:42Des pays africains le vivent tous les jours.
02:45La malnutrition existe et augmente aujourd'hui dans le monde.
02:47Nous, on était très, très loin de ça.
02:49Mais on commence à sentir quand même les dangers de non-maîtrise de notre production agricole
02:54en France et en Europe.
02:55Parce que vous dites qu'on va de crise en crise.
02:57Vous avez cité les inondations, la sécheresse, les canicules, les guerres qui font exploser les prix.
03:02La fermeture du détroit d'Hormuz qui a fait beaucoup augmenter le prix des engrais, notamment.
03:07Est-ce que ça veut dire qu'on va de crise en crise ?
03:09On oublie à chaque fois la précédente.
03:11Est-ce que ça veut dire qu'il faut qu'on change complètement le modèle pour justement mieux préparer la
03:16suivante ?
03:17Vous savez, le premier choc, c'était le Covid.
03:19Le deuxième choc, c'était la guerre en Ukraine et l'inflation.
03:21Au niveau du Covid, on a montré aux Français que la ferme France était debout,
03:26que la chaîne alimentaire française tenait.
03:28Il n'y a pas eu de rupture dans les rayons, en fait.
03:30Donc on aurait pu avoir une rupture de chaîne de production.
03:33Ensuite, il y a eu la guerre en Ukraine et la flambée des cours des céréales.
03:36Je ne sais pas si vous vous rappelez, à 400 euros la tonne les céréales, 440 euros la tonne.
03:41Et la flambée des cours des embrés à plus de 950 euros en plus.
03:44Et tout a monté.
03:45Donc tout a explosé, une inflation sur les produits alimentaires de plus de 15% embarqués.
03:49Donc on a ça devant nous.
03:50Et ensuite, ça a été régulé.
03:52Mais quelque part, ça fait déjà un certain temps qu'on pense à ça.
03:54Donc il est important aussi qu'au niveau des politiques publiques,
03:58il y ait une vraie prise de conscience et un vrai plan stratégique
04:01de sortir des oppositions dogmatiques aujourd'hui entre produire plus, produire moins,
04:07les impacts climatiques, démontrer qu'il y a un chemin possible.
04:10C'est l'objet de mon livre, c'est qu'il y a des solutions possibles
04:12où il faut réconcilier les extrêmes pour mettre vraiment au cœur du dispositif
04:16l'enjeu stratégique qui est de se nourrir.
04:18Parce que vous vous dites qu'il faut produire plus, mieux et durable.
04:22Est-ce que c'est possible de faire tout ça à la fois ? Comment on fait concrètement ?
04:25On a des solutions.
04:26Il faut prendre le temps parce que l'agriculture, c'est le temps long.
04:29Mais il y a des solutions aujourd'hui.
04:30Il y a de la technologie dans l'agriculture, de l'innovation.
04:33On peut développer une agriculture de précision.
04:35On peut être économe en eau.
04:36On peut travailler la sobriété en même temps que la compétitivité.
04:39Tout ça, on a plein de solutions.
04:41C'est le boulot d'Invivo de proposer ces solutions aux coopératifs agriculteurs.
04:44On avance.
04:45Il y a des fermes pilotes qui fonctionnent bien.
04:47Il y a un enjeu sur l'irrigation.
04:48L'eau, ça va être essentiel.
04:49On a fait une étude Résilience 2050 pour regarder les impacts climatiques sur la ferme France.
04:55Les impacts aussi environnementaux.
04:56On peut imaginer que d'ici, même bien avant 2050, je pense,
05:00dans les dix ans qui viennent, on aura le climat de Barcelone à Périgueux.
05:03Donc à partir de là, qu'est-ce qu'on fait ?
05:04Qu'est-ce qu'on dit aux agriculteurs du sud-ouest aujourd'hui qui sont sur du maïs ?
05:08Et comment on leur propose des solutions alternatives ?
05:10Mais sur la gestion de l'eau par exemple, je reprends cet exemple.
05:13Vous en parlez dans l'ouvrage.
05:14Vous avez une vision assez traditionnaliste, on va dire.
05:16Vous dites pourquoi pas les stockages d'eau, les bassines.
05:20Comme les syndicats agricoles le disent.
05:22C'est nécessaire, c'est important.
05:23On ne va pas les interdire au nom d'idéologie.
05:27C'est le terme que vous utilisez.
05:29Oui, c'est un peu caricatural.
05:30Parce qu'il faut faire attention aux enjeux environnementaux.
05:34Nous, on est dans une agriculture durable.
05:35Donc on fait attention à tout ça, à la sobriété.
05:38Mais en même temps, il faut qu'on stocke l'eau quand elle tombe.
05:40Il pleut beaucoup en France.
05:41Donc quand on arrive à stocker l'eau, dans des conditions où on respecte l'environnement,
05:45il y a des solutions.
05:46Et les méga-bassines, tout ça, c'était un totem qui a été mis sur la table, qui a été
05:51instrumentalisé.
05:53Il y a des plus, il y a des moins.
05:54Mais il y a des solutions plus intelligentes quelque part pour pouvoir irriguer dans de bonnes conditions.
05:58Beaucoup de pays irriguent aujourd'hui.
06:00La Californie, même s'il y a aussi une question d'eau.
06:02L'agriculture californienne est complètement irriguée.
06:03L'Espagne irrigue.
06:04Il y a des moyens de trouver intelligemment une agriculture de précision.
06:08Et quand on parle d'irrigation, par exemple, on peut parler d'irrigation de goutte à goutte.
06:11Vous voyez, comme ils font en Israël, il ne s'agit pas d'arroser tout dans tous les sens.
06:14On peut être sobre en irrigation aussi.
06:15Donc il ne faut pas opposer systématiquement les contraires.
06:21Vous voyez ce que je veux dire ?
06:21Mais on a l'impression que vous êtes dans une troisième voie et que vous essayez de ne fâcher personne.
06:25Non, mais oui.
06:26Mais ce n'est pas un compromis.
06:27Ce n'est pas un compromis.
06:28C'est de trouver les solutions sur une troisième voie qui réconcilie tout le monde.
06:32Produire plus, mieux et durable, c'est ça.
06:33On va préserver le potentiel de production de la ferme France en étant trouvé des solutions
06:37et démontrer que l'agriculture peut être une solution en réchauffement climatique qui n'est pas un problème.
06:41C'est ça.
06:41Bon, je ne veux pas rentrer dans le détail, mais on a plein de solutions techniques.
06:44C'est un bouquet de solutions qu'on peut apporter à l'agriculture.
06:46Vous parlez d'e-agriculture, par exemple.
06:49Ça veut dire quoi ?
06:50Ça veut dire que l'intelligence artificielle peut se mettre au service des exploitants agricoles ?
06:54Au service de l'agriculture de précision.
06:56Ça veut dire quoi, précisément ?
06:58Par exemple, vous avez une parcelle de céréales.
07:00Et vous connaissez le potentiel agronomique de la parcelle au mètre carré près aujourd'hui.
07:05Donc, vous êtes en capacité d'utiliser les engrais nécessaires, les intrants nécessaires, l'eau nécessaire, d'une manière très
07:11précise.
07:12Et dans les mètres carrés où il n'a pas besoin d'intrants, pas besoin d'eau, on n'en
07:15mettra pas.
07:16Et ça, c'est grâce à la technologie, c'est grâce aux datas agricoles, c'est grâce à l'IA
07:21qui va nous permettre de faire du prédictif.
07:23Et l'agriculteur, sur son application, pourra dire, compte tenu du climat, voilà comment je vais traiter ma parcelle.
07:28Donc, ça veut dire qu'il faudrait équiper chaque exploitation de ce type d'outils ?
07:34C'est déjà le cas.
07:35C'est déjà le cas.
07:35Nous, on a des applications, on a une application qui s'appelle Aladin.farm, où l'agriculteur peut rentrer ses
07:40intrants, son potentiel agronomique.
07:42Et il y a des productions, des conseils d'agronomique qui sont proposés à l'agriculteur.
07:46Ça fonctionne déjà.
07:47Et comment on va plus loin alors ?
07:48Comment on va plus loin ?
07:50C'est-à-dire qu'il faut changer d'échelle, en fait.
07:52Tout l'enjeu, c'est le changement d'échelle.
07:54C'est qu'on a plein de pilotes qui fonctionnent très bien, et c'est ce que j'ai dit
07:56dans mon bouquin.
07:57Il faut absolument maintenant prendre conscience qu'il faut changer d'échelle.
08:00Et j'explique que le coût de l'inaction, c'est plus cher que les investissements dont on a besoin
08:03pour changer d'échelle.
08:04Donc, le coût de l'inaction est là, on le voit.
08:06C'est les milliards d'euros aujourd'hui qu'on perd par les impacts climatiques et par les impacts géopolitiques
08:12aussi.
08:13Et donc, si on se mobilise et qu'on est capable de mobiliser suffisamment d'argent massivement aujourd'hui,
08:17on peut transformer la Sperme France en s'appuyant sur les pilotes qui fonctionnent aujourd'hui en France et en
08:23Europe.
08:23À qui s'adresse finalement ce livre, Thierry Blandinière ?
08:26Est-ce qu'il s'adresse à ceux qui connaissent très bien ce secteur, aux exploitants agricoles ?
08:30À qui vous voulez donner des conseils ?
08:31Est-ce qu'il s'adresse aux consommateurs ?
08:33Est-ce qu'il s'adresse aussi aux élus ? J'ai l'impression qu'il y a presque un
08:36manifeste politique un peu dans tout ça.
08:37Un programme politique.
08:38Il s'adresse aux futurs candidats, ça c'est certain, en disant qu'on a besoin vraiment...
08:42Et il s'adresse aussi à l'opinion publique.
08:44Parce qu'il y a beaucoup d'incompréhension aujourd'hui quand on parle d'agriculture.
08:48On parle de petites fermes, de grandes fermes, de fermes, usines.
08:51Tout ça, c'est très compliqué.
08:52Je mets à la place de quelqu'un qui entend des messages contradictoires tous les jours.
08:56Et donc l'idée de ce bouquin, c'est d'essayer de réconcilier tout ça et de montrer que quelque
08:59part, on a une agriculture solide qui tient debout et qui a des solutions.
09:03Encore faut-il en parler.
09:04Donc ce bouquin, il parle de solutions.
09:05Il parle d'un problème, d'une solution.
09:07Tout n'est pas facile.
09:08Mais si on se mobilise ensemble, on peut trouver des solutions.
09:11Et c'est à l'échelle européenne, bien évidemment.
09:12Parce qu'il y a des enjeux aussi plus globaux en termes de compétitivité.
09:16Je voudrais dire un mot des engrais, puisqu'hier, le gouvernement a annoncé un grand plan avec 145 millions d
09:21'euros pour les agriculteurs qui sont touchés par la hausse des prix.
09:24Puis la volonté de produire davantage d'engrais décarbonés en France.
09:27Ça tombe bien, puisque c'est aussi ce que vous proposez dans votre ouvrage.
09:29Vous avez fait du lobbying.
09:32Fertigi, ça fait longtemps que cette usine d'engrais décarbonés, on y travaille.
09:36On a fait un consortium d'investissement qui était vraiment un projet qui a été aussi présenté à Choose France.
09:42Donc c'est vraiment à l'échelle globale.
09:44Et ça, c'est le changement d'échelle.
09:45Donc relocaliser les engrais, mais verts, en fait.
09:48Et c'est ça, l'avenir.
09:48Donc produire plus et durable, c'est relocaliser les engrais verts.
09:51C'est ce qu'a dit la ministre, Fertigi, qui est un projet important, puisqu'il s'agit d'une
09:54usine de 500 000 tonnes d'engrais.
09:56500 000 tonnes d'engrais, c'est à peu près 15% des engrais consommés en France.
09:59Sur le bassin nord de la France, ça correspond à potentiellement 3-4 millions de tonnes de céréales.
10:05Donc ça veut dire qu'on aura un bassin qui pourrait être demain complètement décarboné autour de cette usine.
10:11Et ça, c'est formidable, parce qu'on va démontrer que finalement,
10:13on peut produire plus, mieux et durables.
10:15Et derrière ça, on pourra, je l'espère, avec ce volume,
10:18coter ces communautés vertes sur Euronex,
10:21avec un prix premium qui valorisera la démarche d'une agriculture plus vertueuse.
10:25Merci beaucoup Thierry Bordinière, PDG du groupe InVivo,
10:28et toutes les solutions que vous proposez dans cet ouvrage,
10:31Nourrir les raisons d'espérer pour l'agriculture française.
10:34Je rappelle que c'est paru aux éditions du Cherche Midi.
10:37Merci d'être venu dans la grande matinale de France Inter.
10:40Merci.
10:41Merci.
10:42Merci.
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