- il y a 39 minutes
Jean-Sébastien Soldaïni, grand reporter et envoyé spécial de Radio France en Iran, ainsi qu'Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne, professeure émérite de sociologie politique à l'université de Paris-Cité, spécialiste de l'Iran. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-09-juillet-2026-1442892
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00:06Quelle est la réalité des Iraniens, leur vie quotidienne entre répression, guerre et vie chère ?
00:13Ces questions, nous essayons d'y répondre avec nos moyens, en contactant des témoins sur place,
00:17avec notre correspondant aussi Siavoj Ghazi, mais jamais depuis le début de la guerre,
00:22la guerre lancée par Israël et les Etats-Unis, jamais Radio France n'avait pu envoyer de reporters sur place.
00:27Finalement, l'un d'entre eux a pu entrer en Iran, vous avez entendu ses reportages ces derniers jours,
00:32il revient tout juste de six jours à Téhéran et il est avec nous, Jean-Sébastien Saldaini, bonjour.
00:38Bonjour Simon, bonjour à tous.
00:39Ravi d'entendre ce matin en longueur votre récit de première main,
00:43avec à vos côtés une chercheuse franco-iranienne, spécialiste de l'Iran,
00:47qui aimerait aussi, j'imagine, constater de ses propres yeux la réalité là-bas,
00:52mais qui a évidemment beaucoup de contacts sur place et bien sûr un regard aiguisé sur la situation.
00:58Azed et Kian, bonjour.
00:59Bonjour.
00:59Vous êtes professeur émérite de sociologie à l'université Paris-Cité.
01:03Posez vos questions, vous aussi qui nous écoutez, 0145 24 7000 et application de Radio France.
01:08Jean-Sébastien, c'est important évidemment de préciser d'abord les conditions de vos reportages sur place,
01:15évidemment très particulières et peut-être, avant cela, la façon dont vous avez réussi à obtenir ce visa de la
01:22part des autorités iraniennes.
01:24Comment ça s'est fait ?
01:24Eh bien, par le passé, je suis déjà allé plusieurs fois en reportage là-bas,
01:28donc j'ai quelques contacts qui me permettent de faire ce genre de demande.
01:33Il se trouve qu'on a fait notre première demande au moment où la guerre est déclenchée, au début du
01:37mois de mars.
01:38Tout de suite, Radio France a voulu envoyer des reporters sur place, évidemment.
01:41Et comme j'y suis déjà allé, j'ai été voir Richard Place, mon chef à France Info,
01:46et puis Anne Souhaitemont qui était là à ce micro, et je leur ai dit, voilà, est-ce qu'on
01:49peut essayer ?
01:50Est-ce que ça vous dit de tenter le coup ?
01:53Et tout de suite, ils m'ont dit, ben oui, vas-y.
01:55Donc, le temps qu'on fasse toutes les démarches, la demande est déposée, il me semble, aux alentours du 13
02:00mars.
02:01Et à ce moment-là, ce qu'on a envie de faire pour Radio France, c'est raconter la guerre.
02:06Parce que cette guerre, elle est en train de se dérouler.
02:10On imagine que le visa ne va pas arriver dans les 24 heures, parce que généralement, ça prend un petit
02:14peu plus de temps.
02:15Et oui, et ça a été long.
02:16Ça a été long.
02:17À un moment donné, on est en train de se dire, cette demande de visa, elle va mourir de sa
02:20belle mort, et puis on n'aura pas de nouvelles.
02:22Il se trouve qu'au moment où je fais ma demande, je précise que si à un moment donné,
02:26il y a des funérailles qui sont organisées pour le guide Ali Ramenei, on sera évidemment intéressé.
02:32Parce que le pouvoir iranien, il a besoin de communiquer à certains moments.
02:38Et il l'avait déjà fait pour la mort du général Soleimani, le chef des gardiens de la révolution.
02:41Et il se trouve qu'en 48 heures, ils avaient ouvert des visas.
02:45Donc là, je précise qu'on pourrait être intéressé là-dessus.
02:48Et il se trouve que début juin, là, on avait quasiment plus de nouvelles.
02:51Il y avait quelques échanges avec l'ambassade, mais c'était...
02:53Et puis, je reçois un message de Téhéran en me disant, voilà, les funérailles, on va peut-être vous accorder
02:59des visas sous condition.
03:00Radio France, évidemment, avait fait de multiples demandes de visas.
03:04Finalement, la vôtre est acceptée parce qu'aussi le régime iranien, vous l'avez dit, a un intérêt à communiquer
03:09et à ouvrir à quelques journalistes occidentaux, très peu, le pays pour raconter ses funérailles.
03:17Et évidemment, une fois sur place, vos conditions de travail ne sont pas les conditions habituelles de reportage d'un
03:24journaliste.
03:25Comment ça se passe ? Vous êtes cornaqué, vous êtes suivi ?
03:27Ce ne sont même pas les conditions habituelles de reportage en Iran.
03:30Pour y être allé quatre ou cinq fois, il y a une certaine liberté.
03:33On va habituellement, on se déplace comme on veut, avec notre traducteur ou pas.
03:38Là, c'était... C'est ce que je vous disais tout à l'heure.
03:42C'est qu'au moment où on reçoit le message nous disant, on va peut-être ouvrir pour les funérailles,
03:45on nous dessine déjà quelles seront les conditions.
03:48C'est-à-dire que c'est M. Soldaini, M. Troadec, Martin qui était...
03:52Le technicien qui était avec vous et qu'il faut saluer également, évidemment.
03:55Exactement, qui a fait du super boulot.
03:58Nous disent, vous êtes là pour couvrir les funérailles.
04:01Vous n'êtes pas là pour couvrir autre chose.
04:03Et donc, le visa qui nous est accordé, il va du 1er au 7 juillet.
04:07Les cérémonies de funérailles, elles ont commencé le 3.
04:10Donc, le 1er et le 2.
04:12Nous n'avons pas le droit de tourner dans les rues.
04:14Nous n'avons même pas le droit d'être en direct dans la rue.
04:16Ça a été des discussions jusqu'à...
04:19On est arrivé le 1er dans la nuit.
04:22Pour avoir un direct à 9h sur l'antenne de France Inter,
04:26ça a été discuté encore jusqu'aux dernières minutes.
04:28Sur place, vous êtes en permanence accompagné, on va dire ça comme ça,
04:31par un agent du gouvernement ?
04:33Non, il se trouve qu'il y a deux possibilités.
04:35Soit le gouvernement vous assigne quelqu'un qui est un fonctionnaire,
04:41soit vous avez un peu vos habitudes, vous connaissez des gens.
04:44Et moi, il se trouve que j'ai l'habitude de travailler avec une traductrice sur place.
04:48Et elle m'a accompagné, je la connais, je lui fais confiance.
04:51Donc, c'est avec elle que je travaille.
04:53Le fait est que lorsque vous êtes dans la rue,
04:58ou quand vous êtes dans les funérailles en l'espèce,
05:00parce qu'on n'a pas travaillé dans la rue,
05:01dès que vous sortez un micro,
05:03il y a toujours du monde autour de vous.
05:05Et ces discussions, elles ne se font jamais dans un climat parfaitement serein.
05:10Quand vous avez quelqu'un qui regarde votre interlocuteur droit dans les yeux
05:13au moment où elle parle, il ou elle parle,
05:17on se doute bien qu'il réfléchit avant de parler.
05:19Vous allez nous dire ce que vous avez vu et ce que vous avez entendu,
05:22bien sûr, de ces interlocuteurs.
05:24On a précisé ces conditions de travail particulières.
05:27Aussi, à chaque fois qu'on a diffusé vos reportages ces derniers jours
05:31sur l'antenne de France Inter et toutes les antennes de Radio France.
05:34Mais Radio France a tenu à ce que vous alliez là-bas,
05:37même dans ces conditions qu'on n'accepte pas d'habitude,
05:40parce que, justement, c'était une opportunité unique d'aller en Iran
05:44voir la réalité des Iraniens,
05:46une partie, en tout cas, de la réalité des Iraniens.
05:49Azadekian, quel regard vous portez sur cette volonté de l'Iran
05:52de communiquer sur ce moment particulier de l'histoire ?
05:56Écoutez, c'était pour montrer,
05:59c'était une démonstration de force, de leur part.
06:03Ça a été organisé depuis de longues mois, on le sait,
06:07puisque la Khamenei a été tuée le 20 février.
06:10Les funérailles ont eu lieu quatre mois après.
06:13Donc, pendant ce temps, ils étaient en train,
06:14quand même, malgré la guerre, d'organiser les funérailles.
06:17Et ils voulaient absolument que le monde entier
06:19puisse voir des images de cette mobilisation
06:22et de cette participation massive
06:25d'un certain nombre d'Iraniens à ces funérailles.
06:27Démonstration de force réussie, tout de même,
06:30en matière de communication.
06:31Écoutez, moi, j'ai beaucoup écouté aussi votre invité
06:34pendant tout ce temps.
06:36Votre collègue, Jean-Sébastien.
06:37Voilà, mais étant polyglotte, j'ai aussi des sources diverses
06:41en anglais, en persan, aussi en français,
06:44parfois même en arabe.
06:46J'ai essayé de comprendre.
06:48Et donc, effectivement, pour l'ensemble des médias sur place,
06:53c'était une décervainie grandiose.
06:55Je pense que c'est une démonstration de force quand même réussie.
06:59Après, qu'est-ce qu'ils veulent faire avec ?
07:02On en discutera tout à l'heure.
07:04Et pendant ces funérailles, et on va venir juste après
07:08la vie quotidienne aussi des Iraniens, bien sûr,
07:10et c'est ça qui nous intéresse,
07:11mais ces funérailles, Jean-Sébastien,
07:13est-ce que quand vous êtes au milieu de cette foule,
07:15vous arrivez à faire la part des choses
07:16entre la mise en scène et le véritable hommage populaire ?
07:20C'est difficile, comme vous dites.
07:22On est vraiment, enfin, le lundi matin,
07:24quand il y avait toute cette procession
07:26qui était censée parcourir à plus de 10 kilomètres
07:29sur une ligne droite, une immense avenue de Terence
07:31et une autoroute dans le centre de la ville.
07:34C'est effectivement noir de monde
07:36et puis noir dans tous les sens du terme
07:38puisque tout le monde est en deuil
07:39et tout le monde est habillé en noir.
07:40Donc on est pris dans un flot.
07:42Après, quand on prend un petit peu de recul,
07:44il se trouve qu'au moment où le cercueil d'Ali Ramenei
07:48est arrivé sur la destination finale de ce parcours,
07:51sur cette place Azadi,
07:52on doit s'écarter un petit peu
07:54pour pouvoir faire nos directs, pour avoir du réseau.
07:56C'est un peu technique comme ça,
07:57mais quand on a fini de faire nos directs de mi-journée,
08:00on est ressortis et il n'y avait quasiment plus personne.
08:05Les Téhéranais, et puis ça venait certainement de partout d'Iran,
08:08je parle sous le contrôle de la ZDK,
08:09mais peut-être même d'autres pays,
08:11sont assez vite partis.
08:13Et on a posé les questions aux personnes qui étaient là
08:15et elles-mêmes reconnaissaient
08:17que ce n'étaient pas les 20 millions de personnes attendues.
08:20C'était massif.
08:21Mais les excuses, c'était, il a fait chaud, c'est vrai,
08:23il n'y a pas de problème.
08:24Et on faisait le comparatif avec l'enterrement de Roménie.
08:29Il y avait une personne qui était présente là
08:31et me dit, oui, mais Roménie, c'était sur un jour.
08:33Là, c'était allé sur six jours, sur trois pays,
08:35enfin sur deux pays.
08:36Donc voilà, eux aussi, à demi-mot,
08:38reconnaissaient que ce n'était pas la démonstration de force attendue.
08:41Avant ces funérailles, parlons de ce que vous avez vu.
08:43Qu'est-ce qui vous a le plus frappé, ces images,
08:45qu'on avait tant envie de voir depuis des mois ?
08:47Évidemment, il faut saluer le travail de Sia Vosh Ghazi,
08:50notre collègue correspondant pour Radio France
08:53et de nombreux médias,
08:54qui fait un travail absolument titanesque là-bas,
08:57en particulier depuis le début de la guerre,
08:59et depuis, je crois, 30 ans ou 40 ans maintenant.
09:02Mais vous, vous avez pu être l'un des rares,
09:05encore une fois, j'en ai uniste occidentaux,
09:06à voir de vos yeux l'état de l'Iran
09:09et en tout cas de Téhéran aujourd'hui.
09:10Qu'est-ce qui vous a le plus frappé en arrivant sur place ?
09:13Sur la ville en elle-même,
09:15j'ai retrouvé le Téhéran d'il y a 5 ans.
09:17Je vais peut-être vous surprendre,
09:19mais rien n'a changé.
09:21Il y a ce bouillonnement permanent,
09:23les klaxons, la pollution.
09:25Quand vous allez dans les rues,
09:28les restaurants, les cafés,
09:29il y a du monde,
09:30les gens sortent dans les parcs.
09:32Pour le coup, j'ai retrouvé cet être vivant
09:35qu'est Téhéran,
09:36parce qu'il est sans arrêt en train de vous surprendre.
09:38Vous avez des motos qui sortent de partout,
09:40vous avez des voitures qui passent en sens interdit
09:42sur des avenues gigantesques,
09:44ça ne choque personne.
09:45Pour le coup...
09:46Donc il y a des gens dans les restaurants,
09:48dans les marchés,
09:48dans le Grand Bazar,
09:49le fameux cœur battant de Téhéran.
09:52Le Grand Bazar,
09:53le jeudi soir,
09:54c'est la veille du week-end là-bas,
09:56le Grand Bazar était bondé.
09:58Vraiment.
09:59Il y avait des marchands qui vendaient
10:02des t-shirts,
10:02des sacs,
10:04de la nourriture,
10:05même à l'extérieur du bazar.
10:06Les gens sont là à discuter,
10:08à vouloir acheter des choses,
10:09ils négocient un peu.
10:12Azadekian,
10:12ça correspond à ce que vous racontent vos amis,
10:13vos proches,
10:14vos collègues universitaires
10:15qui sont toujours là-bas ?
10:16C'est-à-dire ?
10:17Cette vie qui continue, bien sûr.
10:20Qui continue.
10:21Alors si vous permettez,
10:22je voudrais revenir sur...
10:23Voilà,
10:24certainement qu'il n'y a pas eu 15 millions de personnes,
10:26mais je pense que je connais cette artère
10:28qui commence à l'Est
10:30et qui se termine à l'Ouest,
10:32sur la place d'Azadi,
10:33qui contient entre 2 millions
10:35et 3 millions de personnes
10:36le jour de funérailles.
10:38Et je pense qu'on peut estimer
10:40à 2 à 3 millions de personnes
10:41ayant participé à ces funérailles,
10:43ce qui pour moi,
10:44c'est quand même beaucoup,
10:44puisque ça demandait
10:45beaucoup d'organisation.
10:46Alors effectivement,
10:47Téhéran continue à vivre,
10:49fort heureusement,
10:50et les Téhéranais ont vraiment été soulagés
10:52de la fin des bombardements,
10:54quand même,
10:54il ne faut pas oublier ça,
10:56parce que les gens étaient
10:57sous les bombardements,
10:58personne ne sortait
10:59pendant la guerre.
11:00Maintenant,
11:01après,
11:01pendant le cessez-le-feu actuel,
11:03les gens sortent
11:04et vaquent à leur vie quotidienne,
11:07sauf que les denrées alimentaires
11:09ont beaucoup augmenté.
11:10Il y a un taux d'inflation
11:11très important,
11:12le pouvoir d'achat des gens
11:14a beaucoup baissé,
11:15et donc le marasme économique
11:17et la situation de vie
11:19est vraiment,
11:20vraiment difficile.
11:21Ça,
11:21c'est la préoccupation
11:22numéro 1
11:22des Iraniens,
11:25en dehors de la guerre
11:26et des bombardements,
11:27évidemment,
11:28et de l'inquiétude
11:28du retour.
11:29En plus d'eux.
11:30Voilà,
11:30en plus d'eux,
11:31mais qui était même
11:32antérieur à la guerre
11:33puisqu'on se souvient
11:34du mouvement de contestation
11:35du mois de janvier.
11:35Ça,
11:35c'est un temps sicier.
11:37Vous l'avez constaté,
11:38Jean-Sébastien Soldaini,
11:39les prix dans les supermarchés,
11:41les prix des médicaments aussi,
11:43certains vous l'ont dit
11:44dans vos reportages.
11:45Tout a augmenté.
11:46Ça reste une évidence.
11:48Enfin,
11:49personnellement,
11:49pour moi,
11:50je n'ai pas pu le mesurer,
11:51mais quand on discute
11:51avec les Téhéranais
11:52ou avec les Iraniens,
11:54ils vous disent
11:54on peut trouver de tout.
11:56Si on veut,
11:56on peut s'acheter de la viande,
11:57si on veut,
11:57on peut s'acheter du poulet.
11:58Il y a tous les légumes disponibles.
12:00Vous avez tout ce qui est
12:02matériel technologique.
12:04Vous avez des marques américaines
12:06qui sont...
12:07Voilà,
12:08il y a ça,
12:09dernier cri.
12:10Quand vous arrivez
12:10dans certains établissements,
12:13l'ordinateur
12:14qui est entre vous
12:15et le caissier,
12:16c'est une grosse pomme.
12:17Enfin,
12:18il y a vraiment
12:19tout ce dont vous pouvez
12:21avoir besoin.
12:22La question,
12:22c'est de pouvoir se le payer.
12:23Et beaucoup de personnes
12:25disent,
12:25oui,
12:26on se limite
12:27à ce qui est strictement nécessaire.
12:29Sur les prix des médicaments,
12:30un interlocuteur
12:31dans un reportage,
12:31je crois,
12:31disait
12:32ça a fait fois dix.
12:33Ça a fait fois dix.
12:34Après,
12:34ça dépend des médicaments,
12:36ça dépend
12:38des produits
12:39même de nourriture.
12:40Vous avez de l'inflation
12:41sur la technologie,
12:42sur des parfums.
12:43Il y a un monsieur,
12:44un vendeur
12:44qui m'a dit,
12:44pour moi,
12:45le dernier mois,
12:45ça a pris 100%.
12:46La guerre a amplifié,
12:47évidemment,
12:48cette situation catastrophique
12:49à Zadekine.
12:50Tout à fait.
12:50La situation économique
12:51était déjà très difficile
12:52avant la guerre,
12:53mais la guerre a effectivement
12:55aggravé la situation.
12:56Pourquoi ?
12:57Parce qu'entre 2 millions
12:58et 4 millions,
12:59selon les économistes
13:01iraniens de l'Iran,
13:02se sont rajoutés
13:04aux chômeurs
13:04déjà existants,
13:05puisque les infrastructures
13:06ont été bombardées,
13:08qu'il y a des centaines
13:09de milliers de personnes
13:10qui travaillaient,
13:11par exemple,
13:12dans l'industrie
13:12de sidérurgie
13:14ou pétrogymique
13:15qui ont perdu
13:17leur emploi,
13:18bien sûr.
13:19Et puis,
13:19pendant ces mois
13:22de guerre,
13:22bien sûr,
13:23les activités,
13:24même commerciales,
13:25étaient à l'arrêt.
13:26Donc,
13:26il y a beaucoup
13:27de gens au chômage.
13:28Et quand je dis
13:28au chômage,
13:29c'est sans solde,
13:30d'une part.
13:31Et d'autre part,
13:32les prix ont beaucoup,
13:32beaucoup,
13:33beaucoup augmenté.
13:34Ce qu'on a envie
13:35de savoir aussi,
13:36on va parler de la répression,
13:37puisqu'on parle de ce mouvement
13:37de la vie chère
13:38qui a été réprimée
13:40dans le sang,
13:41on s'en souvient,
13:41et la répression,
13:42c'est sans doute
13:44accentué,
13:44amplifié depuis.
13:45Ce qu'on a envie
13:46de savoir aussi,
13:47d'abord,
13:48Jean-Sébastien Soldaini,
13:49dans ce que vous avez vu,
13:50c'est la situation
13:50des femmes.
13:51Est-ce que vous avez vu
13:52des femmes tête découverte
13:54dans la rue,
13:55à Téhéran ?
13:55Tous les jours,
13:56partout,
13:56tout le temps.
13:57C'est comme ça,
13:58que vous soyez au marché,
13:59que vous soyez dans la rue,
14:00que vous soyez dans les restaurants.
14:02Il y a une petite dizaine d'années,
14:04ça existait un petit peu
14:06dans certains quartiers de Téhéran,
14:08des quartiers un peu riches
14:09où les personnes ont des relations,
14:11ils savent qu'ils ne vont pas
14:12être forcément verbalisés
14:13ou on va juste leur dire
14:14que vous alliez
14:15dans des centres commerciaux.
14:17Le premier réflexe
14:17de certaines femmes,
14:18quand elles passaient la porte,
14:19c'était d'enlever leur voile
14:21et de les poser sur les épaules.
14:22Là, ce n'est même plus
14:23poser sur les épaules,
14:23c'est qu'il n'y est pas.
14:25Donc, vous le voyez,
14:26il y a des cheveux
14:29qui sont décolorés,
14:30qui sont de couleur.
14:31Il y a une autre situation
14:33qui m'a marqué,
14:33c'est une jeune femme
14:35qui avait un décolleté,
14:38rien d'indécent,
14:38rien de...
14:39C'est des choses
14:40que moi,
14:41je n'avais jamais vues.
14:42Dans vos reportages précédents,
14:43ces dernières années.
14:44Il y a ça
14:44et il y a aussi
14:45sur la route
14:48des femmes
14:48qui conduisent des motos.
14:50Et pour la première fois
14:52de ma vie à Téhéran,
14:53un de mes chauffeurs de taxi
14:55était une femme.
14:55Donc voilà.
14:56Après,
14:57en discutant avec elle
14:59un petit peu
15:00de façon informelle,
15:02elles sont conscientes
15:03du fait que
15:04ce n'est pas pour ça
15:05que les choses ont changé.
15:06C'est notamment,
15:06a priori,
15:07un peu plus difficile
15:08de trouver du travail
15:09si on n'est pas voilé.
15:10Et évidemment,
15:10il faut nuancer tout ça
15:12à Zadekia.
15:13Ça ne veut pas dire forcément,
15:14ce n'est pas parce qu'il y a
15:15des gens dans les cafés
15:15que les femmes peuvent sortir
15:17tête découverte
15:17que le régime s'est assoupli.
15:20Absolument pas.
15:21C'est-à-dire que
15:21c'est des libertés,
15:22si vous voulez,
15:23sociales
15:24qui sont permises,
15:25autorisées aujourd'hui
15:27et notamment par des gardiens
15:28de la révolution,
15:29ce qui montre
15:30que les Molas
15:31ne sont plus au pouvoir
15:32et ce sont des militaires
15:33qui sont au pouvoir
15:33et pour les militaires,
15:35ce qui est important,
15:36c'est de rester au pouvoir
15:37et vraiment,
15:39que les femmes sortent
15:39sans voile,
15:40ce n'est pas du tout
15:41leur problème.
15:41Maintenant,
15:43effectivement,
15:44tout ça ne veut pas dire
15:45que les lois ont changé,
15:46les lois restent
15:48exactement les mêmes,
15:49même les lois
15:50qui contraignent
15:52les femmes
15:52de porter le voile
15:53restent les mêmes,
15:54c'est juste une tolérance
15:56entre guillemets
15:56à l'heure actuelle,
15:58on va voir,
15:58mais n'oublions pas
15:59que c'est l'un des acquis
16:01du mouvement
16:01Femmes-Vie-Liberté
16:02de 2022
16:03et que depuis ce mouvement,
16:05il y a énormément
16:06de jeunes filles
16:07qui déjà dans des grandes villes,
16:08pas seulement à terrain d'ailleurs,
16:09sortaient sans voile,
16:10fréquentaient des cafés
16:11quant aux chauffeurs
16:13de taxi femmes,
16:14ça existait même
16:15il y a 20 ans,
16:17effectivement,
16:17donc ça ne date pas
16:18d'aujourd'hui.
16:18En revanche,
16:19les filles qui montent
16:20en moto
16:21et qui aujourd'hui
16:22peuvent obtenir
16:23leur permis
16:24de conduire,
16:25ça,
16:25c'est une nouveauté,
16:26ça date de janvier
16:272026,
16:28mais les exécutions
16:29continuent,
16:30la répression continue,
16:31il y a même mes collègues
16:32universitaires,
16:33chercheurs,
16:33qui sont tout le temps
16:35interrogés par les services
16:36de renseignement
16:37et qui sont emprisonnés.
16:39Donc la situation
16:40des droits humains
16:41est vraiment désastreuse.
16:42Vous avez des collègues
16:44avec qui vous êtes en contact,
16:45vous étiez en contact
16:46encore ces derniers mois,
16:47ces dernières semaines,
16:48qui ont été arrêtés,
16:49qui sont inquiétés.
16:50Absolument,
16:51absolument,
16:52et d'ailleurs,
16:53ils ont d'ailleurs publié
16:54une déclaration
16:56dénonçant
16:56ces exactions commises
16:58à l'encontre,
16:59justement,
17:00de ces universitaires,
17:01de ces chercheurs
17:02qui ne sont pas
17:03des opposants politiques
17:04au sens strict du terme.
17:06Et je précise d'ailleurs
17:07qu'on ne sait toujours pas
17:08combien d'Iraniens
17:09ont été tués
17:10dans la répression
17:11du mouvement.
17:11Plusieurs milliers,
17:12mais on ne sait pas, oui.
17:12Plusieurs milliers,
17:13très certainement,
17:14mais on ne le sait toujours pas.
17:16Il y a encore
17:16beaucoup de familles en Iran
17:17qui ne savent pas
17:18si leurs proches
17:19ont été tués
17:20ou sont emprisonnés
17:21et qui cherchent
17:22la dépouille
17:23ou des nouvelles
17:23de leurs proches,
17:24il faut le dire.
17:25Jean-Louis,
17:26bonjour,
17:26vous êtes au Standard
17:27de France Inter,
17:28bienvenue à vous,
17:28et on écoute votre question.
17:30Bonjour Simon
17:31et bonjour à vos deux invités.
17:33De ce pays magnifique
17:35et qu'il est l'Iran,
17:35nous avons bien entendu
17:36en retour
17:37les annonces officielles,
17:38mais grâce à vous,
17:40nous savons que malheureusement
17:41il existe aussi
17:42des arrestations,
17:43enfin toujours des arrestations,
17:44des exécutions
17:45et la répression
17:47qui perdurent.
17:48Qu'est-ce que
17:49tout ça veut dire
17:51du régime
17:53en place
17:54et sur ce que
17:55vivent les Iraniens ?
17:56Et j'aimerais rajouter
17:57une toute petite
17:59question complémentaire.
18:00La culture,
18:01on n'en parle pas
18:02assez souvent,
18:03est-ce que ça les aide
18:04vraiment à tenir ?
18:05Merci beaucoup Jean-Louis
18:06pour ces questions.
18:08Qu'est-ce que cela dit
18:09du régime ?
18:10On va en parler.
18:11Qu'est-ce que cela dit
18:13des Iraniens
18:14et aussi
18:15du moral de la société
18:16aujourd'hui ?
18:17Est-ce que les gens
18:17ont pu vous en parler ?
18:19Peut-être pas au micro,
18:20très certainement.
18:21On l'a bien compris,
18:22Jean-Sébastien,
18:23dans ces conditions
18:23que personne n'allait vous dire
18:25officiellement
18:26ce qu'ils pensent du régime.
18:27Peut-être de manière
18:28un peu plus informelle ?
18:30Ce qu'il faut comprendre,
18:31c'est que sur les années
18:32qui ont précédé
18:33les mandats Trump,
18:34je vais essayer de faire vite,
18:35mais il y a une classe moyenne
18:37qui a émergé
18:37et qui s'est installée
18:38et qui a acquis
18:39un certain confort.
18:40Et avec ça,
18:41il y a eu aussi des loisirs.
18:43Aujourd'hui,
18:43il y a des théâtres,
18:44il y a des endroits
18:45où on peut danser,
18:45il y a des endroits
18:46où les jeunes Téhéranais
18:48peuvent sortir.
18:48Donc de ça,
18:49ils en profitent
18:50et ils essayent,
18:51je pense,
18:52à mon avis,
18:52de s'accommoder,
18:53de vivre comme
18:55ils le peuvent
18:55et d'essayer
18:56de profiter
18:57comme ils le peuvent.
18:58Donc cette vie culturelle,
19:00elle existe.
19:01Elle existe aujourd'hui
19:02à Téhéran
19:03et je pense
19:03qu'elle ne gêne personne.
19:05Le problème,
19:05c'est que personnellement,
19:06moi,
19:06je n'ai pas pu la constater.
19:08Sur le régime
19:10Azadekian,
19:10est-ce que
19:13la reprise
19:14ou en tout cas
19:14la continuation
19:15des exécutions
19:17peut être
19:17l'intensification
19:19aussi de ces exécutions ?
19:21Qu'est-ce qu'elle dit
19:22de l'état du régime
19:23aujourd'hui ?
19:24Écoutez,
19:24ce régime,
19:25c'est impopulaire
19:26parce qu'avant
19:27le début de la guerre,
19:29on sait que les sondages
19:30le montraient,
19:30les sondages du régime
19:31le montraient,
19:32plus de 80% des Iraniens
19:33étaient pour le changement
19:35et étaient contre le régime
19:36et même plus récemment,
19:37il y a eu des sondages
19:39qui montraient
19:39que la majorité écrasante
19:41de la population
19:42encore insistait
19:43pour voir un changement.
19:45Donc c'est un régime
19:46qui se sait impopulaire
19:49et donc qui se cramponne
19:50bien sûr au pouvoir
19:51et la guerre
19:51a beaucoup profité
19:52à ce régime
19:53et notamment aux militaires
19:55qui sont restés au pouvoir.
19:58Le régime a été décapité,
19:59on le sait,
19:59mais resté au pouvoir,
20:01a tenu tête,
20:02a obtenu beaucoup de popularité
20:04dans beaucoup de parties
20:06de ce monde.
20:07Il faut voyager
20:08pour voir
20:09et ça,
20:09je pense que
20:09les journalistes le savent.
20:12Et donc,
20:13pour se maintenir au pouvoir
20:14en Iran même,
20:16eh bien,
20:16ils continuent à exécuter,
20:17ils continuent à réprimer
20:18parce qu'ils ont peur
20:20de leur propre population.
20:21Ils n'ont pas peur de Trump,
20:22mais ils ont peur
20:24de leur propre population.
20:26On comprend donc
20:27en écoutant Azadekian
20:28le tabou
20:29que vous avez rencontré
20:30sur place
20:31et l'impossibilité
20:32pour les gens
20:32de vous parler ouvertement
20:34du pouvoir iranien.
20:35Non, non,
20:36ça c'est évident
20:37même après si
20:37dans certaines discussions
20:40on y arrive
20:40mais il y a aussi
20:42une chose
20:42qui est très très très surprenante
20:44c'est que
20:44vous avez des personnes
20:45qui étaient
20:46dans les manifestations
20:47Femmes, Vie, Liberté
20:48et qui ont participé
20:50à ces manifestations
20:53et qui aujourd'hui
20:55ça m'a vraiment surpris
20:57sont capables
20:58de vous dire
20:58on n'est pas d'accord
21:00avec ce que fait le pouvoir
21:02mais on les remercie
21:04on est fiers
21:05il y a une fierté nationale
21:06qui ressort de ça
21:07d'avoir tenu tête
21:08à la première puissance mondiale
21:09et à la première puissance régionale.
21:10Merci à tous les deux
21:11en tout cas
21:11de nous avoir raconté
21:14l'Iran
21:15ou en tout cas
21:15une partie de l'Iran
21:17d'aujourd'hui
21:18tel qu'on peut
21:18y avoir accès
21:20avec nos moyens
21:21et grâce à vous
21:21qui avez pu vous y rendre
21:22Jean-Sébastien Soldaini
21:23pour Radio France
21:24ces derniers jours
21:25dans ce contexte aussi
21:26de reprise de tension
21:27on l'a vu encore
21:28ces dernières heures
21:29avec des frappes
21:29de part et d'autre
21:30Jean-Sébastien Soldaini
21:31est grand reporter
21:32à Radio France
21:32et Azadek Yann
21:33professeur émérite de sociologie
21:35à l'université Paris Cité
21:36un grand merci
21:37vraiment à tous les deux
21:39dans un instant
21:40la revue de presse.
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