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  • il y a 12 heures
Dans son rapport annuel, la Caisse nationale de l’Assurance Maladie plaide pour interdire la vente de cigarettes aux jeunes nés après 2009 pour créer une génération "sans tabac". Son directeur général, Thomas Fatôme, rappelle que la lutte contre le tabac "reste un enjeu de santé publique majeur". Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-06-juillet-2026-3483751

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00:02France Inter, le 6-9
00:04Et notre invité est le directeur général de la Caisse Nationale de l'Assurance Maladie.
00:08Bonjour Thomas Fatome.
00:09Bonjour.
00:10On a beaucoup parlé de vos propositions choc ces derniers jours
00:14et c'est votre première interview depuis la publication de ce rapport annuel
00:18destiné, dites-vous, à éclairer les débats sur le budget à l'automne prochain.
00:22Merci d'accorder cette interview à France Inter.
00:2440 propositions donc, parmi lesquelles, celle qui a été la plus commentée,
00:28l'interdiction de la vente de cigarettes aux personnes nées après 2009,
00:32c'est-à-dire toutes celles et ceux qui vont avoir 18 ans l'année prochaine
00:34et toutes les générations suivantes.
00:36Donc on passerait d'une politique, j'allais dire des petits pas,
00:39avec une augmentation importante mais progressive des prix,
00:43avec des images sur les paquets de cigarettes, avec des campagnes de prévention.
00:47On passe de ça à une interdiction pure et simple.
00:50C'est réaliste selon vous ?
00:51En tous les cas, ça pose la question de notre situation sur le tabagisme.
00:54Il faut être optimiste, il y a beaucoup d'optimistes sur ce plateau,
00:57donc je vais aller dans ce sens-là.
00:58Ça baisse en France, ça baisse beaucoup.
01:01On a passé en dessous des 20% de fumeurs.
01:04Mais les autres pays, autour de nous, fument beaucoup moins.
01:07La France reste l'un des pays qui fument le plus.
01:10Exactement.
01:10Dans l'Union Européenne, top 3.
01:12Exactement, dans le top 3.
01:13Et on se dit, voilà, ça reste quand même un enjeu de santé publique majeur.
01:17Plus de 68 000 morts par an, c'est considérable.
01:20Près de 160 000 personnes qui aujourd'hui ont un cancer du poumon.
01:24150 à 200 000 jeunes qui commencent chaque année à fumer.
01:27Donc la proposition de l'assurance maladie, c'est de mettre dans le débat public
01:30une nouvelle étape importante de la lutte contre le tabac.
01:33Est-ce qu'on peut aller plus loin ?
01:34Est-ce qu'on trouve normal aujourd'hui qu'on puisse encore commencer à fumer
01:37alors que quand vous commencez à fumer, vous avez une chance sur quatre
01:40d'avoir un cancer du poumon dans votre vie ?
01:42Mais vous dites ça pour provoquer, justement, ou pour animer le débat ?
01:47Les Anglais.
01:47Vous voyez vraiment, il y a eu une proposition de loi présentée par les écologistes
01:51il y a quelques mois, en novembre 2025, qui est soutenue par des députés
01:54d'à peu près tous les bords politiques.
01:55Par exemple, vous la soutenez ?
01:56Oui, tout à fait.
01:57Les Anglais viennent de voter cette loi.
01:59Ils ne sont pas, ils sont juste à côté de nous.
02:01C'est une île, mais enfin quand même, on est assez proche d'eux.
02:03C'est pour éclairer aussi l'importance de la prévention.
02:06Le rapport que vous évoquez, qu'on a proposé la semaine dernière,
02:10qui sera soumis au vote du Conseil de la Caisse Nationale cette semaine,
02:13il met le virage préventif au cœur de notre stratégie.
02:16Pourquoi ? Parce qu'on a de plus en plus de malades chroniques
02:18et qu'on sait que 80% de ces maladies chroniques peuvent être évitées.
02:22Moins de tabac, plus d'activité physique, une meilleure nutrition,
02:26plus de vaccination, plus de dépistage.
02:27On fait aussi une proposition par exemple importante,
02:29qui est moins, peut-être, clinquante, entre guillemets,
02:32moins médiatique que le tabac.
02:34La vaccination sur le pneumocoque.
02:36On est à moins de 20% de taux de vaccination des plus de 65 ans.
02:39C'est 200 000 hospitalisations par an.
02:42Pourquoi ? On ne lance pas, c'est notre proposition,
02:43une grande campagne pour favoriser la vaccination des personnes âgées sur le pneumocoque.
02:47On va parler des autres propositions, simplement pour terminer sur le tabac.
02:50Les buralistes, vous avez dit, vous avez parlé du Royaume-Uni
02:52qui vient d'adopter cette mesure.
02:54Les buralistes, la Confédération des buralistes dit
02:56justement la France n'est pas une île.
02:57Il y a huit passages frontaliers.
02:59Qu'est-ce que vous leur répondez ?
03:00Je leur réponds qu'il faut aussi, en effet, poser ce sujet au niveau européen.
03:04Depuis longtemps, l'Europe considère le tabac comme une marchandise, comme une autre.
03:08On peut aller de l'autre côté de la frontière, s'acheter beaucoup de cigarettes.
03:12Est-ce que c'est normal ?
03:13Nous, on pense à l'assurance maladie,
03:15que le tabac, ce n'est pas une marchandise comme une autre.
03:17Et donc, il faut donner la capacité aux États
03:20de mieux réguler le marché du tabac en Europe.
03:22Il y a une frilosité de la part du gouvernement.
03:23Pour l'instant, la ministre de la Santé dit qu'elle est favorable,
03:25mais à titre personnel.
03:26C'est normal, c'est normal.
03:27Mais c'est intéressant de voir, évidemment,
03:29une ministre de la Santé rebondir sur cette proposition.
03:32Et voilà, encore une fois, provoquer le débat public,
03:34il ne faut pas qu'on laisse s'installer l'idée qu'on a tout fait sur le tabac.
03:37Ce n'est pas vrai.
03:37On peut aller plus loin et c'est notre responsabilité.
03:39Autre proposition que vous faites avec l'assurance maladie Thomas Fatome,
03:43elle concerne tous les consommateurs sur le Nutri-Score.
03:45Vous proposez de le rendre obligatoire pour tous les produits emballés.
03:48Pourquoi ce n'est pas encore le cas ?
03:49Comme pour le tabac, il y a aussi là des lobbies très puissants.
03:52Alors, en tous les cas, il y a eu un débat au Parlement l'année dernière.
03:55Ça a failli être voté à quelques voix près.
03:57Et là encore, pourquoi on propose ça ?
03:59On a fait une étude, et je vous invite à la regarder dans le rapport,
04:03avec l'OCDE pour essayer de regarder c'est quoi les actions de prévention
04:06qui ont les meilleurs résultats.
04:07Et justement, elle montre que le Nutri-Score est efficace.
04:11Exactement.
04:11C'est que ça provoque un changement de comportement du côté de l'alimentation
04:14et qu'on sait maintenant, c'est bien documenté,
04:17que voilà, avoir une bonne alimentation,
04:19eh bien c'est clé pour votre santé.
04:21Idem aussi sur l'alimentation ultra transformée.
04:23Mais, étude après étude, on voit les impacts sur la santé
04:25de cette alimentation ultra transformée.
04:27Il faut même aller plus loin que le Nutri-Score,
04:29peut-être mettre une indication sur les produits.
04:30Attention à l'alimentation ultra transformée.
04:32Avec une indication sur les additifs, dites-vous, néfastes pour la santé,
04:36que ce soit écrit noir sur blanc.
04:37Exactement.
04:37Encore une fois, ce virage préventif,
04:39il passe par la mobilisation de tous les leviers,
04:41faire bouger les comportements,
04:43c'est de la responsabilité de l'assurance maladie.
04:44Il y a aussi ce que vous appelez la désescalade thérapeutique,
04:47c'est-à-dire prescrire moins, notamment en oncologie.
04:50Alors, ça, c'est difficile à faire accepter aux patients atteints de cancer,
04:55à leur famille, à dire il y a certains médicaments qui coûtent trop cher
04:58et qu'on va moins vous prescrire.
04:59Non, ce n'est pas parce qu'ils coûtent trop cher.
05:00Et ça part d'abord de la communauté scientifique.
05:03Vous avez des centres de lutte contre le cancer,
05:05par exemple, Gustave Roussy mène des études.
05:08Institut de référence.
05:09Exactement.
05:10Ce n'est pas pour des raisons financières.
05:12C'est qu'il va comparer.
05:13Est-ce que ça sert à quelque chose de rajouter des lignes de traitement,
05:16d'intensifier encore les traitements,
05:17par rapport à des hypothèses où on fait moins ?
05:19Pas pour faire de l'économie but de survie.
05:21C'est vraiment la clé.
05:23La clé, c'est ce qu'on appelle le bénéfice-risque.
05:25C'est la qualité de vie des patients.
05:28Et donc, notre rôle à nous,
05:29ce n'est pas de décider,
05:31vous n'avez pas le droit à telle ou telle ligne de médicaments.
05:33C'est de soutenir les chercheurs,
05:35de soutenir les médecins,
05:37qui disent qu'on veut mener des études,
05:39justement, de désescalade thérapeutique,
05:41pour regarder si, est-ce que oui ou non,
05:42on a vraiment besoin de cette troisième,
05:43cette quatrième, cette cinquième ligne ?
05:45Concrètement, on prend la liste des médicaments les plus prescrits
05:47et on s'interroge sur leur efficacité.
05:49Alors, il y a vraiment deux choses distinctes.
05:51Est-ce qu'on soutient des études vraiment scientifiques,
05:54qui ne sont pas forcément menées par l'industrie pharmaceutique,
05:57mais justement, qui doivent être menées par les chercheurs ?
05:59Est-ce que l'assurance manie peut les soutenir ?
06:01Puis, de l'autre côté, il y a tout le sujet
06:02qu'on appelle les sujets de la déprescription.
06:04On est un pays, c'est vrai,
06:06qui a une habitude, on va dire,
06:07de consommation et de prescription du médicament
06:09plus importante que nos voisins.
06:10On est le pays où le taux de consultation chez le médecin
06:13qui ne débouche pas sur un médicament
06:15est parmi les plus faibles d'Europe.
06:16Donc, est-ce que ça aussi, on arrive à réinterroger ça,
06:19ça veut dire un bilan de médication chez le pharmacien,
06:21ça veut dire une consultation longue chez le médecin
06:24qui va pouvoir prendre le temps
06:26de revoir votre liste de médicaments ?
06:27Encore une fois, le sujet, c'est la qualité des soins,
06:30c'est la santé publique,
06:31mais on sait que, voilà, les personnes âgées,
06:33il y a plusieurs millions de personnes âgées
06:34qui prennent 5 à 10 médicaments régulièrement,
06:37on sait que ça peut avoir des effets iatrogènes négatifs.
06:39Donc, moins de médicaments,
06:40y compris pour certains cancers.
06:42On comprend en vous écoutant
06:43que c'est une révolution en France
06:45et c'est pour ça qu'on parle de proposition choc.
06:47Il y a aussi, dans ce rapport de l'assurance maladie,
06:49pour la première fois, la question des Outre-mer
06:51qui fait l'objet d'un sujet spécifique.
06:53Vous dites que les territoires d'Outre-mer
06:55ont des enjeux de santé justement particuliers,
06:58dû notamment à leur histoire coloniale.
07:00Pourquoi ça a pris si longtemps ?
07:03Alors, il y a d'abord la spécificité,
07:05l'éloignement, la démographie des professionnels de santé,
07:09les situations en termes épidémiques,
07:11l'accès aux soins est plus difficile.
07:14Donc, on a voulu appliquer notre grille de lecture
07:16de notre rapport annuel,
07:17plus de prévention, un parcours de soins organisé,
07:20le juste soin à juste prix.
07:21On a voulu l'appliquer au territoire Uldre-Marin
07:24parce qu'on est là aussi pour apporter des réponses
07:25à tous les assurés sociaux de l'assurance maladie
07:28en métropole comme dans l'Hexagone.
07:29Et donc, typiquement,
07:31se dire qu'on a deux fois plus de chances
07:33d'avoir du diabète dans les territoires ultramarins
07:36qu'en l'Hexagone, ça doit nous interpeller.
07:37À la Réunion, ils ont lancé un grand plan diabète,
07:40mobilisation générale autour de ce sujet-là,
07:42dans les écoles, dans les hôpitaux,
07:44dans les cabinets médicaux.
07:45Eh bien, on souhaite soutenir ce dispositif.
07:47Parce que très concrètement,
07:48les produits qu'on trouve aussi dans l'Hexagone
07:51sont plus sucrés dans les rayons des supermarchés d'Outre-mer.
07:54Exactement, vous savez qu'historiquement,
07:56on a une dose en sucre plus importante.
07:58Il y a eu cette fameuse loi LUREL en 2013
07:59qui a été mise en œuvre,
08:00qui a permis de faire des progrès.
08:01Mais les études montrent quand même
08:03qu'on a encore une teneur en sucre
08:04de beaucoup de produits
08:05qui est plus élevée que dans l'Hexagone.
08:07Et évidemment, c'est là aussi
08:08un enjeu de santé publique important.
08:09Un tout dernier mot, Thomas Fatome.
08:11Il nous reste quelques secondes.
08:12Journée spéciale aujourd'hui sur France Inter.
08:14Sur l'adaptation au changement climatique.
08:16On en parlera tout à l'heure à 8h20
08:17avec nos invités dans le Grand Entretien.
08:19La prévention, c'est aussi justement
08:21l'adaptation à ce changement climatique.
08:23Clairement, clairement.
08:24Évidemment, d'abord un mot pour les soignants
08:25qui ont été au front sur la canicule.
08:27L'assurance maladie, elle est faite
08:28pour les accompagner, offrir les soins.
08:30Et vraiment, je pense qu'on peut leur tirer
08:31un grand coup de chapeau.
08:32Ensuite, nous, assurance maladie,
08:34on s'est mis en situation
08:35de faire cette transition écologique.
08:37D'accompagner les professionnels de santé.
08:39Moins de gaspillage, plus de sobriété
08:40dans le système de santé.
08:42Accompagner l'ensemble des acteurs.
08:43Ça fait partie vraiment aussi
08:44des nouvelles missions.
08:46Un exemple, les délégués de l'assurance maladie,
08:48qui sont un peu nos visiteurs médicaux,
08:49ils sont allés voir 30 000 professionnels de santé
08:51en début d'année autour des perturbateurs endocriniens.
08:54C'est un vrai enjeu de santé publique.
08:56Et donc, on est aussi sur la balle sur ce sujet-là.
08:58Merci beaucoup Thomas Fatome,
09:00directeur général de la Caisse nationale
09:02de l'assurance maladie.
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