00:02France Inter, le 6-9
00:04Et notre invité est le directeur général de la Caisse Nationale de l'Assurance Maladie.
00:08Bonjour Thomas Fatome.
00:09Bonjour.
00:10On a beaucoup parlé de vos propositions choc ces derniers jours
00:14et c'est votre première interview depuis la publication de ce rapport annuel
00:18destiné, dites-vous, à éclairer les débats sur le budget à l'automne prochain.
00:22Merci d'accorder cette interview à France Inter.
00:2440 propositions donc, parmi lesquelles, celle qui a été la plus commentée,
00:28l'interdiction de la vente de cigarettes aux personnes nées après 2009,
00:32c'est-à-dire toutes celles et ceux qui vont avoir 18 ans l'année prochaine
00:34et toutes les générations suivantes.
00:36Donc on passerait d'une politique, j'allais dire des petits pas,
00:39avec une augmentation importante mais progressive des prix,
00:43avec des images sur les paquets de cigarettes, avec des campagnes de prévention.
00:47On passe de ça à une interdiction pure et simple.
00:50C'est réaliste selon vous ?
00:51En tous les cas, ça pose la question de notre situation sur le tabagisme.
00:54Il faut être optimiste, il y a beaucoup d'optimistes sur ce plateau,
00:57donc je vais aller dans ce sens-là.
00:58Ça baisse en France, ça baisse beaucoup.
01:01On a passé en dessous des 20% de fumeurs.
01:04Mais les autres pays, autour de nous, fument beaucoup moins.
01:07La France reste l'un des pays qui fument le plus.
01:10Exactement.
01:10Dans l'Union Européenne, top 3.
01:12Exactement, dans le top 3.
01:13Et on se dit, voilà, ça reste quand même un enjeu de santé publique majeur.
01:17Plus de 68 000 morts par an, c'est considérable.
01:20Près de 160 000 personnes qui aujourd'hui ont un cancer du poumon.
01:24150 à 200 000 jeunes qui commencent chaque année à fumer.
01:27Donc la proposition de l'assurance maladie, c'est de mettre dans le débat public
01:30une nouvelle étape importante de la lutte contre le tabac.
01:33Est-ce qu'on peut aller plus loin ?
01:34Est-ce qu'on trouve normal aujourd'hui qu'on puisse encore commencer à fumer
01:37alors que quand vous commencez à fumer, vous avez une chance sur quatre
01:40d'avoir un cancer du poumon dans votre vie ?
01:42Mais vous dites ça pour provoquer, justement, ou pour animer le débat ?
01:47Les Anglais.
01:47Vous voyez vraiment, il y a eu une proposition de loi présentée par les écologistes
01:51il y a quelques mois, en novembre 2025, qui est soutenue par des députés
01:54d'à peu près tous les bords politiques.
01:55Par exemple, vous la soutenez ?
01:56Oui, tout à fait.
01:57Les Anglais viennent de voter cette loi.
01:59Ils ne sont pas, ils sont juste à côté de nous.
02:01C'est une île, mais enfin quand même, on est assez proche d'eux.
02:03C'est pour éclairer aussi l'importance de la prévention.
02:06Le rapport que vous évoquez, qu'on a proposé la semaine dernière,
02:10qui sera soumis au vote du Conseil de la Caisse Nationale cette semaine,
02:13il met le virage préventif au cœur de notre stratégie.
02:16Pourquoi ? Parce qu'on a de plus en plus de malades chroniques
02:18et qu'on sait que 80% de ces maladies chroniques peuvent être évitées.
02:22Moins de tabac, plus d'activité physique, une meilleure nutrition,
02:26plus de vaccination, plus de dépistage.
02:27On fait aussi une proposition par exemple importante,
02:29qui est moins, peut-être, clinquante, entre guillemets,
02:32moins médiatique que le tabac.
02:34La vaccination sur le pneumocoque.
02:36On est à moins de 20% de taux de vaccination des plus de 65 ans.
02:39C'est 200 000 hospitalisations par an.
02:42Pourquoi ? On ne lance pas, c'est notre proposition,
02:43une grande campagne pour favoriser la vaccination des personnes âgées sur le pneumocoque.
02:47On va parler des autres propositions, simplement pour terminer sur le tabac.
02:50Les buralistes, vous avez dit, vous avez parlé du Royaume-Uni
02:52qui vient d'adopter cette mesure.
02:54Les buralistes, la Confédération des buralistes dit
02:56justement la France n'est pas une île.
02:57Il y a huit passages frontaliers.
02:59Qu'est-ce que vous leur répondez ?
03:00Je leur réponds qu'il faut aussi, en effet, poser ce sujet au niveau européen.
03:04Depuis longtemps, l'Europe considère le tabac comme une marchandise, comme une autre.
03:08On peut aller de l'autre côté de la frontière, s'acheter beaucoup de cigarettes.
03:12Est-ce que c'est normal ?
03:13Nous, on pense à l'assurance maladie,
03:15que le tabac, ce n'est pas une marchandise comme une autre.
03:17Et donc, il faut donner la capacité aux États
03:20de mieux réguler le marché du tabac en Europe.
03:22Il y a une frilosité de la part du gouvernement.
03:23Pour l'instant, la ministre de la Santé dit qu'elle est favorable,
03:25mais à titre personnel.
03:26C'est normal, c'est normal.
03:27Mais c'est intéressant de voir, évidemment,
03:29une ministre de la Santé rebondir sur cette proposition.
03:32Et voilà, encore une fois, provoquer le débat public,
03:34il ne faut pas qu'on laisse s'installer l'idée qu'on a tout fait sur le tabac.
03:37Ce n'est pas vrai.
03:37On peut aller plus loin et c'est notre responsabilité.
03:39Autre proposition que vous faites avec l'assurance maladie Thomas Fatome,
03:43elle concerne tous les consommateurs sur le Nutri-Score.
03:45Vous proposez de le rendre obligatoire pour tous les produits emballés.
03:48Pourquoi ce n'est pas encore le cas ?
03:49Comme pour le tabac, il y a aussi là des lobbies très puissants.
03:52Alors, en tous les cas, il y a eu un débat au Parlement l'année dernière.
03:55Ça a failli être voté à quelques voix près.
03:57Et là encore, pourquoi on propose ça ?
03:59On a fait une étude, et je vous invite à la regarder dans le rapport,
04:03avec l'OCDE pour essayer de regarder c'est quoi les actions de prévention
04:06qui ont les meilleurs résultats.
04:07Et justement, elle montre que le Nutri-Score est efficace.
04:11Exactement.
04:11C'est que ça provoque un changement de comportement du côté de l'alimentation
04:14et qu'on sait maintenant, c'est bien documenté,
04:17que voilà, avoir une bonne alimentation,
04:19eh bien c'est clé pour votre santé.
04:21Idem aussi sur l'alimentation ultra transformée.
04:23Mais, étude après étude, on voit les impacts sur la santé
04:25de cette alimentation ultra transformée.
04:27Il faut même aller plus loin que le Nutri-Score,
04:29peut-être mettre une indication sur les produits.
04:30Attention à l'alimentation ultra transformée.
04:32Avec une indication sur les additifs, dites-vous, néfastes pour la santé,
04:36que ce soit écrit noir sur blanc.
04:37Exactement.
04:37Encore une fois, ce virage préventif,
04:39il passe par la mobilisation de tous les leviers,
04:41faire bouger les comportements,
04:43c'est de la responsabilité de l'assurance maladie.
04:44Il y a aussi ce que vous appelez la désescalade thérapeutique,
04:47c'est-à-dire prescrire moins, notamment en oncologie.
04:50Alors, ça, c'est difficile à faire accepter aux patients atteints de cancer,
04:55à leur famille, à dire il y a certains médicaments qui coûtent trop cher
04:58et qu'on va moins vous prescrire.
04:59Non, ce n'est pas parce qu'ils coûtent trop cher.
05:00Et ça part d'abord de la communauté scientifique.
05:03Vous avez des centres de lutte contre le cancer,
05:05par exemple, Gustave Roussy mène des études.
05:08Institut de référence.
05:09Exactement.
05:10Ce n'est pas pour des raisons financières.
05:12C'est qu'il va comparer.
05:13Est-ce que ça sert à quelque chose de rajouter des lignes de traitement,
05:16d'intensifier encore les traitements,
05:17par rapport à des hypothèses où on fait moins ?
05:19Pas pour faire de l'économie but de survie.
05:21C'est vraiment la clé.
05:23La clé, c'est ce qu'on appelle le bénéfice-risque.
05:25C'est la qualité de vie des patients.
05:28Et donc, notre rôle à nous,
05:29ce n'est pas de décider,
05:31vous n'avez pas le droit à telle ou telle ligne de médicaments.
05:33C'est de soutenir les chercheurs,
05:35de soutenir les médecins,
05:37qui disent qu'on veut mener des études,
05:39justement, de désescalade thérapeutique,
05:41pour regarder si, est-ce que oui ou non,
05:42on a vraiment besoin de cette troisième,
05:43cette quatrième, cette cinquième ligne ?
05:45Concrètement, on prend la liste des médicaments les plus prescrits
05:47et on s'interroge sur leur efficacité.
05:49Alors, il y a vraiment deux choses distinctes.
05:51Est-ce qu'on soutient des études vraiment scientifiques,
05:54qui ne sont pas forcément menées par l'industrie pharmaceutique,
05:57mais justement, qui doivent être menées par les chercheurs ?
05:59Est-ce que l'assurance manie peut les soutenir ?
06:01Puis, de l'autre côté, il y a tout le sujet
06:02qu'on appelle les sujets de la déprescription.
06:04On est un pays, c'est vrai,
06:06qui a une habitude, on va dire,
06:07de consommation et de prescription du médicament
06:09plus importante que nos voisins.
06:10On est le pays où le taux de consultation chez le médecin
06:13qui ne débouche pas sur un médicament
06:15est parmi les plus faibles d'Europe.
06:16Donc, est-ce que ça aussi, on arrive à réinterroger ça,
06:19ça veut dire un bilan de médication chez le pharmacien,
06:21ça veut dire une consultation longue chez le médecin
06:24qui va pouvoir prendre le temps
06:26de revoir votre liste de médicaments ?
06:27Encore une fois, le sujet, c'est la qualité des soins,
06:30c'est la santé publique,
06:31mais on sait que, voilà, les personnes âgées,
06:33il y a plusieurs millions de personnes âgées
06:34qui prennent 5 à 10 médicaments régulièrement,
06:37on sait que ça peut avoir des effets iatrogènes négatifs.
06:39Donc, moins de médicaments,
06:40y compris pour certains cancers.
06:42On comprend en vous écoutant
06:43que c'est une révolution en France
06:45et c'est pour ça qu'on parle de proposition choc.
06:47Il y a aussi, dans ce rapport de l'assurance maladie,
06:49pour la première fois, la question des Outre-mer
06:51qui fait l'objet d'un sujet spécifique.
06:53Vous dites que les territoires d'Outre-mer
06:55ont des enjeux de santé justement particuliers,
06:58dû notamment à leur histoire coloniale.
07:00Pourquoi ça a pris si longtemps ?
07:03Alors, il y a d'abord la spécificité,
07:05l'éloignement, la démographie des professionnels de santé,
07:09les situations en termes épidémiques,
07:11l'accès aux soins est plus difficile.
07:14Donc, on a voulu appliquer notre grille de lecture
07:16de notre rapport annuel,
07:17plus de prévention, un parcours de soins organisé,
07:20le juste soin à juste prix.
07:21On a voulu l'appliquer au territoire Uldre-Marin
07:24parce qu'on est là aussi pour apporter des réponses
07:25à tous les assurés sociaux de l'assurance maladie
07:28en métropole comme dans l'Hexagone.
07:29Et donc, typiquement,
07:31se dire qu'on a deux fois plus de chances
07:33d'avoir du diabète dans les territoires ultramarins
07:36qu'en l'Hexagone, ça doit nous interpeller.
07:37À la Réunion, ils ont lancé un grand plan diabète,
07:40mobilisation générale autour de ce sujet-là,
07:42dans les écoles, dans les hôpitaux,
07:44dans les cabinets médicaux.
07:45Eh bien, on souhaite soutenir ce dispositif.
07:47Parce que très concrètement,
07:48les produits qu'on trouve aussi dans l'Hexagone
07:51sont plus sucrés dans les rayons des supermarchés d'Outre-mer.
07:54Exactement, vous savez qu'historiquement,
07:56on a une dose en sucre plus importante.
07:58Il y a eu cette fameuse loi LUREL en 2013
07:59qui a été mise en œuvre,
08:00qui a permis de faire des progrès.
08:01Mais les études montrent quand même
08:03qu'on a encore une teneur en sucre
08:04de beaucoup de produits
08:05qui est plus élevée que dans l'Hexagone.
08:07Et évidemment, c'est là aussi
08:08un enjeu de santé publique important.
08:09Un tout dernier mot, Thomas Fatome.
08:11Il nous reste quelques secondes.
08:12Journée spéciale aujourd'hui sur France Inter.
08:14Sur l'adaptation au changement climatique.
08:16On en parlera tout à l'heure à 8h20
08:17avec nos invités dans le Grand Entretien.
08:19La prévention, c'est aussi justement
08:21l'adaptation à ce changement climatique.
08:23Clairement, clairement.
08:24Évidemment, d'abord un mot pour les soignants
08:25qui ont été au front sur la canicule.
08:27L'assurance maladie, elle est faite
08:28pour les accompagner, offrir les soins.
08:30Et vraiment, je pense qu'on peut leur tirer
08:31un grand coup de chapeau.
08:32Ensuite, nous, assurance maladie,
08:34on s'est mis en situation
08:35de faire cette transition écologique.
08:37D'accompagner les professionnels de santé.
08:39Moins de gaspillage, plus de sobriété
08:40dans le système de santé.
08:42Accompagner l'ensemble des acteurs.
08:43Ça fait partie vraiment aussi
08:44des nouvelles missions.
08:46Un exemple, les délégués de l'assurance maladie,
08:48qui sont un peu nos visiteurs médicaux,
08:49ils sont allés voir 30 000 professionnels de santé
08:51en début d'année autour des perturbateurs endocriniens.
08:54C'est un vrai enjeu de santé publique.
08:56Et donc, on est aussi sur la balle sur ce sujet-là.
08:58Merci beaucoup Thomas Fatome,
09:00directeur général de la Caisse nationale
09:02de l'assurance maladie.
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