00:00Annalisa Kepellini, la Syrie a annoncé hier attendre une visite d'Emmanuel Macron dans les prochains jours.
00:04Il serait le premier chef d'état d'un pays de l'Union Européenne à se rendre sur place depuis
00:09le renversement de Bachar Al-Assad.
00:11Ça signifie quoi cette visite ?
00:13Ça signifie qu'Emmanuel Macron est en train d'essayer de récolter les fruits d'un pari qu'il a
00:17pris en 2025.
00:17En 2025, il avait déjà été le premier à recevoir Ahmed Al-Chara.
00:21Il était venu à Paris, à l'Elysée, en mai dernier.
00:24Le choix était quand même très risqué.
00:26Ça faisait à peine six mois qu'il était installé.
00:28L'après-Bachar Al-Assad était encore très chaotique.
00:31Et il y avait beaucoup de doutes sur la capacité d'un ancien chef rebelle pour guider et stabiliser la
00:37Syrie.
00:38Aujourd'hui, les choses ont changé.
00:39Ça fait un an, un an et demi qu'Al-Jouani est là.
00:42Il a réussi à s'imposer comme un interlocuteur plutôt fiable.
00:45C'est lui désormais qui incarne une transition syrienne plutôt réussie.
00:49C'est lui qui a mis en place les institutions de transition, le Parlement par exemple.
00:52C'est lui aussi qui a obtenu une levée de sanctions partielles pour son pays.
00:56Alors, bien sûr, il y a encore des doutes sur son passé.
00:59Ça reste un ancien combattant.
01:00Il y a encore des doutes sur la concentration du pouvoir entre ses mains.
01:04Mais il a acquis une crédibilité internationale qu'il n'avait pas il y a un an.
01:08Et donc, avec cette visite, Emmanuel Macron veut rappeler que,
01:11oui, il avait été parmi les premiers à parier sur Al-Jouani.
01:14Mais aussi, il veut venir essayer de concurrencer les Américains,
01:16qui eux aussi ont soutenu le nouveau régime dès le début.
01:20Et donc, instaurer la France comme la puissance européenne
01:23qui va accompagner la Syrie sur la route de la normalisation.
01:25Il y a aussi, derrière, l'idée d'avoir sa part dans la reconstruction.
01:30Évidemment.
01:30Et c'est pour ça que le chef de l'État français ira avec une délégation de patrons à Damas.
01:35L'idée, c'est de préparer le terrain pour que les groupes français puissent ensuite participer
01:39aux futurs appels d'offres.
01:40Il y a tout à reconstruire en Syrie.
01:42Il y a les infrastructures, l'énergie, les transports.
01:45Les besoins sont estimés à 216 milliards de dollars par la Banque mondiale.
01:49C'est dix fois le PIB de la Syrie.
01:51Donc, c'est un chantier absolument immense.
01:53Et la France, elle veut avoir un rôle de premier plan dans cette reconstruction.
01:56C'est pour ça, d'ailleurs, que ça fait des mois que Paris essaye d'être force de proposition
02:00pour réintégrer la Syrie dans toutes les institutions internationales.
02:03C'est pour ça, par exemple, que le ministre des Affaires étrangères,
02:05le ministre des Finances, pardon, avait été invité à participer au G7 des Finances
02:09à Paris en mai dernier.
02:10C'est pour ça aussi qu'Emmanuel Macron a été parmi les premiers à demander la levée des sanctions.
02:16Donc, on peut penser que ce soutien et cette proximité entre Paris et Damas
02:19seront reconnus après par un partenariat économique solide avec la nouvelle Syrie.
02:23Analyser la situation en Syrie, il est quand même toujours compliqué.
02:26Il y a des inquiétudes, notamment sur la situation des minorités.
02:28Oui, c'est pour ça que c'est délicat pour la France.
02:31Quand il avait reçu son homologue à l'Élysée en mai dernier,
02:34Emmanuel Macron l'avait invité à protéger tous les Syriens, sans exception.
02:38D'ailleurs, le président syrien lui-même s'était engagé à le faire au moment de sa prise de pouvoir.
02:43Eh bien, force est de constater que ça n'a pas été le cas avec des violences
02:46qui ont visé les alawites, les druzes, les chrétiens,
02:48donc toutes ces communautés minoritaires.
02:50Ça rappelle évidemment que la transition syrienne reste fragile
02:54avec une situation économique très compliquée encore pour la population civile.
02:58Près de 90% des Syriens vivent encore aujourd'hui sous le seuil de pauvreté.
03:02Donc oui, les puissances européennes et la France peuvent se rapprocher de Damas
03:06tout en restant quand même à distance de sécurité pour ce qui concerne les droits humains.
03:11Et justement, c'est sur ce terrain des droits humains
03:12que va se jouer aussi la crédibilité du pouvoir syrien pour la suite.
03:16Merci beaucoup Annelseke et Pellini.
03:17Le Monde qui bouge, ça retrouve un replay et un podcast.
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