00:00Les professeurs en France, où une canicule peut en cacher une autre.
00:03La troisième vague de chaleur de l'année est attendue à partir de ce week-end.
00:07Je parle sous votre contrôle, Julia.
00:09Et elle pourrait être de nouveau fatale à des milliers d'animaux d'élevage.
00:13Bonjour, Étienne Formon.
00:14Bonjour.
00:14Merci d'être avec nous ce matin.
00:15Vous êtes éleveur de vaches laitières dans la Sarthe, cinquième génération.
00:19On vous connaît aussi bien sur les réseaux où vous partagez votre quotidien.
00:23Justement, on se demandait à quoi y ressemblait votre quotidien en ce moment,
00:26après cette intense vague de chaleur qui a traversé notre pays.
00:30Est-ce que déjà vous avez perdu des animaux ?
00:32J'ai perdu deux vaches.
00:33J'ai perdu deux vaches qui ont la plus vieille vache du troupeau quasiment,
00:37qui arrivait quasiment à ses 10 ans et qui n'a pas supporté la vague de chaleur.
00:42Et une vache qui venait de véler.
00:44Voilà, un vélage un peu difficile, qui a eu des jumeaux.
00:47Et pareil, la chaleur, elle n'a pas réussi à se relever.
00:53Vous aviez pu l'anticiper, cette vague de chaleur.
00:55Qu'est-ce qu'on peut faire dans des exploitations quand on annonce qu'il va faire 40 degrés ?
00:58Malheureusement, aujourd'hui, pas grand-chose.
01:01Alors, on essaie de faire le maximum.
01:03Moi, j'essaie d'avoir un bâtiment très aéré.
01:05Il y a trois ans maintenant, j'ai tout un côté du bâtiment
01:08où j'ai mis des filets brise-vent qui s'ouvrent
01:11et qui se ferment en fonction de la température, du vent et tout.
01:13Donc, ça permet d'aérer beaucoup plus le bâtiment.
01:15J'ai mis des gros ventilateurs il y a déjà une vingtaine d'années,
01:17des gros brasseurs d'air.
01:19Et la semaine prochaine, j'installe ce qu'on appelle des brumisateurs.
01:22Alors, je lui ai remis des douches déjà l'année dernière.
01:24Et la semaine prochaine, j'installe des brumisateurs dans le bâtiment
01:28qui vont permettre d'essayer de baisser la température
01:31au maximum de ce qu'on peut,
01:32sachant qu'une vache est en stress thermique
01:35déjà à partir de 20-25 degrés.
01:38Donc, quand on arrive à 40 degrés,
01:40le problème, c'est que la nuit, la température ne retombe même pas
01:43en dessous des 20-25 degrés.
01:44Et racontez-nous, parce qu'effectivement,
01:45elles sont en stress thermique assez tôt.
01:47Ça a quoi comme impact ?
01:48Est-ce qu'elles mangent moins ?
01:49Elles produisent moins de lait aussi, j'imagine ?
01:51Elles produisent évidemment moins de lait.
01:53Donc, on peut perdre entre 20 et 30 %
01:56de la production laitière d'une vache.
01:57Donc, c'est-à-dire qu'on perd notre revenu
01:58en fonction qui s'évapore, c'est le cas de le dire.
02:02Et puis, psychologiquement, pour l'éleveur,
02:05de voir ces animaux souffrir,
02:07ça nous fait souffrir nous aussi.
02:08Oui, parce que je précise qu'on vous avait invité
02:10déjà la semaine dernière
02:11et que vous n'avez pas pu venir
02:12parce que vous disiez,
02:13voilà, je suis auprès de mes animaux
02:13et on les douche.
02:15Oui, quand vous m'avez invité,
02:16c'était vraiment encore dans la canicule,
02:18on est encore en plein dedans
02:18et je ne pouvais pas partir de mon élevage
02:20parce que c'était trop compliqué à gérer.
02:22Il faut être vraiment là, presque H24,
02:25pour s'en occuper.
02:26Donc, je vous avais dit,
02:27non, je ne viendrai pas, je n'ai pas le temps.
02:28Ce n'est pas pour ça,
02:29mais c'était pour expliquer
02:30que vraiment, vous deviez,
02:31ça veut dire quoi ?
02:32Vous les douchez plusieurs fois par jour ?
02:34Voilà, on allume,
02:35on dit des douches,
02:36mais ce n'est pas des vraies douches
02:37comme on a chez nous, évidemment.
02:38C'est des sprays que j'ai installés
02:39dans le bâtiment,
02:40donc il faut les allumer régulièrement,
02:42faire attention,
02:42il faut contrôler que les animaux aillent bien.
02:44Dès qu'on voit une vache,
02:45alors moi, j'ai des colliers
02:46parce que mes vaches sont très connectées,
02:48donc j'ai des colliers sur la vache
02:50qui m'indiquent si elles ruminent bien,
02:52si elles se déplacent bien.
02:55On vérifie la température du lait aussi,
02:56évidemment.
02:58Donc voilà,
02:58on regarde tous ces indicateurs-là,
03:00vraiment H24,
03:02et dès qu'on sent qu'une vache
03:04baisse en rumination,
03:05donc s'il y a une baisse de rumination,
03:06c'est qu'il y a un problème chez une vache.
03:07Donc dès qu'on sent qu'il y a une baisse
03:08en rumination,
03:09on va la voir,
03:10on regarde,
03:10si besoin,
03:11on appelle le vétérinaire.
03:12On est vraiment au chevet des animaux
03:14et comme je vous le disais,
03:16quand vous avez une vache
03:17qui ne se lève plus,
03:18il faut la sortir du bâtiment quand même,
03:20il faut la mettre dans l'infirmerie
03:21et psychologiquement,
03:22le moment de voir ces animaux souffrir,
03:23ça nous fait aussi nous souffrir.
03:24– Ouest France racontait mardi
03:26que les éleveurs de la Sarthe
03:26se retrouvent,
03:28probablement ailleurs,
03:29mais se retrouvent obligés
03:30d'enfouir les cadavres de leurs vaches
03:32sur leur exploitation
03:33parce que les sociétés d'écarissage
03:34sont débordées.
03:35Est-ce que, déjà c'est légal,
03:37est-ce que c'est ce que vous êtes obligés
03:38de faire également ?
03:39– Alors oui, c'est légal
03:40parce qu'on a des décrets
03:42qui nous autorisent à faire cela.
03:44C'est évidemment pas très agréable à faire,
03:47vous en doutez bien.
03:49Mais malheureusement,
03:50les sites d'écarissage
03:52sont saturés dans ces périodes-là.
03:55Donc je pense qu'ils font le travail
03:56qu'ils peuvent,
03:56mais c'est vrai que quand vous avez
03:59100, 200,
04:001000 volailles qui meurent,
04:01à un moment donné,
04:01vous n'avez pas le choix.
04:02Pour les bovins,
04:03c'est un peu différent
04:03parce qu'on n'est pas
04:04sur les mêmes échelles.
04:06Mais oui,
04:08on a des dérogations
04:09parce qu'à un moment donné,
04:11ces animaux-là
04:11ne peuvent pas les laisser
04:12à l'air libre.
04:13– Oui, parce qu'on parle
04:14de plusieurs.
04:14Là, par exemple,
04:15c'est la ministre de l'Agriculture,
04:16Annie Gennevar,
04:16qui parlait hier
04:17de 6 000 tonnes de volailles
04:19mortes en quelques jours,
04:21des milliers de vaches
04:21ou de cochons.
04:22D'ailleurs,
04:22le gouvernement a annoncé
04:23des aides exceptionnelles
04:25pour des diagnostics,
04:26pour l'installation d'équipements
04:27destinés à rafraîchir
04:29les animaux.
04:29Est-ce que ce sont
04:30des bonnes mesures,
04:31vous qui allez justement
04:32installer des brumisateurs
04:32la semaine prochaine ?
04:33– Oui, évidemment.
04:34C'est-à-dire que tout ce qui pourra
04:35nous permettre
04:36de nous adapter
04:37aux changements climatiques,
04:38parce qu'on se le prend
04:39vraiment en pleine tronche,
04:40littéralement,
04:41tout ce qui nous permettra
04:43de nous adapter,
04:43forcément, ça a un coût.
04:44Quand je parlais des filets brisants
04:45avec une station météo,
04:46des brumisateurs,
04:47moi, ça me coûte cher.
04:48Donc, il faut que je puisse
04:50être aidé pour toutes
04:51ces installations-là
04:52où j'ai envie de dire
04:53ou rémunérer à la juste valeur
04:55le lait que mes vaches produisent.
04:58Et c'est vrai que
04:59ces coûts supplémentaires
05:00qu'on va avoir dans l'avenir
05:01parce qu'il va falloir
05:02s'adapter aux changements climatiques,
05:04c'est soit le consommateur
05:06qui...
05:07Ça va être répercuté
05:07au consommateur
05:08par rapport à ses achats
05:10de lait, fruits, légumes,
05:12viande, choses comme ça,
05:13ou des aides de l'État
05:14parce qu'à un moment donné,
05:14il faut que ça passe quelque part.
05:15– Psychologiquement,
05:16pardon, comment vous allez ?
05:18Les agriculteurs,
05:18on sait que vous faites
05:19un métier difficile,
05:20mais là...
05:20– C'est-à-dire que
05:22vous avez, en plus de la chaleur,
05:25donc physiquement,
05:26des conditions de travail
05:27qui sont très, très dures.
05:28Je vous le disais tout à l'heure,
05:29vous voyez en plus
05:30vos animaux qui souffrent.
05:31Donc, psychologiquement,
05:32c'est difficile.
05:34On essaye d'y faire face
05:35parce qu'on n'a pas le choix.
05:36Il faut qu'on s'occupe
05:36de nos animaux
05:37et puis il faut qu'on produise
05:38la nourriture des Français aussi.
05:39Donc, on ne va pas s'arrêter.
05:40On parle aussi...
05:41Il y a les cultures, voilà.
05:42On voit aussi...
05:42– Et les risques d'incendie.
05:43– Et les risques d'incendie.
05:44Donc, les cultures souffrent aussi.
05:46Donc, voilà, on s'adapte,
05:48mais c'est vrai que
05:49c'est des périodes assez compliquées.
05:51– Merci, Etienne Fourmon
05:52d'être venu nous voir ce matin.
05:53– Merci.
Commentaires