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  • il y a 12 minutes
Bettina Mazzocchi, responsable des solutions multi-actifs chez BlackRock pour la région EMEA, était l'invitée de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mercredi 1er juillet. Elles sont revenues sur le bilan boursier américain au terme du deuxième trimestre, les craintes d'une bulle sur l'IA et les puces, ainsi que sur l'Europe, qui se positionne désormais au cœur d'un nouveau cycle financier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h45 sur BFM Business, notre invitée ce matin c'est Bettina Mazoki.
00:03Bonjour, vous êtes responsable des solutions multi-actifs chez BlackRock pour la région Europe et Moyen-Orient.
00:09Je commence avec ce bilan boursier puisqu'on a eu la fin du premier semestre
00:13et quand on regarde juste le deuxième trimestre aux Etats-Unis,
00:17le Nasdaq meilleur trimestre depuis le Covid, plus 21% du côté du Dow Jones,
00:22on est à plus 12, du côté du S&P 500 est à plus 14.
00:25Bon, la guerre au Moyen-Orient ça n'a fait ni chaud ni froid aux indices boursiers américains.
00:31Alors, bonjour Laure, c'est vrai que quand on regarde les chiffres de la tech aux Etats-Unis,
00:36ça donne un petit peu le vertige.
00:38Mais si on regarde l'histoire de plus près, elle est beaucoup plus solide qu'il n'y paraît.
00:43Parce que finalement, quand on se pose la question du succès d'un secteur,
00:48il faut regarder les fondamentaux, il faut regarder les prix.
00:50Sur les fondamentaux, il est indéniable qu'on est à l'aube d'une très grande vague d'investissement.
00:58On estime qu'il y a à peu près 1 500 milliards qui ont été investis jusqu'aujourd'hui.
01:02C'est un multiple des autres programmes d'investissement.
01:05Pour vous donner une idée, Apollo, c'était 260 milliards sur 14 ans.
01:10Les autoroutes aux Etats-Unis, c'était 620 milliards sur 37 ans.
01:14Donc la demande, elle est réelle.
01:16On n'est pas sur les tulipes du XVIIe siècle, il y a une vraie demande.
01:19Après, il y a la question de la valorisation et des prix auxquels on le paie.
01:23Et c'est ce à quoi vous faites allusion.
01:25Et là, il faut dissocier l'augmentation des prix quand elle est liée aux valorisations ou quand elle est liée
01:32aux bénéfices.
01:33Si vous achetez une action 30 pour des revenus de 10 et que le lendemain, vous l'achetez à 60,
01:41il y a une augmentation des prix.
01:43Si en revanche, vous l'achetez le lendemain à 60 parce que les revenus de 10 sont passés à 20,
01:49dans ces cas-là, on garde la même proportion.
01:52Et là, on en est où ?
01:53Parce que sur les revenus de la tech, là, on engrange du revenu, vraiment ?
01:57Exactement.
01:58Les revenus de la tech, en fait, toute l'augmentation des prix de la tech a été justifiée par des
02:04revenus
02:04qui ont augmenté de façon importante et qui sont d'autant plus importants si on regarde ce qui est attendu.
02:11Donc vous vous dites, finalement, que ce n'est pas une bulle, c'est juste une évolution normale ?
02:14Exactement. On ne pense pas qu'il s'agit d'une bulle.
02:17On pense qu'il s'agit d'un vrai mouvement de fond avec, évidemment, quelquefois de l'anticipation.
02:25Ça ne veut pas pour autant dire que tous les titres vont porter leurs fruits.
02:31C'est pour ça qu'il faut investir, selon nous, davantage sur un thème
02:35qui serait, par exemple, par l'intermédiaire de l'infrastructure dans la technologie.
02:40Donc les processeurs, les data centers, les chips, l'énergie,
02:46plutôt qu'essayer de trouver les gagnants ou les perdants.
02:50Mais vous pensez qu'on arrivera à un moment, au vu des 1 500 milliards d'investissements à faire,
02:54à trouver vraiment autant de revenus à mettre en face ?
02:57Ce n'est pas disproportionné ?
02:59C'est un changement structurel et qui pourrait être plus important
03:05que toutes les révolutions industrielles qu'on a vues sur le passé.
03:08Si on regarde, en gros, depuis un siècle,
03:11on a une croissance de l'ordre de 2% en termes de PIB par habitant.
03:17On pense que la question est,
03:20est-ce que la tech pourrait dévier de ces 2% qu'on voit depuis un siècle
03:24pour une accélération beaucoup plus notable ?
03:26Donc c'est vraiment un changement fondamental dans la façon dont on aborde les choses.
03:32Donc ça, c'est pour les Etats-Unis.
03:34Comment vous regardez de l'autre côté l'Europe ?
03:38Évidemment, les montants d'investissement n'ont rien à voir,
03:40mais on a peut-être une carte à jouer, nous, sur les infrastructures.
03:43On se veut la terre des data centers, désormais, en France.
03:46Vous nous regardez comment ?
03:47Oui, alors je vais commencer par peut-être les moins bonnes nouvelles qu'on connaît tous.
03:52C'est vrai que les perspectives de bénéfice des sociétés européennes
03:57sont moins attractives que celles des Etats-Unis.
03:59Si on regarde à un an, on a une croissance attendue de l'ordre de 12% en Europe.
04:03On a plus de 20% aux Etats-Unis.
04:04On a plus de 50% sur les marchés émergents.
04:07On connaît avec le rapport de Mario Draghi
04:09toutes les difficultés peut-être un peu plus structurelles,
04:13de compétitivité, d'adoption de l'IA, etc.
04:16À cela s'ajoutent des difficultés plus conjoncturelles,
04:20la hausse de la Banque Centrale Européenne,
04:24les difficultés d'énergie au Moyen-Orient.
04:26Donc tout ça, c'est les mauvaises nouvelles.
04:27En revanche, qu'est-ce qu'on a qui joue pour nous en Europe ?
04:30On a de l'épargne des ménages,
04:34qui, si elle est mobilisée, est une source de financement exceptionnelle.
04:38On a également une prise de conscience
04:40qui fait qu'on a lancé, on semble avoir lancé,
04:43une vague d'investissement sur l'infrastructure pluriannuelle,
04:49sur l'énergie, sur l'infrastructure, sur la défense.
04:53Il y a toujours les financières qui sont assez bonnes.
04:55Et enfin, surtout, je pense, là où on est le plus optimiste,
04:59c'est finalement sur la deuxième phase de la tech.
05:01Parce que si on regarde aujourd'hui la tech aux Etats-Unis,
05:04c'est les facilitateurs.
05:07Si on regarde la tech de demain,
05:09ce sera moins sur les facilitateurs,
05:11mais plus sur l'adoption, la monétisation.
05:14Et là, l'Europe pourrait avoir une carte à jouer.
05:16Et pourquoi ?
05:17Parce que si vous regardez les paris de demain,
05:23on n'a pas nécessairement besoin d'identifier
05:26qui sera le meilleur robot.
05:28On a besoin d'identifier le fait que
05:30les robots auront besoin d'aimants.
05:34On a une possibilité d'investir aujourd'hui
05:37dans les pelles et les pioches de la ruée vers l'or aux Etats-Unis.
05:41Mais quand il s'agira de monétiser,
05:43toutes les entreprises seront à même,
05:45et notamment les entreprises européennes,
05:47seront à même de tirer parti
05:50et d'adapter cette nouvelle force à leur domaine.
05:53Donc, si je comprends bien,
05:54il ne faut pas s'arc-bouter
05:55à vouloir rentrer dans la course de la première phase,
05:57mais attendre un peu que ça évolue.
06:00Alors, la première phase,
06:00elle est vraiment aux Etats-Unis.
06:02Et ça, ça ne sert à rien.
06:02Et c'est les pelles, les pioches aux Etats-Unis.
06:05Mais nous, on est sur la deuxième phase.
06:06Mais sur la deuxième phase,
06:07l'Europe pourrait avoir une carte significative à jouer.
06:09C'est une des raisons pour lesquelles
06:11on est prudent sur l'Europe,
06:13mais on est quand même sélectif
06:14sur un certain nombre d'opportunités.
06:16Alors, vous êtes prudent sur l'Europe,
06:17mais quand on regarde la dernière note
06:18que vous avez publiée,
06:19il y a un pays qui est particulièrement attractif,
06:21on va beaucoup parler ce matin,
06:22c'est l'Espagne.
06:23Et avec cette croissance dynamique,
06:26il y a des valorisations intéressantes.
06:29Oui.
06:30L'histoire de l'Europe,
06:33c'est plus des opportunités
06:38dans l'ancienne économie.
06:39Si on regarde, par exemple,
06:41on l'a mentionné,
06:42l'énergie, la défense,
06:43mais également, par exemple,
06:45les financières,
06:46puisqu'on a une courbe très pentue,
06:47ce qui bénéficie aux banques,
06:49donc, selon les pays,
06:52on a des histoires un peu différentes.
06:54Je dirais,
06:55la consommation dans son ensemble,
06:56les biens de consommation
06:57dans son ensemble en Europe
06:58sont peut-être moins
06:59ceux sur quoi on partit.
07:02Ce n'est pas la franceau qui nous tire.
07:03Mais en Europe,
07:04mais en Espagne,
07:05il y a, c'est vrai,
07:06c'est le pays qui est peut-être
07:07le plus avancé
07:08ou le plus dynamique
07:09dans ce secteur-là.
07:10Dernier point,
07:11il nous reste une grosse minute.
07:12Est-ce que vous,
07:12vous êtes inquiète
07:13sur les craintes
07:14autour de la dette privée ?
07:15On a des sons de cloche
07:17extrêmement différentes
07:18et des acteurs qui sont
07:19très peu inquiets.
07:21La Banque de France
07:21qui nous dit que ça pourrait
07:23ressembler à une crise des subprimes,
07:25c'est quoi,
07:25votre point de vue ?
07:26Alors,
07:26il y a beaucoup de bruit
07:27autour d'une potentielle crise
07:29de la dette privée.
07:30La réalité est beaucoup plus nuancée.
07:32On n'est pas du tout
07:33devant une crise systémique.
07:36Certes,
07:36les taux de défauts augmentent,
07:38mais finalement,
07:39ils se rapprochent
07:39des moyennes de long terme.
07:41ça n'a absolument pas affecté
07:44les revenus
07:45qui ont été perçus
07:46par les investisseurs
07:47et surtout,
07:47on n'a pas de tensions généralisées.
07:50On a certaines poches
07:50de tensions
07:51ici ou là.
07:52Ce qui est vrai,
07:53c'est que l'environnement
07:54est beaucoup plus exigeant
07:55et donc la sélectivité
07:57est d'autant plus importante.
07:58Mais la grande transmission
08:01qui a eu lieu
08:02de financement entièrement public
08:04par les banques
08:05à la mobilisation
08:07des capitaux privés,
08:08celle-là,
08:09elle demeure.
08:09Et donc,
08:10il n'y a pas de crise.
08:11En revanche,
08:12il y a une sélectivité
08:13et peut-être,
08:14voilà,
08:15une économie à deux vitesses
08:16et plus de divergences.
08:17Merci beaucoup,
08:17Bettina Mazocchi,
08:18déjeune ce matin
08:19dans la matinale
08:20de l'économie.
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