00:00Il est 7h45 sur BFM Business, notre invitée ce matin c'est Bettina Mazoki.
00:03Bonjour, vous êtes responsable des solutions multi-actifs chez BlackRock pour la région Europe et Moyen-Orient.
00:09Je commence avec ce bilan boursier puisqu'on a eu la fin du premier semestre
00:13et quand on regarde juste le deuxième trimestre aux Etats-Unis,
00:17le Nasdaq meilleur trimestre depuis le Covid, plus 21% du côté du Dow Jones,
00:22on est à plus 12, du côté du S&P 500 est à plus 14.
00:25Bon, la guerre au Moyen-Orient ça n'a fait ni chaud ni froid aux indices boursiers américains.
00:31Alors, bonjour Laure, c'est vrai que quand on regarde les chiffres de la tech aux Etats-Unis,
00:36ça donne un petit peu le vertige.
00:38Mais si on regarde l'histoire de plus près, elle est beaucoup plus solide qu'il n'y paraît.
00:43Parce que finalement, quand on se pose la question du succès d'un secteur,
00:48il faut regarder les fondamentaux, il faut regarder les prix.
00:50Sur les fondamentaux, il est indéniable qu'on est à l'aube d'une très grande vague d'investissement.
00:58On estime qu'il y a à peu près 1 500 milliards qui ont été investis jusqu'aujourd'hui.
01:02C'est un multiple des autres programmes d'investissement.
01:05Pour vous donner une idée, Apollo, c'était 260 milliards sur 14 ans.
01:10Les autoroutes aux Etats-Unis, c'était 620 milliards sur 37 ans.
01:14Donc la demande, elle est réelle.
01:16On n'est pas sur les tulipes du XVIIe siècle, il y a une vraie demande.
01:19Après, il y a la question de la valorisation et des prix auxquels on le paie.
01:23Et c'est ce à quoi vous faites allusion.
01:25Et là, il faut dissocier l'augmentation des prix quand elle est liée aux valorisations ou quand elle est liée
01:32aux bénéfices.
01:33Si vous achetez une action 30 pour des revenus de 10 et que le lendemain, vous l'achetez à 60,
01:41il y a une augmentation des prix.
01:43Si en revanche, vous l'achetez le lendemain à 60 parce que les revenus de 10 sont passés à 20,
01:49dans ces cas-là, on garde la même proportion.
01:52Et là, on en est où ?
01:53Parce que sur les revenus de la tech, là, on engrange du revenu, vraiment ?
01:57Exactement.
01:58Les revenus de la tech, en fait, toute l'augmentation des prix de la tech a été justifiée par des
02:04revenus
02:04qui ont augmenté de façon importante et qui sont d'autant plus importants si on regarde ce qui est attendu.
02:11Donc vous vous dites, finalement, que ce n'est pas une bulle, c'est juste une évolution normale ?
02:14Exactement. On ne pense pas qu'il s'agit d'une bulle.
02:17On pense qu'il s'agit d'un vrai mouvement de fond avec, évidemment, quelquefois de l'anticipation.
02:25Ça ne veut pas pour autant dire que tous les titres vont porter leurs fruits.
02:31C'est pour ça qu'il faut investir, selon nous, davantage sur un thème
02:35qui serait, par exemple, par l'intermédiaire de l'infrastructure dans la technologie.
02:40Donc les processeurs, les data centers, les chips, l'énergie,
02:46plutôt qu'essayer de trouver les gagnants ou les perdants.
02:50Mais vous pensez qu'on arrivera à un moment, au vu des 1 500 milliards d'investissements à faire,
02:54à trouver vraiment autant de revenus à mettre en face ?
02:57Ce n'est pas disproportionné ?
02:59C'est un changement structurel et qui pourrait être plus important
03:05que toutes les révolutions industrielles qu'on a vues sur le passé.
03:08Si on regarde, en gros, depuis un siècle,
03:11on a une croissance de l'ordre de 2% en termes de PIB par habitant.
03:17On pense que la question est,
03:20est-ce que la tech pourrait dévier de ces 2% qu'on voit depuis un siècle
03:24pour une accélération beaucoup plus notable ?
03:26Donc c'est vraiment un changement fondamental dans la façon dont on aborde les choses.
03:32Donc ça, c'est pour les Etats-Unis.
03:34Comment vous regardez de l'autre côté l'Europe ?
03:38Évidemment, les montants d'investissement n'ont rien à voir,
03:40mais on a peut-être une carte à jouer, nous, sur les infrastructures.
03:43On se veut la terre des data centers, désormais, en France.
03:46Vous nous regardez comment ?
03:47Oui, alors je vais commencer par peut-être les moins bonnes nouvelles qu'on connaît tous.
03:52C'est vrai que les perspectives de bénéfice des sociétés européennes
03:57sont moins attractives que celles des Etats-Unis.
03:59Si on regarde à un an, on a une croissance attendue de l'ordre de 12% en Europe.
04:03On a plus de 20% aux Etats-Unis.
04:04On a plus de 50% sur les marchés émergents.
04:07On connaît avec le rapport de Mario Draghi
04:09toutes les difficultés peut-être un peu plus structurelles,
04:13de compétitivité, d'adoption de l'IA, etc.
04:16À cela s'ajoutent des difficultés plus conjoncturelles,
04:20la hausse de la Banque Centrale Européenne,
04:24les difficultés d'énergie au Moyen-Orient.
04:26Donc tout ça, c'est les mauvaises nouvelles.
04:27En revanche, qu'est-ce qu'on a qui joue pour nous en Europe ?
04:30On a de l'épargne des ménages,
04:34qui, si elle est mobilisée, est une source de financement exceptionnelle.
04:38On a également une prise de conscience
04:40qui fait qu'on a lancé, on semble avoir lancé,
04:43une vague d'investissement sur l'infrastructure pluriannuelle,
04:49sur l'énergie, sur l'infrastructure, sur la défense.
04:53Il y a toujours les financières qui sont assez bonnes.
04:55Et enfin, surtout, je pense, là où on est le plus optimiste,
04:59c'est finalement sur la deuxième phase de la tech.
05:01Parce que si on regarde aujourd'hui la tech aux Etats-Unis,
05:04c'est les facilitateurs.
05:07Si on regarde la tech de demain,
05:09ce sera moins sur les facilitateurs,
05:11mais plus sur l'adoption, la monétisation.
05:14Et là, l'Europe pourrait avoir une carte à jouer.
05:16Et pourquoi ?
05:17Parce que si vous regardez les paris de demain,
05:23on n'a pas nécessairement besoin d'identifier
05:26qui sera le meilleur robot.
05:28On a besoin d'identifier le fait que
05:30les robots auront besoin d'aimants.
05:34On a une possibilité d'investir aujourd'hui
05:37dans les pelles et les pioches de la ruée vers l'or aux Etats-Unis.
05:41Mais quand il s'agira de monétiser,
05:43toutes les entreprises seront à même,
05:45et notamment les entreprises européennes,
05:47seront à même de tirer parti
05:50et d'adapter cette nouvelle force à leur domaine.
05:53Donc, si je comprends bien,
05:54il ne faut pas s'arc-bouter
05:55à vouloir rentrer dans la course de la première phase,
05:57mais attendre un peu que ça évolue.
06:00Alors, la première phase,
06:00elle est vraiment aux Etats-Unis.
06:02Et ça, ça ne sert à rien.
06:02Et c'est les pelles, les pioches aux Etats-Unis.
06:05Mais nous, on est sur la deuxième phase.
06:06Mais sur la deuxième phase,
06:07l'Europe pourrait avoir une carte significative à jouer.
06:09C'est une des raisons pour lesquelles
06:11on est prudent sur l'Europe,
06:13mais on est quand même sélectif
06:14sur un certain nombre d'opportunités.
06:16Alors, vous êtes prudent sur l'Europe,
06:17mais quand on regarde la dernière note
06:18que vous avez publiée,
06:19il y a un pays qui est particulièrement attractif,
06:21on va beaucoup parler ce matin,
06:22c'est l'Espagne.
06:23Et avec cette croissance dynamique,
06:26il y a des valorisations intéressantes.
06:29Oui.
06:30L'histoire de l'Europe,
06:33c'est plus des opportunités
06:38dans l'ancienne économie.
06:39Si on regarde, par exemple,
06:41on l'a mentionné,
06:42l'énergie, la défense,
06:43mais également, par exemple,
06:45les financières,
06:46puisqu'on a une courbe très pentue,
06:47ce qui bénéficie aux banques,
06:49donc, selon les pays,
06:52on a des histoires un peu différentes.
06:54Je dirais,
06:55la consommation dans son ensemble,
06:56les biens de consommation
06:57dans son ensemble en Europe
06:58sont peut-être moins
06:59ceux sur quoi on partit.
07:02Ce n'est pas la franceau qui nous tire.
07:03Mais en Europe,
07:04mais en Espagne,
07:05il y a, c'est vrai,
07:06c'est le pays qui est peut-être
07:07le plus avancé
07:08ou le plus dynamique
07:09dans ce secteur-là.
07:10Dernier point,
07:11il nous reste une grosse minute.
07:12Est-ce que vous,
07:12vous êtes inquiète
07:13sur les craintes
07:14autour de la dette privée ?
07:15On a des sons de cloche
07:17extrêmement différentes
07:18et des acteurs qui sont
07:19très peu inquiets.
07:21La Banque de France
07:21qui nous dit que ça pourrait
07:23ressembler à une crise des subprimes,
07:25c'est quoi,
07:25votre point de vue ?
07:26Alors,
07:26il y a beaucoup de bruit
07:27autour d'une potentielle crise
07:29de la dette privée.
07:30La réalité est beaucoup plus nuancée.
07:32On n'est pas du tout
07:33devant une crise systémique.
07:36Certes,
07:36les taux de défauts augmentent,
07:38mais finalement,
07:39ils se rapprochent
07:39des moyennes de long terme.
07:41ça n'a absolument pas affecté
07:44les revenus
07:45qui ont été perçus
07:46par les investisseurs
07:47et surtout,
07:47on n'a pas de tensions généralisées.
07:50On a certaines poches
07:50de tensions
07:51ici ou là.
07:52Ce qui est vrai,
07:53c'est que l'environnement
07:54est beaucoup plus exigeant
07:55et donc la sélectivité
07:57est d'autant plus importante.
07:58Mais la grande transmission
08:01qui a eu lieu
08:02de financement entièrement public
08:04par les banques
08:05à la mobilisation
08:07des capitaux privés,
08:08celle-là,
08:09elle demeure.
08:09Et donc,
08:10il n'y a pas de crise.
08:11En revanche,
08:12il y a une sélectivité
08:13et peut-être,
08:14voilà,
08:15une économie à deux vitesses
08:16et plus de divergences.
08:17Merci beaucoup,
08:17Bettina Mazocchi,
08:18déjeune ce matin
08:19dans la matinale
08:20de l'économie.
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