00:01Le Petit Matin Sud Radio, 5h07, Benjamin Glaze.
00:06Sud Radio, 6h38, la vie en vrai. Ce matin, je reçois, je vous le disais, un éleveur de poulet fermier
00:11qui a été particulièrement impacté par la canicule que nous avons vécu ces derniers jours.
00:16Bonjour Nicolas Genzou.
00:19Oui, bonjour.
00:20Et bienvenue sur Sud Radio, merci d'être avec nous ce matin.
00:23Vous êtes du côté de Palerac en Dordogne.
00:26Il a fait très chaud, très très chaud, effectivement, en Dordogne la semaine dernière.
00:30Vous avez perdu un certain nombre de volailles à cause de cette chaleur.
00:34Quel bilan vous tirez de cette canicule sur votre exploitation ?
00:37Vous avez un bilan global aujourd'hui ?
00:42Au-delà de la perte sur le coup, de la mortalité qu'il y a eu les deux jours où
00:52il y a eu le plus de chaleur,
00:54en plus des problèmes de sécheresse qui sont en lien avec les autres cultures, les productions en cours.
01:01C'est un vrai problème qui va revenir en plus la semaine prochaine.
01:05C'est un problème de globalité entre l'élevage qui souffre, l'arboriculture qui souffre, les cultures qui souffrent.
01:12C'est un problème vraiment général, en plus des problèmes du quotidien qui sont là.
01:16Vous avez perdu combien de volailles la semaine dernière, vous-même Nicolas ?
01:20Eh bien, j'en ai perdu 160 en tout, sur quelques jours, dont deux jours où il y en a
01:26eu une centaine, le lundi et le mardi.
01:28C'est impressionnant, ça forcément, c'est un choc, quoi. C'est un choc, Nicolas.
01:32Ouais, c'est un choc, déjà, moralement, quoi.
01:35La veille, on sait que le lendemain, ils annoncent tant de degrés.
01:40Déjà, on se travaille toute la nuit à avoir la tête tracassée.
01:43On ne dort pas, on a mal au ventre.
01:45Même moi, je n'arrivais pas à ouvrir la porte.
01:47J'ai un petit jeune qui est venu avec moi et qui m'ouvrait la porte.
01:50J'ai dit, je ne peux pas, moralement, déjà, on promis, quoi.
01:52Avant de penser aux financiers, on pense vraiment au bien-être des animaux et la difficulté que ça leur fait.
01:57Quand on entendait, pendant la chaleur, qu'ils souffraient, qu'ils criaient, les animaux, c'est au-delà de ça.
02:02Déjà, avant le financier, c'est le moral, quoi, qui en prend un coup.
02:05Après, bien sûr, c'est le financier.
02:06Bien sûr, c'est la finalité de notre activité, c'est d'en vivre.
02:10Et quand on a 150, 160 poulets qui meurent, c'est l'équipeur d'un mois de salaire.
02:15Donc, c'est ce qui part en fumée en quelques heures, quoi.
02:18Et pour ça, vous avez pris un certain nombre de précautions en amont avant cette canicule de la semaine dernière.
02:25Oui, oui, parce qu'on a un cahier des charges déjà qui nous met des contraintes par rapport au bien
02:30-être et par rapport au risque aussi de sécheresse.
02:32Donc, c'est-à-dire que des surfaces d'extérieur, il faut au minimum 2 mètres carrés.
02:36Moi, mes poulets, on en dit, s'il leur faut 20 arbres à l'extérieur, moi, elles en ont au
02:40minimum 80.
02:41Des petites bottes pour picorer, pour repailler les litières, de l'abromisation, de l'irrigation de toit.
02:46Donc, oui, il y a déjà pas mal de points qui sont faits.
02:48Et malgré ça, on a quand même la décatombe qui est là et on ne peut rien y faire, quoi.
02:54Vous l'avez dit, en tout cas, des conditions d'élevage particulièrement favorables pour vos volailles.
02:59Vous allez plus loin que ce que demande la réglementation européenne et française.
03:03Et pourtant, vous avez du mal à en vivre de votre élevage.
03:08Ça veut dire quoi ?
03:09Ça veut dire que la qualité ne paie pas aujourd'hui quand on est éleveur de poulet en France ?
03:14Oui, on pousse de plus en plus à faire des productions industrielles et de moins en moins de la production
03:19de qualité.
03:21Et puis, on a l'effet ciseau.
03:22On trouve que les produits de luxe, entre guillemets, sont moins rémunérateurs.
03:27Et en plus de ça, on a des charges qui explosent.
03:30Depuis 2-3 ans, la guerre en Ukraine, ça a été la plus grosse charge pour les poulets.
03:34C'est l'alimentation.
03:35Donc, les céréales ont flambé et on n'arrive plus à s'y retrouver.
03:38Quand vous faites environ un peu moins de 300 000 euros de chiffre d'affaires sur ces productions-là
03:42et qu'il vous en reste 7 ou 8 000 en ayant des résultats cohérents, ce n'est pas logique.
03:48Après, il y a d'autres cas d'éleveurs de voisins qui avaient des résultats moins bons
03:51et qui, eux, faisaient de l'élevage de poulet et qui, à la fin, devaient faire un chèque à la
03:55coopérative.
03:55Donc, ça, c'est honteux.
03:57C'est incroyable, oui.
03:58C'est honteux.
03:59Oui, c'est aberrant, en sachant qu'on compte à nos heures.
04:01Donc, voilà, c'est ce que je parlais déjà.
04:03Je disais que c'était de l'escalagisme moderne parce qu'ils nous exploitent au maximum.
04:07Ils savent qu'on en fait un métier de passion avec des vouements, avec les tripes, avec le cœur
04:12et qu'au fur et à mesure des années, on doit faire plus de volailles par an, plus de poids
04:17et qu'au final, il nous en reste moins.
04:19Donc, on a une marge...
04:20Qui vous exploite, ce sont les coopératifs que vous pointez du doigt, notamment ?
04:26Coopératifs et privés, oui.
04:28Coopératifs et privés, c'est le système...
04:30Alors, je ne sais pas quels sont les intermédiaires.
04:31Si c'est les abattoirs, les groupements, les revendeurs, parce qu'il y a plusieurs interlocuteurs
04:36dans tout ça, mais c'est tout ce système-là où quand on brasse un poulet que le consommateur
04:42va payer entre 15 et 20 euros le poulet net, nous, il nous reste entre 10 et 20 centimes
04:48au mieux net dans la poche.
04:4910 et 20 centimes pour un poulet ?
04:52Oui, net du poulet, pour un poulet, voilà, que le consommateur va payer entre 15 et 20 euros.
04:57Ça fait réfléchir, ça fait réfléchir, non mais c'est vrai...
05:00Ouais, c'est moralement...
05:01Après, on ne fait pas ça pour l'argent, pour milieu, je vous dis, on fait un métier
05:05de dévouement, de passion, voilà, je me lève à 5h ce matin, on se couche à minuit
05:10avec ces temps-là, on fait ça toute l'année, 365 jours par an, mais je ne suis pas le
05:15seul
05:15et quand vous êtes des éleveurs qui, d'habitude, qui ne signalent jamais rien, qui restent
05:21dans leur coin et que là, depuis quelques temps, et on est beaucoup d'éleveurs à être
05:24jeunes, j'ai 33 ans, on est beaucoup d'éleveurs à faire remonter le même son de cloche,
05:28ouais, c'est inquiétant, c'est inquiétant.
05:29Qu'est-ce qui vous fait tenir la passion du métier ? Vous l'avez dit, vous ne pensez
05:33pas du tout à bifurquer sur autre chose, vous voulez continuer malgré tout ce métier-là
05:45? Mon père et mon frère sont là-dedans, mon grand-père était là-dedans, on est depuis
05:48plusieurs générations là-dedans, bon là, on arrive à joindre les deux bouts, on se
05:52sort le salaire, on l'enlève et on fait tant bien que mal, on fait comme ça et pour
05:56l'instant, tant que j'arrive à joindre les deux bouts, je reste là-dedans convaincu
05:59et on a toujours espoir, l'espoir faillit, comme on dit.
06:02Est-ce qu'il y a encore des solutions aujourd'hui pour faire en sorte que le poulet de qualité
06:06soit rémunérateur pour l'éleveur, Nicolas ?
06:09Moi, je pense que oui, surtout que moi, ma filière, en l'occurrence, c'est une filière 100%
06:13Périgord, à part l'approvisionnement des poussins qui viennent des Landes, sinon
06:19les interlocuteurs, on les connaît tous, ils sont locaux et je pense que oui, il y a
06:24des solutions de moins, par exemple, moins charger l'été, c'est-à-dire d'être au lieu
06:26d'être à 10 ou 11 mètres carrés l'été, de descendre à 5 ou 6, de plus charger l
06:30'hiver
06:30par rapport au froid, c'est moins risqué, donc comme ça, l'année, on ferait le même
06:34nombre de poulets élevés, sauf que l'été où il y a de la densité et des problèmes
06:39de chaleur, on réglerait déjà une partie du problème.
06:41Après, pareil, il y a des ventilations qui peuvent exister, que ce soit dynamique
06:44par des ventilateurs ou des extracteurs d'air, mais que le cahier des charges nous bloque
06:49actuellement, ou bien aussi des ombrières photovoltaïques extérieures, il n'y a peut-être
06:53cette solution-là, que le cahier des charges nous bloque aussi.
06:56Il faut que le cahier des charges, je pense, évolue.
06:58Eh bien, ça permettrait d'avoir, en plus des arbres extérieurs, d'avoir des gros parcs
07:04d'ombre et qu'on pourrait mettre de la brumisation dessous pour les inciter, pour
07:07décharger et avoir une densité moins importante dans les bâtiments.
07:11C'est surprenant parce qu'on a beaucoup d'agriculteurs qui nous demandent, qui
07:14demandent au gouvernement, en l'occurrence, davantage de simplification, moins de normes.
07:19Vous, à l'inverse, vous pensez qu'il en faut davantage, si j'ai bien compris ?
07:23Non, non, non, je ne dis pas qu'il en faut davantage, on en a déjà bien assez, mais
07:26que ça évolue.
07:27Le cahier des charges évolue avec les problèmes environnementaux qu'on connaît, par le
07:33biais du changement climatique et par le problème des voisinages aussi, parce qu'il y a
07:36des contraintes qui arrivent de plus en plus.
07:38On a beaucoup de contraintes en lien en dehors de notre métier et il faut évoluer,
07:43c'est tout, vivre avec notre temps et modifier.
07:45Oui, c'est d'appuyer tout simplement à ce dérèglement climatique.
07:48Nicolas, un grand merci d'avoir été avec nous ce matin sur Sud Radio.
07:52C'était important de vous entendre effectivement sur ce sujet.
07:54Éleveur de poulet fermier, vous êtes en Dordogne, précisément à Palirac.
07:58Merci pour votre témoignage et passez une bonne journée et bon courage à vous pour
08:01la suite, bien entendu.
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