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  • il y a 2 jours
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Télématin reçoit Patrice Duhamel, écrivain et journaliste, auteur du livre "Le crépuscule des dieux".

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Transcription
00:00Dans moins d'un an, nous élirons un nouveau président de la République et si, hypothèse pas si farfelue, il
00:05avait des problèmes de santé.
00:07Serait-il transparent ou pourrait-il mentir aux Français ?
00:10Bonjour Patrice Duhamel, vous êtes éditorialiste politique et l'auteur du livre « Le crépuscule des dieux » aux éditions
00:16de l'Observatoire.
00:17Vous racontez 20 ans de vie politique pendant lesquels le secret médical s'est parfois transformé en mensonge d'État.
00:23Déjà, pourquoi ça nous passionne tant la santé de nos présidents ?
00:26Parce qu'on a menti aux Français pendant plus de 20 ans, ce qui est quand même beaucoup, parce qu
00:31'on en est au huitième président de la République aujourd'hui.
00:34Il y en a quatre, donc la moitié de vos présidents, de non-présidents ont été gravement malades.
00:41Et sur les quatre, il y en a trois qui le savaient, dans l'ordre, Georges Pompidou, François Mitterrand et
00:47Jacques Chirac.
00:47Alors Jacques Chirac, c'était un peu moins grave. Pompidou et Mitterrand, c'était extrêmement grave, ils pouvaient disparaître à
00:52tout moment.
00:53Et les Français ne l'ont jamais su. Mitterrand, ils l'ont su deux ans et encore avec des mensonges
01:00avant la fin de son mandat.
01:03Et Georges Pompidou, ils ne l'ont jamais su.
01:05Et il y en a qui ne le savaient pas. Il y en a un, en l'occurrence, qui ne
01:07le savaient pas. C'était le général de Gaulle.
01:09Le général de Gaulle, oui.
01:10Parfois, ce sont aussi les médecins qui mentent au président. En 1955, il est victime d'un anévrisme potentiellement mortel,
01:17mais il ne le saura jamais.
01:18Il ne le saura jamais. Il en mourra, en 70, 15 ans plus tard. Mais le médecin ne lui a
01:23pas menti.
01:24Le médecin qui le connaissait très bien, qui était son médecin personnel, qui l'avait rejoint à Londres en juin
01:2940,
01:30et qui avait eu de très longues conversations philosophiques, morales, sur l'exercice du pouvoir avec lui à Londres, des
01:37soirées entières.
01:38Et il a expliqué ensuite qu'il ne lui avait pas dit, parce que s'il lui avait dit, il
01:43connaissait le sens de l'État du général de Gaulle,
01:45et qu'il serait enfermé à Colombay, il aurait rédigé ses mémoires, et il n'en serait plus jamais sorti.
01:52Est-ce que son médecin a changé le cours de l'histoire ?
01:54Ce médecin a changé le cours de l'histoire, parce qu'on peut considérer que s'il avait dit ça
01:57au général de Gaulle,
01:58on ne va pas refaire l'histoire, mais peut-être que la Ve République, sous sa forme actuelle, n'aurait
02:03pas existé.
02:04J'avais lu aussi que le général de Gaulle a eu un cancer de la prostate, mais je ne l
02:07'ai lu qu'une seule fois.
02:08C'est vrai ça ?
02:08Oui, il a été opéré, oui, ça s'était totalement, ça s'était assumé.
02:12Ça a été absolument sûr, je crois en 1964, il a été opéré de manière transparente,
02:17ça a été connu par les Français, il s'est reposé pendant une quinzaine de jours,
02:22mais ça n'était pas très grave par rapport à la série de la Horde,
02:27donc il pouvait mourir absolument à tout moment.
02:29L'une des révélations de ce livre, c'est un document exceptionnel,
02:32le journal personnel du professeur Jean Bernard, qui est le médecin de Georges Pompidou.
02:36On y apprend que le président de la République, élu en 1969,
02:40savait six mois plus tôt qu'il était malade, et ça ne l'a pas empêché de se présenter.
02:44C'est un médecin tout à fait exceptionnel, c'est le plus grand médecin français,
02:49voire davantage, de la deuxième partie du XXe siècle.
02:54C'est le médecin qui a inventé les traitements de la maladie du sang.
02:59Et il a diagnostiqué en octobre 68 la leucémie dont était victime Georges Pompidou.
03:07Georges Pompidou connaissait, disons, 80% de la vérité.
03:12Malgré ça, il a été candidat.
03:14Il savait qu'il faisait courir un risque au pays.
03:16Il a été élu.
03:18Le soir de son installation à l'Elysée, il y a eu une réunion de crise au domicile de Jean
03:23Bernard
03:23parce que les derniers examens sont très mauvais.
03:26Il décide de durcir le traitement à la cortisone,
03:29ce qui a des effets sur l'exercice du pouvoir par Georges Pompidou.
03:34Et là, c'est une descente aux enfers.
03:36Une des raisons pour lesquelles j'ai écrit ce livre,
03:38c'est que j'ai vécu ces périodes-là.
03:41On parlait de 1976 tout à l'heure.
03:43En 1976, je présentais le journal télévisé.
03:45Je me souviens de l'impôt sécheresse.
03:50Vous avez été vous-même dépositaire de ce secret d'État.
03:54Je savais que c'était extrêmement grave
03:56parce qu'à ce moment-là, ce n'était pas France Télévisions.
03:58Malheureusement, c'était l'ORTF.
03:59Je peux vous dire que l'information était tenue.
04:01On m'a fait rentrer d'Islande où il y avait un sommet Pompidou-Nixon
04:05parce qu'on m'a demandé de ne pas diffuser dans le reportage
04:08des images du visage de Georges Pompidou
04:11qui était tellement marqué par la maladie et par la cortisone
04:14qu'on voyait très bien que c'était une maladie extrêmement grave.
04:16Mais ce qui est vraiment en saisissant,
04:19c'est 20 ans de mensonge d'État.
04:21Donc, c'est quelque chose qui aujourd'hui ne serait plus possible
04:24si physiquement on voyait qu'un président ou une présidente était malade.
04:29Mais il y a un problème de rapport au pouvoir, d'éthique, de morale.
04:33C'est des sujets philosophiques.
04:35C'est pour ça que je voulais absolument écrire ce livre
04:37avant la campagne présidentielle.
04:40Parce que ce qu'on demande à l'élu ou l'UE de l'année prochaine,
04:44c'est l'exemplarité, c'est la transparence.
04:47Ce serait impossible aujourd'hui de cacher une maladie pour un président de la République ?
04:50Une maladie qui se voit physiquement, ça serait impossible.
04:52Mais il y a beaucoup d'autres maladies qui ne se voient pas physiquement.
04:58J'aimerais juste qu'on évoque le cas de François Mitterrand
05:00parce qu'évidemment c'est un cas emblématique
05:02avec le cancer, le silence et les faux bulletins de santé.
05:06Vous racontez une scène presque irréelle, page 177.
05:10François Mitterrand qui perd connaissance en plein conseil des ministres.
05:13Nous sommes en 1995 et ses ministres autour de lui font comme si de rien n'était.
05:18Oui, c'est une scène absolument saisissante
05:22qui m'avait été racontée à ce moment-là, mais sous le sceau du secret
05:25qui a été ensuite progressivement rendu public.
05:28Mais on est en cohabitation.
05:29Premier ministre, c'est Édouard Balladur.
05:32Et donc le malaise de François Mitterrand va durer assez longtemps.
05:35Une minute et demie, deux minutes, c'est très long dans un conseil des ministres.
05:38Il a perdu connaissance.
05:40Et à la fin du conseil, Balladur va demander à ses ministres,
05:44ils sont une trentaine, de ne rien dire.
05:47Aujourd'hui, ce serait impossible.
05:48On saurait une demi-heure plus tard.
05:50Et à ce moment-là, tous les ministres tiennent la règle
05:54et n'en parlent absolument à personne.
05:56C'est ça qui est saisissant.
05:59Je ne suis pas en train de dire qu'en sortant de l'Élysée,
06:01ils auraient dû dire que le président a eu un malaise.
06:03Mais le fait qu'un président soit malade à ce point,
06:06ce qui est essentiel, c'est quand ça impacte l'exercice du pouvoir.
06:12Et François Mitterrand, comme Georges Pompidou,
06:15je le dis dans la conclusion,
06:17ça m'a presque gêné en l'écrivant,
06:19mais les deux dernières années, ce qui est quand même beaucoup,
06:22quand on est chef des armées,
06:24quand on est élu au suffrage universel,
06:26il n'avait ni la force de présider,
06:28il n'était plus en État, clairement, je l'ai vécu,
06:31et il n'avait pas non plus le courage de démissionner.
06:33Il y a une seule grande personnalité au monde
06:35qui a un jour accepté de démissionner parce qu'il était malade.
06:38C'était le pape.
06:40Et voilà, il faut peut-être aller chercher du côté du Vatican
06:42les bons exemples.
06:44Marjorie, pour conclure.
06:45Oui, j'avais une petite question, parce que quand on est malade
06:46et qu'on le dit, on peut comprendre qu'ils ne disent rien,
06:48parce que c'est quand même un aveu de faiblesse.
06:50Et on le sait, la politique, c'est une arène un peu de lion.
06:52Donc, c'est aussi donner aux adversaires une occasion
06:55de les attaquer, peut-être ?
06:57C'est aussi pour ça que Jacques Chirac, par exemple,
06:59n'a rien dit et que Nicolas Sarkozy n'a appris
07:01que le lendemain que le président en exercice avait fait...
07:04On savait qu'il était à l'hôpital, quand même.
07:07On l'a su au bout d'une demi-journée.
07:09Il a passé une nuit sans que personne le sache.
07:12Mais c'était beaucoup moins grave, lui.
07:14Et puis, il y a eu une espèce d'Oberta, ensuite, pendant deux ans.
07:17Et puis, il n'avait plus l'autorité politique d'un président
07:20qu'il avait eue jusque-là.
07:22Mais pour reprendre votre question, qui est très bonne,
07:24c'est un sujet de...
07:26Moi, j'ai connu tous les présidents de la 5e,
07:29assez bien, sauf De Gaulle.
07:31Mais c'est le problème de la morale politique.
07:34Quand vous êtes affaibli, que vous ne pouvez plus diriger le pays
07:38comme vous devriez pouvoir le diriger,
07:40avec 100% de vos capacités,
07:41c'est un problème moral, ce n'est pas seulement un problème politique.
07:45Il cachait aussi sa surdité, je crois, Chirac.
07:47Oui, oui, mais ça, c'était déjà avant son AVC.
07:50Oui, il était un peu sourd.
07:51Tout cela est passionnant.
07:52Et vous le racontez merveilleusement bien, Patrice Duhamel,
07:55dans Le Crépuscule des Dieux.
07:57C'est aux éditions de l'Observatoire.
08:00Vous restez en plus ?
08:01Au titre d'un opéra de Wagner,
08:02parce que la politique est wagnerienne.
08:04es toute autre chose.
08:04Bon point,
08:05vous avez vu,
08:05J'adoralement et c'est-à-dire ?pas
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