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Dans son édito du 27/06/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur l'interdiction de vente d'alcool à Paris.

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Transcription
00:00Monsieur Bocoté, la canicule exciterait-elle le désir de contrôle de nos dirigeants ?
00:05C'est ce qu'on peut croire avec la décision de la préfecture de Paris d'interdire la vente d
00:10'alcool en boutique
00:11et la consommation sur la voie publique avec la canicule.
00:15Décision de santé publique ou dérive vers ce qui est appelé parfois l'état nounou ?
00:21Ou le gouverne-maman.
00:22Le gouverne-maman, c'est bien dit.
00:24Ou Big Mother.
00:25Alors, j'avoue ne pas avoir cru en faire un fake au début quand on nous a dit interdiction de
00:32la vente d'alcool chez les cavistes, par exemple.
00:36On se dit, c'est pas sérieux.
00:37Qui pourrait véritablement avoir une idée aussi sotte, une idée aussi autoritaire, une idée aussi délirante ?
00:45Et là, on se dit, sot, autoritaire et délirant, c'est bien évidemment possible de la part de nos dirigeants.
00:51Donc, il faut en ces matières toujours croire qu'ils sont capables du pire.
00:55Donc, je me suis demandé, le premier réflexe, ce sont les termes qu'on a évoqués, le gouverne-maman, l
01:00'état nounou, l'état thérapeute.
01:03On se dit, est-ce qu'on nous prend pour des enfants ?
01:05Parce que fondamentalement, l'état se dit, ces gens sont incapables de se réguler minimalement par eux-mêmes.
01:11Il est donc nécessaire, il est donc possible, il est donc indispensable de structurer leur vie à leur place et
01:17de les traiter comme des grands gamins qui seraient égarés dans la cité
01:20et qui ont besoin d'une règle et de sanctions pour ne pas commettre de mauvais comportements.
01:25Alors, le point de départ, on l'a dit, et c'est important, c'est évidemment l'incapacité qu'a
01:29eu l'état de planifier correctement, de se préparer aux canicules à venir.
01:35Donc, ils vont se multiplier dans les années à venir, nous le savons.
01:38Donc, des canicules de plus en plus nombreuses auxquelles il faut se préparer.
01:41Et là, ce qu'on a vu se dégager dans cette querelle, c'est presque une gauche et une droite
01:46nouvelle.
01:47À droite, c'est le parti de la clim. À gauche, c'est le parti du canal Saint-Martin.
01:52C'est-à-dire, sautez, s'il vous plaît, à l'eau dans les immondices.
01:56Sautez à l'eau avec les tessons de bouteilles.
01:59Sautez à l'eau avec les matières pécales qui vous accueilleront.
02:01C'est quand même vrai, désolé.
02:03Donc, c'est sautez à l'eau et trouvez grand bonheur ainsi à vous plonger dans la version parisienne du
02:10Gange.
02:10Bon, j'exagère un peu, mais pas tant que ça.
02:12Donc, et là, qu'est-ce qu'on voit?
02:14On voit tellement de journalistes du régime s'enthousiasmer pour cela,
02:18comme si on nous écrivait la fête des blés sous l'Union soviétique, quelque chose de semblable à ça.
02:23Et de l'autre côté, il y a ce parti consensuel qui est le parti de,
02:27puisqu'on est appelé à vivre avec des canicules de plus en plus lourdes,
02:31pour vivre la clim et pour en faire un bon usage.
02:34On note, soit dit en passant, que le pouvoir a tout fait pour empêcher la climatisation du pays
02:39ou encore présente la clim comme une arme de destruction anticlimatique, ce qui est assez singulier.
02:45Mais revenons à l'alcool parce que c'est quand même un élément intéressant là-dedans.
02:48La première chose qu'on peut se dire, c'est puisque l'État ne contrôle pas les paramères globalement de
02:54la climatisation,
02:55de refroidissement relatif de nos cités,
02:57eh bien, il va décider de multiplier les mesures vexatoires au quotidien
03:01qui témoignent de sa capacité de nuisance et d'action néanmoins.
03:05Et la première chose que je note, c'est que lorsque l'État décide d'interdire l'achat d'alcool,
03:09le premier signal qu'il veut nous envoyer, c'est qu'il en est capable.
03:14Il en est capable, c'est-à-dire qu'il se donne le droit de frapper s'il le souhaite,
03:19il se donne le droit d'interdire s'il le souhaite,
03:22il se donne le droit de frapper de manière arbitraire,
03:25et vous noterez la stupéfaction du commun des mortels
03:28qui découvre chaque fois que l'État se donne les pleins pouvoirs
03:32pour suspendre ce que j'appellerais les petites libertés.
03:35On ne parlait pas ici, évidemment, liberté majusculaire.
03:38On parle des petites libertés au quotidien.
03:40Alors là, j'imagine la réplique de mes amis d'Extrême Centre
03:43qui diront, on se calme les poivreaux,
03:46vous êtes capables de ne pas boire pendant 48 heures,
03:49calmez-vous un peu, c'est quand même possible.
03:52Et moi, j'y reviens, donc ce sont les petites libertés
03:54qui me semblent plus importantes que toutes
03:56parce qu'on aime dans nos sociétés défendre les mois majuscules,
03:59la culture, la liberté, l'identité.
04:02Et là, on tombe sur un comportement qui relève
04:06de la simple vie quotidienne, soit dit en passant
04:08qu'un délire administratif particulier.
04:09Je parle d'un caviste aujourd'hui qui m'expliquait
04:11d'une grande chaîne, qui m'expliquait qu'il ne peut pas
04:15vendre de produits alcoolisés, donc les gens ne vont pas chez lui,
04:17mais il doit quand même garder le magasin ouvert
04:19et même à des heures déraisonnables
04:20pour qu'il puisse vendre ses produits non alcoolisés.
04:24Brillant, malin, le génie administratif est sans fin.
04:27Donc là, on a une espèce de double logique
04:28qui s'installe ici.
04:30D'un côté, les comportements proscrits se multiplient
04:32et d'un autre côté, les incitations thérapeutiques
04:34se multiplient aussi.
04:36Là, on peut avoir presque...
04:37On se met en tête, on a vu la fiche,
04:39on nous explique comment boire de l'eau.
04:41Comment boire de l'eau, c'est quand même...
04:42J'espère que vous savez.
04:44Moi, je sais comment boire du vin, de la bière,
04:46de l'eau et du whisky.
04:47Avec modération.
04:48Je bois de l'eau avec modération, vous avez raison.
04:52Ensuite, c'est une blague, amie de l'ARCOM.
04:55Deuxième élément, on nous explique comment fermer
04:56les volets.
04:57De quelle manière...
04:58Comme si on était trop crétins pour savoir
05:00comment fermer les volets.
05:01Rappelez-vous l'ADEME qui nous avait expliqué
05:03à quel rythme laver nos caleçons.
05:05Parce qu'apparemment, on n'est pas capable de constater
05:06que quand il y a une forme de vie autonome
05:08qui se développe dans nos caleçons,
05:09ça commence à se sentir très mauvais.
05:11Peut-être même avant, peut-être on va les laver.
05:13Non, nous dit l'État, nous dit à quel rythme
05:14laver nos caleçons, à quel rythme laver nos jeans,
05:16et ainsi de suite.
05:17Et moi, ce que je crains à travers cela,
05:19c'est que nous passions de la logique du confinement
05:21sanitaire des dernières années
05:23à la logique du confinement climatique demain.
05:25Et ça, j'en parle depuis des années.
05:27Je dis, la matrice du confinement
05:29sera utilisée pour d'autres crises.
05:33Et le confinement climatique me semble être
05:35la tentation forte de nos autorités.
05:37J'ajoute, par ailleurs, que je vois le monde de demain
05:39s'est dessiné devant nous,
05:40où des gens vont aller se dénoncer les uns les autres.
05:42Vous savez, les délateurs de la clim.
05:44Haha, mon voisin, une clim, c'est pas permis.
05:47Il faut que la flicaille débarque chez lui.
05:49Et pendant ce temps-là, bien évidemment,
05:51ça va brûler dans certains quartiers.
05:52Ce sera le règne des bandes et des voyous.
05:54Mais le type ordinaire de classe moyenne
05:58qu'une clim pour sa famille,
05:59lui, lui, il va y passer.
06:01Lui, on ne lui pardonnera pas.
06:02Ce geste est considère.
06:03Vous le suggérez ici,
06:04cette interdiction ne s'inscrit-elle pas
06:06dans une tendance plus lourde?
06:09Oui, et c'est pas seulement
06:10la multiplication des interdits.
06:12En fait, c'est l'asceptisation progressive
06:14de l'existence.
06:15Moi, je suis frappé de voir
06:17le monde dans lequel on nous invite à vivre.
06:20Ça a commencé il y a des années.
06:22Et là, je vais aller avec un truc
06:23qui va probablement en choquer certains
06:24avec la cigarette.
06:25Alors, je ne suis pas fumeur moi-même,
06:26premier élément.
06:27Deuxième, je trouve que ça sent plutôt mauvais.
06:29Donc, on ne me voit pas chez moi
06:30quelqu'un qui défend ses intérêts ici.
06:32Mais dès lors que l'État s'est permis
06:34non seulement d'interdire dans les lieux
06:35évidemment, il fallait l'interdire,
06:37mais d'étendre sans cesse
06:38l'extension de l'interdit
06:39avec la proposition chez certains
06:41de l'interdire demain sur les terrasses.
06:43C'est déjà le cas au Québec,
06:44soit dit en passant.
06:45Cette idée qu'il faudrait interdire
06:46toujours davantage.
06:48La cigarette, ça a presque servi
06:49en quelque sorte de point de départ
06:51pour multiplier les interdictions ensuite.
06:53L'argument valait, on nous disait,
06:55c'est la fumée secondaire
06:56qui les autres en souffrent.
06:58OK.
06:59Mais à partir de là,
06:59on voit que la logique de l'interdiction
07:00se multiplie,
07:01de l'aseptisation s'étend.
07:03Par exemple, l'alcool.
07:04Alors, je ne sais pas
07:05si vous avez eu l'occasion
07:05de parler justement
07:07avec des spécialistes
07:08du monde du vin,
07:09de l'alcool, des cavistes.
07:10La consommation d'alcool
07:12baisse significativement
07:13en France aujourd'hui.
07:14Alors, on va nous dire
07:15victoire contre l'alcoolisme.
07:17Mais pas vraiment.
07:17En fait, c'est toute une sociabilité,
07:20c'est toute une manière de vivre,
07:21une manière d'agrémenter ses repas,
07:23une manière de vivre en société,
07:25une manière de faire la fête
07:26qui disparaît avec cela.
07:28On présente de plus en plus le vin,
07:30par exemple,
07:30comme une illusion toxique,
07:31quelque chose de dangereux.
07:33Mais au même moment,
07:34comme le disaient nos invités récemment,
07:35je pense que c'était Jonathan Sigsou,
07:37si on...
07:37Oui, c'est Jonathan Sigsou
07:38qui nous disait,
07:39on balie le vin,
07:40mais au même moment,
07:41eh bien, la consommation
07:42de drogue augmente,
07:43de médicaments augmente,
07:44et je ne m'interdis pas
07:45de faire un lien entre le passage
07:47d'un régulateur émotionnel
07:48à un autre.
07:49Et puisque l'être humain
07:50n'est pas un être parfait,
07:51il a besoin de béquilles
07:52pour traverser l'existence,
07:54il a besoin quelquefois
07:54d'un petit coup de main
07:55pour traverser l'existence
07:56et des coups de blouse,
07:57eh bien, je me désole
07:58du passage du vin
07:59aux différents médicaments
08:01qui apparemment nous permettent
08:02de traverser l'existence.
08:04On rêve, je l'ai dit aussi,
08:06d'une existence,
08:07donc sans lubrifiant social,
08:09sans débordement,
08:10d'une existence normée,
08:11réglée, encadrée.
08:12Vous savez,
08:12le plaisir est fini
08:13de se coucher à 21 heures.
08:14Je crois que c'est dans le rêve
08:16de nos dirigeants aujourd'hui.
08:17Il y a aussi
08:17cette guerre menée
08:20à la viande,
08:20vous le nommeriez au nom
08:21de cette mouvance végane,
08:23la véganisation des repas,
08:25cette guerre faite aux banquets,
08:27cette guerre faite aux desserts,
08:28cette guerre faite aux pâtisseries.
08:30Il y a quelque chose là-dedans
08:31au nom d'une forme
08:32d'esthétique et d'éthique,
08:34non pas de la saise,
08:35mais de l'existence dénudée.
08:38De la même manière,
08:39la récession sexuelle
08:39chez les plus jeunes,
08:40on en parle beaucoup,
08:41la crise du désir
08:42chez les jeunes hommes
08:43et les jeunes femmes,
08:44ça ne veut plus dire
08:44qu'ils ne se rencontrent
08:45plus du tout.
08:46Mais il y a une crise du désir,
08:48il y a une crise
08:48dans la capacité qu'on a
08:49de se projeter vers l'autre sexe.
08:51Il y a aujourd'hui
08:51cette récession sexuelle
08:52réelle dans les jeunes générations,
08:54l'incapacité aux flirts,
08:55l'incapacité à la séduction
08:56et il y a un effet véritablement
08:58sur la vitalité sociale avec ça.
09:00Et à quoi ressemble
09:00l'existence aujourd'hui?
09:02Globalement,
09:03on nous commande des plats
09:04aux saveurs uniformisés
09:05par les différentes plateformes
09:06disponibles
09:07qui fonctionnent par ailleurs
09:08grâce à l'immigration illégale.
09:10On regarde à peu près tous
09:11en même temps
09:11les mêmes séries Netflix,
09:12on passe nos vies sur nos écrans
09:14et quand on désire,
09:15ils passent par le modèle
09:15porno ou only fan.
09:17À travers cela,
09:18c'est une existence
09:18bien aseptisée
09:19qu'on nous prépare.
09:20On dit quelquefois
09:21que nous sommes passés
09:21d'une société de liberté
09:23à une société d'autorisation.
09:25Est-ce votre avis?
09:26Je pense que c'est exactement
09:27le modèle qui s'impose à nous.
09:29L'autorisation,
09:30c'est on va vous donner
09:30la permission.
09:31Et ce qui est très particulier
09:32dans la psychologie
09:33de l'homme contemporain,
09:34c'est qu'il est tellement heureux
09:35d'avoir la possibilité
09:37de demander une permission
09:37à l'autorisation.
09:38Ah, j'ai l'autorisation,
09:39c'est permis.
09:40On n'a pas, on pourrait dire,
09:42l'instinct de la liberté
09:43tant à s'émousser.
09:44Et ça s'applique
09:45dans tous les domaines de la vie.
09:46Vous avez une maison,
09:46vous voulez faire des rénovations,
09:48mais vous devez quand même
09:48passer par je ne sais
09:49combien de permis
09:50pour être capable
09:50de faire des rénovations
09:51chez vous.
09:52Si vous voulez une piscine,
09:53faites la liste de tout.
09:54Donc, votre vie
09:55est une perpétuelle quête
09:56d'autorisation administrative.
09:58Il y a quelque chose
09:58là-dedans d'absolument
09:59insupportable.
10:00Par ailleurs,
10:01se met en place
10:01un dispositif,
10:02je ne dis pas
10:03qu'il est pensé,
10:03et je dis que c'est
10:04un processus
10:05qui cherche à virtualiser,
10:07on le sait,
10:08numériser tout ce qui
10:09relève de l'argent.
10:10Donc, vous savez,
10:11la guerre contre le cash,
10:12la guerre contre l'argent liquide,
10:14la promesse de main
10:15de l'euro numérique,
10:16la promesse de main
10:16d'une existence
10:17intégralement virtualisée.
10:18Mais là,
10:19qu'est-ce qu'on rêve là-dedans?
10:20Une traçabilité intégrale
10:22de vos dépenses,
10:23de vos choix
10:24pour identifier
10:25les délinquants
10:25qui ne ferait pas
10:26les bons choix moraux,
10:27alimentaires, sociaux,
10:28pour être capable ensuite
10:30de limiter vos choix
10:31selon la définition
10:32qui auront décidé
10:33la vision du bien commun
10:34qui auront les aristocrates
10:35pardonnez-moi
10:36les technocrates du moment.
10:37Et à travers cela,
10:39donc ce que vous devez prendre,
10:40ce que vous ne devez pas abuser,
10:42à travers cela,
10:43l'État prend toujours
10:44davantage votre argent
10:45pour vous expliquer
10:45de quelle manière vivre
10:46parce qu'il sait mieux que vous
10:48quoi faire avec vos ressources.
10:49Quoi qu'il en soit,
10:50devant cet État
10:51qui a la tentation aujourd'hui
10:52de nous transformer
10:53en asséché du gosier,
10:56eh bien,
10:56j'ai pris hier,
10:57je prendrai ce soir
10:58entre amis bien évidemment
10:59dans les lieux autorisés
11:00parce que je respecte la loi,
11:01je prendrai un verre,
11:02j'en prendrai deux,
11:03j'en prendrai trois
11:03et le quatrième sera le meilleur.
11:05Sous-titrage Société Radio-Canada
11:06Sous-titrage Société Radio-Canada
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