00:00Les suites de l'affaire Liana, le rapport d'inspection dévoilé lundi au grand public pointe des erreurs, des fautes
00:04individuelles à la fois du côté du parquet mais aussi chez les gendarmes.
00:08Donc deux gendarmes ont été mutés, une magistrate s'est vue retirer son habilitation à traiter des dossiers des mineurs
00:14et une levée de boucliers des magistrats face à cela, avant debout contre le ministre Gérald Darmanin.
00:20Plusieurs centaines ont même rejoint une boucle WhatsApp. Réflexe corporatiste et idéologique, c'est ce qu'a constaté William Molinier
00:27dans ses échanges.
00:28Et à commencer par le choix du titre de presse pour publier leurs tribunes, Le Monde, France Inter, l'Obs
00:34ou encore Libération.
00:35Il n'est pas question d'une presse moins marquée idéologiquement, encore moins d'une presse de droite.
00:40Ces news et frontières sont ouvertement moquées, notamment lorsque la tribune fuite sur Twitter et que nos confrères de ces
00:47news évoquent le temps passé par les magistrats.
00:49Son écriture plutôt qu'à traiter les 70 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs.
00:53« Mes oreilles saignent », écrit une magistrate de Bobigny.
00:57« C'est écœurant », poursuite une de ses collègues, une juge de Créteil, plus lucide, le reconnaît.
01:02« Le problème, c'est que beaucoup de gens le pensent », écrit-elle, ajoutant.
01:06« J'en fais actuellement l'expérience très concrète, puisque dans l'immeuble où je vis à Paris,
01:10des gens éduqués ne cachent plus leur hostilité à l'égard des magistrats et n'ont pas peur de me
01:15le dire.
01:15C'est effrayant », fin de citation, « effrayant comme ce mépris de classe
01:20et l'absence de remise en question au sein de cette corporation. »
01:24William Molinier du service police-justice d'Europe 1, Gilles-William-Golnadel.
01:29Vous n'êtes pas étonné, vous, par cette réaction des magistrats ?
01:32Non, c'est un sujet qui me tient à cœur.
01:34Celui qui vous parle n'est pas très objectif, parce que je suis l'avocat, l'un des avocats de
01:39frontière.
01:39Mais, de manière générale, je critique le fonctionnement de la justice française depuis une quinzaine d'années.
01:49Je veux dire, on a affaire...
01:53Il faut comprendre que la sociologie moyenne du magistrat ressemble à la sociologie du journaliste.
02:01Donc, statistiquement, je ne veux pas jeter non plus le propre sur l'ensemble du corps des magistrats,
02:09mais il y en a, effectivement, qui statuent beaucoup plus selon la conception qu'ils se font de l'équité,
02:17leur conception très personnelle, plutôt qu'en droit.
02:20Or que si vous ne statuez pas selon la norme juridique, vous n'avez aucune sécurité juridique.
02:27Et dans l'affaire, justement, Frontière, nous sommes tombés sur un président que je n'avais pas l'ordre de
02:33connaître.
02:34Alors, d'aucuns m'ont reproché de ne pas m'être enseigné sur lui.
02:38Mais, en principe, vous savez, si vous tapez le nom d'un magistrat sur Twitter, vous ne trouvez rien.
02:44C'est exceptionnel, les prises de position publiques qu'il a prises sur la question de Palestine,
02:51contre l'ERN ou d'autres choses.
02:53en violation flagrante de son, encore une fois, devoir de réserve.
02:59Moi, l'avocat, je peux dire ce que je veux, y compris les pires sottises.
03:03Mais pas un magistrat, parce que vous ne devez pas craindre quoi que ce soit.
03:10Et les magistrats qui s'expriment là, ils sont, très sincèrement,
03:16avec des extravagances invraisemblables, d'aucuns ou surtout d'aucunes,
03:24se permettent même de proposer de faire des choses qui sont contraires aux droits et aux usages.
03:31Donc, ça fait peur.
03:32Mais n'oubliez pas non plus, c'est moi qui fais condamner la présidente du syndicat du mur des cons,
03:38du syndicat de la magistrature, contre l'avis déjà du parquet.
03:42Mais cette dame-là n'a pas eu de problème d'avancement.
03:45Il y a un vrai véritable corporatisme qui font qu'en vérité,
03:49ils jouissent d'une impunité pratiquement totale.
03:52Le conseil supérieur de la magistrature ne fait pas le quart de la moitié de ce qu'il faudrait faire.
03:57Ils ont tellement l'habitude, d'ailleurs, je vais plaider d'une certaine manière des charges,
04:02ces gens-là ont tellement l'habitude de ne pas ce qu'on leur demande des comptes,
04:07c'est que d'une certaine manière, ils ne comprennent pas ce qui leur arrive.
04:10Et ça change aussi la façon de penser quand vous vivez dans l'impunité en permanence.
04:16Donc, pour toutes ces raisons, cette affaire-là, d'une certaine manière,
04:21elle sert de détonateur, et évidemment, l'horrible affaire Liana,
04:26mais vous avez bien vu que dans l'horrible affaire Liana,
04:29déjà, alors que les préconisations du garde des Sceaux sont très modérées,
04:34ça ne va pas loin, mais déjà, on a l'impression,
04:36qu'il y a, au sens littéral du terme, un crime de lèse-majesté.
04:40Oui, les deux plus hauts magistrats de France sont mis en garde contre la mécanique du bouc émissaire.
04:44Ça fait peur, parce qu'en quoi, pardon de le dire, je ne veux pas être irrévérencieux,
04:48mais en quoi, en quoi un magistrat, un magistrat n'est pas en sucre,
04:53en quoi un magistrat serait, quand on le met en question,
04:57plus un bouc émissaire qu'un policier, un avocat ou un plombier zingueur ?
05:02Je voudrais comprendre. Donc, vous voyez, c'est cette manière de penser
05:06qui explique bien des errements.
05:08Ce qui n'empêche, quand même, que l'affaire Liana a mis au jour,
05:12j'allais dire, le manque de moyens criant de la justice,
05:16le problème avec le numérique, enfin là...
05:18Oui, mais les deux sont possibles.
05:19Les deux sont possibles.
05:20On peut à la fois mettre en évidence un certain nombre d'erreurs individuelles,
05:24et en même temps déplorer que la justice française soit sous-dotée par rapport à nos voisins.
05:30Mais là où je trouve que les réactions de ces magistrats sur cette boucle WhatsApp
05:37sont effrayantes, pour reprendre les termes qu'employait l'un de ces magistrats,
05:41c'est de voir toute l'énergie qu'il déploie pour contester à la fois ce rapport
05:47et les conclusions de ce rapport qui mettait justement en évidence
05:53un certain nombre de dysfonctionnements,
05:55alors même que la question qu'a révélée l'affaire Liana,
05:59c'est l'urgence à traiter un certain nombre d'affaires liées à la jeunesse.
06:07Lorsque vous voyez que 70 000 dossiers sont en attente de traitement,
06:14que le garde des Sceaux a demandé de savoir où est-ce qu'on en était,
06:17combien de victimes, de familles de victimes,
06:19sont dans l'attente que ces enquêtes, ces procédures avancent
06:24et nous avons des magistrats qui s'organisent
06:27pour finalement contrarier le bon déroulement de la justice
06:33jusqu'à imaginer une journée morte.
06:36Honnêtement, c'est sidérant.
06:37Combien de crimes seront peut-être rendus possibles
06:40par l'inaction de ces magistrats ?
06:45Je sais des médecins,
06:47et je ne veux pas du tout jeter le discrédit
06:49sur l'ensemble du corps des médecins,
06:51qui sont indifférents en sorte de leur balade.
06:53Ça arrive, ça.
06:54Eh bien, vous avez des magistrats, j'en connais,
06:57qui sont indifférents.
06:59Ça, je suis désolé de vous le dire,
07:01ça arrive.
07:02Mais prenons l'exemple du manque de moyens.
07:04Un chef d'entreprise, je peux vous dire,
07:06un chef d'entreprise qui,
07:08en ne respectant pas les règles de sécurité,
07:12a fait ou n'a pas fait,
07:13mais en tout cas, il y a eu un mort d'homme
07:15sur un chantier.
07:16Il arrive devant le juge,
07:18il leur dit, vous savez, monsieur,
07:19je suis désolé, d'abord, je ne les connaissais pas,
07:20les règles de sécurité,
07:21je suis totalement débordé.
07:23On est en état de cessation de paiement.
07:26On a vraiment un problème de moyens.
07:27Vous croyez qu'il ne va pas être condamné,
07:30ce chef d'entreprise-là ?
07:31Donc, quelles que soient les bonnes ou mauvaises raisons,
07:34parce que le tribunal d'Ausse,
07:37il n'était pas archi débordé,
07:39il ne faut pas exagérer.
07:40Donc, à supposer même,
07:43je suis désolé,
07:45il n'y a aucune raison
07:46qu'on décrète l'irresponsabilité des juges
07:49dans cette affaire-là.
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