00:00Roger Ruak, médecin généraliste, qui nous donne son avis et son sentiment sur ce qu'il faut faire ou ne
00:06pas faire dans cette période de canicule.
00:08Écoutons Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, qui parle de l'alcool.
00:13Je pense qu'on peut se passer de boire de l'alcool dans les jours qui viennent,
00:17quand on sait en plus que l'alcool vient aggraver les problèmes de santé pour des problèmes d'hydratation.
00:21Donc c'est prouvé et démontré, c'est un appel au bon sens.
00:23Mais parfois le bon sens, il faut le compléter par des mesures qui encadrent le sujet.
00:27Et le préfet de police a pris la décision, qui me semble tout à fait pertinente,
00:31d'interdire la vente d'alcool après 18 heures.
00:34C'est du bon sens pour faire en sorte que, ou par esprit de civisme,
00:38ou par esprit de rendre plus compliqué la consommation d'alcool.
00:43L'objectif est très clair, ce n'est pas de brider les gens, ce n'est pas de les empêcher
00:46de faire la fête.
00:47Par contre, on voudrait les empêcher de venir saturer les hôpitaux.
00:50Je crois que la ministre de la Santé l'a bien dit, la priorité, c'est que tous nos moyens
00:53de secours,
00:53tous nos moyens de soins, tous nos moyens hospitaliers puissent être consacrés
00:57à la prise en charge de personnes qui, pour des raisons vraiment indépendantes de l'alcool,
01:01se retrouvent avec un problème de santé sérieux.
01:04Alors ça, moi j'aime bien cette intervention parce qu'elle est argumentée.
01:08Donc vous avez des hôpitaux, effectivement, qui vont être peut-être saturés,
01:12et si vous avez des gens qui faisaient la fête,
01:15et qui parce qu'ils faisaient la fête, et parce qu'ils étaient alcoolisés,
01:19entraient dans les hôpitaux et prenaient pourquoi pas la place d'un vieux monsieur,
01:23d'une dame qui a eu un accident cardiaque, etc.,
01:25la question se pose, Jules Thorez, elle se pose quand même.
01:29Oui, encore une fois, la question se pose, mais c'est toujours...
01:32Ce que je ne me dis pas, c'est combien de personnes à Paris, par exemple,
01:35statistiquement, Roger Rua, c'est combien de personnes solidaires ?
01:39Je vais regarder.
01:40C'est 100 000 personnes ?
01:42Oui, sur plusieurs jours.
01:44Combien de personnes, statistiquement, dans un cas comme celui-là,
01:49un cas extrême de chaleur, seraient rentrées dans les hôpitaux ?
01:53Et j'imagine que les stats existent sur ce genre de situation.
01:56Je n'en suis pas certain, je n'en suis pas certain qu'il y ait des stats là-dessus,
01:59mais bon, on a ce problème-là.
02:01Moi, j'étais hospitalier à l'hôpital Amorasse-Pareil,
02:04qui était à côté de Longchamp, et j'étais au service des urgences,
02:08donc j'ai une expérience dans ce domaine, si je puis dire,
02:12mais bon, c'est toute l'année, vous avez des possibilités de saturation.
02:16Il suffit qu'il y ait, par exemple, un week-end, en voiture,
02:20où il y a plus d'accidents, il va y avoir une saturation.
02:23Toute l'année, on va avoir des saturations.
02:25Et d'ailleurs, en 2004, j'avais participé à une commission sénatoriale sur les urgences,
02:31en 2004, avec le sénateur Descours,
02:35et on avait décidé, au bout d'un an de discussion,
02:38de proposer des trucs pour régler le problème des urgences hospitalières.
02:422004.
02:43En 2026, le constat est toujours le même.
02:47C'est quoi le constat ?
02:48Rien n'a été fait.
02:49C'est ce qu'on vient de dire.
02:51Saturation, mauvaise organisation, manque de personnel.
02:54Et les conclusions de cette réflexion, quelles étaient-elles ?
02:58C'était de réformer, donc de prendre du personnel adapté,
03:03d'avoir de...
03:04Mais ce n'est pas le cas, il n'y a pas de personnel adapté aux urgences ?
03:06Pas assez.
03:08C'est-à-dire que le problème des urgences, c'est que...
03:10Aux urgences, par exemple.
03:10À cette heure-là, à Ambroise Paré, si quelqu'un arrive en urgence,
03:13qu'est-ce qui se passe quand il arrive aux urgences ?
03:15Il est pris en charge, d'abord par une infirmière d'accueil,
03:19ensuite par un senior, un médecin qui est là,
03:22qui va trier.
03:24Dans un hôpital parisien ?
03:25Aujourd'hui, il y a beaucoup de monde dans les services d'urgence, en plus.
03:29Mais c'est combien de personnes ?
03:30C'est 20 personnes ? 30 personnes ? 40 personnes ?
03:32Oui, plus de 20 personnes.
03:33Plus de 20 personnes ?
03:34Ah oui.
03:34Et combien de personnes arrivent précisément à Ambroise Paré,
03:37aux urgences, par jour ?
03:38On a à peu près, du temps où j'y étais,
03:41on avait entre 150 et 180 passages par jour.
03:44Et sur ces 180 passages, combien sont vraiment urgents, si j'ose dire ?
03:48Très peu.
03:49Les vraies types d'urgence sont canalisées par le SAMU, en général.
03:53C'est accident de voiture ?
03:54Accident de voiture, action cardiaque, infarctus...
03:57Mais il y a des gens qui viennent pour un bobo ?
03:59Pour rien, pour une petite entorse.
04:00Vous savez, l'autre jour...
04:02Alors que, bon, c'est pas utile.
04:04En plus...
04:05Mais ça, il faut les éduquer aussi, c'est ça, c'est une prévention, il faut éduquer les réseaux.
04:09Il y a beaucoup de choses qui ont été...
04:10Sérieusement, ma maman est tombée dans les pommes il y a quelques semaines,
04:14elle a été aux urgences, elle est arrivée à 21h, elle a été prise à 4h du matin.
04:19C'est ça la réalité, bien sûr.
04:20Et ça m'a choqué, parce qu'on a vu qu'il lui arrive rien, etc.
04:23Il y a un encombrement, il y a toutes sortes de gens qui débarquent, d'ailleurs.
04:27Et pourquoi rien n'a été fait, alors ?
04:29Je ne sais pas, monsieur Roger Rua.
04:31Pourquoi rien n'a été fait ?
04:32Je pense que vous en parlez souvent dans vos émissions.
04:34Les petits hommes gris.
04:35Les petits hommes gris sont derrière tout ça, et pour les budgets, ils ne veulent pas non plus.
04:39Parce que quand vous devez dimensionner un service d'urgence,
04:43il faut prévoir sur toute l'année un nombre de personnel suffisant.
04:47Mais dans l'année, il y a au moins la moitié de l'année où il y a trop de
04:52personnes par rapport aux urgences.
04:54Donc ils ne veulent pas mettre des postes supplémentaires où il y aura trop de...
04:58Oui, mais c'est essentiel, plutôt que de le redistribuer.
05:01C'est pour ça que le grand reset en 2027, il est important.
05:05Vous êtes médecin depuis quelle année ?
05:0780.
05:08Donc vous avez 46 ans ?
05:10Oui.
05:10Ça fait 46 ans que vous êtes médecin.
05:12Bon, est-ce que vous diriez qu'aujourd'hui, la médecine fonctionne moins bien ?
05:19L'organisation, je ne parle pas de la qualité des soins, la qualité des soins a sans doute progressé.
05:23Je l'espère, c'est même sur des maladies graves, elle a évidemment progressé.
05:28Mais est-ce que vous diriez que l'accueil du patient, le rapport qu'a la médecine avec lui, s
05:35'est détérioré ?
05:37Et est-ce que vous diriez que c'est moins bien qu'en 1980 ?
05:40Alors, il se trouve que j'étais aussi président des syndicats de médecins.
05:43Donc j'ai participé à beaucoup de négociations avec la Caisse, avec le gouvernement, les ministres, les présidents de la
05:48République.
05:50Et je dirais aujourd'hui qu'on a voulu détruire la médecine libérale.
05:57Depuis 81.
05:58Il faut donner les bonnes années.
06:01On a tout voulu détruire depuis 81, si vous me permettez.
06:03Il n'y a pas que la médecine libérale.
06:05L'école, la justice, l'entreprise.
06:07Entre autres, je veux dire.
06:09Je fais une part en théorie.
06:10Le régalien, la police.
06:11J'exagère un peu, bien sûr.
06:13A peine.
06:13Pas tant.
06:14Et pour ça, on a mis en place des contraintes de plus en plus fortes pour que les médecins n
06:19'aient plus envie de s'installer en libéral,
06:21de façon à n'avoir qu'un seul service public hospitalier.
06:25Mais de l'autre côté, le service public hospitalier, on ne l'a pas non plus amélioré.
06:29Exactement.
06:30On a créé des grands hôpitaux qui fonctionnent mal, et puis on a surtout laissé les dépenses filer.
06:37Mais Pompidou, par exemple, tous ceux qui passent par Pompidou soulignent l'excellence de cette médecine qui est prodiguée.
06:44Heureusement.
06:45Et on a le sentiment que ça fonctionne particulièrement bien.
06:48Tous ceux qui sont traités dans ces grands hôpitaux disent souvent sur le personnel qui est là,
06:55sur la manière dont ils sont accompagnés, sur la qualité des soins.
06:59J'entends très rarement des gens se plaindre de cela.
07:02J'entends aux urgences, je l'entends, mais des gens qui sont dans un traitement long disent tout.
07:06Je suis tombé sur des gens extraordinaires, j'ai été très bien soigné.
07:10La qualité première d'un médecin est des soignants, pas que les médecins, c'est d'être humain.
07:14Donc d'avoir des relations humaines avec les patients qui viennent en situation de difficulté,
07:19et nous on est là, les sachant, pour les aider.
07:22Donc ça serait quand même dommage que les soignants deviennent des gens néfastes pour la qualité des soins.
07:30Non mais je rebondissais, vous disiez, on a construit des grands hôpitaux qui ne marchent pas,
07:33et je vous citais Pompidou, c'était cela ?
07:35Oui, alors l'hôpital Pompidou, je sais, j'ai connu sa création, entre guillemets,
07:40puisqu'il était concurrent de l'hôpital Ambroise-Parey où j'étais.
07:43Donc bon, mais peu importe, à la limite, on a créé des grandes structures,
07:47mais qui fonctionnent mal parce qu'aujourd'hui, sur ces grandes structures,
07:51tout le monde le dit, tout le monde le répète,
07:52il y a au moins 30 à 40, voire 50% de personnel administratif.
07:57Oui, bien sûr, c'est le sujet.
07:59Non mais bien sûr, c'est là, alors que dans les hôpitaux privés, il n'y a pas ça, vous
08:03avez raison.
08:04Moins, en tout cas.
08:04Bon, ça serait pas mal quand même de réformer tout ça, de réformer la France,
08:07mais je ne sais pas, la médecine, les ARS, c'est une usine à gaz.
08:12Ceux qui gouvernent la médecine, c'est les enfants de Kouchner aujourd'hui,
08:15et on a vu que ce n'est pas forcément, c'est Marisol Touraine, c'est toute cette tradition-là.
08:20Manifestement, ce n'est pas ce qui a été le plus efficace pour la médecine française.
08:24Alors, il est 16h41, on marque une pouce peut-être, c'est passionnant en fait de vous écouter.
08:29Mais oui, puisque vous nous apprenez des choses, et puis vous avez un regard qui est le vôtre,
08:33et depuis 1980, ce regard quand même, il mérite d'être entendu.
Commentaires