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Dans son édito du 25/06/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Oui, c'est un texte, on l'a évoqué hier soir en un mot, c'est un texte remarquable,
00:03et là on me dira, oui, il dit que c'est un texte remarquable parce qu'il vient du patron
00:06de la chaîne pour laquelle il bosse,
00:07le patron des patrons des patrons, et je dis non, très honnêtement, c'est un texte d'une vraie grande
00:11qualité,
00:12il n'est pas interdit quelquefois que des patrons décident de publier un papier qui est de bonne facture,
00:17et dès lors il faut le noter.
00:19C'est un texte remarquable d'abord et avant tout parce que la tentation de plusieurs, j'imagine,
00:24lorsque le pouvoir se montre aussi agressif, lorsque le pouvoir se montre aussi résolu à fermer une chaîne comme CNews,
00:29par exemple, la tentation de plusieurs serait de faire le dos rond, serait de raser les murs,
00:34serait de se faire tout petit en espérant ne pas être sanctionné.
00:38C'est une tentation humaine, c'est-à-dire on va se coucher, on va rien dire, on va faire
00:41semblant qu'on n'est pas là,
00:42peut-être vont-ils nous oublier, et dès lors on passera la prochaine étape sans sanction.
00:47C'est une erreur qu'on fonctionne ainsi.
00:49Quand on veut vous abattre, ce que vous devez faire, vous devez riposter politiquement,
00:54vous devez riposter à bon niveau, et c'est ce que propose Maxime Salat dans ce texte.
00:58Alors, on me dit que c'est une réponse à la mise en demeure de l'ARCOM.
01:02C'est plutôt, alors c'est exact, mais imprécis.
01:05Parce que c'est une réponse, en fait, à une séquence qui commence, il y a un bon moment déjà,
01:09avec l'attaque de Reporteurs sans frontières, le si mal nommé groupe,
01:14qui a décidé de s'en prendre à CNews pour des styles défauts de pluralisme.
01:18On s'en souvient, l'RSF, Reporteurs sans frontières,
01:22s'est repris ensuite par le Conseil d'État,
01:24qui décide de redéfinir la doctrine sur le pluralisme à la télévision.
01:29Donc, redéfinir la doctrine, il ne s'agit plus simplement de respecter les temps de parole des partis politiques.
01:34Ce qui, soit dit en passant, est déjà absurde, je me permets de le dire.
01:38Ailleurs, dans le monde occidental, l'idée de quantifier exactement le temps de parole
01:42des partis politiques disponibles à la télévision, la radio, tout ça,
01:45il y a quelque chose là-dedans de profondément...
01:47Ça n'existe nulle part ailleurs.
01:49On est le seul pays au monde à décompter le temps de parole des partis politiques.
01:52Vous savez, quand on explique ça, ils ne comprennent pas vraiment.
01:56De ce point de vue, je pense qu'on doit dire que déjà,
01:59la règle sur les temps de parole est d'une originalité négative.
02:02On va dire ça comme ça.
02:04Ensuite, on nous dit non, il faut élargir les critères du pluralisme désormais
02:08pour faire en sorte d'avoir une représentation des différents courants,
02:11des différentes perspectives sur un sujet et sur une diversité de sujets
02:15à la télévision, à la radio, sans quoi vous serez pris en défaut de pluralisme.
02:20La question, c'est comment on traduit ça concrètement.
02:23Est-ce qu'il s'agit...
02:23Parce qu'il faut...
02:24Pour représenter le pluralisme ainsi, il faut des critères pour définir le pluralisme.
02:28De quoi parle-t-on?
02:29Est-ce que c'est donc gauche, centre, droite, mais pas les extrêmes ou avec les extrêmes?
02:34Mais que fait-on des gens qui refusent le clivage gauche, centre, droite, extrême, pas extrême?
02:39Est-ce qu'on...
02:40Que fait-on, par ailleurs, des débats qui n'entrent pas tout simplement dans la catégorie
02:44gauche, droite, et ainsi de suite?
02:46Que fait-on des nombreux thèmes qui, dans la vie publique, ne se laissent pas réduire
02:50à un pour-contre?
02:51Donc, déjà, l'idée de mettre en scène le pluralisme, ça présuppose qu'un régulateur
02:55extérieur qui vous dit quelles positions doivent être représentées.
02:58Donc, qu'est-ce que ça veut dire concrètement, on va le dire?
03:01Ça veut dire que l'ARCOM décide de s'inviter dans les salles de rédaction pour dire,
03:06Serge Nedjar, Thomas Bauder, au revoir, vous êtes désormais là de manière secondaire
03:10parce que le régulateur va vous dire de quelle manière vous allez construire votre ligne
03:15éditoriale dans cette chaîne.
03:18Est-ce qu'on peut imaginer un autre pays démocratique où l'État se permet d'entrer
03:22dans une salle de rédaction, une chaîne privée, et dire voilà comment vous devez construire
03:26votre pluralisme interne, sinon vous serez sanctionné et ensuite fermé.
03:31Est-ce qu'on peut imaginer dans une démocratie un État qui se permet véritablement
03:35de se substituer à la rédaction d'un journal?
03:38C'est inimaginable.
03:39Eh bien, pourtant, nous devons l'imaginer aujourd'hui.
03:42Par ailleurs, j'ai lu la décision de l'ARCOM, je vous le disais hier,
03:46enfin, j'en ai lu plusieurs, et chaque fois, ce qui me frappe là-dedans,
03:49c'est, et je reprends les mots, l'inanité intellectuelle,
03:53la faiblesse intellectuelle de ceux qui tiennent la plume pour ça.
03:55Franchement, ce n'est pas les meilleurs de leur promotion
03:56qui se retrouvent à écrire pour l'ARCOM.
03:58On se retrouve avec des textes assez nuls, rédigés dans un langage administratif pesant,
04:02qui font penser à la littérature administrative soviétique
04:05pour maquiller des préférences idéologiques marquées
04:08et leur donner un vernis d'objectivité.
04:10Mais c'est le style juridique aussi, qui est un peu comme ça.
04:13Non, non, non, il y a un style juridique qui va être plus élégant.
04:14Le style administratif soviétique, c'est autre chose.
04:17Heureusement, on l'avait oublié, mais il s'est rappelé à vous.
04:19C'est un peu dur, hein, oui.
04:19Ah non, mais moi...
04:20Une phrase, c'est huit lignes.
04:21Une phrase, en général, c'est huit lignes.
04:23Non, non, non, c'est pas ça.
04:24Moi, je peux faire pire pour les phrases.
04:25Marc, je peux encore faire pire.
04:26Oui, lui, c'est une page.
04:27Mais le fait qu'il est compréhensible, et moi aussi.
04:28Moi, je l'espère.
04:29Et ensuite, on nous dit de quelle manière ensuite construire le pluralisme
04:33à partir, j'insiste, de critères flous qui ne sont jamais précisés.
04:36Donc, on ne sait pas à partir de quels critères nous sommes jugés.
04:40Donc, cela dit, on comprend globalement qu'il faut avoir un point de vue positif
04:42ou à tout le moins plutôt positif de l'exécutif, de l'islam,
04:46de l'immigration, de la justice,
04:48et ne pas être exagérément critique envers LFI.
04:52Si on est dans cet état d'esprit, je devine qu'on est recommisable.
04:55Je devine par ailleurs, si l'ARCOM considère qu'on ne se soumet pas
04:59à sa manière de penser le pluralisme,
05:01à sa manière de penser l'orientation des débats à la lumière de ses préférences,
05:05soudainement, on est extérieur au pluralisme arcomien.
05:07Mais encore une fois, on ne saura pas exactement pourquoi,
05:09parce que les critères ne sont jamais définis.
05:11Vous serez jugés sans qu'on ne sache à partir de quels critères vous le serez.
05:14Sauf si je me trompe, le pluralisme élargi n'existe pas dans la loi de 86
05:18qui régit l'audiovisuel, mais ça existe uniquement pour CNews.
05:22Je ferme la parenthèse.
05:23Le pluralisme est pourtant nécessaire, Mathieu Bocoté,
05:26dans une société démocratique.
05:28L'ARCOM ne devrait-elle pas s'en faire la gardienne?
05:32C'est ce qu'elle dit, c'est ce qu'elle dit.
05:33Mais ma réponse, elle est toute simple.
05:34Le pluralisme dans une démocratie, c'est un effet de la liberté.
05:37C'est-à-dire, c'est pas le pluralisme,
05:39on ne décrète pas le pluralisme comme ça,
05:40gauche, droite, centre, mauve, blanc, jaune, vert.
05:43Non, il y a une liberté.
05:45Cette liberté est une liberté d'entreprendre,
05:47dans tous les domaines de la vie d'ailleurs.
05:48Vous pouvez dès lors lancer un média, un blog, un podcast,
05:53un balado comme on dit chez nous.
05:55Vous pouvez lancer un journal, vous pouvez lancer une télé,
05:57vous pouvez acheter, vous pouvez faire plein de choses.
05:59Et à partir de la diversité...
06:00Là, il y a un marché ensuite.
06:01Il y a des gens qui font des préférences idéologiques.
06:03A, B, C, D.
06:05Ensuite, le pluralisme se construit comment?
06:08À partir de la diversité d'offres qui existent dans la société.
06:12Et là, il y a une demande.
06:13Donc là, qu'est-ce qui arrive?
06:14Mais soudainement, quand Cénauz, par exemple,
06:15on s'est demandé pourquoi Cénauz a réussi à monter aussi rapidement.
06:18C'était un point d'interrogation dans l'esprit de plusieurs.
06:21Et là, il fallait leur dire,
06:22mais il y avait pendant longtemps une demande sans offre.
06:25Eh bien, une offre a trouvé sa demande.
06:27Donc, le pluralisme, c'est ça.
06:28C'est tout simplement un effet de la liberté.
06:30Mais si vous voulez définir à l'avance le pluralisme
06:32à partir des catégories politiques ou idéologiques
06:34ou sociologiques qui vous plaisent,
06:36vous congelez le pluralisme.
06:38Vous décidez, finalement, de faire du pluralisme
06:40une annexe du discours de l'État.
06:43L'État, d'ailleurs, c'est un effet, si je peux me permettre là-dessus,
06:45c'est un peu un héritage de la séquence COVID.
06:47Au moment de la séquence COVID, c'est bien antérieur,
06:49mais au moment de la séquence COVID,
06:50on a demandé aux différents médias
06:52non plus des espaces de liberté,
06:54mais des espaces pour relayer le discours étatique
06:58ou le discours public.
06:59Eh bien, aujourd'hui, certains considèrent
07:00que si on s'éloigne du discours dominant,
07:03eh bien, on quitte le domaine de l'information.
07:06Il faudrait relayer le discours du pouvoir
07:07pour être ARCOM compatible.
07:09On trouve sur cette chaîne,
07:11on l'a souvent dit, mais je le redis,
07:13des intellectuels qu'on ne trouve pas ailleurs,
07:15des journalistes qu'on ne trouve pas ailleurs,
07:16des conversations qu'on ne trouve pas ailleurs,
07:18des thèmes qu'on ne trouve pas ailleurs.
07:19De ce point de vue, CNews, de manière paradoxale,
07:22incarne dans l'espace médiatique
07:23une part de pluralisme bien plus grande
07:26que tout ce qu'on trouve sur des chaînes
07:27souvent ailleurs interchangeables.
07:29C'est-à-dire qu'ici, on pourrait dire
07:31que CNews corrige 40 ans d'absence de pluralisme
07:33à grande échelle dans le système médiatique.
07:35Et, si je peux me permettre,
07:38si on doit penser le pluralisme interne
07:39sur les différents sujets,
07:40par exemple, islam, insécurité, LFI,
07:43tout ça, ce que nous dit l'ARCOM,
07:45je suis curieux de voir comment ils vont jouer
07:46la question du pluralisme interne
07:48lorsqu'ils se saisiront du service public
07:50ou d'autres chaînes sur des questions,
07:51je ne sais pas moi, comme la remigration
07:54ou encore le débat sur l'extrême droite
07:56ou encore le débat sur tout ce qui touche
07:58aux mesures sanitaires.
07:59Comment vont-ils jouer le pluralisme interne
08:00sur le service public ou ailleurs,
08:02sur des sujets sur lesquels ils sont normalement
08:05monothématiques, monomaniaques ?
08:06Je ne dis pas qu'ils doivent le faire.
08:07Je me demande comment ils vont le faire
08:08pour être recommisables.
08:09Ceux qui nous regardent se posent une question.
08:12Est-ce qu'il faut craindre la fermeture de CNews ?
08:14Mais bien évidemment.
08:16Moi, j'en parlais avec une amie il y a quelques minutes.
08:18Elle me dit, ils ne vous fermeront pas.
08:20Faites-vous en pas, ils ne vous fermeront pas.
08:22Moi, ma thèse, c'est qu'ils le veulent.
08:23Je ne dis pas qu'ils y parviendront.
08:25Je dis qu'ils le désirent.
08:27Ils l'ont fait de manière, je voudrais, programmée,
08:30donc étape par étape,
08:31pour maquiller ça sur les catégories de l'État de droit.
08:34Partout dans le monde occidental, aujourd'hui,
08:36il y a une volonté de resserrer l'accès à l'espace public.
08:39En France, il y a la volonté de fermer une chaîne,
08:42possiblement d'en finir avec cette expression institutionnelle
08:45d'un pluralisme véritable.
08:46Et voilà comment ça va se terminer,
08:47si ça se termine mal.
08:49CNews est traité comme un corps étranger.
08:51Dès lors, c'est au nom du pluralisme
08:52qu'on va vouloir fermer CNews.
08:54C'est au nom de l'État de droit
08:55qu'on justifiera l'arbitraire de l'ARCOM.
08:56C'est au nom de la démocratie libérale
08:58qu'on va pratiquer les libéralismes le plus décomplexés.
09:01Et c'est au nom de la démocratie
09:02que certains vont applaudir à la fin de la chaîne.
09:05Devant cela, je ne dis pas que ceux qui veulent fermer CNews
09:07vont y parvenir.
09:08Je dis qu'il faut nommer ce qui se passe,
09:10nommer cette entreprise,
09:11ne pas faire semblant qu'elle ne réussira pas.
09:13Et c'est en se battant, si je peux me permettre,
09:15quelles que soient nos préférences idéologiques personnelles,
09:17c'est en se battant pour le véritable pluralisme
09:18qu'on sera capable de conserver un esprit démocratique.
09:21Mais ceux qui sont devant nous
09:22veulent abolir cette chaîne au nom de la démocratie.
09:24Ce sont des faux culs.
09:28Sous-titrage Société Radio-Canada
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