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Avec Céline Imart, députée européenne LR, agricultrice / Vincent Béguier, directeur général de Agri obtentions
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00:01Midi 14h, Sud Radio, la France dans tous ses états, le fait du jour.
00:06Le Parlement européen a adopté de nouvelles règles autorisant les plantes issues de nouvelles techniques génomiques, les NTG dans l
00:13'agriculture.
00:14Quelle différence entre les OGM et dans quel cadre juridique européen s'inscrivent ces NTG ?
00:19La députée européenne et elle-même agricultrice Céline Imard est avec nous pour en parler face à Vincent Béguier, directeur
00:24général de Agri-Obtention.
00:26Merci à tous les deux d'avoir accepté cet entretien.
00:28Bonjour Céline Imard.
00:29Bonjour Vincent Béguier, merci d'être en direct et en studio sur Sud Radio pour parler de cet épineux dossier
00:36qui est très haussier
00:37puisque les OGM nous inquiètent, c'est une angoisse mondiale depuis si longtemps, en période justement de canicule
00:46et on sait le lien qu'il y a quand même entre une forme d'agriculture consommatrice d'eau et
00:52d'énergie et le réchauffement climatique.
00:55Donc nous sommes confrontés à l'arrivée, après les OGM, organismes génétiquement modifiés, les NTG, nouvelles techniques génomiques, n'est
01:05-ce pas ?
01:06Mais s'il y a une modification du gène, elle n'est pas aussi, j'allais dire, prégnante et angoissante
01:11que celle des OGM.
01:13Pour autant, l'univers écologique continue à s'en inquiéter, considérant que même sur le plan technique, il y a
01:18un danger, bien entendu, ensuite sur le plan monopolistique, est-ce que les sociétés peuvent s'en emparer ?
01:22Et nous voyons qu'en France, le débat est ouvert, et vous, vous n'êtes pas soupçonnable de rouler pour
01:28le lobby des OGM, ni vous, M. Trégué, vous nous dites, attention, les NTG, c'est une vraie évolution.
01:35Non, pas attention. C'est un vrai bonheur d'autoriser enfin l'innovation en Europe.
01:40Attention à ne pas se tromper, à ne pas se tromper de combat.
01:43Mais on en demande toujours tellement plus aux agriculteurs, dans un contexte où on leur demande d'économiser l'eau,
01:48d'économiser les intrants, et finalement, ces attentes sociétales-là, elles se heurtent aujourd'hui au réchauffement climatique.
01:54Donc, le fait de pouvoir bénéficier d'une innovation qui va permettre d'avoir des plantes plus résistantes à la
01:59sécheresse, qui réclament moins d'engrais, moins d'intrants, c'est une très belle avancée.
02:03Et comme vous le dites, on ne peut pas soupçonner, en fait, ces nouvelles techniques génomiques d'être des nouveaux
02:08OGM. Pourquoi ?
02:09Parce qu'au niveau des OGM, on a une modification du gène. C'est-à-dire que dans le gène,
02:13par exemple, si je prends un exemple très caricatural, dans le gène du cochon, vous introduisez le gène de la
02:17tomate.
02:18Bon, là, ce n'est pas du tout ça. On a cette même technique qui a été autorisée pour la
02:23santé humaine, pour le vaccin contre la Covid, où on prend le génome, et avec la technique des ciseaux moléculaires,
02:28en fait, on va réveiller...
02:31C'est le principe de l'ARN messager.
02:32C'est le principe de l'ARN messager. On va réveiller certaines caractéristiques de la plante et en endormir d
02:36'autres pour obtenir certaines caractéristiques de résilience.
02:39Donc, pas d'inquiétude à ce sujet. On a vraiment besoin aujourd'hui de répondre à la fois aux attentes
02:44de la production alimentaire, d'arrêter de perdre notre souveraineté alimentaire, d'importer, de mettre des outils à disposition des
02:51agriculteurs,
02:52et puis, d'avancer. Parce qu'on ne peut pas devenir le musée de l'Europe pendant que le reste
02:56du monde innove. On ne peut pas priver nos agriculteurs et nos semenciers, en fait, de ce genre d'innovation.
03:02Vous-même, Vincent Béguet, directeur général de l'agriobtention, vous accueillez assez favorablement cette arrivée des NTG ?
03:07Oui, très favorablement. Alors, pas avec autant d'enthousiasme que Mme Imard. C'est-à-dire, pour moi, c'est
03:13une technique de plus qu'on rajoute dans notre boîte à outils.
03:16Je suis moi-même sélectionneur à la base. Aujourd'hui, je dirige une entreprise financière, mais j'ai été sélectionneur.
03:21Et donc, c'est une technique de plus qui va nous permettre d'aller plus vite sur des innovations dans
03:29le monde du végétal.
03:31Donc, le fait que le cadre réglementaire évolue et nous donne un petit peu plus de visibilité sur l'utilisation
03:38de cette technique est plutôt favorable,
03:40sachant qu'il y a deux types de NTG, NTG1 et NTG2. Donc, les NTG2 sont toujours considérés comme des
03:48OGM réglementés.
03:49En fait, et je voudrais vous dire là-dessus, OGM, en fait, les NTG sont aussi des OGM, mais non
03:55réglementés.
03:56En fait, c'est la grande différence entre NTG1 et NTG2.
03:58C'est-à-dire que, contrairement aux OGM qui utilisent l'introduction d'ADN étrangers, comme l'écrivait Mme Imard,
04:10ces NTG2, dits de numéro 1, ne seront pas soumis à une réglementation qui nécessitera beaucoup d'études pour permettre
04:18leur communication.
04:19Là, avec ce qui vient d'être voté, on pourra déployer ces NTG1 sans avoir tout l'arsenal de réglementation
04:27qu'on avait sur les OGM qui ont été développés de l'autre côté de l'Atlantique.
04:32Quelle est l'activité de l'agriobtention ? Ça consiste en quoi ?
04:34Alors, l'agriobtention, nous sommes une société d'innovation. Nous créons des variétés sur plein d'espèces.
04:41Et nous sommes une filiale d'Inrae. Donc, nous mettons sur le marché des variétés de blé, des variétés de
04:46maïs, des variétés de carottes.
04:48Voilà. Donc, nous fournissons les intrants semenciers des agriculteurs.
04:51Ce qui signifie que vous recourriez aux OGM quelquefois ?
04:54Alors, non. De fait, les OGM, nous n'avons pas eu recours du fait de la réglementation qui avait été
05:01mise en place.
05:02Ce qui fait que c'était extrêmement compliqué, même si notre actionnaire Inrae a développé des travaux sur le sujet.
05:07C'est pour ça que je vous pose la question. Vous l'auriez fait si ça n'avait pas été
05:10réglementé ?
05:11Autrement dit, vous n'êtes pas anti-OGM non plus, si je comprends bien.
05:14Je ne suis pas anti-OGM, non. Moi, le sujet, on va peut-être y venir, c'est le cadre
05:20réglementaire au sujet de la propriété intellectuelle qui se développe autour de CNTG.
05:27Alors, moi, je ne partage pas totalement votre avis, Madame Imar, sur le fait qu'on soit en retard.
05:31J'estime que le continent européen a justement un foisonnement d'innovation et de nombreuses entreprises présentes sur le continent
05:40européen.
05:42Et là, par contre, j'estime que la réglementation anti-OGM, enfin les anciennes versions, celle avec l'introduction d
05:49'ADN étranger,
05:51a permis de préserver cette diversité d'acteurs qui assurent la compétitivité de la production en Europe.
05:58Mais est-ce qu'il y a de la souveraineté alimentaire et agricole quand on procède, quand on utilise des
06:03technologies dépendantes de trust ?
06:05Vous voyez ce que le risque est là ?
06:07C'est bien le sujet. Alors, moi, sur cet aspect-là, ce que je regrette sur le règlement qui est
06:13passé,
06:14c'est que le sujet de la brevetabilité a été repoussé et va être évalué plus tard.
06:18C'est ce que je regrette, dans la mesure où, effectivement, aujourd'hui, en fait, le système d'innovation est
06:28réglementé par un système qui s'appelle le certificat d'obtention végétale,
06:31avec ce qu'on appelle l'exemption du sélectionneur.
06:33Donc, en fait, tout ce qui est innovation, tout ce qui est poule génétique végétale est un bien commun que
06:38tout le monde peut utiliser pour créer de l'innovation.
06:40Céline Limard, vous avez toujours été très vigilante sur cette question.
06:42Alors, j'ai toujours été très vigilante sur cette question et les garanties sont...
06:45Vous et votre parti, oui.
06:46Oui, bien sûr, avec les Républicains, mais de manière générale, avec la droite, on est très vigilants sur ce sujet
06:51et on a des garanties extrêmement sérieuses aujourd'hui.
06:54Je vais y revenir, mais moi, d'abord, ce que je regrette, c'est d'avoir eu à faire face,
06:58en tant que parlementaire,
06:59et tous les parlementaires ont eu à faire face, à un lobbying absolument mensonger.
07:03Nous avons reçu plus de 2000 mails.
07:05Très puissant et très efficace à Bruxelles.
07:05Absolument. Nous avons reçu plus de 2000 mails dans nos boîtes mail pour nous dire qu'on avait face à
07:10des nouveaux OGM
07:11et qu'il fallait absolument ne pas voter ce règlement.
07:14Et je vais vous dire, le jour du vote, le matin du vote, j'ai vu débarquer dans mon bureau,
07:19dans tous les bureaux des parlementaires, mais ils sont aussi passés par le même,
07:22des chercheurs de l'INRAE, alors c'est certainement pas vous,
07:25mais en tout cas certains de vos collègues, qui sont venus toquer en expliquant que c'était une honte
07:29et qu'il ne fallait pas autoriser ce règlement.
07:31Et moi, je leur ai posé une question, je leur ai dit,
07:33messieurs et madame les chercheurs, vous venez dans le Parlement, sans rendez-vous,
07:36et aujourd'hui harceler les parlementaires,
07:38mais en fait, vous êtes payés par l'argent public pour chercher l'innovation.
07:42Est-ce que c'est votre rôle, quand vous devez chercher l'innovation,
07:45de réguler la mise en marché et de réguler le droit qui s'applique ?
07:49Non. Et en plus, vous êtes payés avec l'argent de nos impôts.
07:51Et bon, là, ils m'ont répondu, oh là là, très gênés, désolé, on a posé des jours de vacances.
07:56Qu'est-ce qui les dérange ?
07:56Ce qui les dérange aujourd'hui, c'est de l'idéologie et du militantisme.
08:01Aujourd'hui, ils ne veulent absolument pas, ces gens-là,
08:03qu'on puisse mettre sur le marché une innovation avec laquelle,
08:07par principe idéologique, ils ne sont pas d'accord.
08:09Il faudrait rester à l'âge de pierre de l'agriculture.
08:11Sur la brevetabilité, j'y reviens, puisque vous avez soulevé le sujet.
08:14Vous avez parlé assez longuement, je souhaiterais aussi pouvoir m'exprimer.
08:18Je vous redonne la parole.
08:19Sur le sujet de la brevetabilité,
08:21le texte qui a été voté au Parlement européen,
08:23c'est « Ceintures, bretelles et parachutes ».
08:25Pourquoi ?
08:25Un, parce qu'il y a, d'abord, sur les NGT de catégorie 2,
08:29qui ont plus d'innovation technique que sur les NGT de catégorie 1,
08:32en fait, on a un principe d'évaluation, déjà, premièrement.
08:36Évaluation scientifique.
08:37Expliquons clairement pour nos auditeurs.
08:38Ça veut dire qu'il y a un comité d'experts qui se réunit au niveau européen
08:40et qui va examiner ces NGT 2, ce qu'ils ont trouvé, avant de les autoriser.
08:45Est-ce que les NGT supposent un problème pour les lobbies OGM ?
08:49Est-ce que ça met en cause une forme de lobbyisme ou de monopole ?
08:52Non, ça ne remet pas en cause.
08:54Les deux choses ne sont absolument pas liées.
08:56Il n'y a pas de fragilisation de l'un par l'autre.
08:58Non, ce ne sont pas les mêmes techniques.
08:59Il n'y a pas de fragilisation de l'un par l'autre.
09:01Mais sur la brevetabilité, sur la traçabilité,
09:03on a non seulement une évaluation, mais ensuite, on a une autorisation.
09:07Et on a une évaluation post-ensuite de savoir si,
09:11dans cette brevetabilité possible, lorsqu'il y a une grosse innovation technique,
09:16ça ne nuit pas aux agriculteurs et ça ne crée pas de situation monopolistique.
09:19Donc, plus de garanties. Vous êtes formelle là-dessus.
09:20Absolument.
09:20Plus de garanties pour l'utilisateur, pour le consommateur.
09:23Absolument.
09:23Et c'est pour ça que le texte a traîné 8 ans au niveau des institutions
09:27et 3 ans au Parlement européen parce qu'on voulait absolument avoir des garanties
09:31sur la brevetabilité et la traçabilité.
09:34Moi, ce que je crois aujourd'hui, c'est qu'il vaut mieux innover et porter des solutions sur le
09:37marché
09:37plutôt que de jouer la politique de la peur et de se dire
09:40« Oh là là là, attention, on ne sait jamais ce qui peut se passer. »
09:43Et finalement, appliquer une sorte de principe de précaution
09:46qui fait que tout le monde va être perdant à la fin.
09:48Christophe Bégui, c'est garanti, vous rassurez.
09:50Christophe Bégui.
09:51Alors, tout d'abord, moi je voulais revenir sur le sujet de l'INRAE.
09:55La position d'INRAE, elle est très claire.
09:56La position d'INRAE est favorable au NGT.
09:59Et d'ailleurs, il y a un grand plan prioritaire de recherche,
10:03donc sélection végétale avancée, qui travaille sur ces sujets
10:05avec des financements assez significatifs, plusieurs millions d'euros.
10:09Beaucoup de chercheurs impliqués sur ce sujet pour développer des techniques.
10:12Donc, la prise de parole de quelques chercheurs
10:15n'est pas celle de l'ensemble de l'Institut.
10:17Et vous savez qu'il y a le code de la recherche,
10:19on ne peut pas empêcher des chercheurs de s'exprimer.
10:22Le code de la recherche...
10:23Donc, la prise de parole de certains n'embarque pas toute la proposition d'INRAE.
10:27Autant, elle est réelle.
10:29Elle est réelle, mais dans toute société...
10:32Vincent Bégui, vous ne pouvez pas dire qu'il y a des lobbies,
10:34surtout dans ces enjeux agricoles, et qui sont très puissants et très efficaces.
10:36Des deux côtés, hein ?
10:38Des deux côtés, oui.
10:38Et moi, je voulais revenir...
10:40En fait, le sujet, parce que vous avez évoqué la NGT2,
10:44mais je parle sur la NGT1.
10:46On revient sur la NGT1.
10:47En fait, le fait d'introduire cette notion de brevetabilité
10:52crée un risque fort, quand même, d'appropriation de ces techniques.
10:59Oui, par des intérêts privés.
11:01Et surtout, de coûts liés à tout cela.
11:04Et aujourd'hui, un agriculteur, quand il achète des semences,
11:06effectivement, il faut qu'il ait un intérêt à les acheter.
11:08Il faut que l'innovation soit suffisamment intéressante
11:12pour que la rentabilité tirée de la culture lui permette de financer cette innovation.
11:16Moi, ma crainte, c'est ce qu'on a vu aux Etats-Unis.
11:19C'est que le fait d'introduire la brevetabilité va faire qu'on va décaler
11:25l'essentiel de la valeur de l'innovation sur ces brevets
11:28au dépend de l'innovation génétique, de la génétique de la plante.
11:32Et donc, s'il n'y a pas une augmentation de la valeur
11:36que l'agriculteur pourra payer pour ses intrants,
11:39et pas que l'agriculteur d'ailleurs, il faut penser aux six filières,
11:41s'il n'y a pas une augmentation de cette valeur,
11:43ça veut dire que toute la valeur va glisser vers ces brevets.
11:46Et du coup, tous les acteurs qui font de l'innovation sur la création variétale,
11:49donc d'utiliser la génétique des plantes,
11:51n'auront plus de quoi financer leurs activités
11:53et donc un appauvrissement de la diversité génétique disponible sur le marché.
11:56Céline Imar, quelle est la vertu des NTG concrètement pour les agriculteurs ?
11:59Alors, la vertu des NTG concrètement pour les agriculteurs,
12:02c'est qu'ils vont pouvoir bénéficier de l'innovation
12:04pour rendre les plantes plus résistantes à la sécheresse,
12:07aux changements climatiques,
12:08et pour utiliser moins d'eau et moins d'intrants.
12:09Et la société leur réclame à grands cris.
12:12Donc, il faut absolument leur donner les outils.
12:14Moi, j'entends toutes les craintes qu'on peut avoir,
12:16mais aujourd'hui, on a un texte solide et équilibré.
12:18C'est comme si, à un moment donné, on avait dit
12:20« Oh là là, est-ce que la biodiversité génétique des vaccins sur le vivant,
12:24on empêche Pfizer et Moderna de faire les vaccins Covid ?
12:27Ou est-ce que l'intelligence artificielle, c'est quand même très inquiétant ?
12:30Donc, on va interdire les applications CLO de Tchad GPT en France ? »
12:33Parce qu'à un moment, moi, je veux bien qu'on prive les gens qui sont sur le terrain,
12:37qui, aujourd'hui, sont en galère, qui souffrent,
12:40parce que les agriculteurs, on leur réclame tout.
12:42On leur réclame de produire à bas prix, de produire en toute saison,
12:44de produire notre alimentation, de ne pas trop manifester,
12:47de ne pas ouvrir leur bouche trop fort,
12:49de ne pas voter pour les extrêmes,
12:51et en plus, de produire notre alimentation.
12:53Il faut leur donner les outils, il faut absolument avancer.
12:55Ça va dans le sens de ce que l'actualité est en train aujourd'hui de soulever comme problématique.
12:59Merci Céline Imard, merci Vincent Béguier d'avoir été là.
13:02Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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