00:00Ce matin sur Sud Radio, il est 7h22 avec une archive qui est, comment le dire, musicalement classique.
00:17Aujourd'hui, 21 juin, partout en France, c'est la fête de la musique.
00:21Dans chaque rue, à chaque coin de place, quelqu'un va jouer ou essayer de le faire.
00:24Chanter également, peut-être même gratter une guitare.
00:27Une fête née en juin 1982 avec une idée déconcertante tant elle est classique.
00:32La musique doit sortir des salles et des ondes des radios pour descendre dans la rue et pour être accessible
00:38au plus grand nombre.
00:39Et pour la célébrer de façon singulière, il faut remonter 4 ans plus tôt avec l'un de mes films
00:43préférés et une scène culte.
00:45Nous sommes en 1978.
00:47Dans les salles obscures, un film, derrière la caméra un certain Bertrand Blier, le fils de Bernard, celui-là même
00:52qui vient de triompher avec les valseuses.
00:53Et il réunit à nouveau son duo terrible, Gérard Depardieu et Patrick Devers, deux bêtes de cinéma, deux frères de
00:59jeu, deux acteurs qui ne font qu'un dès qu'un action se fait entendre.
01:03Le film s'appelle Préparez vos mouchevoirs et il décrochera l'Oscar du meilleur film étranger.
01:08L'histoire, bon, on n'osera pas tout à fait la résumer ici, qui plus est à 7h matinale.
01:13Elle est de celle qu'on ne tournerait même plus forcément aujourd'hui.
01:16Disons simplement qu'un mari, Raoul, désespéré de voir sa femme s'éteindre de tristesse, s'en remet à un
01:20parfait inconnu croisé dans une brasserie, un certain Stéphane.
01:24Et que de cette rencontre absurde va naître entre les deux hommes une amitié immédiate, totale, pour ne pas dire
01:29fraternelle, mais une amitié faite de quoi ?
01:31De mots, de confidence, de grands rires à la table d'une bonne brasserie ?
01:35Même pas.
01:35Ces deux-là ne savent pas dire les choses, leur amitié ne reposera que sur une passion commune, Mozart.
01:40Car Stéphane, le personnage de Patrick Devers, ne vit que pour lui.
01:44Il possède tout, il ne jure que par lui.
01:45Il range ses litres de poche par ordre alphabétique et fait découvrir à son nouvel ami le concerto pour clarinette,
01:50comme on confie un secret sacré.
01:54Et de par Dieu, le grand costaud écoute religieusement, comme un enfant.
01:57Et voilà ce qu'ils sont au fond, dans cette scène de film que vous allez découvrir.
02:01Deux grands gamins qui n'ont jamais grandi, incapables de comprendre la femme qui souffre à côté d'eux,
02:05mais capables, dès que monte la clarinette, de se taire enfin et communier presque de tenir des propos intelligents.
02:10A noter d'ailleurs aussi le vertige du calendrier cette année-là,
02:13puisque la fête de la musique qui naît le 21 juin 1982,
02:16quelques semaines plus tard à peine, Patrick Devers nous quittait à seulement 35 ans.
02:20Il a disparu comme un dernier accord, une autre tenue, puis suspendue.
02:24Et de ce trio d'aujourd'hui, il ne reste presque rien.
02:26Devers n'est plus, oublié non plus.
02:28Le dernier personnage vivant de ce film, c'est l'immense Depardieu,
02:31et cette bobine effarée d'enfants à l'écoute d'une clarinette.
02:35A Laurence Dimanche Matin, faisons mine avec eux de découvrir ce qu'un air de musique classique,
02:38pour la première fois, peut provoquer.
02:41Préparez vos mouchoirs, film de 1978, Gérard Depardieu, Patrick Devers.
02:51Putain, le mec à la clarinette, c'est pas un manchon.
02:55Cherche pas, c'est le meilleur.
02:57Gervas de Brumaire.
03:03Ça te plaît ?
03:04Hein ?
03:04Oui, j'aime bien.
03:06Écoute, t'as reprisé la clarinette, là ?
03:11T'as vu ? T'as vu comment il tripote son instrument, le père Gervas ?
03:17Alors là, chapeau.
03:21C'est vraiment la musique d'un type qui a jamais été heureux à l'amour, c'est sûr.
03:26Tu parles.
03:28Le pauvre mec, il est mort à 35 ans.
03:3035 ans, mais tu te rends compte de la perte ?
03:32Quelle époque de con, on claquait pour un rien.
03:35Forcément.
03:36Ils passaient leur temps à te saigner, c'est tout ce qu'ils savaient faire.
03:39Un rhume, allez hop, ils te pompaient deux litres.
03:41Remarque qu'aujourd'hui, c'est des accidents de la route, alors ça vaut guère mieux.
03:44Mais parce que les gens conduisent comme des cons.
03:48C'était quoi, sa maladie, Mozart ?
03:51Je ne sais pas exactement.
03:54Probablement qu'avec un bon antibiotique, il aurait écrit 45 fois il de plus.
03:59Et Beethoven, il aurait pu s'aligner.
04:07Voilà un type, Mozart.
04:10J'aurais bien aimé le connaître.
04:12Putain.
04:13Et moi, quand je pense à toutes les fois où il m'a sauvé de la déprime,
04:19c'est pas compliqué.
04:21Avant de t'en rencontrer, c'était mon seul pote.
04:24Eh oui, derrière l'absurde, on retrouve le génie quand même de l'écriture d'un certain billet
04:28porté par deux autres génies, surtout quand ils sont devant la caméra.
04:31Deux pardus et deux verts.
04:32Vous pouvez toujours redécouvrir ce film.
04:34Il est 7h26 sur Sud Radio.
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