00:01L'invité d'RTL Soir
00:03Notre grande invitée dans RTL Soir est la ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique, Anne Le
00:09Hélanf, bonsoir.
00:10Bonsoir, Madame la Fixe.
00:11Alors on a beaucoup parlé ici des attaques commerciales de Trump sur nos exportations, de sa volonté de taxer nos
00:17vins, nos fromages, mais on n'a pas vu venir un sacré coup bas.
00:21Ce week-end, Washington a décidé de couper le dernier modèle d'intelligence artificielle de la société anthropique, de l
00:27'interdire aux étrangers.
00:29C'est une déclaration de guerre, de guerre de l'IA ?
00:33Alors, moi je ne commenterai pas la décision des Américains et de l'administration Trump évidemment.
00:38Par contre, la décision qu'a prise le président Trump prouve une chose, et une chose que je partage, que
00:43nous partageons avec lui,
00:44c'est que l'intelligence artificielle aujourd'hui est devenue un enjeu de puissance économique, de puissance technologique et de
00:51puissance géopolitique.
00:53Le numérique aujourd'hui est un outil de diplomatie et on doit le prendre comme tel.
00:57Et ça nous conforte, ça me conforte, sans rentrer dans la passion, dans la réaction, qu'il faut que nous
01:04continuions à faire pas à pas ce que nous sommes en train de construire pour l'Europe.
01:08Alors, on va en parler, mais d'abord on va essayer de bien comprendre ce qui se passe et les
01:11conséquences de la décision de l'administration Trump.
01:13Beaucoup de Français connaissent Anthropique parce qu'ils se servent de son assistant Claude.
01:18La conséquence de cette coupure, c'est que les particuliers, les entreprises qui travaillaient avec Claude, n'auront pas accès
01:24aux versions les plus évoluées.
01:26C'est ça ?
01:26C'est exactement ça.
01:27C'est-à-dire que là où auparavant ils avaient accès de manière assez libre à des outils, à des
01:32applications proposées par Anthropique,
01:34cette société mondialement connue et que beaucoup de Français connaissent et utilisent,
01:38eh bien dorénavant on ne pourra plus l'utiliser en Europe par exemple, mais aussi bien en Asie, en Afrique
01:43et dans d'autres parties du monde.
01:45Parce que déjà, Anthropique ne pouvait pas faire la différence entre ses propres salariés étrangers ou américains.
01:51Exactement.
01:51Donc ils l'ont coupé partout.
01:52Concrètement, il y a des entreprises françaises, des PME qui se sont retrouvées coupées dans leur élan, dans leur développement
01:58ce matin.
02:00Disons qu'ils ne peuvent plus utiliser cette application jusqu'à, j'imagine, qu'Anthropique, l'annoncé, puisse revoir avec
02:08l'administration la possibilité de le rouvrir dans les conditions de sécurité optimales.
02:13Parce que c'était avant tout, c'est un sujet de sécurité nationale.
02:16C'est comme ça que ça a été présenté.
02:18Alors sur cette décision, je vous dis, moi je préfère finalement rassurer vos éditeurs sur ce qu'on fait en
02:24européen.
02:25Justement, c'est réduire ces dépendances technologiques.
02:28Oui, mais alors je comprends que vous essayez de rassurer et on va voir quelles sont les solutions.
02:33Mais vous parlez effectivement de l'argument américain qui est celui de la sécurité nationale.
02:36Les deux nouveaux modèles développés par Anthropique, Fable 5 et Mythos 5, sont tellement puissants qu'ils sont dangereux.
02:44Et il y a des garde-fous qui en réalité sont faciles à contourner.
02:48C'est ça la raison pour laquelle l'administration américaine a dit stop.
02:53Sachant que les garde-fous, ça concerne des domaines aussi stratégiques que la cybersécurité et les risques d'attaques biologiques
02:59ou chimiques.
03:00Là, tout d'un coup, avec ces mots-là, on réalise ce qu'on peut faire avec l'IA et
03:04à quel point ça peut être dangereux et un instrument d'attaque et de guerre.
03:08C'est pourquoi l'IA, il ne faut pas le laisser, ce n'est pas le Far West.
03:12L'IA, il faut l'accompagner, c'est la position de la France, c'est la position de l'Europe.
03:16Certes, nous souhaitons soutenir notre écosystème pour les aider à se développer et donc favoriser l'innovation en matière d
03:24'IA en Europe.
03:25Mais également de réguler, c'est pour ça qu'il y a un règlement au niveau européen qui s'appelle
03:29le RIA, qui permet de donner un cadre.
03:32Et nous, notre position, c'est justement d'éviter ce genre de situation avec nos propres opérateurs, nos propres acteurs
03:39européens.
03:40Et avec une IA qui met l'humain au cœur des décisions des entreprises.
03:45Une IA transparente, une IA éthique et qui respecte l'environnement.
03:49C'est les garde-fous, nous en Europe, on les a.
03:51Donc je dirais que je suis assez sereine en ce qui me concerne en tant que ministre française de l
03:55'IA.
03:55Puisque nous, on ne fait pas les choses de manière débridée, extrêmement libérale.
04:01On a un cadre, on est très attaché à l'innovation, mais aussi à la protection.
04:05On a un cadre, on a des garde-fous, mais il faut dire aussi qu'on est beaucoup moins avancé
04:09que les Américains.
04:10On investit beaucoup moins d'argent et il y a vraiment un véritable écart de niveau.
04:17On va entendre notre éditorialiste, François Langlais, ce matin.
04:22Il expliquait un petit peu les conséquences d'une décision américaine sur notre écosystème français-européen.
04:29Écoutez.
04:29Il est tout à fait possible que demain, l'IA soit traitée comme la bombe nucléaire après la guerre,
04:35c'est-à-dire mise sous le contrôle exclusif de l'État dans quelques pays.
04:39Pour sortir de cette dépendance, il faudrait faire un gigantesque effort de recherche, d'innovation,
04:45du même ordre que celui qu'a fait la France du général de Gaulle.
04:47Pour se doter de l'arme nucléaire, alors que l'Amérique et l'Union soviétique en disposaient déjà.
04:52Est-ce qu'on y est vraiment prêt ?
04:54Alors, est-ce qu'on y est vraiment prêt ?
04:56Ce n'est pas les mêmes budgets.
04:58Ça se compte, c'est 100 fois plus les budgets investis par les États-Unis.
05:02Écoutez, lorsque le président de la République, Emmanuel Macron, lors du sommet pour l'IA de Paris,
05:06en février 2025, a annoncé 109 milliards d'investissements.
05:09Les investissements dont il parlait, effectivement, ne sont pas des investissements français uniquement.
05:15Même pas que européens.
05:17Nous, la France, on est prêt à accueillir des investisseurs étrangers.
05:22Par contre, il faut créer pour cela, pour gagner en autonomie stratégique, technologique,
05:29et qu'on soit aussi dans la course à l'IA, parce que c'est tout ça l'enjeu,
05:33il faut avoir des infrastructures.
05:35Et nous, nous souhaitons créer une filière IA en Europe.
05:38C'est ce à quoi on travaille avec la Commission européenne,
05:42avec nos amis des 26 autres pays de l'Europe,
05:46pour créer cette puissance IA qui pourrait être compétitive par rapport à l'IA à l'américaine ou l'IA
05:54à la chinoise.
05:54Mais il faut qu'un seul champion européen.
05:57Il faut que toute l'Europe se mette à investir dans Mistral, puisque c'est notre champion français.
06:03Exactement, vous m'enlevez les mots de la bouche,
06:06parce que Mistral, aujourd'hui, est considéré comme le champion européen
06:09qui a la capacité de grandir encore pour devenir un champion mondial.
06:15C'est ce que nous faisons.
06:17On peut très bien imaginer que sur un autre secteur,
06:19ce soit un champion d'un autre pays.
06:22Et en tout cas pour l'IA, la France, elle est dans la course,
06:24mais parce qu'on a pris des décisions très importantes d'investissement,
06:27création d'une filière IA avec des infrastructures,
06:30et notamment des data centers que nous construisons,
06:34et avec des procédures simplifiées, dites fast-track,
06:37c'est-à-dire pour aller plus vite, pour les raccorder,
06:40que ce soit dans les régions Hauts-de-France ou dans la région parisienne.
06:43Mais il y a beaucoup de pays étrangers qui utilisent Mistral.
06:47Ce n'est pas un phénomène uniquement français, voire peut-être un peu européen,
06:51mais on dit souvent que les clients de Mistral, ce sont aussi ses investisseurs.
06:58Alors, en fait, Mistral, il grandit très très vite,
07:00quand vous voyez la valorisation de Mistral aujourd'hui.
07:02Moi, je me déplace pas mal en Europe, je vais voir mes homologues.
07:05Mistral a des partenariats déjà avec de nombreux pays européens.
07:09Les Indiens s'intéressent à Mistral, le Canada également.
07:12Donc, Mistral est en pleine croissance.
07:14C'est justement par les dispositifs d'accompagnement voulus par l'État
07:20que nous arriverons à en faire un champion mondial.
07:22Mais Mistral est pris vraiment au sérieux par ses compétiteurs américains.
07:28Donc, il faut qu'on continue à le faire grandir.
07:31Il faut que la France positionne comme le pays leader en matière d'IA en Europe et dans le monde.
07:36On oeuvre en ce sens, que ce soit au niveau du public,
07:40avec les politiques gouvernementales, mais au niveau du privé aussi,
07:43qui a un rôle à jouer par la puissance de la commande qu'ils ont avec des acteurs de l
07:48'IA.
07:49Sinon, à tout moment, les Américains, ou peut-être les Chinois, pourront débrancher ?
07:53Alors, le fait de... On en parle régulièrement.
07:56Alors, les Chinois, c'est autre chose.
07:59Vraiment, en termes d'IA, aujourd'hui, sur le territoire européen,
08:03c'est vraiment les États-Unis et les Américains qui sont très présents.
08:07On a été, je dois le reconnaître par le passé,
08:09on essaie de combler cette dépendance,
08:11mais on a été un peu à la traîne sur le cloud, par exemple.
08:15Nous ne souhaitons pas vivre la même chose avec l'IA.
08:17On a tous les acteurs qu'il faut, une politique volontariste,
08:20l'écosystème est derrière cette politique.
08:22Donc, moi, je suis très confiante que, honnêtement,
08:25l'Europe, la France, on soit dans la course de l'IA.
08:28C'est une question essentielle pour notre propre autonomie.
08:31Merci beaucoup, Anne Le Hénanf, ministre déléguée,
08:34chargée de l'intelligence artificielle et du numérique.
08:37Dans un instant, on retrouve la petite bande de RTL Soir.
08:41L'info spéciale Coupe du Monde qu'on a failli manquer,
08:43ce sera la première star de ce mondial, un canard mexicain.
08:48La Tentation Culture, c'est une série de TF1
08:50sur l'histoire vraie d'une enfant adoptée
08:52qui n'était pas vraiment une enfant.
08:54Enfin, le petit phénomène des maguesselles
08:56va nous donner un peu d'air grâce au ventilateur de plafond.
08:59A tout de suite.
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