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  • il y a 2 heures
Le conflit au Moyen-Orient continue de peser sur une partie des ressources énergétiques mondiales. Dans son dernier rapport mensuel, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a alerté sur la baisse drastique des stocks de pétrole. D'après l'organisme, le mois d'avril a été marqué par une chute de 1,8 million de barils par jour des réserves, provoquant un "choc d'approvisionnement sans précédent". Quelles conséquences pour l'économie et les consommateurs ? Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS, est l'invité d'Anne-Sophie Lapix.
Regardez L'invité d'Anne-Sophie Lapix du 14 mai 2026.

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Transcription
00:00A demain !
00:01L'invité d'RTL Soir
00:04Chaque jour qui passe aggrave la crise pétrolière.
00:06Cela fait 11 semaines aujourd'hui que le détroit d'Hormuz est bloqué,
00:10que les cargos ne circulent plus, que les pays du Golfe ne peuvent plus vendre une grande partie de leur
00:14pétrole.
00:15Alors en Europe, en Asie, on puise dans les stocks stratégiques et on les vide.
00:19Notre grand invité RTL Soir est Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS,
00:24l'institut de relations internationales et stratégiques et chercheur associé au Policy Center for the New South.
00:29Rabat, bonsoir.
00:31Bonsoir.
00:32L'Agence internationale de l'énergie a qualifié la situation de choc d'approvisionnement sans précédent.
00:40Qu'est-ce que ça signifie ?
00:43Cette appréciation est tout à fait exacte sur le plan factuel.
00:48Il n'y a jamais eu dans l'histoire de choc aussi grave portant sur nos approvisionnements pétroliers au niveau
00:56mondial.
00:57Rappelons que le blocage d'Ormouz depuis environ deux mois et demi,
01:03cela se traduit par une perte pour le marché mondial d'environ 13 millions de barils de pétrole par jour.
01:1213 millions de barils par jour, c'est à peu près 12% de la consommation pétrolière mondiale l'an
01:18dernier, en 2025.
01:19Et on comprend bien, par ce simple chiffre, que le monde peut difficilement, l'économie mondiale, peut difficilement supporter longtemps
01:28une perte aussi importante et aussi brutale.
01:32On rappelle par ailleurs que le pétrole, c'est la source d'énergie numéro un dans le monde.
01:36C'est ce qui fait tourner l'économie mondiale.
01:39Et donc, sans doute, malheureusement, il aurait fallu faire plus d'efforts depuis longtemps en termes de transition, de diversification
01:47énergétique.
01:47Mais on ne peut pas le faire rapidement.
01:50Clairement, nous sommes face à une impasse qu'il faudra résoudre soit par des moyens diplomatiques,
01:57soit par des moyens militaires, soit par une combinaison des deux.
02:01Sinon, en plus du choc des prix que le monde ressent pour le pétrole, les produits raffinés, le gaz naturel
02:08liquéfié,
02:08il y aura également une pénurie pétrolière et peut-être gazière mondiale si le blocage se continue pendant plusieurs semaines.
02:17Alors, il y a effectivement le blocage d'Hormuz qui empêche les bateaux de sortir et de transporter le pétrole.
02:22Et puis, il y a aussi la chute, l'arrêt d'une partie de la production.
02:27Les pays du Golfe stoppent leur production et quand ils l'ont arrêtée, il faut des mois pour la relancer
02:33et retrouver le niveau d'avant ?
02:35Alors, vous êtes un pays producteur du Moyen-Orient, un pays arabe du Golfe.
02:41Vous produisez pour un marché, vous produisez pour une consommation intérieure, ça ne change pas, et pour l'exportation.
02:49Et avec le blocage d'Hormuz, vous ne pouvez plus exporter votre pétrole.
02:53Donc, au début, vous commencez par le stocker et ensuite, vos réservoirs de stockage sont pleins.
03:00Donc, il ne vous reste plus qu'une possibilité, diminuer votre production.
03:05Et c'est ce qui se passe depuis plusieurs semaines.
03:07On estime que les pays arabes de la région du Moyen-Orient, affectés par le blocage d'Hormuz,
03:14ont réduit leur production pétrolière d'environ 14 millions de barils par jour.
03:18Et comme vous le disiez à juste titre dans votre question, le risque est que si cela dure encore plus
03:25longtemps,
03:26on ait des difficultés ensuite à repartir lorsqu'Hormuz sera débloqué.
03:31Deuxième élément, dans la stratégie iranienne, il y a le blocage d'Hormuz depuis le début du conflit.
03:37Il y a aussi un autre élément clé, c'est de frapper des installations énergétiques,
03:42notamment pétrolières et gazières, dans les pays arabes du Golfe,
03:46en essayant de les endommager, voire de les détruire.
03:49Ce qui veut dire que si demain, Hormuz était débloqué, malheureusement, il n'y fera pas demain.
03:54On ne pourrait pas repartir comme avant rapidement,
03:57parce qu'il faudrait réparer des installations pétrolières et gazières
04:02qui ont été endommagées par des frappes iraniennes contre l'autre rive du Golfe,
04:07Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Qatar, Émirats arabes.
04:11Alors, il y a tout de même une mobilisation, j'imagine,
04:14pour compenser cet effondrement des ventes de pétrole au Moyen-Orient.
04:18Il y a les Etats-Unis, les Canadiens qui ont augmenté leur production
04:20et leurs exportations de pétrole.
04:23Ils ne peuvent pas compenser ?
04:26Vous avez raison.
04:27Il y a quelques pays pétroliers à travers le monde
04:31qui ont augmenté leur production.
04:34Vous en avez cité deux parmi les plus importants.
04:37Etats-Unis, premier producteur mondial, donc c'est capital.
04:39Canada, quatrième producteur mondial de pétrole.
04:43On peut citer également sur le continent américain, le Brésil, en Amérique du Sud.
04:48Un petit peu la Russie, mais il y a les frappes de drones ukrainiens
04:52contre y compris le pétrole en Russie.
04:55Un petit peu le Kazakhstan, dans l'ex-URSS.
04:58Donc, quelques pays ont pu faire un peu plus.
05:00Mais le un peu plus, c'est pas négligeable.
05:03Bien sûr, il vaut mieux avoir ça que n'avoir rien du tout.
05:06C'est très très loin de pouvoir compenser les pertes de production que j'évoquais
05:10par rapport aux pays arabes du Golfe.
05:13Et en plus, maintenant, le pétrole iranien qui est bloqué par l'armée américaine
05:19qui bloque les ports iraniens.
05:20Donc, il n'y a plus de pétrole qui sort des pays arabes du Moyen-Orient
05:24parce que l'Iran bloque.
05:25Et il n'y a plus de pétrole iranien qui sort parce que Washington bloque.
05:29Donc, au total, si on fait les plus et les moins,
05:32le monde, nous avons un manque aujourd'hui
05:34d'environ 13 millions de barils par jour de pétrole,
05:37soit 12% de la consommation pétrolière mondiale.
05:40Et ça, aucun pays producteur dans le monde,
05:43et même plusieurs pays ensemble,
05:45ne peuvent rapidement compenser un tel trop
05:48dans l'offre pétrolière mondiale.
05:50Et quand l'offre devient inférieure à la demande,
05:52ça s'appelle une pénurie.
05:54Une pénurie, bien sûr, ça fait flamber les prix.
05:56Ça, on s'en est aperçu depuis la fin février.
05:59Et en plus, il y a le risque bien réel
06:02que l'on manque de pétrole, que l'on manque de gaz naturel.
06:05On le voit déjà en Asie.
06:07Et si la situation dure en termes de blocage d'Hormuz,
06:11cette pénurie ne restera pas gentiment sur les marchés asiatiques.
06:15Elle affectera évidemment le monde entier.
06:18Y compris l'Europe.
06:19C'est simplement une question de durée.
06:21Et justement, on se demande combien de temps on peut tenir.
06:24Puisque l'Agence internationale de l'énergie
06:26dit qu'on est en train de puiser dans nos fameuses réserves stratégiques.
06:31On avait expliqué qu'on avait plein de réserves,
06:32des mois de réserves.
06:33Et qu'elles se vident plus rapidement que prévues encore.
06:36Est-ce qu'on sait où on en est ?
06:38Oui.
06:39Alors, l'Agence internationale de l'énergie, l'AIE, que vous avez évoqué,
06:43qui regroupe 32 pays, dont la France, a pris le 11 mars une décision historique.
06:49Face à cette crise pétrolière exceptionnelle,
06:52elle a décidé d'ouvrir ses stocks stratégiques,
06:55les stocks de ces 32 pays membres, dont la France,
06:59à hauteur de 400 millions de barils.
07:02Rappelons qu'un baril, c'est 159 litres de pétrole,
07:04ça fait beaucoup de litres.
07:06400 millions de barils, c'est une décision record dans l'histoire.
07:09Le record précédent, c'était 180 millions de barils
07:12en 2022, au moment de la guerre en Ukraine.
07:15Donc, c'est absolument considérable.
07:17Mais le problème, c'est qu'à travers Hormuz,
07:20passe normalement, chaque jour, 20 millions de barils par jour de pétrole.
07:24Donc, sur les marchés pétroliers,
07:26les traders ont fait un calcul rapide et très simple.
07:29400 millions de barils, c'est énorme,
07:31mais ça ne représente que 20 jours de ce qui passe par Hormuz.
07:35Or, le conflit dure depuis plus de 20 jours.
07:38Il a commencé le 28 février,
07:40et nous sommes maintenant à la mi-mai.
07:42Donc, inquiétude, bien sûr, pour les prix,
07:45ça depuis le début du conflit,
07:46et aussi pour les approvisionnements mondiaux.
07:49Et là encore, on tire un petit peu sur toutes nos possibilités.
07:53Les pays producteurs hors Moyen-Orient produisent un peu plus,
07:57on l'a évoqué en réponse à votre question précédente.
08:00On ouvre massivement les stocks stratégiques.
08:02C'est très bien, il faut évidemment faire ça,
08:04on n'a pas le choix.
08:05Mais l'un dans l'autre, tout ceci n'est pas suffisant.
08:08L'économie mondiale ne peut pas vivre sans Hormuz,
08:12avec un Hormuz bloqué,
08:13parce que le monde est très dépendant du pétrole
08:16depuis des dizaines d'années, aujourd'hui.
08:19Et pendant encore, sans doute, pas mal de temps à l'avenir.
08:21Alors, vous le disiez, le risque, c'est évidemment la pénurie,
08:25et puis l'augmentation des prix.
08:26Les prix des carburants, ils ont déjà augmenté de 31,4%
08:29par rapport à il y a un an au mois d'avril, selon l'INSEE.
08:32Si ce choc d'approvisionnement dure et ça grave,
08:34il faut s'attendre à des prix encore plus hauts,
08:36beaucoup plus hauts.
08:38Absolument.
08:39Il n'y a pas de mystère.
08:41Qui dit pénurie physique, qui hausse des prix ?
08:44Pour l'instant, dans les prix des carburants en France et en Europe,
08:48on a une forte augmentation des prix parce qu'Hormuz est bloqué,
08:51évidemment.
08:52Donc, les prix du pétrole brut ont monté
08:54et les carburants sont des produits dérivés du pétrole brut.
08:57Donc, quand les prix du pétrole brut augmentent fortement,
08:59ce qui est le cas depuis plusieurs semaines sur les marchés internationaux,
09:02les prix des carburants suivent.
09:05Mais, s'il y avait demain, pas seulement en Asie,
09:09mais dans le monde et en Europe, une pénurie physique,
09:12c'est-à-dire une insuffisance de l'offre par rapport à la demande,
09:15les prix du pétrole brut, les prix des carburants
09:19augmenteraient encore beaucoup plus que ce que nous avons connu jusqu'à présent.
09:23Ce n'est pas évidemment une très bonne nouvelle à donner aux automobilistes,
09:26mais c'est la vérité.
09:27Si, bien sûr, il y a un si dans ma phrase,
09:29si le blocage de Hormuz continue pendant encore plusieurs semaines.
09:32Il faut donc trouver une solution diplomatique, militaire,
09:36ou un mélange des deux.
09:38Mais nous allons, effectivement, nous sommes au début d'une crise énergie.
09:41Ce n'est pas la fin, c'est le début.
09:43Si Hormuz reste bloqué encore pendant pas mal de temps.
09:47Merci beaucoup, Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS,
09:50pour toutes ces précisions. Merci beaucoup.
09:53Au programme de la bande d'RTL soir aujourd'hui,
09:56le petit phénomène, c'est la folie des sardines en boîte.
10:00La tentation du soir nous emmène à Cannes, bien sûr.
10:02Où l'on a rencontré la crème des actrices françaises.
10:05Et puis l'info qu'on a failli manquer,
10:06ce sera Napoléon qui fait fureur sur le TikTok chinois.
10:10A tout de suite.
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