00:00Ça ressemblerait à quoi, Guillaume Mazot, à un pu du fou de gauche ?
00:04On y mettrait quoi ?
00:05À quelque chose de raté.
00:07Par définition, c'est le faux débat, c'est la mauvaise question.
00:11Si on est un peu exigeant, alors imaginons qu'on soit de gauche.
00:14Moi, je me définis plutôt comme un historien de gauche.
00:18Imaginons qu'on soit de gauche, est-ce qu'on désire utiliser l'histoire comme un outil de conversion ?
00:23Non, je ne crois pas.
00:24Si on se réclame d'une histoire émancipatrice, ce n'est pas le bon sujet.
00:28S'il y a des parcs d'attractions historiques de droite, peut-être qu'il faut les contrer.
00:33Oui, mais pas avec les mêmes outils.
00:34C'est vraiment, pour le coup, un parc historique qui sature de sens,
00:38qui vous empêche de réfléchir, qui joue avec les émotions, etc.
00:41Ça, ce n'est pas émancipateur.
00:42Et d'ailleurs, je crois que Pigasse disait autre chose, justement.
00:44Quand il parle du spectacle vivant, en revanche, utiliser ce que peut-être la science a de meilleur,
00:50vers l'intelligence, la critique, la réflexivité.
00:54Et ce que peuvent faire les historiennes et les historiens,
00:56je rappelle quand même qu'on est, depuis une vingtaine, trentaine d'années,
00:59un certain nombre, à travailler dans les musées.
01:02Moi, par exemple, à travailler dans des pièces de théâtre.
01:05Ça ira fin de Louis, une pièce sur la Révolution avec Joël Pommerat.
01:08Ce n'est pas un parc ATM, mais c'est quand même au moins 80 000 personnes qui l'ont
01:12vu.
01:12C'est plus qu'un livre d'histoire.
01:13Et c'est les émotions.
01:15C'est-à-dire, utiliser le meilleur de la science et du spectacle vivant,
01:17mais le vrai, celui de qualité.
01:19Parce que là, disons les choses, ça marche.
01:21Mais les parcs ATM, c'est d'une pauvreté en termes de création et d'imagination artistique populaire.
01:28Oui, mais quel succès public ?
01:30Oui, c'est vrai.
01:31Oui, mais le succès public d'énormément d'institutions cultuelles,
01:34de théâtre public ou privé, etc., il est réel aussi.
01:37Donc, je pense qu'il faut pratiquer l'histoire aussi de manière non naïve,
01:42parce qu'en ce moment, on est dans une bataille.
01:43Mais il ne faut pas le faire avec les mêmes armes.
01:45J'entends l'argument.
01:46Il y a dans ce pays la guerre permanente.
01:50Ça fait partie du patrimoine français.
01:52Quelquefois, on cherche à définir l'identité française.
01:53On est en guerre tout le temps, les uns contre les autres.
01:55Alors, l'histoire fait effectivement un des champs.
01:58Moi, je suis un enfant de l'école publique.
01:59C'est grâce à des professeurs d'histoire, quand j'étais au collège,
02:02que aujourd'hui, je suis à la Sorbonne.
02:03Donc, je dois beaucoup à l'école publique.
02:05Mais l'école publique, j'ai eu que des professeurs de gauche et d'extrême-gauche
02:08qui m'expliquaient, quand j'avais 14 ans,
02:10que Lénine, le père des camps de concentration soviétiques,
02:12était un type formidable,
02:14que Staline avait tué quelques personnes,
02:15mais que voilà, on ne fait pas d'omnet.
02:16Tous vos profs.
02:17Mais il me disait, même en cours, il disait,
02:19vous savez, on est de gauche, il faut être socialiste, etc.
02:20Ils en étaient fiers.
02:21Donc, la gauche française, elle a toujours préempté
02:23cette sorte de morale sur l'histoire.
02:25Et moi, ça, ça me gêne.
02:27Je ne sais pas si je suis de gauche, je ne sais pas si je suis de droite.
02:29Ça ne m'intéresse pas de voir l'histoire comme ça.
02:31Moi, quand je suis arrivé comme étudiant à Paris,
02:33j'ai été bouleversé par deux ouvrages,
02:35un de Marc Bloch,
02:36et par ailleurs, des livres d'auteurs beaucoup plus conservateurs,
02:41comme l'histoire de France de Benville, par exemple.
02:44Moi, je n'aime pas l'exclusive.
02:46C'est ça qui me gêne.
02:47Il faut regarder dans toutes les directions
02:49si on veut rester intelligent.
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