- il y a 2 heures
La porcelaine, un destin limousin.
Dans les sous-sols des forêts et des vertes vallées du Limousin se cache un trésor : le kaolin. Cette roche granitique est nécessaire à la fabrication de la porcelaine. Présente ici en quantité, elle bouleverse la région à partir du XVIIIème siècle. Un territoire de production de porcelaine s'organise bientôt autour de la ville de Limoges et d'une main d'oeuvre bon marché, entraînant une transformation de l'espace urbain et l'émergence d'importantes luttes sociales.
Calais, une histoire de dentelle.
Dans le nord de la France, le claquement des métiers à tisser résonne encore dans d'impressionnantes bâtisses de briques rouges. Depuis plus de 200 ans, on travaille ici la plus délicate des étoffes, la dentelle. Cette matière d'exception, symbole d'élégance et de luxe, a permis pendant longtemps à la région de prospérer et a contribué à façonner les paysages urbains, comme à Calais et à Caudry. Année de Production : 2022
Dans les sous-sols des forêts et des vertes vallées du Limousin se cache un trésor : le kaolin. Cette roche granitique est nécessaire à la fabrication de la porcelaine. Présente ici en quantité, elle bouleverse la région à partir du XVIIIème siècle. Un territoire de production de porcelaine s'organise bientôt autour de la ville de Limoges et d'une main d'oeuvre bon marché, entraînant une transformation de l'espace urbain et l'émergence d'importantes luttes sociales.
Calais, une histoire de dentelle.
Dans le nord de la France, le claquement des métiers à tisser résonne encore dans d'impressionnantes bâtisses de briques rouges. Depuis plus de 200 ans, on travaille ici la plus délicate des étoffes, la dentelle. Cette matière d'exception, symbole d'élégance et de luxe, a permis pendant longtemps à la région de prospérer et a contribué à façonner les paysages urbains, comme à Calais et à Caudry. Année de Production : 2022
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00:00Musique
00:30Le Limousin a reçu en héritage une nature généreuse.
00:39Forêts et collines interrompues ça et là par des rivières encaissées,
00:43une multitude de paysages et de terres,
00:46toutes les conditions étaient réunies pour produire ce trésor national, la porcelaine.
00:51L'histoire de la porcelaine de Limoges commence avec la découverte d'une roche granitique rare,
01:01le kaolin, indispensable pour la produire.
01:07Au XVIIIe siècle, le Limousin compte parmi les régions les plus pauvres de France.
01:11Et imaginez, du jour au lendemain, on trouve du kaolin, désespérément recherché,
01:15qui s'arrache, qui se vante très cher.
01:17Et tout ceci va s'accompagner de cette population qui avait besoin de travailler,
01:21besoin d'espérer de meilleurs lendemains et donc accepter des tâches particulièrement rudes.
01:28Un territoire de production s'organise autour de la ville de Limoges
01:31et d'une main-d'oeuvre bon marché,
01:34entraînant une transformation de l'espace urbain,
01:36mais aussi d'importantes luttes sociales.
01:40Le Limousin et sa porcelaine, une grande aventure industrielle
01:44et surtout un chapitre majeur de l'histoire sociale de la France.
01:51A 40 km au sud de Limoges, aux alentours du village de Saint-Thierry-et-la-Perche,
02:00les carrières de kaolin de Marconiac, aujourd'hui inondées,
02:03ont été exploitées jusque dans les années 1970.
02:08Les ateliers et maisons des contre-maîtres sont aujourd'hui ouvertes aux visiteurs.
02:11Non loin de là est découvert en 1768 le fameux or blanc.
02:21Cela fait déjà 800 ans que la porcelaine, symbole de raffinement et de réussite,
02:26a investi les intérieurs des riches européens.
02:29Mais seule la Chine, à des milliers de kilomètres de là,
02:34maîtrise l'art de la fabriquer grâce à l'indispensable kaolin.
02:37Jean-Baptiste Darnay, qui est un chirurgien du roi,
02:43est intrigué par une roche blanche qu'il ne connaît pas.
02:48Cette roche blanche s'avère être le kaolin que l'on recherche
02:54pour faire une porcelaine blanche,
02:58translucide, telle que celle qui est importée de Chine.
03:04Cette porcelaine fascine par sa blancheur, sa transparence.
03:08À la cour, on utilise cette porcelaine pour manger.
03:16Cette découverte ouvre enfin la possibilité au Royaume de France
03:20de fabriquer sa propre porcelaine.
03:23Un ingénieur géographe de la région, François Alluot,
03:27envoie tout le potentiel économique
03:29et signe l'acte d'exploitation de ses trois carrières.
03:33Les terrassiers se chargent, à la pelle et à la pioche,
03:36d'extraire l'argile blanche et la déposent
03:38dans des caisses en bois que les femmes portent.
03:47Ces caisses ont été faites par mon grand-père,
03:50qui était charron charpentier,
03:51qui a travaillé ici pendant des années.
03:54La cassette était fragile parce qu'elle est en bois.
03:57Elle était renforcée par des angles métalliques.
04:01Et les femmes avaient ces grosses cassettes lourdes,
04:0310 kilos, je crois, qu'elles mettaient sur leur tête.
04:05Et alors le kaolin était apporté ici.
04:08Les dames les cureuses le nettoyaient.
04:11Par exemple, ici, il y a du jaune,
04:13il y a un petit peu de fer, il y a un petit peu de mica.
04:16Donc avec un couteau, elles enlevaient toutes ces parties.
04:20Et puis les impuretés, voilà.
04:21Et oui, c'était le contrôle qualité.
04:23Chaque morceau de kaolin était repris par les femmes.
04:26Cet or blanc, façonné à la force des bras,
04:32ne devient porcelaine que lorsqu'il est cuit.
04:35Il faut donc du bois pour faire chauffer les fours.
04:38À l'est de Limoges,
04:39les vallées de la Vienne et de son affluent, le Torillon,
04:43sont justement très boisés.
04:44Chênes, êtres et châtaigniers
04:46sont les gardiens d'une forêt restée sauvage
04:49et les témoins d'une activité humaine intense.
04:51Le bois était coupé dans les forêts,
04:55glissé sur les parcelles
04:57qui étaient donc agencées en plan incliné
04:59pour rejoindre évidemment les berges.
05:02Des flottages monstrueux des vallées,
05:04la vallée de la Vienne.
05:06Pendant longtemps,
05:07Limoges s'est illustrée sur la qualité des blancs.
05:09Mais cette qualité de blancheur,
05:11elle était possible par une qualité extraordinaire
05:14minéralogique du kaolin,
05:15mais également par rapport à la qualité du bois.
05:18Donc tout ça, c'est vraiment
05:19les bases fondamentales d'une industrie
05:21qui a rendu célèbre la ville de Limoges
05:24dans le monde entier.
05:28Le bois coupé descend ainsi au fil de la Vienne
05:30pour rejoindre les abords de Limoges,
05:33en amont du pont médiéval Saint-Étienne,
05:35long de 120 mètres
05:37et enjambant la rivière depuis le XIIIe siècle.
05:43Aujourd'hui, c'est un lieu de promenade.
05:46On vient pique-niquer.
05:47Et à l'époque, tous ces bois arrivaient ici,
05:50accompagnés ou pas par des bâteliers flotteurs
05:52qui travaillaient ensuite avec leurs collègues débardeurs
05:55qui sortaient les bois de la Vienne sur les berges.
05:59Le travail était à la fois physique et technique.
06:03Physique parce qu'il fallait ramer
06:04et technique parce que vous naviguiez
06:06au milieu de dizaines de stères de bois.
06:09Donc évidemment, vous imaginez
06:10toute la technique de navigation que cela représente
06:13et les efforts physiques qui vont avec.
06:21À 50 mètres de là,
06:23le fils aîné de François Alluot,
06:25François Fils,
06:26décide en 1816
06:27de faire construire la première manufacture
06:30dédiée à la porcelaine,
06:31l'usine des Cassaux.
06:34L'endroit est stratégique
06:35puisque le bois est à côté.
06:37Elle est aujourd'hui la plus ancienne fabrique
06:39de porcelaine de Limoges en activité.
06:44Le principe de fabrication,
06:46c'est toujours le même
06:47depuis l'an 1000,
06:49les premières pièces qui ont été façonnées
06:51par les Chinois.
06:52Le geste de l'émaillage est le même,
06:54le geste du fileur reste le même,
06:57le geste du couleur,
06:59c'est toujours le même.
07:00Et on fabrique les moules
07:01exactement de la même façon
07:03qu'on les fabriquait au début du 19e siècle.
07:05Au cours de la seconde moitié
07:14du 19e siècle,
07:15l'industrie de la porcelaine
07:17connaît son apogée
07:18avec une trentaine d'usines dans la région.
07:21On peut de nos jours
07:23en admirer les courbes et les motifs
07:25dans une salle de l'usine des Cassaux
07:26dédiée à la vente.
07:28Au tout début,
07:35on fournissait les cours,
07:36la cour de France,
07:38la cour de l'Empereur,
07:39la cour des rois sous la restauration
07:41et même les cours étrangères
07:43ont été très souvent approvisionnées.
07:46Il n'y avait pas de limite dans le luxe.
07:48Certains demandaient des choses
07:49absolument extraordinaires
07:50et étaient prêts à payer
07:52des sommes vertigineuses
07:53pour des très beaux services.
07:56Un décor comme ça,
07:57c'est typiquement un décor empire.
08:00Ce vert était très apprécié
08:02à cette époque-là.
08:03Bien sûr,
08:04les lauriers rappelaient
08:05les lauriers de Napoléon.
08:08Il y avait un style limoges,
08:10il y avait un style français
08:11et il était très apprécié
08:13dans le monde entier
08:14à cette époque-là.
08:18Le monde ouvrier de la porcelaine
08:20subit des conditions
08:21de travail harassantes.
08:23Une partie essentielle du bâtiment,
08:25celle où se trouve
08:26l'ancien four,
08:27aujourd'hui libre d'accès,
08:29en est le témoin.
08:33Dans la fournaise
08:34de cette manufacture
08:35et celle des autres fabriques
08:37implantées dans Limoges,
08:39naît un mouvement syndical mythique,
08:41la CGT.
08:42Il y avait le fond de cale
08:46de l'échelle sociale,
08:47c'était ici que ça se passait
08:48autour des fours.
08:49Et effectivement,
08:50ici, l'espérance de vie
08:51était beaucoup plus courte
08:52qu'un peintre en atelier.
08:55Là, un homme de feu,
08:57il faut s'imaginer
08:57que ces hommes restaient
08:59des heures et des heures
09:00face à 1400 degrés.
09:02On était quand même
09:02dans des conditions
09:03particulièrement dures.
09:05Les ouvriers
09:07arrivaient au paroxysme
09:09de ce qu'ils pouvaient supporter.
09:11On avait encore
09:12des pièces retenues sur salaire
09:13quand elles étaient cassées
09:14de temps en temps.
09:15Parfois même
09:15des pratiques de droit
09:16de cuissage dans les ateliers.
09:18En 1905,
09:19rendez-vous compte.
09:20Donc évidemment,
09:21tout ceci cumulé
09:23ne pouvait plus durer.
09:29Limoges est un terreau
09:30de l'histoire sociale
09:31et syndicale.
09:32La CGT est née à Limoges
09:33en 1895.
09:34Et donc tout ça,
09:35petit à petit,
09:36va structurer la population
09:37dans des idéologies,
09:39dans des revendications
09:40qui vont faire jurisprudence
09:41pour que, petit à petit,
09:42des choses changent
09:44au XXe siècle.
09:49Ces luttes sociales,
09:51combinées à une ville
09:52de Limoges qui étouffe,
09:53obligent les maires
09:54à repenser l'urbanisme.
09:57Venant des campagnes alentours,
09:59jusqu'à 13 000 ouvriers
10:00se massent à Limoges.
10:02Il faut ouvrir la ville,
10:04percer des avenues.
10:06François,
10:07lui au fils,
10:07lui encore,
10:09devenu maire en 1830,
10:11fait transformer
10:12cet ancien espace militaire
10:13en jardin.
10:15Nous sommes au Champs-de-Juillet,
10:17qui est un parc central
10:18dans la ville de Limoges
10:19qui offre un balcon
10:21sur la gare de Limoges-Bénédictin.
10:24C'est un espace
10:25qui est très fréquenté aujourd'hui,
10:27très arboré,
10:28très agréable.
10:28Le centre-ville de Limoges
10:34se développe ainsi
10:35tout au long du siècle
10:36et se couvre même
10:37de porcelaine,
10:39symbole du prestige
10:40de l'industrie phare de Limoges.
10:42Fin 19e,
10:44on va envisager
10:45la réalisation de céramique
10:47dans l'architecture.
10:48Il y a deux projets
10:49qui sont des chefs-d'œuvre,
10:51les halles centrales
10:52avec 328 carreaux
10:53sur une frise
10:54et la fontaine
10:58de l'hôtel de ville,
10:591893,
11:009 mètres de haut.
11:02Elle est émaillée
11:03de plaques de porcelaine
11:04dans les thématiques aquatiques.
11:06Il y a au-dessus
11:074 petits personnages
11:10en bronze.
11:11Ils représentent
11:12les différentes étapes
11:13de fabrication
11:13de la porcelaine.
11:15Et tout ça,
11:15ça termine là-haut
11:16par un joli vase.
11:19C'était pour n'importe quel invité,
11:21donneur ou même passant,
11:23de voir un chef-d'œuvre
11:24à Limoges.
11:26A l'époque,
11:27les fabriques de porcelaine
11:28se concentrent plutôt
11:29dans le nord de la ville
11:30et pour faire face
11:32à leurs difficiles conditions de vie,
11:34les ouvriers créent
11:35des coopératives,
11:37c'est-à-dire des regroupements
11:38pour échanger des savoir-faire
11:40et s'entraider.
11:42Cette manufacture
11:43est devenue
11:43le Théâtre National de Limoges.
11:46Son nom,
11:46l'Union,
11:47en référence
11:48à une coopérative ouvrière
11:49qui a investi ses lieux
11:51en 1893.
11:55C'était une salle des fêtes.
11:57Il y avait des débats,
11:58il y avait des assemblées générales,
12:00il y avait des matchs de boxe,
12:02il y avait des concerts.
12:03Il y a eu la création
12:04d'une bibliothèque
12:05où les gens sont venus
12:07pour apprendre à lire,
12:08apprendre à écrire.
12:10Donc,
12:10il faut bien se rendre compte
12:11que cette coopérative,
12:13elle a concerné
12:14dans les années 40
12:15les deux tiers
12:16de la ville de Limoges,
12:17donc jusqu'à 60 000 personnes.
12:20Aujourd'hui,
12:21en mémoire des coopératives,
12:23le théâtre a pour vocation
12:25de lutter contre les formes
12:26d'oppression contemporaine.
12:29Il héberge une académie de théâtre
12:31qui accueille des élèves
12:32de tous horizons
12:33et les prépare
12:34au concours des écoles
12:34les plus prestigieuses.
12:38Notre devise,
12:39le théâtre de l'Union,
12:40le plus grand bien
12:41pour le plus grand nombre,
12:42on a repris la devise
12:44des coopérateurs
12:44et pour nous,
12:46c'est comment partager
12:47ce bien commun
12:48qu'est l'art
12:49avec tous.
12:50Donc,
12:51la bouclée
12:51est bouclée.
12:52La porcelaine
12:57a légué
12:58à cette région
12:58du Limousin
12:59un trésor patrimonial,
13:01mais aussi
13:02un caractère,
13:03un état d'esprit,
13:05celui du combat
13:06social
13:06et culturel.
13:08Dans le nord de la France,
13:28depuis plus de 200 ans,
13:30des hommes et des femmes
13:31tissent,
13:32enroulent,
13:33plient et brodent
13:34la plus délicate
13:36des étoffes,
13:37la dentelle.
13:40L'histoire
13:41de ce tissu
13:42d'exception,
13:43symbole de luxe
13:44et d'élégance,
13:45a façonné
13:46les paysages urbains
13:47du simple habitat ouvrier
13:49aux monumentales
13:51usines en briques.
13:54Dans les villes
13:55de Calais
13:55et de Caudry,
13:57la dentelle
13:57a apporté
13:58la prospérité
13:59et donné ses lettres
14:00de noblesse
14:01à ses territoires.
14:02Aujourd'hui,
14:06des centaines
14:07d'ouvriers
14:07sont fiers
14:08de perpétuer
14:08une tradition ancestrale
14:10sur d'impressionnantes
14:12machines d'époque
14:13aux mâchoires
14:14d'acier.
14:17Il y a le toucher
14:18de la matière
14:19quand c'est fini,
14:20quand c'est bien plat,
14:22bien lisse
14:23et c'est vrai
14:24que quand c'est fini,
14:25c'est un très beau dessin.
14:27Dans le métier
14:27de la dentelle,
14:28dans le temps,
14:28c'était que famille.
14:30Famille,
14:31amis.
14:31Ça veut dire
14:32que les parents
14:33ils travaillaient,
14:34les fils ou les filles
14:35derrière ils suivaient.
14:36On n'apprenait même pas
14:37à l'école,
14:37on allait sur le tas
14:38et c'est là
14:39qui nous formait.
14:40Ça a toujours été
14:41un chemin comme ça.
14:43Ce métier-là,
14:43j'adore.
14:44J'en suis fou
14:46et je resterai
14:49toujours là-dedans.
14:51Un savoir-faire historique
14:53profondément ancré
14:54dans ce territoire
14:55du Nord
14:56qui n'aurait jamais
14:57vu le jour
14:58sans l'audace
14:59et la témérité
15:00d'un Anglais
15:01nommé Robert Webster.
15:05Tout commence
15:06sur les plages
15:06de Calais
15:07face aux côtes britanniques
15:09au début du XIXe siècle.
15:13Du fait de sa position
15:14géographique,
15:16Calais a longtemps
15:16été un partenaire commercial
15:18privilégié de l'Angleterre.
15:19Mais en 1806,
15:23Napoléon,
15:24en guerre
15:24contre la couronne britannique,
15:26impose un blocus
15:27à l'Angleterre.
15:31Avec le blocus,
15:32il n'est plus question
15:33d'avoir un commerce normal.
15:35On va avoir
15:36le développement
15:36de ce commerce parallèle
15:38que l'on va appeler
15:39le smuggling
15:41puisque smuggle
15:42en anglais
15:42veut dire
15:43faire de la contrebande.
15:44Et ici,
15:45dans le Détroit
15:46particulièrement,
15:47on va avoir
15:47des bateaux
15:48très très rapides
15:49qui vont faire
15:51de la contrebande
15:52mais dans les deux sens.
15:55Tabac,
15:56alcool,
15:57le commerce
15:58clandestin
15:58est florissant.
16:00Une étoffe
16:01est particulièrement
16:02convoitée
16:03par les Français,
16:04le tulle
16:05de Nottingham.
16:06On peut parler
16:09d'une véritable
16:09anglomanie.
16:10Ce tulle
16:11transparent
16:12va être
16:13quelque chose
16:14de très très prisé
16:15en France
16:15et les tulles
16:17fabriquées en Angleterre,
16:19tulle mécanique
16:20puisque c'est en Angleterre
16:21que ça va démarrer,
16:22arrivent très très vite
16:24en France.
16:24Et donc,
16:25comme c'est interdit,
16:27ça arrive en fraude.
16:29Mais en Angleterre,
16:31une crise sociale majeure
16:33bouleverse
16:33le cours de l'histoire.
16:34En 1815,
16:37une surproduction
16:38de tulle
16:38met au chômage
16:39les ouvriers
16:40qui se révoltent
16:41en cassant
16:42les métiers à tisser.
16:44Pour préserver
16:44ces outils de travail,
16:46un fabricant anglais,
16:47Robert Webster,
16:49décide de les exporter
16:50de l'autre côté
16:51de la Manche,
16:52en France.
16:53Une idée simple
16:54mais totalement interdite
16:56car en pleine
16:57révolution industrielle,
16:59l'Angleterre
16:59protège farouchement
17:00ses brevets.
17:01Il va décider
17:04de braver
17:05cet interdit
17:06puisque l'exportation
17:07de métiers
17:08est même frappée
17:08de peine de mort.
17:10Et il décide
17:10de démonter
17:12des métiers
17:12et de les mettre
17:13sur ces fameux bateaux
17:14que l'on appelle
17:15des smugglers.
17:16Les douaniers surveillent,
17:19toute la côte
17:19est longée
17:20par le sentier
17:20des douaniers.
17:21C'est au péril
17:22de sa vie.
17:24Et il va venir
17:26avec des premiers métiers
17:27pour démarrer
17:28une fabrication
17:29en France.
17:29Donc il vient
17:30non seulement lui-même
17:31mais il vient
17:32avec ses ouvriers.
17:36C'est l'un des quartiers
17:37de Calais
17:38qui va porter
17:38la suite
17:39de l'épopée
17:39de Webster,
17:41Saint-Pierre.
17:44A l'époque,
17:45ce quartier
17:45n'est qu'un gros bourg
17:46qui vit essentiellement
17:47de la pêche.
17:49Le savoir-faire
17:50de Webster
17:51y passe presque
17:52inaperçu.
17:53Au départ,
17:58la population calaisienne
17:59et même
17:59les autorités
18:00ne sont pas conscientes
18:01de ce que va représenter
18:03cette arrivée
18:04des premiers métiers.
18:05Donc on va avoir
18:06les métiers
18:08qui vont arriver
18:09et qui vont être
18:10placés tout simplement
18:12dans les maisons,
18:13les caves
18:13ou sous un ouvant
18:15dans la cour.
18:16Ce sont encore
18:17des métiers
18:17de petite taille,
18:20activés à bras,
18:20et donc on va avoir
18:22une implication progressive
18:24d'une partie
18:25de la population
18:26qui jusque-là
18:26était orientée
18:27vers la pêche
18:28et qui va se consacrer
18:29à cette nouvelle activité.
18:34Une nouvelle activité
18:36dont s'en parlent
18:36les calaisiens
18:37jusqu'à concurrencer
18:39les entreprises
18:39de Robert Webster
18:40et de ses compatriotes
18:42anglais.
18:44Mais ce qui va faire
18:45de Calais
18:45une capitale industrielle,
18:48c'est l'intervention
18:49d'un ingénieur français
18:50jacquard
18:51qui transforme
18:52le métier à tulle
18:53en métier
18:55à tisser la dentelle.
18:57À la moitié
18:58du 19e siècle,
19:00la dentelle mécanique
19:01entre dans une ère nouvelle
19:02dont l'un des derniers vestiges
19:05se cache derrière
19:06une façade moderne.
19:11Alors nous sommes ici
19:12dans le bâtiment
19:13de l'ancienne usine
19:14qui était appelée
19:15l'usine Boulard
19:16qui est l'une des plus grandes
19:17usines de dentelles
19:18à Calais.
19:20C'est un bâtiment
19:21vraiment très représentatif
19:22de toute une génération
19:23d'établissements
19:25qui étaient des groupements
19:26de producteurs de dentelles.
19:28Et à l'intérieur
19:28de ce bâtiment,
19:29il n'y avait pas seulement
19:30un producteur,
19:31mais il y avait un propriétaire
19:33qui louait
19:33à une multitude
19:34de petits propriétaires
19:36de métiers
19:37qui avaient une production,
19:39leurs propres employés
19:40et qui louaient
19:40des espaces,
19:41en fait des largeurs
19:42de baies vitrées
19:43derrière ces murs.
19:44Pour les habitants
19:47de Calais,
19:48cette cathédrale industrielle
19:50concentre l'âme
19:51de la ville
19:51et de ses ouvriers.
19:53On voit que Sabo
19:54est un bâtiment
19:55qui n'était pas fait
19:56pour être soigné
19:58et luxueux.
19:59C'est un bâtiment
19:59très fonctionnel.
20:01Il n'empêche
20:01qu'on en trouve
20:02les signes
20:03qui veulent donner
20:04de la majesté
20:05à ces grands bâtiments
20:07de production
20:07qui sont vraiment
20:08un signe de prospérité
20:09pour une ville.
20:10Donc l'usinier
20:11qui le construit
20:12veut lui donner
20:12des lettres de noblesse.
20:14On va retrouver
20:14des éléments architecturaux
20:16qui sont plutôt propres
20:17aux châteaux
20:17et on est vraiment
20:18dans la phase
20:19où l'on parle
20:19des châteaux de l'industrie.
20:22Les coursives
20:23sont destinées
20:24à ce que chaque employé
20:25puisse rejoindre
20:27la zone de son patron.
20:28Les tourelles
20:29permettent d'accéder
20:30et d'abriter les escaliers
20:32et les coursives extérieures
20:33permettent à chacun
20:34de ne pas aller
20:35dans l'unité de production
20:37du patron voisin
20:38et de cacher,
20:39préserver les secrets
20:40industriels
20:41de fabrication de la dentelle.
20:42C'est un savoir-faire oral
20:44qui se transmet
20:45vraiment au cœur
20:46et aux secrets
20:46des ateliers.
20:48Donc il est très important
20:49que les secrets
20:49ne circulent pas.
20:54Aujourd'hui transformée
20:55en musée,
20:57la majestueuse
20:58usine Boulard
20:59a conservé
21:00dans ses collections
21:00la mémoire
21:01du travail
21:02des ouvriers
21:03de la dentelle.
21:05La précieuse étoffe
21:06a depuis la mécanisation
21:08accompagné
21:09la grande histoire.
21:10au milieu du 19e siècle
21:12avec la révolution industrielle
21:15et le développement
21:15de la bourgeoisie
21:16la dentelle s'impose
21:18sur les tenues
21:19des femmes
21:19qui entendent montrer
21:21leur réussite sociale.
21:24C'est un modèle bourgeois
21:25qui s'est installé
21:26qui s'éloigne
21:27peu à peu
21:28du modèle aristocratique
21:29tout en cherchant toujours
21:30à en reprendre
21:31certains codes.
21:32Donc au milieu
21:33du 19e siècle
21:34on recherche
21:35de grands métrages
21:36de dentelles
21:36la silhouette
21:37est assez développée
21:38avec le jupon très large
21:40de grands métrages
21:41de dentelles
21:42sur les épaules.
21:43Enfin la mécanisation
21:44a réussi
21:45et parvenu
21:45à atteindre
21:47le même niveau
21:47de perfection
21:48que la dentelle
21:49à la main.
21:51Nous sommes devant
21:51un grand châle
21:52du 19e siècle
21:54la période
21:55second empire.
21:56Vous avez ici
21:57ce grand motif floral
21:58comme un bouquet champêtre
21:59et qui vient
22:00contraster
22:01avec cette partie
22:02beaucoup plus chargée
22:05presque inspirée
22:06des décors architecturaux
22:08des décors peints
22:09avec des palmettes
22:10des cartouches
22:11des volutes
22:12et vous voyez
22:13entre deux
22:14évidemment
22:15ce réseau de tulle
22:16extrêmement fin
22:17et léger
22:18qui est quasi transparent
22:20et qui permet
22:21de faire ressortir
22:22les motifs
22:23et de donner l'impression
22:24d'avoir comme une forme
22:25de dessin flottant
22:26par-dessus la robe
22:27que portait la femme
22:28au-dessous.
22:32Au fil des décennies
22:34la dentelle s'impose
22:35comme une étoffe
22:36incontournable
22:37de la mode féminine.
22:39Elle fera de Calais
22:40sa capitale mondiale.
22:42La ville comptera
22:42jusqu'à 40 000 ouvriers
22:44travaillant dans ses usines.
22:47Un âge d'or
22:47qui a apporté
22:48à la ville
22:49une prospérité
22:50dont on peut encore
22:51admirer certains signes
22:52comme les maisons de maître
22:53aux beaux windows.
22:58A la fin du 19e siècle
23:00Calais connaît
23:01un tel essor
23:02qu'il faut penser
23:03à construire
23:03de nouvelles usines
23:04hors de la ville.
23:07Les fabricants
23:08de dentelles
23:09jettent l'or
23:10dévolu
23:10sur Caudry
23:11dans le département
23:12voisin du Nord
23:13à 150 km
23:15de Calais.
23:16Ici, dans la campagne
23:31caudraisienne,
23:32on avait cultivé
23:33une spécialité
23:34de faire des bâtistes,
23:35de tisser les bâtistes
23:36à la main
23:37avec des tissus
23:38donc de coton
23:38ou de lin
23:39très fins,
23:40des fils de coton
23:41ou de lin très fins.
23:42Il faut une grande
23:42dextérité
23:43donc ils se sont dit
23:44tiens,
23:44dans cette région,
23:46dans cette campagne
23:46autour de Caudry,
23:48il y a ce savoir-faire
23:49déjà existant
23:51et ça pourrait être
23:52une bonne base
23:52pour finalement
23:53s'installer.
24:00Dans cette usine
24:01de Caudry,
24:03le savoir-faire
24:03est un trésor
24:04que l'on se transmet
24:05de père en fils
24:06depuis trois générations
24:08jusqu'à un certain
24:10degré de perfection.
24:12C'est une illusion
24:13la dentelle,
24:14c'est-à-dire
24:14c'est l'illusion
24:15que les fils
24:16dessinent des motifs.
24:17En réalité,
24:18les fils avancent toujours,
24:20les fils travaillent
24:21pour représenter
24:22quelque chose.
24:24Le talent du fabricant
24:26c'est justement
24:26d'arriver à quelque chose
24:27qui apparaît
24:28comme tout à fait naturel,
24:30qui est une ombre portée
24:31avec toute cette magie
24:33de la transparence
24:34et du plein
24:35et du vide,
24:36etc.
24:36et qui est en fait
24:37le travail de l'homme.
24:39Voilà,
24:39cette particularité
24:40d'une esquisse
24:41bien équilibrée.
24:48L'esquisse
24:49la mieux partagée
24:50de Caudry
24:51s'est affichée
24:52lors d'un célèbre
24:53mariage royal.
24:56Une image
24:56que Robert Webster,
24:58qui avait lui-même
24:59introduit
25:00les premiers métiers
25:01à tisser en France,
25:02n'aurait sans doute
25:03jamais imaginé.
25:06Je crois que toute la ville
25:08est extrêmement fière
25:09d'avoir participé
25:10au mariage du 29 avril 2011,
25:12mariage de Kate Middleton
25:14qui a fait tant de bruit
25:15dans le monde
25:16avec ses 2 milliards
25:17de téléspectateurs.
25:19Et effectivement,
25:20sur le décolleté
25:20de Kate Middleton,
25:21on voit clairement
25:22ce motif de ce dessin
25:25qui a été utilisé
25:26par Sarah Burton
25:27pour Alexander McQueen
25:28à l'époque.
25:29Un motif très délicat,
25:31classique,
25:32avec une écaille
25:32très remarquable,
25:34très unique,
25:35avec ses petits cœurs
25:38qui viennent en arc
25:39finir le produit
25:41et ses petits bouquets
25:42de fleurs.
25:44Une dentelle
25:44qui nous a beaucoup
25:45donné d'émotion.
25:51C'est quelque chose
25:52d'inattendu
25:53qui sort de l'anonymat,
25:57les petites mains
25:58de la haute couture
26:01et des tapis en rouge.
26:04Ces matières
26:05luxueuses,
26:06extraordinaires,
26:07elles ne sortent pas
26:09du chapeau.
26:10Il y a derrière
26:10effectivement
26:11un certain nombre
26:11d'acteurs
26:12qui sont toujours
26:12des gens libres
26:13et indépendants
26:14dans leur territoire
26:15d'origine
26:15qui continuent
26:17de porter
26:18des nobles histoires.
26:20Sous-titrage Société Radio-Canada
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