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  • il y a 8 heures
Avec Stéphane Baudet, maire d'Evry-Courcouronnes et Président de l'AMIF (Association des Maires d'Ile de France)

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##LE_GRAND_ENTRETIEN-2026-06-06##
Transcription
00:00Voilà, de retour sur le plateau de Sud Radio. On est ravis d'être avec vous.
00:02Passez un bon week-end. On a délocalisé notre plateau ici au Salon des maires d'Ile-de-France.
00:08Et justement, c'est l'heure de recevoir notre grande invité qui est avec nous.
00:11Il nous fait l'honneur d'être parmi nous. Stéphane Baudet, bonjour.
00:14Bonjour.
00:15Stéphane Baudet, vous êtes le maire de Évry-Courcouronne, président de l'Association des maires d'Ile-de-France.
00:21Vous avez aujourd'hui une vision de l'ensemble de votre territoire qui vous donne, grâce à votre fonction de
00:28l'AMIF,
00:28et une vision aussi sur toutes les préoccupations de vos collègues.
00:31Moi, j'ai envie de vous poser une question simple.
00:34On est dans une très grave crise du logement, Stéphane, vous le savez.
00:37C'est presque désespérant.
00:39Est-ce qu'aujourd'hui, les maires ont le pouvoir, peuvent-ils avoir le pouvoir de résoudre cette grave crise
00:45du logement en France ?
00:47Ça leur est rendu, évidemment, de plus en plus difficile.
00:50D'abord, bonjour à tous, bien sûr, pardon.
00:53Parce que pour construire du logement, il faut avoir du foncier.
00:57Il faut avoir une acceptabilité des habitants.
01:01Il faut avoir accessoirement les moyens de créer éventuellement les services publics
01:05qui vont permettre d'accueillir convenablement les populations.
01:09Quand je dis ça, je nous renvoie au débat que nous avons sur votre plateau tous les ans à l
01:12'occasion du salon.
01:14On le voit par exemple cette année.
01:16On avait lutté et obtenu l'an dernier une prime pour les maires bâtisseurs.
01:20Elle servait justement à éventuellement surdoter les collectivités qui construisent beaucoup
01:24pour construire les bâtiments publics qui sont nécessaires pour accompagner les populations nouvelles.
01:31Cette prime a été une fois de plus annulée cette année.
01:33Donc oui, d'une certaine manière, les maires peuvent en avoir la volonté.
01:38Est-ce qu'ils en ont le pouvoir ou la faculté financière ?
01:40C'est évidemment de plus en plus difficile, surtout en région Île-de-France,
01:44surtout parce que c'est un enjeu majeur de transition écologique et sociale.
01:48Quand on vous impose le ZAN qui est parfaitement légitime sur les terres agricoles
01:52et que de facto on vous demande de reconstruire la ville sur la ville pour densifier la ville,
01:56c'est-à-dire sur des secteurs qui sont plus chers, qui sont parfois déjà construits.
01:59Il faut déconstruire, dépolluer, ce qui rend la construction encore plus chère.
02:02Bref, on voit bien que c'est encore plus difficile.
02:04Stéphane, quand on interroge vos collègues, effectivement, ils nous disent tous la même chose.
02:07Il y a effectivement la hausse des coûts de construction pour les promoteurs
02:10qui réduit considérablement leur marge de manœuvre.
02:14Absence de foncier, difficultés sur le marché immobilier avec des contraintes réglementaires.
02:18Je peux même aller jusqu'à l'inflation normative réglementaire qui pèse lourdement sur vous aussi, les maires.
02:24Pourquoi c'est plus compliqué ?
02:26Carrément devant la caméra, mais ce n'est pas grave.
02:28On est dans le salon.
02:30Merci, c'est sympa. Revenez la semaine prochaine.
02:33Alors, Stéphane, pourquoi on est sur ce goulot d'étranglement
02:37parce que très franchement, quand on voit la façon dont on vous impose la norme,
02:41on se dit, mais ce n'est plus possible, quand on est maire, de faire face aux demandes.
02:45Parce que je sais ce que vous faites.
02:47Vous recevez vos administrés tous les vendredis à l'hôtel de ville ou tous les jours
02:51qui viennent désespérer pour un logement.
02:53Vous le savez, ça ?
02:54Oui, j'ai 6500 demandes de logements à Éric Orcouronne
02:57pour 300 logements qui se libèrent par an.
02:59Donc la pression, elle s'accertue.
03:02Comment on fait ?
03:03En tout cas, nous, on essaye.
03:05On essaye de trouver des partenaires.
03:06On essaye de trouver de nouvelles voies de financement.
03:09Ce qu'on sait, c'est qu'au-delà du fait que ça coûte plus cher,
03:11ce que vous avez indiqué, il faut aussi indiquer
03:13que la création d'un projet, la réalisation d'un projet
03:16est quasiment doublée dans le temps par rapport à avant.
03:18Ça compte aussi.
03:19C'est-à-dire qu'entre le moment où vous décidez de construire des logements
03:20et le moment où vous le livrez, vous êtes maintenant sur 4 à 5 ans
03:23quand vraiment les feux sont ouverts,
03:25ce qui devient complètement délirant
03:27dans un pays où on dit qu'il manque à 2 millions de logements,
03:30dans lequel le foyer familial a complètement éclaté.
03:33J'ai une dernière statistique à Évry-Courcouronne.
03:35Vous voyez, elle a 48 heures.
03:36Voilà, je l'ai, je vous la livre.
03:37Sur mes 6 500 demandes de logements à Évry-Courcouronne,
03:40j'ai 55 % de familles monoparentales
03:43avec à minima 3 enfants.
03:46Waouh !
03:46Waouh !
03:47La réalité sociale aujourd'hui en Ile-de-France,
03:49dans une ville-préfecture à 35 km de Paris.
03:53Donc évidemment, les maires sont très lucides sur la nécessité de construire.
03:56Je crois qu'on est quand même un certain nombre
03:58à avoir démontré que le vieux paradigme
04:00mère-bâtisseur-mère-battu n'est pas forcément vrai
04:02puisqu'on est encore là pour beaucoup d'entre nous,
04:04même si on a livré beaucoup de logements.
04:07Mais oui, c'est de toute évidence de plus en plus difficile,
04:10d'autant qu'en Ile-de-France,
04:11en dehors évidemment Paris et la question des résidences secondaires,
04:16nous, notre marge de manœuvre,
04:18elle est finalement très très faite
04:19puisqu'on n'a pas de logements vides.
04:20C'est très clair.
04:21Ce n'est pas le cas en province.
04:21C'est très clair.
04:22Justement, les maires sont en première ligne
04:24face aux difficultés du logement dans un instant
04:26justement après la pause.
04:26On va voir, on va essayer de débaucher
04:28peut-être des solutions concrètes
04:30pour sortir le pays de l'ornière
04:32de cette crise du logement
04:34à l'aube d'une élection présidentielle
04:37qui va être majeure dans notre pays.
04:39On va se retrouver dans un instant
04:40et on reste ensemble.
04:41Vous êtes dans Parlons Imo,
04:42votre émission sur Sud Radio.
04:45Plus exactement, on va dire des choses comme ça.
04:48Basile, votre application de recherche immobilière présente
04:51Sud Radio, Parlons Imo,
04:54Sylvain Lévy-Valancy.
04:55Et voilà, de retour sur le plateau de Sud Radio
04:57pour votre émission Parlons Imo
04:59tous les samedis 12h-13h.
05:00On parle de votre immobilier
05:02et de votre logement, les amis.
05:04Voilà, on est toujours accompagné
05:06de notre grand invité
05:06qui nous fait l'honneur d'être parmi nous.
05:08Merci Stéphane Baudet
05:09de venir sur le plateau de Sud Radio.
05:11On va s'interroger ensuite avec vous, Grégoire,
05:13sur vivre bien dans une maison saine.
05:15Oui, Sylvain, on verra ensemble
05:16pourquoi on se sent bien dans certaines maisons
05:18mais pas dans d'autres.
05:20Eh bien voilà, nous sommes de retour
05:21sur le plateau de Sud Radio.
05:23Je le rappelle, Stéphane Baudet,
05:25vous êtes président de l'association
05:26des maires d'Île-de-France
05:27et vous êtes également maire d'Evry-Courcouronne.
05:29Les Français veulent davantage de logements,
05:31ça, c'est très clair.
05:32Mais il y a un paradoxe.
05:34Dès qu'il y a une grue en face de chez eux
05:36ou qu'il y a des projets de construction,
05:38hop, les recours et ils ne sont pas contents.
05:40C'est pas un paradoxe, hein ?
05:41Les mêmes Français qui le vendredi demandent...
05:43Oui, mais ça, ça a toujours existé.
05:44Vous savez, moi, je suis maire d'une ville nouvelle,
05:46c'est-à-dire une ville où quand les gens sont arrivés
05:48en 1972, 73, 74, 75,
05:51ils avaient un plan d'aménagement
05:53qui leur indiquait que cette ville
05:54ferait 300 000 habitants
05:55et qu'autour de chez eux,
05:56on allait construire.
05:56Une fois qu'ils emménageaient,
05:58j'ai des photos incroyables de 1972
06:00en noir et blanc,
06:01une fois qu'on avait construit chez eux,
06:02ils manifestaient pour qu'on arrête
06:03de construire au bout de leur jardin.
06:05Ça, ça a pour le coup toujours existé,
06:08surtout si celui qui est dans son logement
06:10en plus propriétaire occupant
06:11n'a pas besoin lui-même de logement.
06:13Donc il y a une forme d'inadéquation
06:14entre celui qui voit se construire
06:17et celui qui a besoin d'un logement.
06:19La réalité, c'est l'explosion
06:20de la cellule familiale.
06:21La réalité, c'est qu'on n'a pas assez construit
06:25ces dernières années.
06:26La réalité, c'est qu'il y a une distorsion
06:27très très forte entre des besoins
06:29de logement très forts en Ile-de-France
06:31où on a quand même une démographie positive
06:33de plus de 40 à 50 000 habitants par an
06:35en Ile-de-France,
06:37dans une région qui a déjà quasiment
06:39presque 13 millions d'habitants.
06:41Donc c'est considérable.
06:42On a 200 000 mouvements
06:43à l'intérieur de la région,
06:44mais on a quasiment 50 000 personnes nouvelles
06:46qui viennent s'aggraver chaque année
06:48par rapport à des territoires en France
06:50où il y a du logement qui est vide.
06:53Voilà.
06:53Et donc quand on fait des statistiques,
06:54celles et ceux qui ne veulent pas
06:55construire de logement nous disent
06:56mais du logement, il y en a en France,
06:58il n'y a pas besoin d'en construire.
06:59Oui, très bien, mais allez accepter
07:00d'aller habiter dans la Creuse
07:01plutôt qu'une région parisienne.
07:03Voilà.
07:03Non, mais là, vous parlez
07:04de certains technocrates
07:05qui sont bien tranquilles
07:06là où ils sont.
07:07Voilà, c'est ça.
07:08Quand on leur pose la question...
07:09Hashtag la vraie vie.
07:10Quand on leur pose la question,
07:11ils disent, attendez,
07:12les courbes démontrent
07:13qu'il y a une dénatalité dans le pays,
07:14ce qui est vrai.
07:16Oui, mais alors ça, ça, ça,
07:17la question de dénatalité,
07:19ils sont très sympathiques tous.
07:20Oui, et vous dites ça.
07:20Moi, on peut m'expliquer
07:21qu'il y aura moins d'habitants en France
07:22en 2050.
07:23Moi, je suis maire d'une ville
07:25où les gens sont dans la merde
07:26et attendent un logement demain matin.
07:28Et demain matin, c'est 2026,
07:29c'est pas 2050.
07:31Voilà.
07:31Ils auront eu 150 millions
07:32de chances de mourir,
07:33d'avoir des enfants,
07:34de changer de pays,
07:35de déménager ou que sais-je encore.
07:37La question, c'est comment on règle
07:38la situation sociale
07:40des vrais gens aujourd'hui ?
07:41Bien sûr, bien sûr.
07:42Alors justement, Stéphane,
07:43on parle beaucoup de transformation
07:44de bureaux en logement
07:46avec les vacances,
07:47notamment en Ile-de-France.
07:48Question, alors juste comme ça,
07:49est-ce que c'est une solution
07:50ou c'est un mythe ?
07:51C'est surestimé.
07:52Et les centres-villes,
07:53centres-bours,
07:53auront-ils un rôle à jouer
07:54dans la relance du logement ?
07:56Franchement.
07:56Sur la question
07:57de la transformation
07:58des locaux de bureaux,
08:00les locaux existent.
08:01Si vous prenez le centre-ville
08:03d'Evry-Courcouronne,
08:04ville préfecture de l'Essonne,
08:05on a des bureaux,
08:05années 80, années 70,
08:07complètement obsolètes,
08:07qui ne seront plus jamais
08:08du bureau en centre-ville,
08:10mais entre le propriétaire foncier
08:11ou du bâtiment de bureau
08:13qui évidemment attend
08:15un prix digne de son bâtiment,
08:18le coût de réhabilitation
08:20qui est parfois au-dessus
08:21du coût de reconstruction
08:24du neuf,
08:25sa transformation
08:26nécessiterait des modèles économiques
08:27ou des modèles de financement
08:28qui aujourd'hui clairement
08:29n'existent pas,
08:30notamment dans les zones tendues
08:32ou les zones populaires
08:33où on n'a pas la charge foncière
08:34qui permet de dégager
08:35suffisamment de bénéfices
08:36pour aller dans ces opérations.
08:37C'est assez mécanique.
08:38Stéphane Baudet,
08:39est-ce qu'on peut faire concilier
08:40finalement la transition écologique
08:42et environnementale
08:43qu'on a nécessairement besoin
08:45dans les villes
08:46avec notamment les problématiques
08:48de ressources énergétiques
08:50et le besoin urgent de logement ?
08:52Est-ce qu'on peut se poser cette question ?
08:54Non, mais se poser la question
08:55c'est une bonne chose.
08:58Oui, on peut le faire
09:00mais il faut des moyens pour le faire.
09:01Je sais bien que je répète
09:02toujours la même chose,
09:03ça fait 25 ans que je suis maire.
09:05D'ailleurs, quand j'étais élu à 25 ans,
09:06on pensait que les villes étaient pauvres.
09:07Je pense qu'on était très riches à l'époque
09:09vu où on est arrivé 25 ans après.
09:12Mais tout ceci est quand même,
09:13c'est une question mécanique de moyens.
09:15Encore une fois, il nous faut aujourd'hui,
09:17c'est pour nos populations,
09:19pour nos enfants,
09:20pour ma petite-fille,
09:21il nous faut construire le pays de demain
09:23dans les contingences des transitions
09:25que l'on est en train de vivre.
09:26Donc, que l'on se dise qu'on sanctifie,
09:29qu'on sanctuarise,
09:30plutôt que sanctifier d'ailleurs,
09:31pardon, qu'on sanctuarise
09:32des terres agricoles,
09:33oui, il faut le faire.
09:34Qu'on continue à construire du logement
09:36et à densifier la ville sur la ville
09:38tout en apportant le verdissement,
09:39les oasis de verdure, etc.
09:41Oui, il faut le faire.
09:42Il faut le faire parce qu'on vient
09:42s'adosser à des services publics existants,
09:45parce qu'évidemment, du coup,
09:46on fait un peu d'économie sur les charges
09:47connexes à la construction du logement.
09:50Mais encore une fois,
09:51on le fait sur du foncier plus cher,
09:53sur des terres plus chères,
09:54sur une nécessité de mettre
09:55des investissements complémentaires.
09:57Et comme dans le même temps
09:58où on a cette forme d'inclinaison
10:00un peu naturelle,
10:01un peu urgente même,
10:04on continue petit à petit
10:06de nous baisser nos dotations.
10:07Alors, on nous baisse nos dotations,
10:08on nous enlève notre autonomie fiscale
10:10et financière,
10:11on nous fait passer par des appels à projets
10:13qui passent maintenant dans les mains des préfets
10:14qui nous permettent de toucher de l'argent
10:16que si on rentre dans les fourches
10:17codines politiques imposées
10:18par des gouvernements,
10:19ce qui, en matière d'autonomie,
10:21pose quand même une vraie question
10:22parce que c'est notre réalité.
10:25Donc, on voit bien qu'au bout d'un moment,
10:27tout ceci finit par ne plus fonctionner
10:30et ne nous donne pas les moyens
10:31de repartir à l'initiative.
10:32C'est très clair.
10:34Justement, vous allez rester avec nous
10:36parce qu'on a une grande question à vous poser.
10:37En fin d'émission,
10:38on pose toujours un débat
10:40avec une parole libre
10:41qui circule justement librement
10:43pour pouvoir échanger
10:44sur le rôle majeur des maires.
10:45Merci Stéphane Baudet.
10:47Je rappelle que vous êtes
10:48le maire d'Ebruy-Courcoronne,
10:49président de l'Association des maires
10:50d'Île-de-France.
10:51Il est temps, mes amis,
10:52de parler maintenant
10:53de la qualité de l'air
10:54dans votre loge.
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