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  • il y a 4 minutes
Tous les matins à 7h42, l'invité qui fait l'actualité. Un acteur incontournable, un expert renseigné... 10 minutes d'interview sans concession avec Apolline de Malherbe et les témoignages des auditeurs de RMC au 3216.

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Transcription
00:01Maître Mathias Darmon, bonjour. Vous êtes l'avocat de l'association Innocence en danger.
00:05La procureure de la République a confirmé hier que Jérôme B, le principal suspect dans cette affaire,
00:10était en réalité visé par quatre plaintes et procédures, dont plusieurs pour viol, l'un sur une fillette de dix
00:17ans.
00:18Comment expliquer qu'il n'ait jamais été inquiété ?
00:21Pour moi, il y a une double problématique. On a une plainte qui a été déposée en 2022 par une
00:26jeune fille qui était née en 2013,
00:28donc elle avait neuf ans, au moment où elle dépose plainte pour des faits de viol.
00:32Cette plainte est classée sans suite, deux ans après. Pour moi, ce premier point, déjà, c'est une tragédie.
00:38Qu'est-ce qu'on va dire à cette petite de neuf ans, en 2024 ? On va lui dire,
00:41écoute,
00:42la justice a considéré finalement que ce n'était pas si grave, que ce n'était pas très important,
00:46alors elle a classé sans suite ton dossier. On ne te croit pas.
00:50Les faits n'étaient pas suffisamment caractérisés.
00:54Je suppose que c'est un classement 21, comme on appelle ça,
00:57c'est-à-dire qu'il y a un manque d'éléments dans le dossier.
01:00Mais bon, encore faudrait-il les chercher.
01:02Ensuite, on a cette plainte d'août 2025 qui a été déposée
01:06et qui met un temps fou avant d'être traité par la gendarmerie.
01:09Il se perd dans les méandres de l'administration, neuf mois avant, en réalité, d'être ressorti parce qu'il
01:16y en a.
01:16Et ça, c'est une seconde problématique, c'est le temps.
01:19Combien de temps ça met pour traiter une plainte pour viol sur mineurs ?
01:23Et c'est indécent de se dire qu'aujourd'hui, ça met plusieurs mois avant d'entendre le mise en
01:29cause,
01:29alors qu'on a une petite de 10 ans, 11 ans qui vient dénoncer des faits de viol.
01:33Et c'est absolument tragique de se dire, qu'est-ce qu'on va dire à cette petite fille ?
01:37Que ça va durer des mois, que ça va durer des années, qu'on n'entendra pas de mise en
01:41cause ?
01:41C'est révoltant.
01:42C'est révoltant, avec une question aussi qui est évidemment le dysfonctionnement majeur de la procédure, de la justice,
01:49de signalements qui, en réalité, ne signalent rien à personne et qui se perdent dans les méandres.
01:54Lorsque cette plainte est déposée en août 2025,
01:58comment est-ce possible que ça n'allume pas une sorte de warning immédiat
02:03parce qu'on corrobore, qu'on retrouve, qu'on voit que le non est déjà celui d'une plainte
02:09pour des faits de même nature, classé 108 2022,
02:12de signalements dans des établissements scolaires
02:15où il a fini par être renvoyé pour des comportements jugés inappropriés avec une jeune fille ?
02:21Comment est-ce possible que ces signalements soient en quelque sorte les uns parallèles aux autres
02:26sans que personne, à un moment, ne les croise ?
02:30Ça s'accumule jusqu'à un point de non-retour.
02:33Je ne comprends pas pourquoi est-ce qu'il n'y aurait pas un fichier, par exemple, central
02:36qui permettrait de recenser tous les signalements sur le tâche, par exemple,
02:42le traitement des antécédents judiciaires, sur les classements sans suite,
02:45sur des plaintes qui auraient été déposées.
02:47C'est une accumulation qui formerait une sorte de faisceau d'indices
02:51qui laisserait penser que la personne qui est mise en cause
02:55aurait effectivement commis l'effet qu'on lui reproche.
02:58Et donc là, il y a une vraie problématique de centralisation des données
03:01et il faudrait que les policiers, lorsqu'ils reçoivent une plainte sur une personne,
03:06soient informés automatiquement du passé de ce monsieur.
03:10Avec cette question évidemment qui est que l'urgence est plus importante encore
03:15quand il s'agit de fillettes de 10 ans et que l'on sait que l'homme en question
03:18est lui-même père de deux fillettes à peu près du même âge,
03:23ne serait-ce que pour s'interroger et protéger aussi celle-là.
03:26Je voudrais que vous écoutiez les mots du ministre de l'Intérieur.
03:29Il a été interrogé hier à l'Assemblée Nationale, Laurent Nunez,
03:31et il a annoncé l'ouverture d'une enquête interne. Écoutez.
03:34J'en ai parlé avec le garde des Sceaux et nous avons décidé sur cette question
03:38de diligenter une enquête administrative qui sera confiée à l'Inspection Générale de la Justice,
03:43à l'Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale,
03:46pour identifier évidemment d'éventuels dysfonctionnements.
03:50Comment vous réalisez ?
03:51En fait le problème c'est que les dysfonctionnements sont la norme.
03:54C'est-à-dire que j'ai des dizaines de dossiers où la petite fille ou le petit garçon
03:58vient déposer plainte et on attend des mois ou des années avant qu'on ait un juge d'instruction,
04:03avant que le mis en cause soit placé en garde à vue.
04:06Et c'est absolument indécent de se dire qu'on attend peut-être...
04:09Moi j'ai des dossiers où j'ai un juge d'instruction qui est saisi au bout de 5 ans.
04:12Comment c'est possible aujourd'hui en France qu'on ait une plaignante mineure,
04:16qui vienne au commissariat, qui prend son courage, qui prend toutes ses forces
04:19pour aller évoquer des faits absolument immondes.
04:22Et on a une justice au ralenti qui ne prend jamais en considération la souffrance des victimes.
04:27Et on est dans une forme de victimisation secondaire.
04:30C'est des plaignantes ou des plaignants qui souffrent année après année
04:33parce qu'on a un silence de la justice, que ce soit du parquet ou que ce soit des juges
04:37d'instruction.
04:38Et c'est inaudible.
04:39Alors que pourtant c'est des faits absolument dramatiques qui sont signalés.
04:43Vous dites jusqu'à ce que l'irréparable soit commis, parce qu'évidemment la question qui se pose
04:47et qu'on a tous en tête, c'est la disparition de Liana, toujours introuvable depuis 6 jours.
04:52La dernière fois qu'elle a été vue, c'était dans la voiture de ce principal suspect,
04:57père de l'une de ses meilleures amies, chez qui elle avait été faire ses fameuses soirées pyjama.
05:04La maman de la petite fille qui a porté plainte en août dernier,
05:07qui a, comme vous l'avez dit, pris son courage à deux mains pour aller déposer plainte
05:11et raconter ses faits ignobles.
05:13Cette maman, elle dit, si la plainte que j'ai déposée en août avait été prise au sérieux,
05:21peut-être Liana n'aurait pas disparu.
05:23Oui, et puis elle a rajouté qu'elle avait essayé d'obtenir des informations auprès de la gendarmerie.
05:30Et les gendarmes lui répondent, écoutez, vous nous soulez, on a d'autres choses à faire.
05:33Ça démontre toute la considération qu'on apporte aux victimes, encore plus lorsqu'elles sont mineures.
05:38Il y a eu un basculement avec l'ère MeToo.
05:41Je pense qu'il faudrait un basculement maintenant sur les enfants.
05:45Enfin, il faudrait des politiques qui prennent en considération la parole des enfants,
05:48qui sont vulnérables, qui sont fragiles.
05:50Et c'est absolument inaudible, insupportable d'entendre ce type d'informations aujourd'hui.
05:55Et vous demandez l'application d'une sorte de principe de précaution lorsqu'il s'agit de mineurs et qu
05:59'il faut les protéger.
06:00J'ai presque envie de dire principe de protection.
06:03Oui, de protection, peu importe en fait.
06:05J'entends évidemment la présomption d'innocence.
06:07Mais quand on a une petite de 9 ans, 10 ans qui vient dénoncer des faits de viol,
06:11c'est absolument immonde déjà.
06:13Et on lui dit, écoutez, d'abord on va faire une enquête de personnalité,
06:16d'abord on va entendre l'entourage de monsieur, on va entendre votre entourage,
06:19on va faire un examen gynéco.
06:20C'est pas possible en fait.
06:21Il faudrait, par principe, on entame une perquisition,
06:26on entame peut-être des géolocalisations,
06:28différents actes de procédure que le parquet peut ordonner
06:31pour placer au plus vite le monsieur en garde à vue.
06:35Et on rappelle qu'il n'avait été ni interrogé,
06:38ni même approché par la justice malgré toutes ces plaintes.
06:42Merci maître Mathias Darmon, avocat de l'association Innocence en danger.
06:47Je vous signale également qu'à 8h30, mon invité dans le face-à-face,
06:50ce sera Dominique Rizet, le spécialiste police-justice,
06:53pour faire le point précisément sur l'enquête,
06:56l'enquête sur la disparition de l'IANA,
06:58et sur les dysfonctionnements majeurs de ces processus de justice.
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