00:007h42 sur RMC et RMC Story et cette question évidemment, quelle campagne attend Marine Le Pen ?
00:06Condamnée, elle se pourvoit en cassation et lance sa bataille pour la présidentielle.
00:10Bonjour Frédéric Dhabi.
00:11Bonjour.
00:11Vous êtes le directeur général de l'institut IFOP, vous sondez régulièrement les français.
00:16Marine Le Pen, candidate, mais avec une épée de Damoclès sur la tête,
00:20même si on a bien compris que juridiquement, elle devrait être à peu près tranquille jusqu'au printemps.
00:26Ça change quoi d'être candidate condamnée ?
00:29Oui, ça change, ça change.
00:31Il y a vraiment deux logiques qui se font face.
00:33D'un côté, une logique qui va être forte quand même dans l'électorat RN.
00:37C'est naturel pour eux qu'il y ait une candidature.
00:39Le Pen, c'est la neuvième depuis 1974, c'est la quatrième de suite pour Marine Le Pen.
00:45Elle a été deux fois au second tour, il ne faut pas l'oublier.
00:48Donc auprès de cet électorat-là, le côté mercourage, résiliente, revenu du diable Vauvert,
00:54qui se sacrifie pour le pays.
00:57Qui fonce, malgré tout.
00:58Qui fonce, malgré tout, même pas mal, comme disent les jeunes.
01:01Et qui va toujours, plus que jamais, installer une proximité identificatoire.
01:06Elle me ressemble, elle est comme moi, c'est une mère de famille, divorcée,
01:09qui connaît en plus qu'elle a cette expérience et cette densité.
01:13Donc dans une logique de premier tour, c'est plutôt intéressant.
01:16Pour Marine Le Pen, deux fois de suite qualifiée pour le second tour,
01:19il faut penser au second tour.
01:21On peine aujourd'hui, ici et maintenant, à imaginer un RN absent du second tour.
01:26Voilà, on se souvient de la campagne de François Fillon.
01:29Et au second tour, vous vous dites, Frédéric Dhabi,
01:33que pour rassembler, c'est-à-dire pour aller chercher au-delà de son électorat habituel,
01:39c'est là que ça peut coincer ?
01:41Ça peut coincer parce qu'il y a une logique d'élargissement,
01:43de rassemblement, d'élimination.
01:45Vous connaissez la célèbre phrase de Charles Pasqua,
01:47qu'est-ce que c'est qu'une élection ?
01:48Au premier tour, on choisit, au second tour, on élimine.
01:51Est-ce qu'on envoie quelqu'un qui risque d'être condamné définitivement
01:54après avis de la cour de cassation ?
01:57C'est une vraie question.
01:59Puis je pense également, je mets en parallèle,
02:01même si ça n'a rien à voir,
02:02François Fillon n'était pas condamné quand il a fait campagne,
02:04c'était le début d'une affaire assez lourde.
02:07Il y a le côté brouillage, les casseroles,
02:10systématiquement des questions sur son affaire,
02:13la difficulté de parler de sujets au cœur de l'électorat et reine,
02:17l'insécurité, la délinquance sur le monde.
02:19Mais vous, vous avez organisé un système...
02:22Vous imaginez déjà un débat de second tour,
02:25où face à elle, les arguments sont tous trouvés.
02:27Mais oui, mais oui, ça me paraît tout à fait compliqué.
02:30Maintenant, c'est vrai également qu'il y a le cas Jordan Bardella,
02:34qui est le grand absent, il a été évacué.
02:36Moi, je conteste l'idée qu'il fut un plan B,
02:40ou il fut un remplaçant.
02:42C'est un plan A, c'est le chef du parti.
02:45C'est celui qui a amené le Rassemblement National à la victoire
02:49dans trois élections importantes,
02:50les européennes de 2019-2024,
02:52le premier tour des élections législatives.
02:55Dans les dernières enquêtes IFOP fiduciales pour le Figaro et LCI,
02:58on a vu un Jordan Bardella avec un potentiel électoral supérieur
03:02de 5 à 6 points à Marine Le Pen.
03:04Alors, est-ce que c'était que des électeurs RN avaient intériorisé,
03:08anticipé que peut-être Marine Le Pen soit empêchée,
03:11ou est-ce que c'était une vraie préférence ?
03:13On le verra dans les prochaines enquêtes.
03:15Peut-être qu'ils ne partiront pas au même niveau,
03:17même si le socle est quand même supérieur à 30,
03:19qui est le score du RN à toutes les élections depuis 2020.
03:21Et réussiront-ils à maintenir ce tandem ?
03:24On verra d'ailleurs, on aura la réponse dès ce matin,
03:25puisqu'ils seront ensemble, côte à côte,
03:28en déplacement pour le premier déplacement de campagne.
03:29À la flèche.
03:30À la flèche.
03:31Jérémy nous appelle au 3216.
03:33Bonjour Jérémy.
03:34Bonjour Apolline.
03:35Vous êtes chauffeur, livreur dans l'ISER.
03:38Vous regrettez qu'elle maintienne sa campagne, Marine Le Pen ?
03:41Oui, en fait, ça ne renvoie pas un super message,
03:44parce que justement, vous venez de le dire,
03:46on ne pourra pas faire des débats sur justice et sécurité
03:49sans venir à parler de ces affaires judiciaires.
03:54Sans qu'on se dise « et vous » quoi.
03:56Et vous, voilà, exactement.
03:58L'exemplarité, elle commence par là.
04:00Moi, comme j'ai dit dans mon message sur Direct Studio,
04:03on ne peut pas parler de la justice,
04:06il n'y aura pas de débat sans qu'on fasse référence à elle.
04:10Et vous, Mme Le Pen, quand est-ce que vous montrez l'exemple ?
04:13C'est ça le problème.
04:14Encore une fois...
04:16Vous votez qui, pardon Jérémy, mais vous, vous votez qui habituellement ?
04:19Moi, j'aurais plutôt une complaisance pour le RN,
04:23bien que ça m'est arrivé de ne pas forcément voter pour eux.
04:26Moi, ce qui m'importe pour moi et l'avenir de mes enfants,
04:33c'est surtout ce que proposent les différents partis politiques.
04:36Je ne vais pas m'arrêter forcément au RN.
04:39Mais est-ce que ça veut dire, Jérémy, par exemple,
04:41que cette fois-ci, vous vous dites,
04:43si je trouve un autre candidat qui me plaît davantage,
04:46je préfère ne pas voter pour elle ?
04:48Ah, mais moi, je ne vais pas me gêner.
04:49Ce n'est pas parce que ce serait Le Pen ou Barbella.
04:52Moi, ce qui m'importe le plus, c'est les valeurs de la République française.
04:58Donc, jusque-là, le RN le représentait bien.
05:03Mais l'entêtement de Marine Le Pen à vouloir se représenter
05:07me fait penser à Mélenchon.
05:08Moi, la République, on la sert.
05:11Cela n'appartient pas.
05:12Je ne sais plus qui c'est qui l'a dit il n'y a pas très longtemps.
05:15Mais pour moi, ce sont des serviteurs de l'État.
05:17Il ne faut pas l'oublier.
05:17Et donc, tout d'un coup, vous mettez dos à dos Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ?
05:24Regrettablement.
05:25Je regrette, oui, de l'admettre.
05:27Là, pour le coup, le message n'est pas très bon.
05:30Très intéressant.
05:31Merci de votre témoignage, Jérémy.
05:33Jérémy, chauffeur-livraire dans l'ISER.
05:35Frédéric Dhabi.
05:35C'est très intéressant ce qu'a dit Jérémy.
05:38Il met en avant une rhétorique célèbre du Rassemblement National,
05:40même du Front National de Jean-Marie Le Pen.
05:42Le, tous pourris, la bande des quatre.
05:44Sortons-les.
05:45Quand même, dans l'électorat RN et même dans l'ensemble de l'électorat français,
05:49on se souvient de la campagne compliquée de Jacques Chirac qui était cernée par les affaires,
05:53ça ne lui a pas coûté.
05:54Les Français, comment dire, vilipende, dénoncent davantage un tous impuissant à régler
06:00les problèmes du pays du côté de la classe politique que le tous pourris.
06:03N'oublions pas que la force du RN, c'est la dimension d'alternative.
06:07Ceux qui n'ont jamais été essayés, pourquoi pas elles, ils ne feront pas pire que les autres.
06:11Et là, c'est déconnecté des affaires.
06:14Mais c'est vrai que le RN perd un de ses moteurs de propulsion,
06:17qui est l'exemplarité, la probité par rapport à une classe politique corrompue.
06:22La question de l'exemplarité, évidemment.
06:25Au fond, quand je vous écoute, Frédéric Dhabi, vous vous dites,
06:28peut-être qu'elle aurait dû laisser la main à Jordan Bardella.
06:31– Ce n'est pas à moi de le dire.
06:33– Non mais, aux yeux de ceux que vous connaissez dans son électorat.
06:36– Oui, dans ce qu'on voit dans l'état de l'opinion,
06:38quand on voit la force de séduction auprès d'électorats acquis et potentiels du RN,
06:43la percée de Jordan Bardella à droite,
06:45où il a des scores de popularité et même d'attention de vote supérieure à Marine Le Pen.
06:49– Et si eux se disent, oui, mais il sera Premier ministre, ça ne suffit pas ?
06:52– Alors, c'est clair.
06:53On va évacuer les comparaisons avec le passé.
06:57Traditionnellement, ça ne marche jamais, un ticket,
06:59sous la Ve République, on se souvient de faire ma descente, etc.
07:03Il y a un candidat, Nicolas Sarkozy, en 2007, qui avait dit très clairement,
07:07mais plutôt en fin de campagne, en février-mars 2007,
07:11j'aurai un Premier ministre et il s'appellera François Fillon.
07:13Mais on va se parler très très franchement.
07:15Il y avait un émetteur Sarkozy si fort, si, comment dire, consensuel,
07:21et qui créait un tel enthousiasme auprès des Français
07:23et qu'on entendait peu François Fillon.
07:26Là, ce serait un Jordan Bardella qui, lui, je dirais,
07:30est beaucoup plus fort que ne l'était le Premier ministre François Fillon.
07:33Mais c'est vrai que cette idée de ticket est plutôt intéressante
07:36parce qu'il peut ratisser large, même si, je le répète,
07:38le second tour, ça se joue sur énormément de choses
07:41et notamment qui, à qui, je donnais les clés de la Maison France.
07:45Merci beaucoup Frédéric Dhabi pour votre analyse,
07:48directeur général de l'Institut de sondage IFOP.
07:51Et merci à Jérémy pour son témoignage depuis l'ISER.
07:53Il est 7h50.
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