00:00Et plus de 6400 hectares brûlés en Gironde, 2500 du côté des Langues.
00:05Les pompiers viennent de passer une nouvelle nuit dans l'enfer des flammes.
00:10Et nous retournons sur place en direct ce matin tout près du Cap Ferré,
00:14Presqu'Île, qui est en train d'être évacuée depuis très très tôt ce matin.
00:18Bonjour Xavier Dané.
00:19Oui, bonjour.
00:21Merci d'être avec nous en direct ce matin.
00:22Vous êtes le maire d'Ares, qui est une commune limitrophe,
00:25toute proche de l'Aige-Cap Ferré.
00:27Et on est en ligne ce matin avec Sébastien Delavoux.
00:29Bonjour à vous.
00:31Bonjour.
00:31Merci d'être avec nous.
00:32Vous êtes sapeur-pompier.
00:34Vous êtes porte-parole du collectif CGT des SDIS,
00:37les services de départementaux de secours.
00:41On parlera des moyens évidemment et de l'état des forces avec vous.
00:45D'abord la situation sur place, monsieur le maire.
00:48Au cœur de la nuit, il y a eu cette alerte.
00:49La Presqu'Île du Cap Ferré doit être évacuée.
00:52Cette évacuation est en cours.
00:54Comment ça se passe ?
00:55Oui, l'évacuation de la ville de l'Aige-Cap Ferré est en cours depuis cette nuit.
01:00Je ne saurais dire l'heure, puisqu'on a passé la nuit au poste de commandement.
01:06Donc elle s'effectue.
01:07Là, je viens de faire une reconnaissance.
01:10Puisqu'il passe par la départementale 106,
01:13ça se fait à peu près dans une fluidité régulière.
01:16C'est-à-dire qu'il y a un flux de véhicules qui évacue par la route,
01:20par la voie terrestre, la ville de l'Aige-Cap Ferré.
01:25Et aujourd'hui, on parle d'une évacuation d'une partie de ma commune également
01:29qui porte cette D106.
01:32Évacuation par la route.
01:33Il y a aussi des évacuations par la mer avec des navettes,
01:37des bateaux qui viennent chercher les habitants,
01:39les vacanciers de cette presqu'île du Cap Ferré.
01:42Alors, je ne voudrais surtout pas parler à la place de mon collègue
01:45de la ville de l'Aige-Cap Ferré.
01:46Mais dans le scénario, dans un des scénarios,
01:49dans le scénario envisagé,
01:51il y a une possibilité effectivement d'une évacuation par voie maritime
01:55dans un dernier recours.
01:58C'est-à-dire quand la piste, la route 106 n'est plus libre.
02:04Donc à ce moment-là, il saurait envisager effectivement une évacuation maritime.
02:08Racontez-nous, monsieur le maire, votre nuit.
02:10Vous dites que vous avez passé la nuit au PC de sécurité avec les forces,
02:14avec les pompiers.
02:16Ce qu'on comprend d'ici, c'est que la ligne que défendait les pompiers
02:19a été traversée par le feu cette nuit
02:22et que le feu menace désormais,
02:24ou en tout cas a déjà même attaqué les habitations.
02:27Oui, une nuit, ça fait deux nuits.
02:29En deux nuits, j'ai dormi deux heures.
02:32Donc ce sont des journées denses, des journées émouvantes
02:36et des journées stressantes.
02:39Donc on passe la nuit aux côtés des forces de l'ordre,
02:42aux côtés des sapeurs-pompiers,
02:44à les ravitailler,
02:46à effectivement envisager ce que l'on peut faire
02:49pour protéger notre premier rôle en nous,
02:52en tant qu'élus,
02:54c'est de protéger, de protéger d'abord les personnes,
02:57de protéger les biens au maximum
02:59et de protéger notre bien extraordinaire,
03:01qui est la forêt.
03:02Est-ce que vous savez nous dire combien de maisons
03:04ont été touchées par les flammes ce matin ?
03:07Non, je ne saurais vous dire,
03:08parce que sur ma commune, il n'y en a pas,
03:10mais il y en a plus d'une dizaine effectivement
03:11qui ont été touchées par les flammes.
03:13Plus d'une dizaine ?
03:14Oui, absolument.
03:15Plus d'une dizaine touchées par les flammes
03:17sur la commune de l'Aige-Cap-Ferré.
03:19Est-ce qu'il y a toujours une inquiétude ce matin
03:21chez les pompiers,
03:23alors que le jour s'est levé ?
03:24J'imagine que les rotations aériennes vont reprendre.
03:28Qu'est-ce qui nous attend pour cette journée ?
03:30Si on évacue la presqu'île,
03:32est-ce que ça veut dire qu'on pense
03:33que le feu va atteindre cette presqu'île ?
03:35Alors, il y a deux choses.
03:37Effectivement, il y a la prévention.
03:39On ne peut pas, sur cette presqu'île
03:40qui n'a qu'un accès,
03:42ne pas prévoir, ne pas anticiper.
03:44C'est un premier point.
03:46C'est aussi pour permettre de rassurer la population.
03:49Ce n'est pas parce qu'on évacue
03:50que demain ou que tout à l'heure,
03:51leur maison va brûler.
03:53On anticipe parce qu'on ne peut pas se permettre
03:57de même de le faire dans l'urgence.
03:59C'est aussi cette fluidité.
04:00On a une presqu'île qui est toute en longueur
04:02et il faut le faire dans la fluidité,
04:05dans le respect des uns et des autres
04:07pour qu'il n'y ait pas d'embouteillage,
04:09qu'il n'y ait pas d'accident
04:10et que tout le monde puisse évacuer tranquillement.
04:13Il y a 800 pompiers.
04:14En tout cas, c'est le dernier chiffre
04:15qu'on a, 800 pompiers sur place,
04:17mais qui attendent des renforts.
04:18Il y a notamment des moyens aériens
04:19qui vont arriver de Croatie, du Portugal.
04:22C'est la solidarité européenne.
04:24Ces renforts, ils sont très attendus
04:26par les pompiers que vous côtoyez sur place ?
04:29Bien sûr, tous les renforts aériens,
04:31tous les renforts terrestres sont les bienvenus.
04:34Les soldats du feu combattent maintenant
04:36les flammes depuis de nombreuses heures.
04:39Il y a la fatigue, il y a la chaleur extrême
04:42que l'on connaît sur notre territoire.
04:44Et au-delà, confrontés aux flammes,
04:47la fatigue, la chaleur font que l'on est moins performant,
04:51que l'on est moins en sécurité également.
04:53Donc, les renforts sont toujours les bienvenus.
04:57Et je tiens à saluer, là, à ce moment-là,
05:00de mes propos, l'extraordinaire professionnalisme
05:03et courage de ces femmes et de ces hommes
05:05qui combattent le feu avec abnégation.
05:09Et voilà, ils y vont.
05:11Ils ne réfléchissent pas, on y va.
05:12On a une bataille à mener.
05:14Et cette bataille, c'est pour le bien.
05:16Cette bataille, c'est pour le vivant.
05:17Et donc, on ne peut qu'être émus
05:22quand on les voit travailler et qu'on en parle.
05:24Et on pense évidemment tous à ces pompiers
05:27qui sont sur le front parce que c'est un combat
05:31maison par maison, disent certains pompiers.
05:34Et il y a cette solidarité sur place dont vous parliez
05:37puisque vous, maire de l'une des communes
05:40qui bordent le bassin d'Arcachon,
05:41vous dites qu'on accompagne ces pompiers,
05:42on leur donne à manger,
05:44on leur donne aussi de quoi se restaurer,
05:47de quoi se reposer.
05:48Merci beaucoup d'avoir été en direct avec nous ce matin.
05:50Xavier Dané, maire d'Arrest,
05:52commune voisine de la commune de Lèvche-Cap-Ferré
05:56qui est la plus menacée encore ce matin.
05:59On est en ligne donc avec Sébastien Dalvoux également.
06:01Rebonjour à vous.
06:02Vous êtes donc sapeur-pompier,
06:03porte-parole du collectif CGT des SDIS,
06:06les services départementaux de secours.
06:08Quel est l'état des forces ?
06:09Qu'est-ce qui vous remonte ?
06:11Est-ce que vous arrivez à avoir des nouvelles
06:12de vos collègues sur place ?
06:15Oui, Sébastien Delavoux,
06:17je corrige la prononciation de mon nom.
06:20Effectivement, aujourd'hui,
06:21on a beaucoup de gens qui sont engagés,
06:23que ce soit dans les feux de Gironde ou ailleurs,
06:25parce que le feu de Dix,
06:28le feu dans le 73,
06:30on a eu un collègue décédé,
06:31le feu des Pérennées-Orientales
06:34ne sont pas forcément totalement éteints.
06:36Il y a encore des gens qui font le noyage
06:38parce que c'est un travail qui est moins impressionnant à l'image,
06:41il n'y a pas de flammes,
06:42mais c'est un travail astreignant
06:43qui demande beaucoup de professionnalisme
06:47et beaucoup d'engagement
06:49et qui est très long.
06:51Ce qui est énervant,
06:53c'est d'entendre qu'on n'a pas besoin de moyens,
06:55comme on a entendu les différents membres du gouvernement
06:57l'affirmer.
06:58Et nous, on peut vous dire qu'en 2021,
07:00on a rencontré le ministère de l'Intérieur
07:02et on leur a expliqué qu'on avait perdu
07:041 000 camions depuis 2006
07:05dédiés à la lutte contre le feu de forêt,
07:07alors que la superficie de la forêt augmente
07:10et que les risques,
07:11tout le monde en est d'accord,
07:11on en est là ce matin pour en parler,
07:13ils augmentent.
07:14Ils augmentent en intensité,
07:16ils augmentent en aires géographiques concernées
07:18et la saison commence plus tôt
07:20et finit plus tard.
07:22Donc, ils n'étaient pas au courant
07:23qu'ils avaient perdu 1 000 camions.
07:25En 2022, on prend un coup de pied au cul,
07:27le président de la République,
07:28il annonce qu'on va recommander 1 000 camions
07:30qui ne sont pas tous des porteurs d'eau,
07:32mais les 1 000 qu'on a perdus,
07:33c'est bien tous des porteurs d'eau.
07:35Et puis, il y a la question du personnel pour les armées
07:37parce qu'on parle de gens qui sont venus de l'extérieur,
07:41mais je peux vous dire qu'il y a des gens
07:43qui sont arrivés d'Ile-de-France hier
07:46qui ont été engagés dès qu'ils sont arrivés sur place
07:49après s'être tapés 8 ou 9 heures de camion.
07:52Ça montre la faiblesse des moyens.
07:55En tout cas, le manque de moyens
07:57pour pouvoir respecter les temps de repos,
07:59En fait, ce que vous nous dites, c'est que
08:01quand le ministre dit
08:02« Nous faisons face, la France bashing »,
08:04en fait, il dit « La France bashing, ça suffit.
08:06Nous faisons face, on sait gérer les crises ».
08:08En fait, c'est grâce au dévouement
08:10des pompiers qu'ils donnent beaucoup.
08:12Ah ben, ils donnent beaucoup.
08:14Je reviens à ma colonne d'Ile-de-France.
08:16La majorité sont sapeurs-pompiers professionnels
08:18et ils sont partis sous statut sapeurs-pompiers volontaires
08:21parce qu'on ne les autorise pas à partir sur du temps de travail.
08:23Certains ont posé des congés
08:24pour venir éteindre les feux à l'autre bout de la France
08:27dont on connaît la dangerosité.
08:28C'est ça qu'on doit interroger.
08:30On a rencontré avec toutes les organisations syndicales,
08:33le cabinet du Premier ministre le 27 mai
08:35pour leur dire que la sécurité civile
08:37avait le pantalon sur les chevilles
08:38et à ce moment-là, il n'y avait pas de feu.
08:40Parce que notre problème, ce n'est pas au moment des feux.
08:43Notre problème, il est déjà au quotidien
08:45pour savoir comment on fait partir
08:46un fourgon de proximité,
08:48un mercredi matin
08:49parce que 80% des agences sont volontaires
08:51et des fois, ils ne sont pas disponibles.
08:53Il n'y a pas à les incriminer.
08:55Mais on a à garantir une égalité des citoyens
08:59face aux secours d'urgence
09:00et dans tout un tas de situations,
09:02je peux vous en décrire quelques-unes là.
09:05J'ai un collègue
09:06dans l'Est de la France
09:09qui m'a dit
09:10la semaine dernière,
09:11on est arrivé le premier engin
09:131h20 après l'appel.
09:15Avant-hier, il y a 4 jours,
09:18il y avait dans un département
09:20d'Île-de-France
09:20parmi les plus importants,
09:22il y a eu un feu de récolte
09:24mais comme tous les engins étaient engagés,
09:25le premier engin déclenché
09:27était à 50 km du feu.
09:28Et on attend votre alerte ce matin.
09:31Tout ça, j'imagine,
09:32que pour vous,
09:33c'est des risques
09:34et on pense évidemment
09:36à tous les pompiers
09:37qui, on le disait,
09:38donnent beaucoup,
09:39sont mobilisés
09:40dans des conditions
09:41qui peuvent être extrêmement difficiles.
09:43Merci beaucoup.
09:44On a bien entendu votre alerte,
09:46Sébastien Delavoue,
09:48sapeur-pompier,
09:48porte-parole de la CGT,
09:50des services départementaux
09:52d'incendie et de secours.
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