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  • il y a 1 jour
Tous les matins à 7h42, l'invité qui fait l'actualité. Un acteur incontournable, un expert renseigné... 10 minutes d'interview sans concession avec Apolline de Malherbe et les témoignages des auditeurs de RMC au 3216.

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Transcription
00:00Des ouvriers du BTP qui travaillent sous 40 degrés, des cuisiniers, là où la chaleur affole les thermomètres, des chauffeurs
00:06de bus qui brûlent au volant littéralement.
00:09Bonjour Sophie Binet.
00:10Bonjour.
00:10Merci d'être avec nous dans ce studio. Vous êtes la secrétaire générale de la CGT et face à la
00:14canicule qui se poursuit partout en France, vous demandez des mesures d'urgence, vous demandez un droit de retrait climatique.
00:20C'est quoi ?
00:21En fait, c'est un système qui permet de protéger la santé des salariés, des travailleurs et des travailleuses.
00:27Aujourd'hui, c'est un vrai problème. Le code du travail ne prévoit pas de température maximum au-delà desquelles
00:32l'employeur est obligé d'adapter le travail.
00:35Donc il faut changer le code du travail pour le prévoir. Il faut que dans tous les territoires, les préfets
00:40mettent en place des réunions d'urgence,
00:41que dans tous les territoires en vigilance rouge, les préfets interdisent le travail en extérieur l'après-midi.
00:48Aujourd'hui, il y a 72 départements en vigilance rouge. Il y en a seulement 6 dans lesquels le travail
00:53en extérieur est interdit.
00:55C'est hallucinant. Ça veut dire qu'on demande à des ouvriers dans le BTP, à des ouvriers agricoles, de
01:01travailler en extérieur par 45 degrés.
01:04Alors dans les faits, on l'a bien vu, il y a un certain nombre d'aménagements qui se font,
01:08mais c'est au cas par cas.
01:09C'est selon la bonne entente aussi entre patrons et salariés dans le BTP comme dans le monde agricole.
01:14Vous vous demandez, est-ce que ce soit automatique ? C'est-à-dire qu'à partir de combien, pardon,
01:19mais à partir de quelle température ?
01:21J'ai vu que vous parliez d'une température convenable.
01:24Si la température convenable est dépassée, alors il faudrait pouvoir exercer ce droit de retrait.
01:29C'est quoi une température qui ne serait plus convenable ?
01:31En fait, tout simplement, c'est les seuils qui sont définis par les chercheurs, par l'INRS, c'est-à
01:36-dire 28 degrés pour les travaux physiques.
01:38Donc ça, c'est vraiment la recherche qui montre qu'à partir de 28 degrés, c'est dangereux de faire
01:43un travail physique et 30 degrés pour un travail sédentaire.
01:46Et donc, à partir de ces températures-là, l'employeur doit être obligé d'adapter le travail.
01:51Ça existe déjà des secteurs où on travaille à plus de 28 degrés, notamment par exemple quand on est fondeur,
01:55quand on travaille dans une fonderie,
01:56on travaille à côté d'un four à des centaines de degrés, mais il y a des mesures d'adaptation
02:00avec plus de pauses, avec une réduction du temps de travail,
02:04avec des mesures de pénibilité, etc. En fait, il faut mettre en place ça partout.
02:07On est d'accord, Sophie Binet, que ce n'est pas le droit au congé climatique.
02:12C'est-à-dire que ça fait plusieurs jours qu'on parle beaucoup de cette histoire de congé climatique qui
02:15est proposée par les écolos.
02:16Ils parlent de 4, 5, peut-être 6 jours de congé climatique dans l'année en cas, effectivement, de très
02:22grande perturbation.
02:23Ce n'est pas la même chose ?
02:24Non, ce n'est pas la même chose. Nous, ce qu'on pense, c'est qu'il faut aussi qu
02:28'il y ait un dispositif de chômage partiel intempéries.
02:30On l'a obtenu l'année dernière, mais seulement pour le secteur du bâtiment et avec une grosse perte de
02:35salaire,
02:35puisque, en gros, on a 60% du salaire seulement, alors qu'on n'est pas responsable de l'interruption
02:40du travail.
02:40Et donc, il faudrait une garantie de 100% de salaire.
02:43Et il faudrait que ce dispositif puisse être actionné dans tous les secteurs.
02:47Il n'y a pas que le bâtiment qui a besoin de pouvoir s'arrêter dans les périodes de préoccupation.
02:50Mais Sophie Binet, vous n'êtes pas favorable au congé climatique ?
02:53Ça dépend, ça doit se discuter.
02:55Mais seulement 5 jours, par exemple, dans le bâtiment ou dans l'agriculture, ça ne suffit pas, par exemple.
02:59Donc, c'est pour ça que nous, on demande plutôt un dispositif de chômage partiel intempéries, rémunéré à 100%,
03:05qui permette, dans les endroits où il faut arrêter l'activité, de le faire sans qu'il y ait de
03:09pénalisation des travailleurs et des travailleurs.
03:10Chômage partiel intempéries et ce droit de retrait, effectivement, en fonction des grosses chaleurs.
03:16Il y a Hervé qui nous a appelé de Seine-Saint-Denis.
03:19Vous êtes à Montreuil. Bonjour Hervé.
03:20Bonjour Antoine.
03:21Hervé, je crois que vous avez longtemps travaillé dans le BTP et vous travaillez maintenant dans la restauration.
03:24Donc, vous avez les deux expériences. Comment ça se passait dans le BTP ? Comment ça se passe aujourd'hui
03:28dans la restauration ? Dites-nous.
03:30Moi, dans le bâtiment, j'avais eu la chance de tomber sur des patrons.
03:34C'était cool parce que quand ils avaient des grosses chaleurs, ils ont commencé de bonheur avec l'accord de
03:40tous les collègues.
03:41Donc, à 5h du matin pour finir à midi parce que sur les déchirpeaux d'âge, c'est impossible.
03:46Et comme j'étais dans la peinture, en plus, vous imaginez bien par cette chaleur, la peinture de ravalement s
03:51'échelait automatiquement.
03:53J'ai des collègues couvreurs, pareil, qui commençaient à 4h du matin.
03:56Ça se faisait en bonne intelligence ?
03:58Voilà, c'est ça. Il faut que les patrons soient cools et travaillent en bonne intelligence parce que sinon, ce
04:04n'est pas possible.
04:04Je vais vous réinterroger sur la restauration, mais tout de suite, je voudrais que Sophie Binel puisse réagir. Il faut
04:09que les patrons soient cools.
04:10C'est ça le problème, en fait.
04:11Alors, il y en a quand même.
04:12On a de nombreux témoignages depuis plusieurs jours de gens qui travaillent dans l'agriculture, dans le BTP, qui nous
04:18disent
04:18« On s'est adapté, on travaille plus tôt, le patron est cool, à midi, on rentre chez nous ».
04:22Bien sûr, notamment les patrons dans les petites entreprises qui sont sur le terrain comme les salariés et qui vivent
04:26la chaleur pareille.
04:27Le problème, c'est qu'on a un certain nombre de grands patrons qui vivent dans une réalité parallèle
04:30et qui passent de salle climatisée en salle climatisée et qui ne se rendent pas compte de ce que c
04:34'est sur le terrain.
04:34Et je rappelle que ce n'est pas une question de confort, en fait.
04:37C'est une question de vie ou de mort, la chaleur.
04:39Dans le dernier épisode de Canicule, il y a par exemple un ouvrier qui s'appelle Daniel, qui s'appelait
04:44Daniel, qui avait 19 ans, qui était couvreur et qui est mort.
04:46C'était au mois de mai.
04:48Il avait 19 ans.
04:49Et je sais qu'il y a eu d'autres cas qui ne sont pas recensés.
04:52Donc là encore, dans cette canicule, il va y avoir des morts au travail.
04:56Tout ça parce que les mesures d'anticipation n'ont pas été prises.
04:59Nous sommes extrêmement en colère de ça.
05:01La responsabilité pour vous, elle, incombe aujourd'hui ?
05:03S'il y a des morts au travail et il y en aura, dites-vous, la responsabilité en incombe au
05:08gouvernement de ne pas avoir su protéger, de ne pas avoir donné ses règles ?
05:11Au patronat d'abord, c'est lui qui a la responsabilité.
05:14Il y a un décret qui existe un an qui n'est même pas appliqué, puisque ce décret, il impose
05:18que toutes les entreprises prennent des plans de prévention.
05:21Dans la majorité des entreprises aujourd'hui, il n'y a pas de prévention canicule.
05:24Et puis au gouvernement ensuite, évidemment, qui fait l'autruche, qui vit dans une réalité parallèle et qui ne prend
05:29aucune mesure à la hauteur.
05:31Je rappelle que dans le dernier budget, ils ont divisé par trois le budget lié à l'adaptation climatique.
05:36Le plan, effectivement, le plan vert, comme ils disent Hervé.
05:40Maintenant, vous êtes vous-même patron, je crois, puisque vous êtes devenu manager en restauration.
05:43Alors, est-ce que vous protégez ?
05:45Alors, quasi-patron, j'allais dire.
05:47Comment vous faites ? Vous les protégez ?
05:49Comment vous faites pour vous adapter dans la restauration à ces extrêmes chaleurs ?
05:52Je n'ai pas le droit, je ne suis pas décisionnaire là-dessus.
05:56Maintenant, je pense qu'au niveau de la restauration, il faudrait une loi vraiment effective pour tous les restaurants.
06:03Parce que quand je vois les patrons qui imposent des chimiques fermées jusqu'en haut, 40 degrés, manchons, ce n
06:09'est pas possible.
06:10Enfin, moi, je me suis battu plusieurs fois avec des patrons pour pouvoir au moins remonter les manches.
06:14Et les pauvres cuisiniers dans les cuisines de Paris, qui sont la plupart du temps encavés, où il fait plus
06:21de 50 degrés.
06:22À côté des fourneaux ?
06:23À côté des fourneaux, des fois, on monte à 65-70 degrés.
06:27Ce n'est pas possible.
06:28J'ai vu plusieurs collègues faire des manèges.
06:30Ça, il faudrait vraiment une loi globale pour tout.
06:33Alors, je sais que ce serait un manque de chiffre d'affaires pour les patrons.
06:37Et ce serait une solution à envisager quand une température extérieure dépasse 40 degrés.
06:42Merci beaucoup, Hervé.
06:44Je voudrais justement que là-dessus, vous puissiez réagir, Sophie Binet.
06:48On en est là quand même.
06:49On a Hervé qui nous dit qu'il a dû plusieurs fois s'engueuler avec des patrons juste pour qu
06:52'on accepte de remonter les manches.
06:54Mais oui, mais vous savez que dans un certain nombre de supermarchés,
06:57les caissières sont obligées de mettre leur doudoune pour qu'on voit la marque du supermarché.
07:01On en est là quand même au travail.
07:03Dans quel supermarché, pardon, mais je vous pose la question, puisque je reçois tout à l'heure le patron d
07:05'Intermarché ?
07:07C'était notamment, je crois, le cas à Auchan.
07:09Je ne vais pas les noms en particulier.
07:10Je poserai la question en tout cas au patron d'Intermarché qui m'a invité à 8h30.
07:13Il y a des tenues de travail qui ne sont pas du tout adaptées,
07:16avec des exigences complètement hallucinantes qui sont imposées aux salariés.
07:19Le ministre du Travail hier, Jean-Pierre Farandou, il disait
07:21qu'on ne va pas mettre le pays à l'arrêt parce qu'il fait 30 degrés.
07:24Non, mais d'abord, j'ai envie de lui dire à M. Farandou qu'il ne fait pas 30 degrés,
07:27il fait 45 degrés.
07:28Donc déjà, il faut qu'il atterrisse par rapport aux températures effectives.
07:32Et ensuite, sa responsabilité de ministre du Travail, c'est de protéger la vie des travailleurs et des travailleuses.
07:38On a eu une réunion hier à la demande de la CGT.
07:41Il y a une table ronde qui s'est réunie sur la question de la canicule.
07:44Je leur remercie d'avoir organisé cette table ronde très rapidement.
07:46C'était à votre demande d'ailleurs ?
07:47Tout à fait. Le problème, c'est qu'en fait, dans cette réunion, il nous a juste donné rendez-vous
07:51à l'automne.
07:52La question, c'est est-ce que l'objectif du gouvernement, c'est de présenter son plan canicule à Noël
07:56?
07:58Là, c'est la deuxième canicule de l'été.
08:00On est au tout début de l'été. Il va y en avoir encore une grosse série.
08:03On sait que dans 10 jours, il y en a une nouvelle.
08:04Donc, il faut absolument prendre des mesures d'ensemble.
08:08Une question encore, parce que justement, Jean-Pierre Farandou, je le recevais il y a quelques jours sur RMC.
08:12Je l'interrogeais sur ces fameux tests salivaires.
08:14C'est Sébastien Lecornu qui a dit qu'il fallait montrer l'exemple et donc accepter des tests salivaires.
08:20Il le fait dans les ministères et il disait, pourquoi pas le faire dans le monde du travail ?
08:24Patrick Martin, le patron du MEDEF, disait que c'était un véritable fléau, la drogue au travail
08:29et qu'il n'était pas contre l'idée éventuelle de tests salivaires réguliers dans les entreprises.
08:34Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
08:35L'enjeu, c'est d'avoir un vrai plan de prévention contre les addictions qui, effectivement, augmente.
08:39C'est un problème de fond.
08:41Par contre, moi, ce que je veux dire, c'est que j'ai été scandalisée par les propos de Patrick
08:44Martin
08:44qui expliquait que c'était à cause de la drogue qu'il y avait une bonne partie des accidents du
08:49travail.
08:49En France, on a le bonnet d'âne.
08:51Il y a trois ouvriers par jour qui meurent au travail.
08:54Ce n'est pas parce qu'ils sont drogués.
08:55C'est parce qu'il n'y a pas de mesure de prévention dans les entreprises.
08:59Et donc, moi, ce que je tiens à dire dans cette période très grave,
09:01c'est que si le gouvernement et le patronat ne prennent pas leurs responsabilités,
09:04la CGT, elle prend les siennes.
09:06Et donc, ce que nous avons fait à Stellantis hier, ce que sont en train de faire les chauffeurs de
09:10bus...
09:10Stellantis, je crois qu'il y avait une poignée de grévistes.
09:12Oui, mais en attendant, le fait qu'il y ait cet appel à la grève et qu'il soit médiatisé,
09:15ça a imposé la direction...
09:16Oui, enfin, on en a plus parlé dans les médias que dans l'usine.
09:18Oui, mais sauf que déjà, il y a déjà eu des mesures d'adaptation grâce à ça.
09:21Pouvez-vous me dire combien il y avait de salariés en grève hier à Stellantis ?
09:23Ce que je peux vous dire, c'est que grâce à ça, il y a des mesures d'adaptation
09:26qui ont d'ores et déjà été mises en place dans l'entreprise,
09:28qui n'étaient pas prévues, avec des pauses supplémentaires.
09:31Mais l'enjeu, c'est surtout parce que quand on fait grève, on perd de l'argent.
09:35Donc les gens n'ont pas envie de perdre de l'argent juste pour ne pas mourir au travail.
09:39Est-ce que c'est pas aussi parce qu'ils ne vous suivent plus ?
09:40Mais non, c'est en fait...
09:42Ils étaient moins de 10, je crois.
09:43Oui, non mais d'accord, mais aujourd'hui, les travailleurs...
09:45Par contre Stellantis, moins de 10 ?
09:47Stellantis, Mulhouse, les travailleurs et les travailleuses ne veulent pas mourir au travail
09:51et c'est quand même tout à fait naturel et logique.
09:53La CGT ne laissera pas faire.
09:55Et grâce à cet appel à la grève, on a forcé la mise en place de mesures d'adaptation du
09:59travail.
10:00Et ça, nous allons le faire partout.
10:02Si le gouvernement et le patronat ne prennent pas leurs responsabilités,
10:05j'appelle les travailleurs et les travailleuses à s'organiser et à se syndiquer
10:09pour ne pas laisser leur vie au travail.
10:10Vous prendrez vos responsabilités, c'est ce que vous nous dites.
10:12Merci Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.
10:15Et cette demande donc de ce droit de retrait, effectivement,
10:19ce droit de retrait en cas de très forte chaleur.
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