00:00Et c'est déjà la fournaise et ça ne baisse pas la nuit.
00:04Conséquence, les hôpitaux sont très sollicités.
00:07Bonjour professeur Louis Soulard.
00:09Bonjour.
00:09Vous êtes le chef du service des urgences et du SAMU du CHU de Rennes en Bretagne
00:13et vous êtes aussi l'un des représentants du syndicat SAMU Urgences de France.
00:17La chaleur qui met plusieurs jours à affecter nos organismes.
00:20On est pile au moment où effectivement les conséquences des premiers jours
00:25de cette extrême chaleur commencent à se faire sentir.
00:28Est-ce que vous envoyez les effets à l'hôpital ?
00:30Oui tout à fait.
00:31On avait depuis le début de la canicule une augmentation des appels au SAMU de 30 à 40%
00:36et là maintenant ce sont les urgences qui augmentent en nombre de passages
00:40et surtout en nombre d'hospitalisations, en nombre de besoins d'hospitalisations
00:43et on est à 15-20% d'augmentation et on voit que les choses s'accélèrent depuis lundi
00:49à tel point que le CHU de Rennes a déclenché le plan blanc pour anticiper cet afflux de patients
00:58en parallèle aussi du déclenchement par le Premier ministre du dispositif Orsan et Piquet niveau 2.
01:06Alors quelle est la différence d'abord entre ces deux dispositifs ?
01:10On va y venir mais quels sont les symptômes pour lesquels les gens vous appellent ou viennent nos urgences ?
01:14Alors les symptômes ils sont très différents si on compare à la canicule de 2003, on a beaucoup moins de
01:19coups de chaleur aigus, d'insolation
01:21parce que les messages de prévention sont passés, même si on en a encore.
01:26Hier on a pris en charge un patient qui avait roulé fenêtre ouverte sans clim sur une très longue durée
01:33avec une prise en charge avec une température à 45 degrés, ce qui est un vrai coup de chaleur et
01:38des brûlures cutanées
01:39donc ce qui montre qu'il faut vraiment se protéger de l'exposition au soleil.
01:43Même pour l'être ouverte ça ne suffit pas ?
01:45Non ça ne suffit pas, dès lors qu'il fait 40 degrés l'air n'est pas rafraîchi
01:49et donc ça c'est un cas qui reste assez exceptionnel dans cette période.
01:55On a principalement des prises en charge pour des malaises, des douleurs thoraciques, des sensations de paresthésie dans tout le
02:03corps, une grande fatigue
02:04et puis on a des patients qui décompensent des pathologies, des patients les plus âgés qui décompensent des pathologies du
02:11fait d'une perturbation du mode de fonctionnement des médicaments.
02:14Ça veut dire quoi ça ? Cette décompensation dont vous parlez, en vérité ça veut dire quoi pour ceux qui
02:20nous écoutent ?
02:21C'est des patients qui sont déjà suivis pour des insuffisances respiratoires, pour des insuffisances cardiaques, pour des diabètes, des
02:27insuffisances rénales
02:28et donc ces patients sont équilibrés grâce à des traitements.
02:32Par exemple pour des patients qui ont des diurétiques, qui sont insuffisants cardiaques,
02:36le manque d'hydratation va faire que le patient va éliminer beaucoup plus de liquide qu'il ne faudrait par
02:43un manque d'apport
02:43et donc la sensation de soif est diminuée et ça vaut pour les patients âgés,
02:49mais il faut le rappeler aussi pour les patients, pour les petits, pour les enfants aussi,
02:53qui sont beaucoup moins sensibles à la sensation de soif.
02:57Est-ce que vous avez les moyens de faire face ?
02:58Alors d'abord à cette chaleur, parce qu'effectivement Rennes, on peut quand même le dire,
03:02sans vous offenser, que justement ce n'est vraiment pas un endroit où on était habitué.
03:07On sait que depuis hier, à la fois la Bretagne et la Normandie aussi, c'est la première fois de
03:12l'histoire,
03:13sont en alerte rouge.
03:15Est-ce que vous avez les moyens de faire face ?
03:20Il y a plusieurs types de moyens qui sont nécessaires.
03:24C'est tout d'abord les ressources humaines, soignantes et médico-soignantes,
03:29pour faire face à la fuite d'appel au SAMU,
03:32et c'est notamment la raison qui a dû conduire au déclenchement du plan hors sang.
03:37Après, c'est les capacités d'hospitalisation,
03:39en sachant que tous les hôpitaux, et notamment à Rennes,
03:42tous les services n'ont pas des chambres qui permettent une prise en charge
03:46avec un niveau de température adapté.
03:48Donc là, c'est la raison pour laquelle l'hôpital a déclenché le plan blanc,
03:51sans être saturé à cette heure.
03:53L'idée maintenant est de recenser les chambres qui peuvent vraiment accueillir les patients
03:57avec des niveaux de température corrects,
03:59après avoir mis toutes les mesures de refroidissement qui sont accessibles,
04:03ventilateurs, clim et tout ça.
04:04Ça veut dire quoi ça, professeur Louis-Soulas ?
04:07Ça veut dire qu'à l'hôpital de Rennes, les chambres ne sont pas climatisées ?
04:10Les chambres dans lesquelles sont tous les patients, les malades ?
04:14Non, toutes les chambres ne sont pas climatisées.
04:16Il y a des chambres avec des airs rafraîchis,
04:18il y a des chambres de réanimation qui sont climatisées,
04:22et il y a des bâtiments qui sont anciens.
04:24On a plusieurs sites sur le CHU de Rennes,
04:27et le site, l'hôpital sud qui a été construit dans les années 70,
04:30il n'est pas adapté pour ce genre de choses.
04:32Donc, ce qui est fait, c'est la mise en place de matériel pour rafraîchir,
04:37ventilateur, rafraîchisseur d'air et climatisation,
04:40mais ce n'est pas suffisant.
04:41Et donc, ce matin, il a été décidé qu'il y aurait une inspection de tous les services
04:45pour vérifier le niveau de température dans les chambres.
04:47Et vous en êtes à combien, là ? Vous avez regardé, vous avez une idée ?
04:50Non, pas du tout. Personnellement, non.
04:53Nous, on sait qu'au niveau des urgences,
04:55on a un bâtiment qui supporte les poussées de température,
05:01qui a un air rafraîchi, donc même pour les patients sur le brancard,
05:04c'est supportable.
05:05Et donc, c'est pour ça que ce recensement a été fait.
05:08Mais, encore une fois, je pense que ces mesures-là,
05:11un déclenchement de plan blanc après quelques jours de canicule,
05:15c'est quelque chose qui n'était pas habituel
05:17lors des précédentes canicules, notamment celle de 2003.
05:21Il y a une prise de conscience.
05:23Il y a une prise de conscience.
05:24Il y a des moyens qui tentent d'être donnés.
05:27Restez bien avec nous, professeur.
05:28Je voudrais également qu'on puisse donner la parole à Emmanuel,
05:30qui nous appelle des Côtes d'Armor et qui est infirmier libéral.
05:33Bonjour Emmanuel.
05:35Bonjour Apolline, ça va ?
05:36Ça va et vous, comment vous faites-vous ?
05:38Parce qu'il y a deux aspects dans votre métier, j'allais dire.
05:41Il y a le côté infirmier, donc les malades ont besoin de vous,
05:43les patients ont besoin de vous.
05:44Et en même temps, ça veut dire des déplacements
05:46dans cette extrême chaleur.
05:49Ça va ?
05:50Est-ce que vous avez adapté votre tournée ?
05:53Alors, adapter la tournée,
05:54Malheureusement, les soins, ils restent les mêmes à faire.
05:57Après, on essaye de donner les consignes d'usage,
06:00justement, aux patients qui puissent s'hydrater régulièrement.
06:03On les fait boire à chaque passage.
06:07On est encore plus vigilant sur les malades,
06:09justement, à problèmes,
06:11comme le disait le professeur Soula,
06:13ceux qui ont déjà des problèmes connus
06:14au niveau cardiaque, respiratoire.
06:16Mais aussi les patients qui sont diabétiques,
06:19on essaye justement de leur dire de bien faire attention.
06:21On se surveille de plus près, on est de plus lent.
06:25Et effectivement, je suis infirmé chez les pompiers.
06:27Et puis nous, on se voit bientôt, Apolline.
06:29On se voit mardi.
06:31Parce qu'il y a Apolline chez vous.
06:34Alors là, c'est une petite parenthèse,
06:36mais effectivement, vous le savez,
06:38chaque année, je vais chez un certain nombre d'auditeurs.
06:41Mardi, je serai chez vous pour effectivement suivre votre tournée.
06:43Vous allez voir comment ?
06:44Sur votre tournée au plus près.
06:46Je sors des studios et je vais avec vous sur les routes
06:49au plus près des malades.
06:50Mais de fait, je reviens vers vous, professeur Soula.
06:54Ces inquiétudes, est-ce que vous anticipez
06:56que dans les jours qui viennent,
06:57ce soit plus dur encore ?
06:59C'est-à-dire que, est-ce que ce n'est que le début ?
07:01Il y a combien de jours de décalage
07:03entre les moments d'extrême chaleur
07:04et le moment où le corps, vraiment,
07:06en ressent les effets ?
07:07Alors habituellement, c'est 3-4 jours.
07:09Et le maximum, ce sera 7 jours après
07:11d'exposition à ces fortes chaleurs.
07:13Donc on sait que le week-end risque d'être très sensible.
07:17Et nous, on a un peu peur des annonces
07:20de baisse de température
07:21qui vont lever un peu la pression.
07:24Mais là, je voulais reprendre un petit peu
07:25ce que disait le collègue infirmier.
07:27Il y a quelque chose qui est très différent
07:28par rapport à la canule de 2003.
07:29C'est qu'on est très précoce au mois de juin.
07:31Et on a la chance que tous les aidants,
07:34les soignants, tout le monde est sur le pont.
07:37Contrairement au mois d'août 2003...
07:38Ce n'est pas le moment des congés, effectivement,
07:40où on est en sous-effectif.
07:41Et donc, tout le monde est beaucoup plus vigilant
07:43pour les personnes les plus âgées,
07:44pour les plus vulnérables.
07:45Et ça, c'est très important.
07:46Parce que patients vulnérables,
07:48il y a bien sûr des patients âgés
07:49qui sont à domicile, en zone rurale, isolés.
07:51Mais il ne faut pas oublier
07:52toutes les personnes en précarité sociale.
07:53Et pour cela, il faut vraiment être très vigilant.
07:56À Rennes, il y a un foyer qui a été ouvert
07:58pour pouvoir accueillir ces personnes.
08:00Ces personnes qui vont rester dehors jour et nuit
08:02et qui risquent de décompenser encore plus
08:04du fait de leur précarité sociale.
08:06Merci beaucoup, professeur Louis Soula,
08:09chef du service des urgences et du SAMU
08:11du CHU de Rennes, en Bretagne.
08:13Et merci aussi à Emmanuel, infirmier
08:15dans les Côtes d'Armor.
08:16Emmanuel, j'arrive.
08:17Je serai là, effectivement, mardi,
08:18dans la voiture de l'infirmier
08:19pour aller faire la tournée
08:21et voir au plus près ces tournées des infirmiers,
08:23effectivement, au plus près des plus vulnérables.
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