00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Cardoz.
00:06Soyez les bienvenus dans Le Grand Matin de Sud Radio, vous avez la parole, vous le savez, au 0826 300
00:10300, il est 7h12, c'est à la une.
00:13On ouvre le chapitre judiciaire avec cette affaire, l'affaire Liana, s'agit-il d'un nouveau scandale judiciaire ?
00:20Ce qui est sûr, c'est que Laurent Nunez et Gérald Darmanin ont fait savoir hier qu'ils allaient diligenter
00:24une enquête administrative pour comprendre ce qui s'est passé.
00:27On apprend que l'homme de 41 ans mis en examen et placé en détention dans cette affaire a fait
00:32l'objet de plusieurs plaintes ou de plusieurs signalements,
00:35notamment sur une enfant de 7 ans, sur une autre de 10 ans, il y a en réalité 4 affaires.
00:41Et surtout, ce qui frappe, c'est qu'on apprend qu'en 8 mois, aucune audition n'a été réclamée.
00:47Alors pourquoi ce temps judiciaire ? On va essayer de comprendre.
00:51Bonjour Aurélien Martini, vous êtes vice-procureur du tribunal judiciaire de Melun.
00:55Merci infiniment d'avoir accepté notre invitation.
00:58Vous êtes également secrétaire général adjoint des magistrats.
01:01D'abord, tout simplement, est-ce que vous comprenez l'émotion qu'une telle affaire, que cela suscite ?
01:08Ou bien est-ce que vous vous dites, ah ça y est, on va encore nous reprocher des choses parce
01:13que les Français ne comprennent pas comment ça fonctionne ?
01:16Non seulement je la comprends, mais je la partage.
01:19Parce que quand vous devenez magistrat, c'est précisément pour éviter ce genre de choses et faire en sorte que,
01:26au tout cas, quand vous faites de la matière pénale,
01:28ce qui est mon cas, je poursuis, mon métier c'est de poursuivre les auteurs d'infractions pour faire en
01:33sorte que, précisément, ils ne réitèrent pas leurs faits.
01:36Donc, non seulement je comprends cette émotion, je la partage et je partage même la colère qu'on entend s
01:42'exprimer à l'endroit de l'institution judiciaire
01:45à laquelle on ne donne pas les moyens de faire son travail correctement.
01:48Alors oui, non seulement je la comprends, mais je la partage.
01:50Justement, première question, voilà, je ne comprends rien à la justice et je m'interroge et je me dis,
01:57mais pourquoi ce dossier a déjà connu quatre parquets et a été transféré de main en main ?
02:03Expliquez-nous, très simplement, pourquoi on en arrive là ?
02:06Alors ça, c'est le jeu des règles de compétence, c'est-à-dire que chaque parquet est compétent sur
02:11son ressort territorial,
02:12c'est-à-dire que quand les faits sont commis dans un ressort différent de celui où vous déposez plainte,
02:18le procureur qui reçoit la plainte doit la transmettre à son homologue,
02:22ça c'est le code de procédure pénale qu'il impose, parce qu'il existe une compétence territoriale.
02:26Alors d'accord, pardon de vous couper, mais ça signifie qu'on perd du temps pendant ce temps ?
02:32Absolument, on perd du temps, non seulement parce que les transmissions se font souvent de manière papier,
02:39par des procédures papier et que nos services sont exsangues et donc le cheminement interne,
02:45si vous voulez, conduit à une procédure à arriver d'abord dans un service dit du courrier
02:49où parfois vous avez un seul agent qui reçoit toutes les procédures par la poste,
02:53il faut s'imaginer ce que ça représente en termes de volume de courrier qui arrive
02:58et puis ensuite c'est transmis à un autre service qui est un bureau d'ordre,
03:01là aussi avec des services où parfois, moi j'ai connu des juridictions où on devait avoir cinq personnels
03:06et on n'en avait que deux dans le bureau d'ordre qui enregistraient toutes les procédures qui arrivaient
03:11et ensuite c'est transmis dans le bureau d'un magistrat,
03:13mais c'est transmis au milieu des autres procédures
03:18et ce magistrat il peut être à ce moment-là à l'audience de permanence.
03:21Bref, c'est un système qui est à bout de souffle et qui ne permet pas de répondre dans des
03:25temps limités.
03:25Oui, mais j'ai envie de vous dire, mais alors pourquoi il n'y a pas des systèmes d'alerte
03:28?
03:28Pourquoi il n'y a pas des dossiers qui sont prioritaires ?
03:32Alors, c'est une demande que nous formulons, c'est-à-dire qu'il faudrait avoir non seulement des systèmes
03:36d'alerte,
03:37mais des systèmes de mise à jour, c'est-à-dire que lorsque vous envoyez un dossier en enquête,
03:42c'est très compliqué de savoir quand vous l'avez envoyé et d'avoir des alertes
03:46quand, par exemple, le service d'enquête dépasse le délai que vous lui avez imposé.
03:50Et ça, ce sont nos outils informatiques qui ne nous le permettent pas aujourd'hui.
03:53J'ai bon espoir que ça arrivera dans le futur,
03:56mais aujourd'hui on a des outils, on travaille avec des outils qui sont obsolètes
03:59et qui ne nous permettent pas d'avoir, comme pour le partage d'informations d'ailleurs,
04:03des informations en temps réel qui soient fiables.
04:07Alors, concernant l'affaire Liana, l'un des aspects qui nous heurtent
04:10et qu'on a du mal à comprendre, c'est au sujet de cette plainte
04:14qui est déposée le 18 août 25 en gendarmerie pour des faits sur une fille de 10 ans.
04:20Et là, à ce moment-là, les gendarmes vont relativement vite
04:23puisqu'ils entendent la victime et sa maman, je crois, dans une maison spécialisée.
04:27Mais là, on est en droit de se dire, pourquoi pas le suspect tout de suite à ce moment-là
04:30?
04:30Il s'agit d'accusation sur une mineure de moins de 15 ans.
04:35Oui, absolument.
04:36Alors, c'est une question qui se pose et c'est logique qu'elle se pose.
04:39Mais en fait, quand on construit un dossier judiciaire,
04:42il faut bien comprendre que la garde à vue et l'audition du suspect,
04:44c'est toujours le dernier acte auquel on a recours.
04:46Pourquoi ? Parce que dès lors qu'on entend un suspect,
04:49il va avoir accès à la procédure, ça c'est notre droit.
04:52Et donc, on fait en sorte d'établir le dossier,
04:55de rapporter des éléments à charge et à décharge,
04:58mais en l'occurrence, mettre le cas échéant, le suspect devant ses contradictions,
05:02avant de le placer en garde à vue.
05:04Parce que si vous ne le faites pas,
05:05si vous n'apportez pas, si vous ne cherchez pas d'autres éléments
05:08et que le suspect nie, vous n'avez pas beaucoup de choses à lui opposer.
05:12Mais alors justement, monsieur le vice-procureur,
05:13si je puis me permettre, à ce moment-là,
05:16pourquoi il n'y a pas un contact avec les autres juridictions ?
05:19Puisque nous-mêmes, on apprend aujourd'hui,
05:21et ça veut dire que l'appareil judiciaire le savait,
05:26qu'il y a en réalité, non pas une, mais plusieurs affaires,
05:29quatre affaires qui sont déjà signalées à ce moment-là.
05:31On parle d'affaires de 2024, de 2022,
05:34certaines sont éteintes ou ne nous sont pas instruites réellement.
05:39Pourquoi il n'y a pas ces connexions entre toutes ces affaires ?
05:42Alors, je ne sais pas s'il y a eu ces connexions ou pas.
05:45Ça, le travail de l'inspection, et moi je souhaite la plus grande transparence,
05:49donc c'est très bien qu'il y ait une mission d'inspection conjointe,
05:51gendarmerie-justice, et je ne sais pas s'il y avait ces connexions.
05:54Mais même si les connexions ont été établies,
05:57si vous voulez, ça veut dire que vous avez affaire,
05:59alors j'ai cru comprendre de la conférence de presse,
06:01de la procureure d'Auge, que certaines étaient classées sans suite,
06:04mais absolument, mais ce qu'il faut comprendre,
06:08c'est que même si vous avez des procédures antérieures,
06:10vous pouvez très bien les regrouper,
06:11mais sur la procédure qui nous intéresse,
06:13il faut un tout petit peu construire le dossier.
06:16C'est le travail d'enquête,
06:17notamment faire un travail d'environnement,
06:19savoir à qui on a affaire,
06:20et savoir si, par exemple,
06:22dans son environnement amical, professionnel,
06:24on a des éléments saillants
06:25qui puissent le mettre en difficulté lors d'audition.
06:27Si vous ne le faites pas, en fait,
06:29si vous voulez, le but de l'enquête judiciaire,
06:31c'est d'arriver à mettre hors d'état de nuire des gens dangereux.
06:33Et si vous prenez une mesure de garde à vue,
06:35que vous êtes obligé de la lever,
06:36parce que vous dites,
06:37oh là, je n'ai pas suffisamment d'éléments,
06:38c'est très déceptif pour tout le monde,
06:40y compris pour le magistrat.
06:41Le magistrat du parquet qui a instruit le dossier,
06:43qui mène l'enquête,
06:44son but, c'est d'arriver,
06:46quand il est convaincu de la culpabilité de quelqu'un,
06:48à le faire condamner.
06:49Et le cas échéant, avant la condamnation,
06:51à obtenir des mesures de sûreté,
06:52une détention provisoire,
06:53comme c'est le cas aujourd'hui.
06:55Et donc, pour faire cela,
06:56on s'assure de pouvoir le faire dans les meilleures conditions.
06:58Mais ça prend du temps, effectivement.
06:59Ça prend du temps et ça prend trop de temps.
07:01On le voit, évidemment, pour nous,
07:03qui sommes profanes
07:04ou qui ne sommes pas à l'intérieur de l'appareil judiciaire.
07:07Mais on entend votre frustration et votre demande.
07:10Vous demandez à ce qu'il y ait des dossiers prioritaires,
07:14des dossiers en urgence.
07:15Et évidemment, au regard de ce dossier,
07:17on le comprend bien.
07:18Merci infiniment Aurélien Martigny
07:20d'avoir accepté d'être l'invité de Sud Radio.
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