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  • il y a 10 minutes
Avec David Koubbi, avocat pénaliste

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##SUD_RADIO_VOUS_EXPLIQUE-2026-06-11##

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Transcription
00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Cardoz.
00:05Il a dit ce qu'il pensait de la situation et pour lui c'est clair, notre problème dans le
00:09cadre de l'affaire de la petite Liana ne relève pas du dysfonctionnement, non c'est bien pire.
00:14C'est une question de volonté, cette volonté de protéger les enfants, dit-il, nous ne l'avons pas.
00:19Lui c'est David Couby, grand avocat pénaliste, il est avec nous ce matin sur l'antenne de Sud Radio.
00:24David Couby, vous êtes notamment le défenseur de Tristan Bannon contre Dominique Strauss-Kahn alors en course vers la présidentielle.
00:30Et vous défendez bien d'autres personnes, on en parlera au cours de cet entretien.
00:34Mais d'abord, ça veut dire quoi instaurer une vraie politique de protection de l'enfance ?
00:40Bonjour M. Cardoz et merci pour votre invitation.
00:43Ça veut dire qu'il convient d'instituer de manière prioritaire la protection de nos enfants dans notre société.
00:53Et je puis vous le dire aujourd'hui pour le constater, ça n'est malheureusement pas le cas.
00:59Ça veut dire également, par exemple, et pardon de rentrer immédiatement dans le vif du sujet, vous sentez peut-être
01:07un fond de colère dans ma voix.
01:08Ça veut dire que quand on est Gérald Darmanin et quand on est le garde des Sceaux, on ne fait
01:12pas de déclaration comme celle qui a été faite il y a quelques jours,
01:17disant on va écluser, c'est le terme qui a été employé, on va écluser 70 000 plaintes d'ici
01:23le 14 juillet.
01:24Parce que ça veut dire, M. Cardoz, qu'en ne prenant aucun jour de congé, aucun jour de congé entre
01:29maintenant et le 14 juillet,
01:31le ministre de la Justice demande à nos institutions d'écluser, donc, une plainte toutes les 9 secondes.
01:37Alors, écoutez, je pense que ce n'est pas tout à fait sérieux de faire ça,
01:42quand la situation face à laquelle nous nous trouvons collectivement, parce que nous avons tous des enfants,
01:46nous sommes tous des citoyens français,
01:48est déjà le résultat d'une approche totalement bâclée d'une situation.
01:55Et cette affaire, quand on parle de dysfonctionnement, c'est un mot qui est trop poli, ça s'appelle un
01:59naufrage.
02:00Je parle de l'affaire Léana, ça s'appelle un naufrage.
02:02Vous avez des mots forts, c'est un naufrage.
02:03Qu'est-ce qu'il faudrait en France, très très vite ?
02:06Un parquet, par exemple, dédié aux femmes et à l'enfant sans danger ?
02:11Alors, je crois que cela ne suffit pas, un parquet dédié, je crois que c'est utile,
02:17mais je crois qu'il faudrait une maison de l'enfant, plusieurs maisons de l'enfant, une par ressort,
02:22qui soit, pardon pour l'expression anglaise, une safe place, c'est-à-dire un endroit sûr,
02:26où il y aurait des policiers formés, ou des gendarmes formés selon la territorialité,
02:32où il y aurait des parquetiers formés, où il y aurait des avocats formés,
02:35où il y aurait des juges d'instruction formés,
02:38et où il y aurait surtout une notion de l'urgence et une notion de la responsabilité individuelle.
02:44Parce que vous savez, M. Cardoz, il y a quelque chose qui a été dit au détour de cette débâcle
02:50judiciaire autour de l'affaire Léana,
02:52qui était que les gendarmes, ceux-ci, les magistrats, ceux-là, etc.
02:56Avec une chose qui a particulièrement choqué, c'est que la mère d'une autre petite victime de M. Barrella,
03:03qui est la petite Rosa, et je demande à ses avocats de me pardonner de convoquer ce cas,
03:10je pense notamment à Pierre de Buisson, que je connais bien,
03:13cette maman-là a appelé les gendarmes tous les lundis pour savoir où en était l'affaire.
03:18Et il lui a été dit, cessez de nous appeler parce qu'on va déposer plainte pour harcèlement.
03:22C'est ce qu'elle rapporte et il y a toute raison de la croire.
03:25Mais quand vous dites, vous, journalistes, ou nous, citoyens, les gendarmes, ça ne veut rien dire.
03:29Moi, j'aimerais savoir qui.
03:31Je crois que nous entrons dans une ère où la carence de protection est telle
03:35qu'il convient maintenant de nommer des gens et de leur demander des comptes, judiciairement, évidemment.
03:41Alors, vous êtes aussi un avocat international, puisque vous plaidez à l'étranger,
03:44ce qui vous permet d'avoir aussi un regard sur d'autres formes de justice.
03:49Je voyais qu'en Catalogne, notamment, on crée précisément ces maisons spécialisées.
03:53Tout est réuni en un même lieu, avec à la fois des enquêteurs spécialisés,
03:57spécialisés dans l'écoute des enfants, les services sociaux qui sont là.
04:00Et le résultat est spectaculaire.
04:02Taux d'élucidation qui a grimpé à 75%.
04:05On est à 7% chez nous seulement pour les crimes sexuels.
04:09Il faut tout changer, il faut renverser la table, David Coubi.
04:13Alors, juste sans vous assumer, je ne plaide pas à l'étranger.
04:18Le réseau auquel j'appartiens plaide à l'étranger.
04:21Mais j'interviens souvent à l'étranger, il est vrai.
04:24Effectivement, il y a des points de comparaison.
04:26Les chiffres sont toujours contestés.
04:29Mais en tout cas, l'ordre de grandeur est là.
04:31Et notre taux d'élucidation rend, je ne sais pas si je dois dire ça,
04:37mais rend l'atteinte sur l'intégrité physique et morale de l'enfant,
04:42qu'elle soit sexuelle ou en termes de violence psychologique ou de coût et blessure,
04:46très peu coûteuse pour les agresseurs.
04:48Et c'est cette table qui doit être renversée.
04:50Vous savez, par exemple, au Canada, ça fait 40 ans, 40 ans, monsieur Cardos,
04:55je vous parle de 40 ans, 4 décennies, que ces schémas existent.
04:59C'est-à-dire que vous allez en un seul lieu si vous êtes face à cette situation terrible.
05:05Et c'est dans ce seul et même lieu que la situation se trouve réglée.
05:09Vous n'êtes pas face à des gens qui ne sont pas formés,
05:12vous êtes face à des gens qui sont formés.
05:14Et je parle également des avocats,
05:16parce que ce n'est pas parce que vous êtes avocat que vous savez traiter cette matière,
05:19qui est une matière délicate.
05:20Je me permets de prendre un exemple rapidement.
05:22Dans la procédure française,
05:24nos jeunes victimes ont à plusieurs fois l'occasion, malheureusement,
05:28de répéter les choses.
05:29Donc la parole se dilue.
05:31La première fois où ils racontent les choses,
05:33ça doit être systématiquement filmé.
05:35Ça doit être systématiquement consigné.
05:40Et puis c'est ça la version.
05:42Parce que la première fois, ils le disent.
05:43Et puis ensuite, ils souffrent.
05:47On est un petit peu pris par le temps, David Coubi.
05:50Je vous en prie.
05:53Ça n'a pas tellement de rapport avec ce dont on vient de parler,
05:56mais c'est une information qui est passée assez inaperçue
05:58parmi les affaires que vous défendez.
06:02Et vous êtes notamment spécialisé dans la liberté d'expression.
06:05Vous venez de gagner contre le président de la République
06:08devant le tribunal de Pointe-à-Pitre.
06:10Vous avez obtenu notamment la relaxe de votre client,
06:12l'artiste Blo, qui avait représenté le président décapité.
06:16Cette information est passée totalement inaperçue.
06:18Est-ce que vous pourriez nous dire en quelques secondes
06:20de quoi il s'agit et ce que vous avez pu obtenir ?
06:24Oui, bien sûr.
06:25Nous représentions aux côtés d'autres avocats
06:28le commissaire d'exposition, Anthony Villa,
06:30l'artiste Antonoué,
06:32notamment avec Patrice Tassita,
06:34avec Gabriel Danchet et d'autres.
06:36En fait, il s'agissait de la représentation,
06:39à la suite du scandale du chlordécone,
06:41du scandale du chlordécone en Guadeloupe et en Martinique,
06:45la représentation artistique, picturale,
06:49une peinture du président de la République décapité.
06:52Alors, effectivement, l'œuvre n'était sans doute pas agréable à regarder pour lui,
06:57mais il a déposé une plainte.
06:58Et elle a choqué apparemment le président de la République.
07:01Mais elle devait choquer, c'est même à cela qu'elle servait.
07:05Personne n'a envie de se voir décapité,
07:06mais il se trouve qu'un droit français, c'est une valeur fondamentale,
07:08la liberté de création.
07:10Et là, Emmanuel Macron, notre président de la République en exercice,
07:13a jeté toute la puissance de l'État par une plainte par email,
07:16qui faisait une page et demie,
07:17contre cet artiste, Blot,
07:19et contre ce commissaire d'exposition, Anthony Villac.
07:21J'avais l'honneur, la chance de défendre avec Jean-Baptiste Laplace à mes côtés.
07:26Et une plainte par mail, donc, M. Cardoz, qui a été envoyée.
07:28Le président ne s'est pas constitué partie civile.
07:31Son avocat ne s'est pas déplacé.
07:33Et l'affaire a été jugée en dix mois.
07:36Entre la peinture du tableau, les premières gardes à vue,
07:39les premières auditions...
07:41Et vous avez obtenu la ralaxe.
07:41Nous avons obtenu la ralaxe, mais vous disiez juste d'un mot pour terminer, M. Cardoz.
07:44Vous disiez que ça n'a pas de rapport.
07:45Je ne suis pas d'accord avec ça.
07:47Ça a un rapport qui est très étroit, très aigu.
07:49Parce que vous voyez, quand il y a une volonté politique de faire les choses,
07:53eh bien, les choses vont en dix mois.
07:54Montrez-moi un dossier d'atteinte sexuelle faite à un mineur
07:57qui est réglé en dix mois en première instance.
07:59Je crois que ça n'existe pas, à part sur les sujets de délit de flagrance.
08:02Et c'est une honte intégrale.
08:05Merci infiniment, David Coubi, d'avoir été l'invité de Sud Radio.
08:08Un invité exceptionnel ce matin, parce que votre parole est rare.
08:11On passe à un tout autre sujet.
08:13Merci.
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