00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Cardoz.
00:05Sud Radio vous explique, les auteurs d'agressions sexuelles sur des enfants, figurez-vous, peuvent tous être soignés, mais pas
00:13tous guéris.
00:14Voilà ce que disent les études, notamment anglo-saxonnes, consacrées aux pédocriminels.
00:20Alors abordons ce sujet tabou, il faut bien le dire, de la castration chimique, tabou en France.
00:25Il est relancé cependant par le patron des Républicains, qui est également candidat à l'élection présidentielle, Bruno Retailleau.
00:31Il a dit qu'il y était favorable et sans consentement.
00:35Alors nous sommes avec Maître Lisborne, bonjour madame.
00:38Bonjour, bonjour à tous.
00:40Bonjour, vous êtes l'avocat du collectif SOS périscolaire et également de victimes de Joël Lesquarnèque.
00:46Alors on reviendra sur l'affaire Lesquarnèque un petit peu plus loin dans cette interview.
00:49Mais d'abord, très simplement, est-ce que vous pouvez nous dire pourquoi vous êtes favorable à la castration chimique
00:55?
00:56Alors, j'ai toujours affiché le fait que j'étais favorable à la castration chimique,
01:00dans la mesure où le protocole était mis en place avec l'assentiment de l'intéressé.
01:05Pourquoi ? Certainement pas pour lui faire plaisir.
01:07Tout simplement parce que sans l'assentiment de l'intéressé, sans accompagnement psychologique, ça ne fonctionne pas.
01:13Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les médecins.
01:15Donc, pour être efficace, il faut qu'effectivement il y ait un assentiment.
01:19L'assentiment, très souvent, il est aussi influencé par le fait qu'il y a des remises de peine.
01:24Dans la mesure où, dans le cas d'une injonction de soins, il y aurait ce protocole de castration chimique
01:28qui s'ajouterait avec les soins psychologiques, qui sont indispensables.
01:33C'est indispensable pour que ce soit efficace.
01:36Et puis, ce que M. Retailleau, je pense qu'il n'en a pas nécessairement conscience,
01:40mais il devrait aussi s'intéresser au fait que, dès lors que nous avons une injonction de soins qui est
01:45préconisée
01:46avec castration chimique, dans le cadre d'une peine qui est purgée par un mis en cause,
01:51enfin, plus qu'un mis en cause, un condamné, un pédocrimien,
01:53il faut que, bien évidemment, cette injonction de soins, elle soit mise en place pendant la peine,
01:59pendant que s'écoule la peine, pour que, dès lors que le criminel sorte de prison,
02:04et bien qu'il soit déjà sous protocole chimique.
02:07Ce qui se passe, c'est qu'au jour d'aujourd'hui, et je le faisais déjà valoir dans l
02:10'affaire de Joël LeSquarnet,
02:11puisqu'il avait accepté ce protocole, souvenez-vous, ce protocole de castration chimique,
02:17la difficulté, c'est qu'on le met en place à la fin, à la fin de la peine, juste
02:22avant la sortie.
02:23Or, il faut un minimum d'un mois pour que ce soit efficace.
02:26Donc, ce qui veut dire que, pendant un mois, on leur dit, bon, écoutez, le temps que ce soit efficace,
02:30vous êtes dehors, espérons que vous vous teniez bien, et que vous ne cédiez pas à vos fantasmes.
02:34Le Square Nex, on le rappelle pour les auditeurs, c'est cet ancien chirurgien condamné à 20 ans de prison,
02:40dont 15 de sûreté, qui a fait 299 victimes, dont 256 mineurs.
02:45Quand on entend ces chiffres, on a peine à y croire.
02:48La castration chimique ne lui a donc pas été imposée, vous ne le regrettez pas, si je comprends bien.
02:53C'est-à-dire que, pour vous, ça ne peut se faire qu'avec le consentement.
02:56Est-ce que c'est le cas partout dans le monde, ça ?
02:59Si vous permettez, juste je rectifie, M. Le Square Nex a accepté le protocole de castration chimique.
03:05Oui, mais au final, ça ne lui a pas été...
03:07D'accord.
03:07Eh bien, voilà, je lui ai fait accepter le jour de l'audition de Céline Mahutaud, la victime que je
03:13représentais.
03:14Il l'a accepté, ce qui veut dire que, normalement, là, au moment où je vous parle,
03:18vu qu'il y a eu une injonction de soins, il devrait être sous protocole de castration chimique en détention.
03:23Ce n'est pas le cas. Voilà pourquoi c'est l'occasion de le préciser à nos auditeurs.
03:29Est-ce que les auteurs d'infrastions sexuelles sur enfants répondent à une forme de pulsion envahissante ?
03:34Et est-ce que les médicaments qui font partie, donc, de la castration chimique, on est bien d'accord,
03:39il s'agit de médicaments dont vous parlez, peuvent limiter les effets de cette pulsion ?
03:44Absolument, puisqu'en réalité, on s'est vraiment intéressé à ce protocole de castration chimique
03:49qui agit directement sur les fantasmes, ce qui est extrêmement intéressant.
03:53Donc, bien évidemment que, dès lors qu'il y a une participation, parce que, là encore,
03:59vous n'allez pas, une fois que, notamment, les intéressés sont sortis de détention,
04:03vous n'allez pas, tous les matins, vous assurer qu'ils ont bien pris, ou leur ingé, ou leur comprimé,
04:09ou je ne sais plus quel est le procédé.
04:10Bon, vous voyez, il faut faire les choses intelligemment.
04:13Et, bien évidemment que sans l'assentiment de l'intéressé, sans un protocole qui permet aussi médical,
04:19bien évidemment, de suivre l'évolution thérapeutique,
04:22et puis, surtout, s'assurer que ce protocole est bien suivi dans le temps.
04:26Mais, en réalité, au quotidien, vous voyez bien que ce n'est pas gérable.
04:29Donc, on ne peut pas se contenter, au jour d'aujourd'hui, d'effets d'annonce.
04:32On ne peut pas.
04:33Quels sont les résultats de cette technique employée ailleurs ?
04:36Je voyais que, notamment, c'était utilisé en Belgique ou au Canada.
04:39Qu'est-ce que l'on en sait, aujourd'hui ?
04:40Ce que l'on en sait, c'est que c'est extrêmement efficace.
04:43Extrêmement efficace avec un accompagnement psychologique.
04:47J'en profite pour soulever que vous citez le Canada,
04:50nous pouvons citer aussi la Belgique ou l'Allemagne,
04:53où nous avons en place, au-delà du protocole de castration chimique,
04:59la réalité, c'est que nous avons des spots publicitaires de prévention de la pédocriminalité,
05:04ce qui permet, effectivement, d'avoir une avancée significative,
05:07parce qu'avant même de passer à l'acte,
05:09vous avez de futurs pédocriminels, qui ne le sauront peut-être jamais d'ailleurs,
05:13donc on va dire des pédophiles,
05:14qui vont se saisir de ce protocole,
05:17tout seuls, ils vont se saisir,
05:19ils vont appeler à un appel, un numéro anonyme,
05:22et ils vont eux-mêmes demander à subir ce protocole de castration chimique,
05:26ce qui fonctionne très bien ailleurs.
05:27Pourquoi ça ne fonctionne pas chez nous ?
05:29Parce qu'il y a une méconnaissance.
05:30Voilà, il y a une méconnaissance.
05:31Tous n'en ont pas conscience, c'est ça aussi.
05:33Et peut-être qu'il y a aussi un tabou dans les médias,
05:36c'est aussi pour ça qu'on souhaitait en parler ce matin sur l'antenne de Sud Radio,
05:39parce que si on perce ou si on bouscule ce tabou,
05:43et bien peut-être qu'on réussira à convaincre un certain nombre de ces pédocriminels en puissance,
05:49de calmer leur puissance, leur pulsion, c'est ça l'objectif.
05:52On est bien d'accord ?
05:53Et stopper et arrêter de détourner le regard, regarder le problème bien en face.
05:58Évidemment.
05:59Et heureusement.
06:00Et là, vous venez justement de percer le mystère,
06:03parce que je sais que beaucoup d'auditeurs ne savent même pas comment fonctionne le protocole de castration chimique.
06:07On est d'accord.
06:08Une dernière question, il nous reste quelques secondes.
06:10Regardez l'exemple de ces maisons spécialisées et adaptées à la parole de l'enfant en Catalogne.
06:14Là, on ne parle plus de castration chimique.
06:16Mais pourquoi je cite cet exemple ?
06:18Parce qu'on en parle beaucoup, évidemment, et on va beaucoup en parler aujourd'hui, évidemment, avec les auditions des
06:23ministres notamment.
06:24Alors, ces maisons en Catalogne, où le temps d'enquête a été divisé par deux,
06:29pour 76% de résolution d'enquête contre 7% chez nous,
06:33on est des cancres en France en matière de lutte contre la pédocriminalité, maître Lisborne.
06:40L'exemple de ces maisons d'enfance en Catalogne, c'est que tout y est réuni.
06:47Voilà, et sincèrement, moi j'ai honte.
06:51J'ai honte pour nous, en réalité.
06:54Parce qu'en fait, on méprise en France la parole de l'enfant.
06:57Et ce n'est pas nouveau, c'est sur des décennies.
06:59On a toujours méprisé la parole de l'enfant.
07:01Et on voit que chez nos voisins européens, on est quand même dans un système proche.
07:05Et la réalité, c'est que ça fonctionne, ça peut fonctionner.
07:09Ce qui est encore plus honteux pour nous, de ne pas, au lieu des effets d'annonce,
07:12immédiatement mettre en place, et ce serait facile, et ce serait rapide,
07:16mettre en place ce genre d'organisation, ne serait-ce que pour recueillir la parole de l'enfant.
07:21Ou en France, on n'est même pas fichu de respecter le minimum du minimum,
07:25c'est-à-dire le protocole Mélanie, pour pouvoir auditionner les enfants
07:28dans nos commissariats et à nos gendarmeries,
07:30dans une salle dévolue pour eux, et dans d'excellentes conditions.
07:33Merci infiniment, Maître Lisborne, pour ce témoignage et ce cri du cœur,
07:36on l'a bien compris, parce que c'est ce qui se passe dans ces maisons d'enfance en Catalogne,
07:41où, je le répète, le temps d'enquête a été divisé par deux,
07:44pour 76% de résolution d'enquête, contre 7% chez nous,
07:49ça devrait nous interpeller, il y a des pistes.
07:52Lorsque l'on écoute les spécialistes comme vous, Maître Lisborne,
07:55merci infiniment d'avoir été notre invité ce matin sur l'antenne de Sud Radio.
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