00:00Ma génitrice a donné un faux nom de famille et une fausse adresse.
00:03Donc, dès le départ, c'était très compliqué de la trouver.
00:05C'était vraiment une volonté de sa part de ne pas être retrouvée.
00:09Et ça, il fallait que je le respecte aussi.
00:10Elle ne m'a pas abandonnée dans une poubelle.
00:12Elle ne m'a pas abandonnée au bord de la route.
00:14Elle m'a abandonnée dans un hôpital où on a pris soin d'elle, de moi.
00:18Donc, elle a fait les choses...
00:20Elle a essayé de faire les choses au mieux, si tu veux.
00:22Et cette femme, je lui dois la vie déjà, pour commencer.
00:25Et je dois lui dire...
00:27Je dois lui dire merci, j'ai aucune haine, si tu veux, là-dessus.
00:29Bonjour, Brut. Je m'appelle Lise.
00:31Je suis créatrice de contenu, mannequin, mais aussi j'ai mon agence de consulting.
00:34Et aujourd'hui, on va parler de mon adoption et du documentaire N'est Quelque Part.
00:38Alors, je suis née en janvier 91, au Sénégal, à Dakar.
00:43Et j'ai été adoptée à l'âge de 3 mois.
00:44J'ai eu la chance d'être adoptée dans une famille qui était...
00:47Qui est très ouverte et surtout qui communique énormément.
00:49Et donc, dès mon plus jeune âge, mes parents m'ont expliqué mon adoption.
00:52Mais de toute façon, c'était assez facile pour moi de me rendre compte
00:54parce que physiquement, on ne se ressemblait absolument pas.
00:56Et à partir de 8-9 ans, je savais parfaitement d'où je venais.
00:59Où est-ce que j'étais née et quelles avaient été les conséquences de mon abandon.
01:02J'ai été abandonnée le lendemain de ma naissance.
01:04Et suite à ça, l'hôpital a appelé la police.
01:08La police est venue, est allée au domicile que ma mère biologique avait fourni.
01:15Au final, il n'y avait personne et personne de ce nom.
01:17Ma génitrice a donné un faux nom et une fausse adresse.
01:20Et suite à ça, j'ai été placée à la Pouponnière, juste à côté de la Médina,
01:25qui est tenue par des sœurs catholiques.
01:27Toute personne qui a été abandonnée ressent cette peur de l'abandon.
01:32C'est un trauma.
01:33On a beau dire ce qu'on veut, les gens essayent de trouver des mots à chaque fois.
01:36Pour moi, c'est juste un trauma.
01:37À chaque fois, j'ai voulu prouver d'abord aux gens,
01:41après ça a été à moi-même,
01:43mais prouver que je pouvais exister, que j'avais le droit d'exister,
01:46que je pouvais faire des choses.
01:47Le besoin de briller.
01:48Quand je faisais de l'athlétisme, il fallait que j'en fasse à fond.
01:51Il fallait que je performe à fond.
01:53Le besoin à l'extrême de prouver que j'avais ma place.
01:57Après, avec l'âge, ça s'est un petit peu calmé.
02:01J'ai plus eu des séquelles dans mes relations aussi.
02:03C'est plus tard, vers l'âge de 28, 29,
02:06où je me suis vraiment dit que j'aimerais savoir d'où je viens.
02:08Ce serait peut-être important de y retourner.
02:11Il y a pas mal de femmes qui ressentent ce besoin-là,
02:13ce désir-là en tous les cas, ce désir de maternité.
02:16On va dire que c'est à ce moment-là que je me suis dit,
02:18si je donne la vie, à un moment donné, il va falloir que j'explique à mes enfants
02:21d'où je viens, donc d'où ils viennent aussi un petit peu.
02:24Et c'est là que tout a commencé.
02:27On se dit que chaque enfant adopté veut retrouver sa famille biologique,
02:31ce qui n'est pas vrai.
02:32En fait, il faut savoir que chacun a ses raisons, chacun a ses motivations.
02:36Moi, personnellement, je me suis toujours sentie rassurée.
02:41J'ai tellement une famille en or que je me sens faire partie de cette famille.
02:44Donc, je n'avais pas le besoin de retrouver une potentielle autre famille, si tu veux.
02:48En revanche, ce qui était super important pour moi,
02:50c'était ce côté biculturel, c'était vraiment le côté de retrouver
02:54cette partie sénégalaise en moi qui me manquait.
02:56De retourner à la Pouponnière, de retourner à l'hôpital,
02:59d'Abbassène d'Ao, c'est là où je suis née.
03:01Déjà, dans un premier temps, je voulais aller à la rencontre
03:03de la culture sénégalaise, du peuple sénégalais.
03:05Il y avait aussi cette question de mon ethnie, je suis d'origine peule.
03:08Et ça aussi, je voulais en apprendre un petit peu plus sur eux,
03:11sur la langue, sur leur patrimoine.
03:13Ce voyage, il était primordial, il était complètement vital pour moi d'y aller.
03:18J'avais besoin de compléter une partie du puzzle qui manquait.
03:21Et c'était pas qu'une petite partie.
03:23Je me suis sentie, en fait, incomplète toute ma vie.
03:25Pendant mon adolescence, j'y pensais pas trop, si tu veux.
03:29Mais à un moment donné, c'était devenu complètement nécessaire pour moi d'y retourner.
03:34Ce documentaire est venu grâce à l'idée d'une personne.
03:37Et ensuite, c'est une équipe qui s'y est attelée.
03:39Je pense que sans cette équipe, je ne sais pas si je serais allée jusqu'au bout.
03:42Parce que c'est fort.
03:43C'est difficile de pousser les portes de ton passé
03:47et de te dire, peu importe ce que je vais y trouver, ce qu'on va me dire,
03:51il va falloir que j'y fasse face après.
03:53Avant le départ au Sénégal, c'est très simple, j'étais complètement terrorisée.
03:57Il y a même un moment donné, je me suis dit, mais en fait, pourquoi je fais ça ?
04:00Au moment où je pose les pieds à Dakar, déjà, c'est indescriptible.
04:03J'ai ressenti, en fait, une odeur quand tu arrives.
04:06Ces odeurs-là, cette vibe-là, je la reconnaissais.
04:09C'était très particulier, du coup, comme sensation.
04:14Et après, si tu veux, je me suis sentie toute petite.
04:18Je regardais tout ce qui se passait autour de moi.
04:20J'écoutais les gens, je regardais comment ils étaient habillés.
04:23Je me sens beaucoup plus complète, plus alignée.
04:25J'ai l'impression de ne plus me mentir, en fait.
04:28Avant, je disais, oui, je suis née au Sénégal, à Dakar.
04:31Mais au final, je ne savais pas à quoi ça ressemblait, le Sénégal.
04:34Là, au final, mine de rien, dans le cadre du tournage, on a beaucoup...
04:38On a beaucoup sillonné le Sénégal, si tu veux, donc on a vu pas mal de choses.
04:42Je ne veux pas dire que je le connais, ce n'est pas vrai.
04:43Mais j'en connais, je connais déjà un peu plus qu'avant.
04:46Et au-delà de ça, moi, j'ai envie d'y retourner pour faire du tourisme,
04:49pour voir mes amis sur place.
04:51Et puis, petit à petit, loin des caméras,
04:53reconnecter avec ce pays qui est celui de mes ancêtres, au final.
04:57Et pour pouvoir aller de l'avant, continuer mes projets, etc.
05:02C'était tellement important de savoir d'où je venais.
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