Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 mois
Rémy est né pendant la guerre du Vietnam d’une mère vietnamienne et d’un père soldat américain. Abandonné à la naissance, il va être adopté par un couple franco-Suisse. Ses parents adoptifs vont cacher le passé de Rémy. Un jour, il va tomber sur des photos de la guerre dans un magazine qui vont le bouleverser. En quête de réponse, il va mener sa propre enquête pour découvrir ses origines. Il raconte son parcours.

Suivez O-Rigines le nouveau média qui s’intéresse à l’histoire des histoires.
Podcast : https://linktr.ee/origines_podcast
Youtube : / @originesmedia
Instagram : / origines.media
Twitter : / originesmedia

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Imaginez avoir été conçu pendant la guerre du Vietnam d'un père soldat américain et d'une mère vietnamienne.
00:05Et qu'en plus de ça, en grandissant, vos parents vous aient élevé dans l'idée que vous étiez le fruit d'un viol.
00:10Comment avancer avec ces informations ? Comment accepter son identité ?
00:14Et surtout, comment remonter le fil de son passé ?
00:16Rémy est venu raconter son histoire.
00:18Je suis le fruit d'une union entre un soldat américain et une femme vietnamienne.
00:23Je suis ce qu'on appelle un amérasien. Ce sont les enfants métisses de la guerre du Vietnam.
00:26Je fais partie d'à peu près 35 000 enfants métisses nés de cette guerre.
00:32J'ai dû être abandonné à la naissance, mais j'étais mis dans un orphelinat.
00:36Et donc, j'y suis resté un an, presque un an et demi.
00:39Et j'ai été adopté en adoption plénière par un couple de franco-suisses, monsieur et madame Gaston Bide.
00:45Et donc, jusqu'à l'âge de 13-14 ans, j'ai grandi en petit français, en petit suisse aussi.
00:50Et ce n'est qu'à partir de 14 ans que les choses sont venues un petit peu plus bizarres.
00:57C'est-à-dire que je voyais que mon frère, qui est pur, on va dire pur vietnamien, qui n'est pas métisse,
01:01avait un autre visage que le lien.
01:03Et voilà, j'ai commencé à me poser des questions.
01:06J'ai aussi voulu en savoir plus sur mon adoption auprès de mes parents.
01:10Et cette question est taboue.
01:13On ne parlait pas du Vietnam à la maison.
01:14On ne parlait pas de la guerre à la maison.
01:16On ne parlait pas de l'adoption à la maison.
01:18Dans la conception de mes parents, c'est, voilà, tu es né pendant la guerre.
01:23Je ne savais pas laquelle c'était.
01:24Maintenant, tu es chez nous, tu es à nous.
01:25Jusqu'à l'âge de 14 ans, je ne savais pas où était le Vietnam sur la carte.
01:28La langue que les gens parlaient et le contexte de la guerre.
01:30On n'en parlait pas.
01:31Moi, j'ai demandé à consulter mon dossier d'adoption.
01:33Ils l'avaient, mais ils l'ont mis au coffre à la banque.
01:37Et je n'ai jamais pu y avoir accès.
01:39Parce qu'ils ne voulaient pas lâcher, ils ne voulaient pas me le donner.
01:41Vraiment, c'était pour eux quelque chose comme, on va lui donner son dossier d'adoption, on va le perdre.
01:47La peur qu'ils ont toujours nourrie, c'est que je les abandonne.
01:50J'aurais aimé que mes parents puissent avoir ce dialogue.
01:52Avec le recul, je me dis, on s'est raté, on s'est perdu et c'est très dommage.
01:56J'aurais aimé qu'ils m'accompagnent quelque part.
01:59Que le tabou du fait qu'ils n'aient pas eu pu avoir d'enfant, je ne pouvais pas vivre à leur place.
02:04La difficulté qu'ils ont eu à adopter, ce n'était pas facile.
02:07A l'époque, c'est encore pire.
02:09J'aurais aimé qu'ils m'accompagnent.
02:12Mais devant un tel refus de leur part, catégorique, c'était impossible.
02:15C'est à l'âge de 14 ans que j'ai découvert, en allant chez mon bouquiniste habituel,
02:20j'ai trouvé sur l'État le numéro spécial du magazine Photo sur la gare du Vietnam.
02:25Ça a été le choc de ma vie.
02:26C'est-à-dire que partout s'est déclenché de là.
02:28J'ai regardé les photos, je n'ai vraiment pas compris.
02:31Je suis revenu à la maison et je leur ai dit, la profession, je leur ai dit,
02:33mais pourquoi vous m'avez menti ?
02:35Et eux étaient très embarrassés.
02:36Ils ne voulaient absolument pas en parler.
02:38Mes parents se sont enfermés dans un mutisme et en me disant, non, je ne veux pas en parler.
02:41Voilà, j'étais complètement déjà bouleversé par le choc des photos, comme on dit.
02:44Et puis aussi, c'était apocalyptique, les photos de l'époque.
02:46J'ai complètement enfermé ça en moi.
02:4814-15 ans, on se découvre.
02:49Ce métissage m'est revenu en pleine face aussi.
02:51Mes parents adoptifs étaient de cette génération qui a connu la guerre,
02:55qui a été bercée aussi par cette idée que les soldats américains étaient des...
03:00Et donc, le rapport que j'ai pu avoir avec ma propre identité de garçon,
03:04c'était aussi que j'aurais été issu d'un viol.
03:06Pour eux, j'aurais été issu d'un viol ou d'une passe.
03:08Il n'y avait pas d'autre affaire.
03:09Ma mère me disait, oui, les soldats américains, ils étaient loin de chez eux, très tristes.
03:14Parfois, ils allaient voir des filles.
03:15Parfois, ça ne se passait pas très bien.
03:16Tu es peut-être né de cela.
03:18Mon père, qui avait fait la seconde guerre mondiale, me disait aussi, oui,
03:21les soldats américains n'étaient pas ceux que j'ai rencontrés sur les plages de Normandie,
03:24mais étaient des soldats qui étaient beaucoup plus brutaux,
03:27beaucoup plus violents à l'égard de la population.
03:29Donc, en pleine construction adolescentine, ça a été pour moi très compliqué.
03:32Parce que je me disais, voilà, est-ce que je suis vraiment l'enfant d'un...
03:35L'enfant d'une passe ?
03:36Est-ce que ces filles vont me voir d'un mauvais oeil ?
03:38Pour ma mère, j'étais presque un danger, de par ce métissage et la conception qu'elle avait.
03:43Et donc, ça, ça m'a mis très en colère contre eux.
03:45J'étais déjà très en colère à partir du moment où j'ai découvert cette guerre de Vietnam en photo,
03:50à partir du moment où j'ai vu quand même qu'il y avait un certain mutisme et une peur terrible
03:53qui se disait sur le visage de mes parents adoptifs,
03:55et à partir du moment aussi où on me prenne pour l'enfant d'un viol ou l'enfant, voilà, d'une prostituée.
04:01J'ai nourri, à partir de cette 14-15, de cette adolescence,
04:05un seul rêve, c'était de retourner au Vietnam.
04:07J'ai demandé, je voudrais avoir accès à mon dossier d'adoption,
04:09je voudrais avoir accès à toutes les informations, s'il y a le nom de ma mère, le nom de mon père,
04:13sur ces registres que vous avez de l'orphelinat d'adoption plénière.
04:17Non, le dossier était au coffre.
04:19Dix années plus tard, j'ai pris un avocat pour exiger de mes parents qu'ils m'ouvrent ce coffre
04:24pour récupérer ce dossier.
04:25Il n'y avait même pas les noms, il n'y avait rien, ce dossier d'adoption comportait.
04:28Une recherche par les autorités notariales de la République du Sud-Diétnam,
04:33comme quoi on ne pouvait pas savoir qui était l'identité de sa mère,
04:36biologique, qui s'était enfin abandonné à sa naissance.
04:39Il n'y a rien.
04:39Ça a créé une sorte de conflit qui n'était pas...
04:43J'étais très violent dans mes réponses, dans ma confrontation avec eux.
04:47J'étais très en colère contre eux dans le sens où je leur ai dit
04:49« Vous n'êtes pas mes parents, vous n'êtes plus mes parents ».
04:51Et j'ai cessé d'appeler papa et maman, je s'appelais Bernard et Mireille,
04:54et j'ai dit « Moi, plus tard qu'on serai grands, je retourne au Vietnam, je retrouverai mes parents ».
04:58Et je n'avais eu que ce souhait jusqu'à ce que j'ai pu retourner pour la première fois au Vietnam en 1991.
05:05J'avais économisé pendant deux ans sur ma bourse d'étudiants,
05:08et j'ai mis mon argent de poche pour acheter mon billet d'avion pour partir au Vietnam.
05:11J'étais mort de trou, parce que je partais tout seul.
05:15C'est la première fois que je faisais un voyage aussi lointain.
05:17Mon appréhension énorme venait peut-être de ce que j'allais retrouver au Vietnam.
05:22Le Vietnam n'était pas un pays facile, un pays très fermé.
05:24C'était encore une dictature.
05:26Il y avait le couvre-feu le soir.
05:27C'était un pays extrêmement pauvre.
05:29Il y avait encore des endroits où on voyait que la guerre avait lieu,
05:31qui n'avaient pas été réparées.
05:32Je suis arrivé au Vietnam, mais je me rappelle quand l'avion est arrivé à Saigon,
05:37moi je vois la merde.
05:42Il y avait encore des cratères de bombes qui n'avaient pas été rebouchés.
05:47Et vraiment, je pensais à mon père et à ma mère.
05:50Alors je ne savais pas s'ils étaient morts ou s'ils étaient vivants.
05:52Et je me disais, enfin je suis arrivé là-bas.
05:57Alors je suis arrivé là-bas et il y avait donc cet orphelinat qui n'était pas l'orphelinat d'où je venais,
06:02cet orphelinat que j'avais contacté.
06:04Et donc eux m'ont hébergé pendant un mois et demi.
06:06Je suis venu bénévole dans un orphelinat.
06:09Et dans cet orphelinat, je me suis occupé des petits enfants.
06:12La nuit, j'entendais les enfants pleurer.
06:13Et je me réveillais la nuit pour aller les voir.
06:16Je m'occupais d'orphelins.
06:17C'était très étrange.
06:18Alors, comme j'avais le seul papier de mon dossier,
06:21trois jours après, j'ai appelé un chauffeur de cyclo, un chauffeur de taxi.
06:26Et je lui ai dit, voilà, j'aimerais aller à cette adresse-là.
06:28Le nom de la rue avait changé, mais l'adresse et le lieu existaient toujours.
06:31Et donc je suis retourné voir cet orphelinat qui n'existait plus.
06:36Mais le bâtiment était toujours là.
06:37Et là, j'arrive.
06:38Alors à l'époque, il n'y avait pas beaucoup de touristes.
06:40Donc j'arrive, plein de gens s'inclusent autour de moi.
06:43Et je dis, voilà, je monte le papier, je ne parlais pas un mot vietnamien.
06:45Les gens étaient très étonnés, etc.
06:46Et puis j'ai vu une vieille dame s'approcher parmi la foule.
06:49Et elle me dit, j'étais l'ancienne directrice de cet orphelinat.
06:53Et je me suis dit, voilà, moi, je voudrais retrouver ma mère.
06:56Donc elle était, oui, je vais essayer de t'aider.
06:59Mais alors après, je lui ai posé la question,
07:01est-ce que vous avez toujours des archives, des registres ?
07:02Moi qui voulais visiter le Vietnam, aller un peu partout.
07:05Je suis resté pendant un mois et demi pendant ce premier voyage à Saïgon.
07:08Et tous les jours, j'allais voir cet orphelinat.
07:12Pour moi, c'est un peu le point de départ de ma vie.
07:14Par la suite, je suis retourné sept fois au Vietnam.
07:17Et donc, à chaque fois, j'ai essayé de retrouver ces documents.
07:20L'orphelinat avait été fermé après l'arrivée des communistes.
07:23Les documents, je ne sais pas où ils sont passés.
07:25Et personne ne pouvait m'aider.
07:26Ce n'était pas un point mort, mais j'arrivais à une énigme.
07:29J'avais contacté des journalistes vietnamien locaux
07:31qui ont passé des annonces dans les journaux,
07:33des reportages sur ma recherche.
07:34Mais personne ne s'est présenté.
07:36Alors par la suite, j'ai pu partir aux États-Unis
07:39parce que, également, je cherchais mon père.
07:41Donc là aussi, là, c'était moins émotionnel.
07:44J'avais contacté des associations d'anciens combattants.
07:46Et je dis, voilà, mon père était un GI, etc.
07:48Je chercherais à retrouver mon père biologique
07:50qui était un GI au Vietnam entre l'année 67 et l'année 68.
07:54Puisque j'étais en 69, j'avais même contacté des journalistes.
07:57J'avais essayé d'être aidé.
07:58Mais personne ne pouvait m'aider.
07:59Je n'avais pas de nom.
08:00Donc pendant toutes ces années-là,
08:01j'ai également cherché à savoir vraiment qui était cette personne.
08:03Donc c'était obsessionnel.
08:05Dans ma tête de gamin, quand j'avais 18-20 ans,
08:07dans ma tête, je vivais vraiment au Vietnam.
08:09Je vivais vraiment dans cette guerre.
08:11C'était une chose assez étrange.
08:14Pendant longtemps, je n'avais vraiment aucune réponse
08:16à toutes mes questions.
08:17Tous ces voyages au Vietnam, puis aux États-Unis,
08:19les rencontres que je faisais ne menaient à rien.
08:21Et c'est qu'il y a 4 ans,
08:23avec quelques amis enfants adoptés comme moi,
08:26quelques années, des métisses adoptés m'ont dit,
08:30voilà, moi j'ai fait un...
08:31Il existe maintenant des tests ADN
08:33en vente pour pas cher au tout venant.
08:36C'est très populaire aux États-Unis.
08:37Un ami me disait, je vais essayer de faire un test ADN
08:39pour retrouver mon père ou ma mère, etc.
08:42Donc ce copain l'a fait,
08:43et ça a matché avec un frère biologique.
08:45Alors je me suis dit,
08:46pendant toutes ces années, je n'avais plus rien.
08:49J'étais totalement désespéré,
08:50puisque j'étais allé jusqu'où je pouvais aller,
08:52sans avoir aucun résultat tangible.
08:55Et c'est grâce à ces tests ADN
08:57que j'ai décidé de faire moi-même
08:59il y a à peu près 3 ans.
09:00Ça a donné des résultats auxquels je ne m'attendais pas.
09:02Je me suis dit, vraiment,
09:04je n'ai plus rien à perdre.
09:05Il ne me reste que ça.
09:06Je vais voir si, avec ces moyens scientifiques,
09:09ça peut avancer.
09:10Et vers la fin de l'année 2018, début 2019,
09:14j'ai commencé à acheter des petits kits
09:17de tests ADN via les laboratoires.
09:20Et là, j'ai découvert les noms
09:21d'une parentèle éloignée
09:23qui matchait avec moi au 3e degré,
09:26au cousin 3e degré.
09:27Donc, ça remonte à assez haut dans l'arbre généalogique.
09:30Mais j'ai persévéré avec des tests
09:33proposés par 4 laboratoires différents
09:34qui m'ont permis de progressivement
09:37étoffer des pièces de puzzle
09:39où je retrouvais les noms
09:41de personnes aux États-Unis.
09:44Et par la suite,
09:45c'est que depuis la fin de l'année 2019,
09:48un vietnamien adopté m'a dit,
09:50voilà, fais ce test avec Ancestry.
09:52C'est le plus fiable.
09:53Et là, tu vas vraiment rencontrer
09:54des gens qui sont vraiment liés
09:56parce que c'est le test
09:57qui est le plus couramment utilisé
09:59par les Américains.
09:59Avec ce dernier test d'Ancestry,
10:02j'ai matché avec un cousin issu de Germain
10:05qui me dit, oui, j'ai 3 de mes oncles
10:07qui ont servi au Vietnam
10:08à cette même période.
10:09Et quand cet oncle que j'ai eu au téléphone,
10:11j'ai eu ces gens au téléphone,
10:12puis avec les réseaux sociaux,
10:15on peut les voir sur la caméra, etc.
10:16Ils étaient enchantés de me rencontrer.
10:18Ils ne s'attendaient pas.
10:19Et on m'a dit, finalement,
10:21de fil en aiguille,
10:22de personne en personne,
10:23on m'a dit, voilà,
10:23je pense que tu dois être le fils
10:25de ce Stuart Foster Junior
10:27qui a servi au Vietnam.
10:28Alors moi, j'étais,
10:30c'est bien, ok, on va voir.
10:32Je ne me réjouissais pas plus
10:33parce que, on va voir,
10:35j'avais vraiment cette mindset
10:37de, quoi, j'avais vraiment construit
10:39non pas une carapace,
10:40mais un détachement.
10:42Pour protéger aussi,
10:43j'ai envoyé une lettre
10:44en leur expliquant que, voilà,
10:45ma recherche n'était pas nue
10:48par des intérêts,
10:49que ce soit financiers,
10:49des intérêts de quoi que ce soit,
10:51mais c'était simplement
10:51une quête d'identité
10:52que j'avais entrepris
10:53à presque 35 ans
10:54et que je voulais voir aboutir,
10:56quelle qu'en soit l'issue.
10:57Et donc,
10:58on m'a laissé entendre
11:00que j'avais trois sœurs
11:01et un frère.
11:02J'ai contacté ces personnes.
11:03Tout de suite,
11:04j'ai été accueilli.
11:05L'admisseur de mon père,
11:06que j'ai eu aussi,
11:08avec lequel je suis en contact,
11:09m'a dit,
11:09voilà, ton père,
11:11c'est un homme très bon,
11:13mais c'est un homme
11:13qui a un sacré caractère,
11:15qui est très renfermé,
11:16qui ne se confie à personne,
11:18qui s'engueule avec tout le monde,
11:19qui n'est pas sociable.
11:20C'est très dur
11:21d'entrer en contact avec lui.
11:22Il faut lui laisser du temps.
11:23Ça a pris un an.
11:24Une de ses cousines
11:25m'a envoyé son numéro de téléphone.
11:27Je l'ai appelé une première fois.
11:28Il était très froid.
11:29Il était,
11:29oui, qu'est-ce que vous me voulez ?
11:30Il était froid,
11:31mais en même temps,
11:32il disait,
11:32surprise, surprise.
11:35Oh, c'est surprenant,
11:35c'est surprenant.
11:36Il me dit,
11:36mais qu'est-ce que vous voulez maintenant ?
11:43L'aboutissement
11:43d'une recherche très longue.
11:45Il me dit,
11:45mais est-ce que vous connaissez votre mère ?
11:46Je lui ai dit non,
11:47j'étais abandonné à ma naissance.
11:48Peut-être que vous,
11:49vous avez des souvenirs.
11:50Et il me dit,
11:51non, non,
11:51je ne me souviens vraiment pas.
11:53Je n'ai rien à vous dire.
11:54Puis il a raccroché.
11:55Entre-temps,
11:55j'avais quand même noué
11:56des contacts très forts
11:57avec toute cette famille
11:59qui m'a vraiment
11:59extrêmement aidé.
12:01Ils ont essayé
12:01de le persuader.
12:03Mes soeurs,
12:03mon frère,
12:04les cousines,
12:06les nièces,
12:06ou quoi,
12:06ils ont vraiment
12:08essayé de m'aider au plus
12:09pour essayer de l'amadouer.
12:11Mon cousin Rodney
12:12me dit,
12:13voilà,
12:14on sera tous là
12:14à Natchez,
12:15la vie de ton père.
12:17Viens,
12:17et puis on va essayer.
12:18J'espère pour toi
12:19qu'il ouvrira sa porte.
12:20J'ai préparé ce voyage.
12:21J'ai eu aussi peur,
12:23en me préparant
12:23pour partir dans l'avion
12:24pour les États-Unis,
12:26que 30 ans plus tôt,
12:27en préparant mon premier voyage
12:29à Saïgon.
12:30J'arrive sur place,
12:31mes soeurs me tombent
12:31dans les bras.
12:32C'était comme si
12:33on s'était quitté la veille.
12:35La première description
12:36de mes sensations,
12:37c'était,
12:37c'est comme si
12:38j'avais toujours
12:38connu ces gens.
12:40J'étais très content,
12:41et également très étonné.
12:43Une de mes soeurs me dit,
12:44bon,
12:45ton père,
12:45c'est que tu es là,
12:46on va essayer de le voir
12:47pendant ce séjour.
12:49Tu vas rencontrer
12:50d'autres membres
12:50de notre famille
12:51qui sont enchantés
12:52de te découvrir,
12:53de t'accueillir.
12:54Et donc,
12:55le lendemain,
12:56on essaie de le voir.
12:58Et donc,
12:59je suis arrivé chez lui.
13:01Puis finalement,
13:02avec le mouvement de foule,
13:03on est tous rentrés chez lui.
13:05Il a dit,
13:05bon,
13:05ben,
13:05venez,
13:06venez.
13:06Au début,
13:07on se regardait
13:08d'un chien de faïence,
13:09comme ça.
13:10Et je lui dis,
13:10voilà,
13:11je ne vous demande rien.
13:13Vous avez rencontré ma mère,
13:14moi,
13:14je ne sais pas qui c'est.
13:15Je ne suis pas à la guerre.
13:17Je ne suis pas là
13:17pour vous juger.
13:18Je suis simplement
13:19ce qui est advenu
13:21de votre passé
13:22et de votre séjour au Vietnam.
13:24Je suis simplement là
13:24pour découvrir
13:25qui est mon père.
13:26En fait,
13:26il me dit,
13:28je ne me souviens
13:29pas vraiment de votre mère,
13:31mais j'ai une photo d'elle.
13:32Venez le lendemain matin
13:32chez moi,
13:33je vais vous montrer une photo.
13:34Et donc,
13:35le lendemain,
13:36on est allé chez lui.
13:37Quand j'ai vu la photo
13:38de ma mère,
13:40j'étais étonné
13:41parce que ce n'est pas
13:42que c'était la femme
13:42que j'avais tout
13:43comme un fantasmé
13:45dans ma tête d'ado.
13:46C'était une femme
13:47comme ça,
13:48assise sur un banc,
13:48presque sur un banc,
13:49dans un jardin public.
13:51Et il me dit,
13:51il m'a donné cette photo-là
13:52en souvenir,
13:53et pas plus.
13:54Et il me dit,
13:54voilà,
13:54ta mère,
13:55on s'est vue deux fois
13:56à Saigon,
13:56pendant une perme.
13:57Mais je ne me souviens plus
13:58pas de son nom,
13:59je me souviens vaguement.
14:01Pendant ce court séjour,
14:02je suis allé le voir
14:03presque tous les jours.
14:04Il me disait,
14:05je ne me souviens pas
14:05de cette femme,
14:06pratiquement pas.
14:07Ce que j'ai compris,
14:08ce qu'il m'en a,
14:08il me l'a quand même dit,
14:09c'était une personne gentille
14:11que j'ai rencontrée,
14:12on était des militaires,
14:13on était en permission
14:14à Saigon,
14:16elle était venue
14:17avec une copine,
14:17m'avait-il dit,
14:18une fille gentille,
14:19mais on ne s'est pas revue.
14:20Il ne savait absolument
14:21pas que j'existais.
14:22Je pense que,
14:22voilà,
14:23il a vu ma mère
14:24une fois,
14:25une dix,
14:26deux fois,
14:26et c'est tout.
14:27Et après,
14:27il a essayé de la rechercher
14:28dans le même endroit
14:29parce qu'une fois,
14:30tous les deux mois,
14:30il allait à Saigon.
14:31Il a essayé de la rechercher,
14:32il ne l'a pas retrouvée,
14:33mais il ne savait absolument pas.
14:34Il ne savait absolument pas
14:35que j'existais
14:36et il n'a pas dû
14:37non plus subodorer
14:39qu'il avait ma mère enceinte.
14:41Depuis que je suis rentré en France,
14:42avec mes soeurs,
14:43je les ai au téléphone
14:44presque une fois par semaine.
14:45Mon père,
14:46je l'appelle de temps en temps.
14:47Lui qui ne parlait
14:48presque pas au départ,
14:50maintenant,
14:50quand je l'ai au téléphone,
14:51je ne peux pas l'arrêter.
14:52Mais on se parle
14:53comme il me parle
14:54à un adulte.
14:55Je veux dire,
14:55comme il me parle à un adulte,
14:56c'est le cas,
14:56mais on se parle
14:57comme il me parle
14:58à un adulte,
14:59comme il me parle
14:59à presque un collègue.
15:01Il me dit
15:01du mon pote,
15:02mon vieux,
15:03camarade.
15:04Et puis,
15:05on parle un peu de tout.
15:06Je ne lui pose pas
15:08trop de questions
15:08sur son passé,
15:09pas encore.
15:10Je lui dis
15:10que ce sera peut-être
15:11pour un autre voyage,
15:11etc.
15:12Ou alors,
15:12il n'a pas plus à me dire
15:14et je n'insiste pas.
15:16Je laisse faire.
15:16C'est vrai que je suis très content
15:17de ce rapport.
15:18Je prends encore du temps
15:18pour me pincer,
15:19ça me construit complètement
15:21et ça me donne vraiment
15:22le courage
15:22d'aller maintenant
15:23rien qu'avec cette photo
15:25de ma mère
15:26et d'essayer maintenant
15:27tout ce que j'ai fait.
15:28Je n'espère pas
15:28pendant 35 ans
15:29comme je l'ai fait avant,
15:30mais je vais essayer
15:31de retrouver ma mère maintenant.
Commentaires

Recommandations