00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Cardoz.
00:06On est avec Elisabeth Lévy dans le studio, mais tout d'abord le résultat du sondage,
00:10puisque je vous parlais depuis le début de cette matinale du fil rouge de la matinée,
00:13comment lutter contre les casseurs, c'est très intéressant.
00:16Je vous posais la question en tout début de matinée,
00:18Raphaël Glucksmann propose un service civique, obligatoire de 10 mois, bonne ou mauvaise réponse ?
00:23Vous avez répondu, vous avez répondu, alors oui à 47%,
00:26donc ce n'est pas un plébiscite pour Raphaël Glucksmann, non à 53%,
00:30bon on peut dire que c'est moitié-moitié, mais surtout vous dites en commentaire,
00:34il faudrait surtout de la prison, vous demandez de la fermeté.
00:37On va en reparler tout à l'heure avec les historialistes et avec vous Elisabeth Lévy,
00:41mais tout d'abord, tout d'abord, à quoi joue Matignon avec cette nouvelle idée surprenante ?
00:47On a d'abord cru que les jeux vidéo allaient faire leur entrée à l'école,
00:51psychiatres, addictologues et neurologues ont réagi vivement,
00:54puis le ministre a tenté de désamorcer et parle de la nécessité de trouver des talents.
01:01Est-ce que l'éducation nationale n'a pas mieux à faire ?
01:04Elisabeth, les jeux vidéo vont en tout cas faire leur entrée à l'école.
01:09Bon alors ça s'appelle e-sport, attention, donc ça change tout.
01:13Le e-sport, ça veut donc dire sport électronique, c'est un peu un oxymor, me semble-t-il,
01:17mais bon, en tous les cas, s'il y a de l'électronique, du virtuel, je ne vois pas très
01:22bien où est le sport.
01:23Alors d'après la cellule investigation de Radio France, l'éducation nationale et Matignon ont donc accepté que cette discipline,
01:30je le mets entre guillemets, entre collèges et lycées, dans le cadre d'un programme qui s'appelle e-sport
01:35et éducation,
01:37c'est-à-dire des compétitions de jeux vidéo en partenariat avec qui, mon cher Jacques, avec l'industrie qui
01:44les fabrique.
01:44Alors attendez, c'est un secteur florissant en France, c'est 140 millions de chiffres d'affaires et ça fait
01:5010% du marché mondial des jeux vidéo.
01:53Alors, dans le cadre de ce programme qui est expérimenté déjà à Versailles, il n'est même pas prévu de
01:59jeux pédagogiques.
02:00Les enfants pourront jouer, alors là, j'ai un peu enquêté, hein ?
02:04Un super smash bro ou just dance, apparemment, les plus jeunes comprendront.
02:12Comme à la maison, en tout cas, on introduit donc à l'école une activité qui est mangeuse de temps
02:18de cerveau disponible,
02:19contre laquelle tous les parents responsables essayent de lutter.
02:23Alors, vous l'avez dit, il y a l'opposition du ministère de la Santé, de tous les addictologues, les
02:28spécialistes, les psys.
02:29C'est d'ailleurs, vous savez qu'il y a une maladie qui a été définie par l'OMS en
02:332019, qui s'appelle le gaming disorder, c'est-à-dire la maladie des jeux vidéo.
02:38Voilà. Alors, les psys voient d'ailleurs défiler des ados qui sont accros aux écrans et qui n'ont pas
02:44seulement des troubles du comportement,
02:45mais en plus, ils n'ont plus d'activité physique. Voilà pour le sport.
02:50Et donc, tout le monde en France, on n'arrête pas d'en parler, y compris le président,
02:55qui veut protéger les jeunes contre l'addiction aux écrans et, au passage, contre une vie virtuelle qui est en
03:01train de remplacer la sociabilité à l'ancienne.
03:04Et que leur dit l'éducation nationale ?
03:06Elle leur dit, allez-y, les enfants, faites-vous plaisir.
03:08Après tout, c'est peut-être une façon de développer d'autres compétences, Elisabeth ?
03:11Ah ben, c'est ce que prétend une étude.
03:13Une étude qui nous dit que les jeux développeraient certaines capacités cognitives.
03:17Cognitives, l'ennui, c'est que cette étude est financée par qui ?
03:21Par les industriels du secteur des jeux, comme ça, ils sont bien servis.
03:26Alors, et puis, vous savez, je comprends, parce que les élèves français, ils sont trop forts !
03:31Ils sont trop forts en français, ils sont trop forts en maths, en histoire, en langue vivante.
03:36Non, on n'en peut plus des bêtables concours, Jacques.
03:39Bon, écoutez, la vérité, tout le monde la connaît.
03:41Nous avons des résultats médiocres dans tous les classements internationaux.
03:44Il y a un rapport récent du Centre National du Livre qui nous apprenait que les jeunes passent deux heures
03:50par jour
03:50sur leur téléphone, sur les écrans, et trois heures par semaine à lire, et encore, c'est souvent par obligation.
03:57Et je crois qu'ils n'ont pas besoin de l'école pour apprendre à jouer, scroller, surfer.
04:03Ça, ils arrivent à se l'apprendre tout seuls et entre eux.
04:06Alors, je n'ose pas penser que les technos qui ont pris cette décision suicidaire sont corrompus.
04:11Non, je ne peux pas le penser, donc, je crois qu'ils sont aveuglés par l'idéologie.
04:16Ils détestent la verticalité qui va avec la transmission.
04:20Le maître apprend à l'élève et l'élève se la ferme et écoute.
04:24Non, l'enfant, pour eux, est au centre d'un système horizontal où n'importe quelle bande dessinée vaut racine.
04:30Et au lieu de faire de l'école un sanctuaire préservé de la société, de ses fracas, de ses ennuis,
04:37ils veulent y faire entrer toutes ces lubies.
04:40Et là, je trouve qu'il y a dans cette affaire symbolique,
04:43parce que probablement, ça n'ira même pas très loin, je l'espère,
04:47mais il y a une défaillance terrible du monde adulte.
04:49On nous culpabilise, et il y a raison, pour l'ardoise financière et climatique,
04:55pour la planète saccagée que nous laissons aux générations futures.
04:59Mais notre plus grand crime, pardon, ce n'est pas la planète,
05:02c'est ce que nous faisons et laissons faire au cerveau en formation des jeunes humains.
05:06Alors, comme dirait Churchill, non, ils se portent.
05:11Bon, j'espère en effet que ça n'ira pas jusqu'au bout,
05:13parce qu'on a remarqué qu'il y a eu quand même quelques balbutiements dans cette affaire.
05:17C'est-à-dire qu'après les révélations de Radio France,
05:19finalement, le ministre a dû faire une déclaration devant l'Assemblée nationale.
05:23Vous avez compris la déclaration, vous l'avez compris ?
05:24Ah non, mais vous n'avez pas compris, c'est des fake news,
05:27c'est pratique de dire aux journalistes que vous faites des fake news,
05:29alors que bon, c'est une investigation, donc moi je suis plutôt...
05:32Non, non, ils ne l'ont pas démentie, je regarde la déclaration,
05:34elle n'a pas du tout été démentie.
05:36Et puis, il y a eu deux tribunes ensuite, dans Le Monde et dans le Figaro,
05:39avec des gens qui sont très concernés, et qui avaient les informations,
05:42et qui savaient bien que ce projet était dans les tuyaux.
05:44Moi, je me mets surtout à la place du parent.
05:46Le parent qui dit, tu ne touches pas à tes écrans,
05:48et puis, ah bah oui maman, mais dis donc, à l'école, on cherche des champions du e-sport.
05:53Non mais...
05:54Enfin, je veux dire, attendez, franchement, mais bon, écoutez, vous savez quoi ?
05:57C'est quand même probablement une décision, si on fait un palmarès, Jacques,
06:01je la propose quand même pour le podium de la décision la plus stupide.
06:05Oui, bah écoutez, je crois que je peux voter pour, je crois que je peux voter pour.
06:09Dans un instant, on parle présidentielle, dans quelques secondes,
06:12primaire ou pas primaire au sein du Parti Socialiste ?
06:15Justement, l'invité...
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