00:00Evie, bonjour.
00:01Bonjour Patrick, bonjour à tous.
00:02Alors, le gouvernement s'invite dans l'affaire Patrick Bruel.
00:06Alors, s'inviter est exagéré, parce que Maude Bréjon aurait certainement préféré que la question ne lui fût pas posée.
00:13C'était hier dans Télématin sur France 2, elle s'exprimait donc à titre personnel.
00:18Et disons-le, Maude Bréjon, la porte-parole du gouvernement, a vaillamment défendu deux principes fondamentaux,
00:24la présomption d'innocence et la séparation des pouvoirs, répétant que c'était à la justice et pas au gouvernement,
00:30évidemment, de trancher.
00:32Mais face à l'insistance du journaliste qui voulait absolument lui faire dire que Bruel devrait être interdit de concert
00:39et de théâtre,
00:40elle a concédé qu'elle n'irait sans doute pas le voir, même s'il avait le droit de se
00:44produire.
00:45C'est aussi ce qu'a dit ce matin Mme Broun-Pivet, qui a dit qu'elle boycottait à titre
00:49personnel.
00:49Alors bon, je rappelle qu'il y a une dizaine de plaintes pour agression sexuelle et viol, dont celle de
00:55Flavie Flamand,
00:56une trentaine d'années après les faits allégués, mais tout ça est encore au stade de l'enquête préliminaire,
01:01il n'y a pas encore d'instruction ouverte ni de juge d'instruction nommé.
01:06Et Patrick Bruel mis en bloc seulement, dans l'âge post-judiciaire qui a été ouvert par MeToo,
01:12où des meutes lyncheuses se substituent à la justice, exigeant qu'un homme soit condamné à la mort sociale dès
01:19qu'il est accusé.
01:20Vous l'avez dit, hier il y avait quatre concerts qui étaient prévus en décembre au Québec, qui ont été
01:24annulés hier.
01:26Alors le plus grave, c'est que ces meutes numériques, terrorisées et intimides,
01:29car ne pas participer au lynchage, dire on attend la justice, eh bien ce serait être complice.
01:35Alors c'est vrai, Elisabeth Lévy, qu'il y a des témoignages, quand même assez nombreux,
01:40et qui sont choquants, j'en ai vu quelques-uns qui peuvent choquer, interpeller.
01:45Certes Patrick, mais est-ce que vous êtes juge ? Est-ce que vous avez interrogé les plaignantes, le prévenu
01:49?
01:49Est-ce que vous avez confronté leur version ?
01:52Non certainement, et moi non plus d'ailleurs, donc nous ne pouvons pas nous prononcer, et encore moins condamnés.
01:59Et au-delà du cas Bruel, dont je vais maintenant m'écarter, sur lequel je n'ai pas d'avis
02:03évidemment,
02:04on peut voir un mécanisme récurrent.
02:07Il y a une multiplication, souvent dans ce genre d'affaires, il y a d'abord un témoignage,
02:11et puis il se multiplie, parce qu'on appelle au témoignage dans les médias,
02:15et ça produit un effet de vérité trompeur, parce qu'on se dit, si on a dit ce qu'ils
02:19disent la même chose, c'est vrai.
02:21En réalité, que peut-on déduire de cette multiplication ?
02:24Deux choses alternatives, soit que l'une des victimes présumées donne du courage aux autres,
02:31soit qu'il y a un effet d'entraînement qui, conjugué à la séduction du statut victimaire,
02:36pousse des femmes à qualifier de non consenties, une relation, donc a posteriori,
02:42une relation insatisfaisante ou regrettée.
02:46Oui, à entendre ces récits douloureux, nous sommes choqués Patrick, nous sommes indignés,
02:51et comme le dit Nietzsche, nul ne ment autant qu'un homme indigné.
02:55Car la civilisation, c'est le dépassement des pulsions, le dépassement de l'émotion, de l'indignation par la raison,
03:02et la raison nous dit trois choses dans ce genre d'affaires.
03:05D'abord, je le rappelle, seule la justice peut condamner.
03:09Deuxièmement, même quand elle condamne, elle ne condamne pas la mort sociale,
03:12même un homme condamné a le droit de reprendre sa vie une fois sa dette payée,
03:17c'est bizarre en ce domaine.
03:18La gauche ne croit pas à la rédemption, ni aux deuxièmes chances.
03:22Et troisièmement, quand on prétend faire disparaître le mal de la société,
03:27c'est ce que faisait, voulait le communisme par exemple,
03:30et bien ça finit toujours très mal.
03:32Oui, le négatif, ça fait partie de la vie humaine.
03:36Alors on voudrait bien que les politiques résistent au chantage émotionnel,
03:40au moral des militants et des journalistes.
03:42D'ailleurs, s'ils le faisaient, leur courage pourrait être payant,
03:46car malgré le batage incessant,
03:48la pétition exigeant l'annulation des concerts de Patrick Bruel
03:52n'a réuni en quelques jours que 22 000 signatures.
03:55C'est très faible Patrick.
03:57Alors peut-être que les électeurs sont plus sages que les journalistes.
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