00:02Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Patrick Roger.
00:06Et c'est vous Elisabeth Lévy, bonjour.
00:08Bonjour Patrick, bonjour à tous.
00:10Alors vous voulez revenir sur une histoire dont on n'a pas beaucoup parlé d'ailleurs.
00:15C'est poursuivi par Emmanuel Macron, un peintre, Blot, a été jugé en Guadeloupe.
00:22Expliquez-nous pourquoi...
00:23C'est l'occasion de parler en plus des Antilles, c'est bien.
00:26Alors c'est un tableau qui est ironiquement intitulé Non-Lieu,
00:30qui a conduit Blot, François Moulin à la ville,
00:32devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre, jeudi dernier.
00:35Alors sur ce tableau, on voit un homme drapé dans le drapeau guadeloupéen
00:39qui tient à bout de bras la tête sanguinolente du chef de l'État.
00:43Bon, âme sensible s'abstenir, c'est assez gore.
00:46Il a été présenté dans une exposition sur les ravages du chlordécone,
00:50ce pesticide qui a été utilisé aux Antilles jusqu'en 1993
00:54et qui aurait, selon Santé publique,
00:56France contaminée 90% de la population.
01:00Alors Blot était jugé avec deux responsables de l'exposition
01:02pour provocation à commettre un crime.
01:05Il faut revenir sur cette plainte,
01:07parce que si le plaignant avait été moins illustre,
01:10eh bien cette plainte aurait certainement fini au panier,
01:13vu que le chef de l'État ne s'est même pas constitué partie civile,
01:17laissant au parquet le soin de décider des suites.
01:20Il a envoyé un mail et il a laissé le parquet se débrouiller.
01:24En gros, il est à l'origine des poursuites,
01:26mais il n'a pas voulu être parti au procès.
01:28C'est un peu petit bras.
01:30Du reste, la procureure, elle aussi, a fait service minimum,
01:33tout en estimant que, dans un contexte propice à la violence,
01:37il fallait prononcer une condamnation de la diffusion de ce tableau.
01:41Elle n'a demandé aucune peine.
01:42Bon, donc un tableau qui représente un homme drapé dans le drapeau guadeloupéen
01:47qui tient au bout de bras la tête sanguinolente du chef de l'État.
01:51Est-ce que pour vous, pour cela, l'artiste Elisabeth Lévy doit être sanctionnée ?
01:56Il ne devrait même pas être poursuivi.
01:58Alors d'abord, je n'aime pas ce tableau,
02:01je n'aime pas les affects robespierristes qui sont omniprésents.
02:04En France, je suis atterré par la haine délirante d'une partie des Français pour Emmanuel Macron.
02:09On peut, hein ? La critique, oui, mais cette détestation m'étonne et m'inquiète.
02:13Je réclamerai évidemment une sévérité sans faille pour quiconque a trentré à sa personne.
02:18Et, par ailleurs, je suis agacé par le procès en colonialisme masqué
02:23que Blot a fait à la République pendant le procès.
02:25Mais, attention, personne ne va s'en prendre au Président à cause de cette œuvre.
02:30Il fait preuve, en l'affaire, de susceptibilité vraiment déplacée.
02:33D'ailleurs, si j'osais, je dirais qu'il fait sa Marie-Antoinette.
02:37Du reste, est-ce qu'il a protesté quand on a glorifié pour les JO ?
02:41Vous vous rappelez, Patrick ?
02:43L'exécution de la reine, elle aussi, avec sa tête sanguilogente.
02:47Ah ben, c'était de l'art, paraît-il.
02:48Eh bien, Blot, aussi, c'est de l'art.
02:49On ne punit pas la haine, on ne punit pas les artistes, les caricaturistes, les humoristes.
02:54On peut les critiquer, les détester, leur répondre.
02:56Mais, comme disait le général de Gaulle à propos de Sartre,
02:59on n'en bastit pas Voltaire.
03:02La justice n'est pas un ministère de la censure.
03:04Alors, le jugement sera rendu le 21 mai.
03:07Le tribunal prononcera peut-être, conformément aux réquisitions,
03:10une condamnation symbolique pour faire plaisir au président.
03:13Eh bien, même si c'est symbolique, ça créerait un pache précédent.
03:18Si la liberté d'expression, qui est garantie par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen,
03:23a un sens, le tribunal de Pointe-à-Pied devrait prononcer.
03:27La relaxe, je n'aime pas la peinture de Blot,
03:30mais je me battrai sans relâche pour qu'il puisse la montrer.
03:35Bon.
Commentaires