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  • há 15 horas
En 1954, Marilyn Monroe, actrice de 28 ans mais pas encore star, part en Corée, en pleine guerre, pour se produire sur scène et remonter le moral des troupes américaines. Elle effectue une tournée de quatre jours, en plein hiver, immortalisé par des clichés inoubliables : Marilyn en fine robe moulante, dans un froid glacial, face à plus de 100 000 GI's. Ce voyage est un tournant dans sa vie. Grâce à ce succès sans précédent, elle va se révéler à elle-même et aux autres. Marilyn se découvre femme radieuse, libre, sexy et admirée. Elle entre dans la légende, en même temps que dans tous les foyers de l'Amérique des années 50.

Réalisé par : Patrick Jeudy
Transcrição
00:00:14Un an avant sa disparition, alors que l'actrice est au sommet de sa carrière,
00:00:20la chaîne NBC sollicite Marilyn Monroe pour qu'elle raconte à la télévision
00:00:24la tournée qu'elle effectua sept ans plus tôt dans la Corée en guerre.
00:00:38Elle y livre les souvenirs inédits de quatre jours de concert devant les soldats de l'armée
00:00:42américaine où l'actrice prometteuse qu'elle était s'était transformée en icône d'Hollywood.
00:01:02On était en février 1954. Marilyn se souvenait de Marilyn. Elle se revoyait chantant devant
00:01:11cent mille soldats qui n'avaient pas vu de femmes depuis des mois. Des représentations
00:01:18par des températures en dessous de zéro, vêtue de sa robe moulante en soie pourpre.
00:01:27Les plus beaux jours de sa vie.
00:01:46En décembre 1952, le nouveau président américain Dwight Eisenhower se rend en Corée
00:01:52où les soldats américains se battent contre les communistes du Nord, soutenus par la Chine.
00:02:00Après deux ans d'une guerre devenue invisible auprès de l'opinion américaine, Eisenhower
00:02:05souhaite négocier un cessez-le-feu. Les deux adversaires signent l'armistice en juillet
00:02:111953. Qui, mieux que Marilyn Monroe, pouvait rappeler le sacrifice de près de 50 000 soldats
00:02:19américains en Corée. L'histoire débute le 14 janvier 1954 lorsque Marilyn épouse
00:02:33Jody Maggio, la grande vedette du baseball américain. Une autre légende, son ami Lefty
00:02:42O'Doul est son témoin de mariage.
00:02:49Marilyn est âgée de 28 ans.
00:02:57C'est à son dernier film, Les hommes préfèrent les blondes, qu'elle doit son début de notoriété.
00:03:04Elle partage l'affiche du film avec une autre comédienne, pourtant payé cinq fois plus
00:03:09qu'elle. Hollywood la surnomme en riant « la blonde bien roulée ». Mais elle, elle aimerait
00:03:21devenir un jour elle-même, tout simplement. Le jour où son producteur, Daryl Zanuck, lui attribue
00:03:29un nouveau rôle de blonde idiote, sans la consulter, elle le refuse et claque la porte.
00:03:36Le couple d'Imaggio est libre de partir en voyage de noces au Japon, où Joe est invité
00:03:43à se produire lors de matchs de baseball.
00:03:47Lefty O'Doul sont témoins de mariage, et moi, Jean, son épouse, les accompagnons.
00:03:57Notre arrivée à Tokyo va immédiatement changer les règles du jeu.
00:04:02C'est le très populaire Joe d'Imaggio que le public attend. Mais c'est le nom de Marilyn
00:04:07que la foule hurle.
00:04:12Contre toute attente, elle vole la vedette à Dimaggio, et cet accueil la désoriente.
00:04:23Elle reste figée dans un éternel sourire. « Pourquoi moi ? » semble-t-elle dire.
00:04:31Un quart d'heure plus tard, la police nous escorte jusqu'à l'Imperial Hotel de Tokyo,
00:04:36où patiente une foule tout aussi excitée.
00:04:47Épuisée par 12 heures d'avion, Marilyn préfère se coucher.
00:04:51Des pétales de fleurs accrochées à ses cheveux.
00:04:55Triste pour Joe, à qui elle a volé la vedette pour leur première soirée de jeûne mariée.
00:05:04Le lendemain à 15 heures, devant 75 journalistes, se tient la conférence de presse.
00:05:10Ils ne sont là que pour elle.
00:05:12Il la questionne sur sa carrière et sur les hommes qu'elle a connus.
00:05:20Dimaggio, blessé par l'indifférence des reporters envers lui,
00:05:24entraîne brusquement Marilyn par le bras.
00:05:26C'est fini, on y va.
00:05:36Les jours suivants, les cérémonies s'enchaînent.
00:05:39De Tokyo à Osaka, d'hôtel en hôtel et de match de baseball en match de baseball.
00:05:48Marilyn s'y ennuie avec résignation.
00:05:51Mais partout où nous allons, c'est elle qui mobilise les foules.
00:05:57Et lorsque les Dimaggio quittent un hôtel,
00:05:59le personnel passe au crible les poubelles et même leur lit,
00:06:03en quête d'une mèche de cheveux en souvenir.
00:06:10C'est lors d'une soirée à l'ambassade américaine
00:06:12qu'un officier lui propose d'aller en Corée.
00:06:16Divertir des soldats qui meurent d'ennui en proie à la nostalgie de leurs proches.
00:06:28La tournée a pour but de remonter le moral des soldats
00:06:31grâce à des visites de célébrité.
00:06:36Ingrid Bergman, Bing Crosby, Marlène Dietrich et Danny Kaye l'ont fait avant elle.
00:06:48Elle accepte la proposition, mais précise que si Joe, son mari, donne son accord,
00:06:53c'est à la condition que moi, Gino Doule, son amie,
00:06:57l'accompagne dans ce voyage.
00:07:01La brune, là, aux côtés de Marlène, c'est moi.
00:07:07Nous savons à peine où situer la Corée sur une carte
00:07:10et nous ignorons dans quoi nous nous engageons.
00:07:16L'armistice entre les deux Corées est signé depuis quelques semaines.
00:07:20Mais plus que la guerre, Marlène va devoir affronter sa phobie de la foule.
00:07:25Elle va être relâchée en plein hiver au milieu de milliers d'hommes
00:07:28coupés des leurres, loin de leur pays.
00:07:31Voici ce qui attend les deux femmes.
00:07:38Le vendredi 5 février 1954, nous nous rendons à l'hôpital des armées de Tokyo
00:07:43où l'attendent ses premiers blessés à la veille de leur évacuation.
00:07:48Ce sera son premier contact avec la guerre.
00:07:56Lorsqu'elle apparaît, les soldats reconnaissent avant tout
00:07:59l'actrice blonde qui inonde journaux et magazines.
00:08:02La célèbre Miss Cheesecake 1952 qu'elle a été.
00:08:12Cette guerre a causé de nombreux dégâts humains.
00:08:15Mais face à cette réalité, elle ne se démonte pas.
00:08:24Sourire sincère et petits mots gentils qui vont droit au cœur de ses blessés.
00:08:31Pour quelques heures, les hommes en oublient l'épreuve qu'ils traversent.
00:08:36Et elle est fière de leur apporter ces petits instants de bonheur.
00:08:43Un chroniqueur n'éclare que sa visite est saluée comme le meilleur traitement depuis la pénicilline.
00:08:56Elle me racontera avoir gaffé lorsqu'elle dira en riant à un blessé gravement atteint
00:09:01« Regardez, moi aussi j'ai le pouce cassé ».
00:09:04Et elle montra une attelle à son doigt.
00:09:08Les journalistes en quête d'une bonne histoire l'interrogent aussitôt.
00:09:12Elle finit par répondre, embarrassée.
00:09:15« Je me suis juste cognée contre une porte.
00:09:17J'ai d'ailleurs un témoin. »
00:09:19Joe était là.
00:09:22Mais la version que la presse retient, c'est que le très jaloux Joe Di Maggio
00:09:26lui a cassé le pouce dans un moment de colère.
00:09:29Non, non, c'est OK.
00:09:41Les musiciens n'ont qu'une semaine de répétition avec elle.
00:09:45Ils appartiennent à la 8e armée, mais dans le civil, ce sont des professionnels.
00:09:51L'un joue de la batterie au Codons Club de New York.
00:09:55L'autre, de la contrebasse, à Brooklyn.
00:09:58Le saxophoniste est de Memphis, le guitariste de Vegas.
00:10:05Le dernier, Jim, surnommé Gus, est le pianiste.
00:10:11Et c'est lui qui prend en main le spectacle.
00:10:19Trois chansons sont à l'affiche.
00:10:22Et la première s'intitule « Diamonds are a girl's best friend ».
00:10:25Le titre phare du film, « Les hommes préfèrent les blondes ».
00:10:43Elle chantera devant un public pour la première fois de sa carrière.
00:10:47Et elle s'angoisse de ne pas y arriver.
00:10:52« Qu'elle ne s'inquiète pas, lui dit l'organisateur.
00:10:55On lui demande simplement de se montrer sur scène. »
00:10:59Marilyn ne relève pas la goujaterie.
00:11:05Une semaine plus tard, le mardi 16 février 1954,
00:11:10un avion de l'US Air Force atterrit sur la base K-16
00:11:13de l'aéroport de Séoul, capitale de la Corée du Sud.
00:11:45Lourdes chansons.
00:11:46Chaussures aux pieds, blousons militaires fourrés, parkas.
00:11:50Nous nous sommes amusés à nous habiller en soldats.
00:11:54Nous sommes prêtes à affronter l'hiver coréen.
00:12:09Des dizaines de reporters et photographes du monde entier
00:12:13ont décollé de Tokyo dès l'aube
00:12:14pour être en mesure de filmer notre arrivée en Corée.
00:12:18Le New York Times, Associated Press et NBC
00:12:21nous suivront lors de cette première journée
00:12:23avant de nous laisser seuls avec les militaires.
00:12:29J'ai le sentiment que déjà Marilyn semble s'affranchir
00:12:32de la tutelle de son mari,
00:12:34alors qu'elle l'a quitté il y a quelques heures à peine.
00:12:39C'est moi qui vais l'assister pendant les quatre jours du voyage.
00:12:43Je prendrai soin de sa robe de scène,
00:12:45de sa coiffure et de son maquillage.
00:12:47Elle m'appelle avec malice,
00:12:50sa mère de substitution.
00:13:02Avec nous, voici Walter Bouillet.
00:13:06C'est l'officier de presse à l'origine de la tournée.
00:13:08Celui qui a convaincu Jody Maggio
00:13:10d'interrompre la lune de miel du couple.
00:13:18Quatre hélicoptères nous attendent.
00:13:20Marilyn, l'orchestre de Gus et le staff technique.
00:13:28Six autres transportent la presse.
00:13:35C'est un cessez-le-feu encore fragile
00:13:37et difficilement obtenu qui a marqué l'arrêt des combats.
00:13:43Qu'a-t-elle vu de la guerre en Corée, Marilyn ?
00:13:49Depuis l'hélicoptère,
00:13:50elle cherche du regard
00:13:51la trace des affrontements.
00:13:55Elle a demandé à survoler les ruines
00:13:57des champs de bataille.
00:14:00Mais elle sait que tout a été fait
00:14:01pour qu'elle ne voit rien.
00:14:09Tu me dis qu'être une vedette de cinéma,
00:14:11c'est vivre dans un tourbillon.
00:14:13On te transporte d'un lieu à un autre,
00:14:15mais où que tu ailles,
00:14:16tu ne vois jamais rien.
00:14:25Alors que les hélicoptères
00:14:27approchent de la zone montagneuse
00:14:28de la première division de Marines,
00:14:31elle demande aux pilotes
00:14:32de faire plusieurs cercles au-dessus du camp.
00:14:54Le visage fouetté par le vent glacial,
00:14:57elle salue les soldats.
00:15:01La plupart ne l'ont jamais vu au cinéma,
00:15:03car ils étaient déjà en Corée.
00:15:06En revanche,
00:15:08ils connaissent tous la pin-up nue
00:15:10qui tapisse leur armoire,
00:15:12la photo d'une Marilyn de 20 ans
00:15:14que le magazine Playboy a dénichée.
00:15:17C'est par Lucky Millinder,
00:15:19Trevor Bacon fait le motel.
00:15:34Les hélicoptères et moi
00:15:36ont été inséparables.
00:15:38Nous avons donné nos shows
00:15:39à chaque fois que les hommes
00:15:40pouvaient sortir de la ligne.
00:15:45Pour le premier spectacle,
00:15:47le tirage au sort a désigné
00:15:48ceux des Marines
00:15:49qui y assisteraient.
00:15:52Ils ont parcouru des kilomètres
00:15:54pour rejoindre le chapiteau,
00:15:56troquant leur fusil
00:15:57pour un appareil photo.
00:15:59Pour ces gardiens
00:16:01d'une frontière perdue,
00:16:03la venue de Marilyn
00:16:04est leur première distraction
00:16:06depuis longtemps.
00:16:10Depuis 1950,
00:16:124000 Marines
00:16:13de la première division
00:16:14ont été tuées
00:16:15et elles comptent
00:16:16plus de 20 000 blessés.
00:16:21Durant la Deuxième Guerre mondiale,
00:16:23ces soldats se sont battus
00:16:24contre les Japonais
00:16:25dans le Pacifique
00:16:26et peu d'entre eux
00:16:27ont survécu.
00:16:30Ils sont épuisés
00:16:32par dix années de guerre.
00:16:33Leurs familles leur manquent.
00:16:35n'ont pas eu de jeunesse.
00:16:43Marilyn demande
00:16:44à ses survivants
00:16:45d'où ils viennent.
00:16:46Ils viennent de Californie.
00:16:48Ils sont fils uniques.
00:16:49Ils sont fiancés.
00:16:52Elle veut tout savoir
00:16:54de leur vie.
00:16:58Ils ignorent
00:16:59qu'ils resteront là
00:17:00une année de plus
00:17:01avant de retrouver
00:17:02leur foyer.
00:17:12La police militaire
00:17:14assure la sécurité
00:17:15et 15 000 soldats
00:17:17s'étalent à perte de vue.
00:17:21La Seine
00:17:22est une simple estrade
00:17:23en bois
00:17:24dotée de coulisses sommaires.
00:17:33En guise de loge,
00:17:35elle ne dispose
00:17:36que d'un simple rideau
00:17:37de toile
00:17:37pour se cacher
00:17:38du regard des curieux.
00:17:43Il te faut
00:17:44quatre couches
00:17:45de rouge à lèvres
00:17:45et un crayon marron
00:17:47qui assombrit le regard
00:17:48pour devenir
00:17:49Marilyn.
00:17:53Mais aujourd'hui,
00:17:54tu n'as pas le temps.
00:17:56Ta robe de scène
00:17:57est une simple robe
00:17:58de cocktail
00:17:59à fine bretelle
00:18:00en crêpe de soie
00:18:01de chez
00:18:02Sail Chapman
00:18:03sur la 5e avenue.
00:18:05Tu l'as glissée
00:18:06à la va-vite
00:18:06dans la valise
00:18:07pour les soirées
00:18:08habillées à Tokyo.
00:18:09C'est la robe
00:18:10préférée de Joe
00:18:11et la seule
00:18:12qui convenait
00:18:13pour la tournée.
00:18:17Tes épaules sont nues
00:18:18malgré le froid glacial.
00:18:22Un froid
00:18:23qui ne t'atteint pas
00:18:24tant les cris
00:18:24du public te réchauffent.
00:18:27Tu me dis
00:18:28que tu es prête.
00:18:29Je le vois.
00:18:31C'est ton premier
00:18:32concert en public.
00:18:34Tu attends ton moment.
00:18:44Oui,
00:18:45ce que tu veux,
00:18:47c'est appartenir
00:18:48à tous ces gars.
00:19:21Gus, le pianiste,
00:19:22peine à te suivre.
00:19:24Il n'entend pas
00:19:24ta voix couverte
00:19:25par les cris.
00:19:48John Taylor Jones,
00:19:49un soldat
00:19:50de la 7e division
00:19:51d'infanterie
00:19:52originaire de Salt Lake City
00:19:54dans l'Utah,
00:19:54assiste au premier concert.
00:19:59En plein spectacle,
00:20:00des avions passaient
00:20:01au-dessus de nous.
00:20:02Je ne savais pas
00:20:03si c'était pour la saluer
00:20:04ou simplement
00:20:05une opération en cours.
00:20:09Elle continuait à chanter
00:20:10comme si de rien n'était.
00:20:12Les gars adoraient.
00:34:34Pendant la seconde guerre mondiale, le 160e régiment d'infanterie combattait dans la jungle du Pacifique. Ce sont les fameux
00:34:42diables de Guadalcanal. Il y a deux ans à peine, après un entraînement à marche forcée sur une base du
00:34:50Texas, ces jeunes hommes, qui n'avaient pour certains jamais quitté leur domicile, sont partis pour la Corée, où ils
00:34:57ont participé à quatre offensives parmi les plus meurtrières de la guerre.
00:35:11Aujourd'hui, ils n'en reviennent pas. Marilyn est devant eux.
00:35:20C'est Marilyn qu'on était venus voir. Elle est arrivée sur un temple. Je ne lui reproche pas. C
00:35:26'était ce qu'il y avait de plus sûr.
00:35:29Le soldat Edward Barrus, du 160e régiment d'infanterie, est originaire de Salem, dans le Massachusetts. Il s'est engagé
00:35:38trois ans pour se faire un pécule en vue de son mariage.
00:35:46J'avais été blessé lors d'un des derniers combats, et j'étais sorti de l'hôpital quelques jours plus
00:35:51tôt.
00:35:56À peine arrivés au Grenadier Palace, on a essayé de se faire beau, au cas où elle nous demande de
00:36:01monter sur scène avec elle.
00:36:04On était vraiment des rêveurs.
00:36:21C'est toi qui prends seul la décision de braver la tempête qui éclate.
00:36:51Sous la neige qui redouble d'intensité,
00:36:54le pianiste ne quitte ses gants que pour jouer.
00:37:01Toi, courageuse ou inconsciente,
00:37:04tu es toujours aussi légèrement vêtue,
00:37:06et ta voix semble parfois se perdre.
00:37:13Le public t'ovationne,
00:37:14tant et tant,
00:37:15que tu n'entends plus le piano dans ton dos.
00:37:19Soudainement,
00:37:20tu oublies les paroles,
00:37:21et tu t'arrêtes de chanter.
00:37:31Marie-Lyne connaît trop bien ses trous de mémoire.
00:37:34Sur les plateaux,
00:37:35elle était si nerveuse
00:37:37qu'elle quittait le tournage pour vomir.
00:37:40Pourtant, ici,
00:37:42tu ne perds pas tes moyens.
00:37:43Tu entames un pas de danse
00:37:45tout en interpellant le pianiste.
00:37:48« Gus,
00:37:49j'ai oublié les paroles,
00:37:51comment je fais ? »
00:37:53Il te les souffle
00:37:55et te dit de reprendre
00:37:56comme si de rien n'était.
00:38:02Les soldats ne prêtent attention
00:38:04qu'à ta silhouette
00:38:05qui endule.
00:38:07Tu assumes être un sex-symbole.
00:38:10Marie-Lyne
00:38:11fait du Marie-Lyne.
00:38:24Entre chaque chanson,
00:38:26tu vas en coulisses
00:38:27pour t'essuyer le visage.
00:38:30Et sur la scène,
00:38:31un des gars du groupe
00:38:33fait patienter les spectateurs.
00:38:41Te revoilà.
00:38:44Ta robe trempée
00:38:45te colle au corps
00:38:46et personne ne sait
00:38:46si tu essaies d'y rentrer
00:38:48ou bien d'en sortir.
00:38:52Il neigeait.
00:38:54Malgré ça,
00:38:54j'avais chaud
00:38:55comme si j'étais en plein soleil.
00:38:57En fait,
00:38:58les flocons s'évaporaient
00:38:59avant de toucher ma peau.
00:39:06Jim Foster,
00:39:07un autre G.I.
00:39:08explique.
00:39:09On ne se souciait pas
00:39:10qu'elle sache chanter.
00:39:11On voulait juste la regarder.
00:39:13On avait envie de mourir
00:39:14quand on était avec elle.
00:39:16Elle était magnifique.
00:39:21Le soldat Barrus,
00:39:22lui, conclut.
00:39:24Je me suis dit
00:39:25que j'avais eu raison
00:39:25de m'engager pour trois ans.
00:39:27Pendant deux heures,
00:39:28on a oublié
00:39:29qu'on était loin de la maison.
00:39:31Marie-Lyne a occupé
00:39:32notre esprit
00:39:32pendant des semaines.
00:39:33Et la photo
00:39:34que j'ai prise d'elle,
00:39:35c'est le seul trophée
00:39:37que j'ai rapporté de Corée.
00:39:38Et je l'ai offerte
00:39:39à ma future épouse.
00:39:51À 20 minutes
00:39:52par hélicoptère,
00:39:53tu vas te produire
00:39:55devant la 25e division
00:39:56de Marines.
00:40:02Basée à Hawaï,
00:40:03la division a été envoyée
00:40:05en Corée en 1950,
00:40:07au début de la guerre,
00:40:08alors qu'elle occupait
00:40:09le Japon après Hiroshima.
00:40:15La nuit dernière,
00:40:17grâce aux services techniques
00:40:18de l'US Army
00:40:19qui ont établi
00:40:20une liaison radio
00:40:21avec Tokyo,
00:40:23Marie-Lyne a fait part
00:40:24de son enthousiasme
00:40:25à Dimaggio.
00:40:28Mais le téléphone
00:40:29est resté branché
00:40:30sur les haut-parleurs
00:40:31du camp
00:40:32et tout le monde
00:40:33a été témoin
00:40:33du mal-être
00:40:34de Marie-Lyne.
00:40:38Tu lui as demandé
00:40:39s'il t'aimait toujours.
00:40:41Joe a raccroché.
00:40:44Le camp entier
00:40:45en a été le témoin.
00:40:47Tu rougis.
00:40:51Il te le fera
00:40:52payer cher.
00:40:54D'habitude,
00:40:55lorsqu'il te frappait,
00:40:56tu lui criais
00:40:56« Pas avec le point, Joe ! »
00:41:01Osera-t-il encore
00:41:01le faire demain ?
00:41:05C'est le caporal
00:41:06Robert Burkhart,
00:41:07originaire de Pennsylvanie,
00:41:09qui a le privilège
00:41:10d'escorter
00:41:11Marie-Lyne au concert
00:41:12en récompense
00:41:13de son travail
00:41:14au sein de la division.
00:41:17Ce sera le troisième
00:41:19concert de la journée.
00:41:21Marie-Lyne est épuisée
00:41:22et sa robe,
00:41:24n'ayant pas eu
00:41:24le temps de sécher,
00:41:26elle va devoir chanter
00:41:27avec le vêtement
00:41:27encore humide.
00:41:36Le soir même,
00:41:37le jeune Burkhart
00:41:38écrit à ses parents
00:41:39qu'il est fier et heureux
00:41:40qu'une star
00:41:41s'intéresse à lui.
00:41:46Elle n'est pas du tout
00:41:47comme je l'imaginais.
00:41:49Elle est loin d'être bête.
00:41:50C'est une fille
00:41:51merveilleuse
00:41:51et adorable.
00:42:03Le voyage de Marie-Lyne
00:42:04en Corée
00:42:04fait la une
00:42:05de l'actualité.
00:42:07À Tokyo,
00:42:08où il séjourne toujours,
00:42:10Di Maggio
00:42:10ne supporte pas
00:42:11de voir son épouse
00:42:12se donner en spectacle.
00:42:16Mort de jalousie,
00:42:17il ne décolère pas
00:42:18et Marie-Lyne aura
00:42:19beaucoup à se faire
00:42:20pardonner à son retour.
00:42:25Les reportages
00:42:26sur la célèbre blonde
00:42:27envahissent le quotidien
00:42:28des familles américaines.
00:42:31Les combattants
00:42:32de Corée
00:42:33nourrissent la légende.
00:42:35Chacun croit
00:42:35se reconnaître
00:42:36sur les images
00:42:37et tous témoignent
00:42:38que Marie-Lyne
00:42:38leur a souri
00:42:39personnellement.
00:42:42Chris Sarno,
00:42:43un GI de 20 ans,
00:42:45originaire d'Austin,
00:42:46Texas,
00:42:47se souvient
00:42:47qu'il a fait
00:42:48trois heures de marche
00:42:49pour arriver
00:42:50sur les lieux.
00:42:51Nous avions
00:42:52les pieds en feu
00:42:53mais comme nous allions
00:42:54voir Marie-Lyne Monroe,
00:42:55nous n'y pensions plus.
00:43:00Songeuse
00:43:00et presque nostalgique,
00:43:02Marie-Lyne me dit
00:43:03« Je ne pensais pas
00:43:05exister jusqu'à ce que
00:43:06j'aille en Corée
00:43:06alors que M. Zanuck
00:43:08me disait
00:43:09« Souviens-toi
00:43:10d'une chose,
00:43:11tu n'es pas une star. »
00:43:15Aujourd'hui,
00:43:15tu imposes
00:43:15aux familles américaines
00:43:17de regarder en face
00:43:18cette guerre de Corée
00:43:19et tu imprimes ton nom
00:43:21dans leur histoire.
00:43:24Fini les brunes austères,
00:43:27les femmes américaines
00:43:28vont adopter
00:43:29ta couleur de cheveux
00:43:30et ton déhanché
00:43:31et les plus jeunes,
00:43:33fascinés,
00:43:34te prennent pour modèle.
00:43:35« Tu étais séduisante
00:43:39d'une manière
00:43:40qui n'offensait pas
00:43:41les autres femmes. »
00:43:45Les studios de la Fox
00:43:46à Hollywood
00:43:47vont recevoir
00:43:48entre 3 000
00:43:49et 7 000 lettres
00:43:50par semaine.
00:43:51Marie-Lyne représente
00:43:53l'idéal de la féminité
00:43:54au temps de la guerre froide,
00:43:56la blonde à la peau blanche,
00:43:58libre et effrontée.
00:44:02Mais qui a entendu parler
00:44:03du combat
00:44:04que tu mènes
00:44:05avec courage
00:44:06contre les studios.
00:44:09Quelques mois auparavant,
00:44:11tu as écrit
00:44:12une tribune
00:44:12dans la presse.
00:44:14L'article s'intitule
00:44:16« Les loups
00:44:17que j'ai connus ».
00:44:19Tu y dénonces
00:44:20la perversion
00:44:21des prédateurs
00:44:22qui règnent
00:44:23à Hollywood.
00:44:27Marie-Lyne
00:44:28est une femme libre.
00:44:30Elle avouait en privé
00:44:31qu'elle avait été contrainte
00:44:32de céder
00:44:33à des producteurs
00:44:34comme beaucoup
00:44:35de filles d'Hollywood
00:44:35avant elle.
00:44:38Si vous refusiez,
00:44:39une vingtaine d'autres
00:44:41prenaient le job.
00:44:43C'était le seul moyen
00:44:44d'obtenir sa chance.
00:44:49Tu ne donnes pas
00:44:50leur nom,
00:44:51mais moi,
00:44:52je les connais.
00:44:54Tu m'as dit
00:44:55« Le premier vrai loup
00:44:57que j'ai rencontré
00:44:58aurait dû mourir de honte
00:45:00car il a essayé
00:45:01de profiter
00:45:01de l'enfant
00:45:02que j'étais.
00:45:10C'est ce que tu attends
00:45:12de Joe,
00:45:13ton époux.
00:45:14Qu'il te protège
00:45:15de ces loups pervers
00:45:16qui violentent les femmes.
00:45:19Mais la seule solution
00:45:20qu'il a à t'offrir,
00:45:22c'est que tu abandonnes
00:45:23le cinéma.
00:45:25Alors que toi,
00:45:27tu veux t'émanciper
00:45:28et t'affranchir.
00:45:42Jeudi 18 février 1954.
00:45:45Lorsque tu te réveilles,
00:45:46le soleil brille
00:45:48et il fait 15 degrés
00:45:49en dessous de zéro.
00:45:50Un froid sec
00:45:51qui brûle les poumons.
00:45:54C'est ton troisième jour.
00:45:56Tu vas être aux côtés
00:45:57de la 45e division
00:45:58d'infanterie.
00:46:00Nous sommes en avance
00:46:02sur l'horaire,
00:46:02ce qui autorise
00:46:03une nouvelle séance
00:46:04de photos
00:46:04avant une première représentation.
00:46:08La fatigue marque
00:46:09ton visage.
00:46:10À force de défier
00:46:12les températures,
00:46:13tu as attrapé
00:46:14un début de pneumonie.
00:46:25La 45e division
00:46:27d'infanterie,
00:46:28c'est une des unités
00:46:30qui,
00:46:30en 1945,
00:46:32a libéré Dachau.
00:46:40Là-bas,
00:46:41ces hommes
00:46:42ont perdu leur innocence.
00:46:49Ils ne s'attendaient pas
00:46:51à un tel choc.
00:46:54Les nouvelles troupes
00:46:56qui ont rejoint
00:46:56la 45e
00:46:57sont aujourd'hui
00:46:58des lycéens inexpérimentés
00:47:00ou de jeunes diplômés
00:47:01de l'université
00:47:02d'Oklahoma.
00:47:06Que vois-tu
00:47:07dans le regard
00:47:08de ces garçons,
00:47:09Marilyn ?
00:47:22Le premier spectacle
00:47:23achevé,
00:47:24elle est déjà en route
00:47:25vers une zone
00:47:26située plus au sud
00:47:27de la zone démilitarisée.
00:47:34Moi,
00:47:35Joseph Dalton,
00:47:37accompagné
00:47:38d'un autre gars
00:47:38originaire du Tennessee
00:47:39qui s'appelle Grant,
00:47:41nous étions juste
00:47:42derrière notre capitaine.
00:47:44Il nous a demandé
00:47:45d'accompagner
00:47:46Miss Monroe
00:47:46et nous l'avons encadré.
00:47:50Les flashs
00:47:50des photographes
00:47:51crépitaient.
00:47:53Quelle fierté !
00:48:04Les militaires ont rédigé
00:48:06des cartons d'invitations
00:48:07pour le déjeuner.
00:48:10Un repas
00:48:11que tu choisis
00:48:12de passer
00:48:12avec les simples soldats
00:48:13avant le spectacle
00:48:14de cet après-midi.
00:48:16Marilyn ne voulait pas
00:48:17de traitement de faveur.
00:48:36Et pour le déjeuner,
00:48:37elle a revêtu
00:48:38la robe
00:48:38de son dernier film
00:48:39qu'elle a racheté
00:48:40à la production.
00:48:44Les soldats confient
00:48:46qu'elle a bon appétit.
00:48:47La fête
00:48:48a pour eux
00:48:49le goût de la maison.
00:48:56Avec Marilyn,
00:48:58nous avons joué
00:48:58aux serveuses
00:48:59de snack-bar.
00:49:01Elle a lavé
00:49:02la vaisselle
00:49:03dans les cuisines.
00:49:04C'est le souvenir
00:49:06de la Norma Jean,
00:49:07de ses années d'orphelinat
00:49:08qui lui remontaient
00:49:09à la mémoire.
00:49:15Ces soldats
00:49:16de la 2e division
00:49:17d'infanterie
00:49:18ce sont eux
00:49:19qui ont débarqué
00:49:19en Normandie,
00:49:20à Oma Beach
00:49:21en juin 1944.
00:49:23C'était
00:49:24il y a 10 ans.
00:49:30Durant ces 4 dernières années
00:49:31en Corée,
00:49:32beaucoup sont morts
00:49:33au combat.
00:49:40en début d'après-midi,
00:49:42les G.I.
00:49:43se pressent
00:49:43pour assister
00:49:44au spectacle.
00:49:46Ils sont en avance
00:49:46de 2 heures.
00:49:51Herb Hancock,
00:49:52un jeune soldat
00:49:53de 20 ans
00:49:54venu de l'Arizona,
00:49:55le rappelle.
00:49:57J'étais loin,
00:49:58plus au nord,
00:49:59sur la ligne de front.
00:50:02On est venu en camion
00:50:03sur une route
00:50:04chaotante
00:50:04jusqu'à un endroit
00:50:05appelé
00:50:06le Bulldozer Bowl.
00:50:11C'était un théâtre
00:50:11en plein air.
00:50:13Tout le monde
00:50:13était debout.
00:50:15Et j'aurais raté
00:50:16ça pour rien au monde.
00:50:24En début d'après-midi,
00:50:26les anges gardiens
00:50:27de Marilyn
00:50:27l'accompagnent
00:50:29vers la grande scène
00:50:29surélevée
00:50:30construite par les soldats.
00:50:35Le Bulldozer bond,
00:50:37planté sur un sol détrempé
00:50:39au milieu d'un espace
00:50:40rocailleux
00:50:41entouré de montagnes.
00:50:55C'est après cette représentation
00:50:58que Marilyn réalise
00:51:00qu'elle est devenue
00:51:01une star.
00:51:10Près de 20 000 hommes
00:51:12pataugent dans la boue
00:51:13et la division est tout près
00:51:15d'une mutinerie.
00:51:16L'orchestre fait patienter
00:51:18les hommes frigorifiés
00:51:19pour un show
00:51:19de Marilyn
00:51:20qui ne durera
00:51:21qu'une quinzaine de minutes.
00:51:35Marilyn,
00:51:36encore bouleversée
00:51:37des années plus tard,
00:51:38se souvient.
00:51:39Un officier
00:51:40est arrivé précipitamment.
00:51:42Il faut que vous passiez
00:51:43tout de suite,
00:51:44me dit-il.
00:51:44on ne va pas les tenir
00:51:46plus longtemps.
00:51:47Il jette des projectiles
00:51:48sur la scène.
00:52:03Je me suis déshabillée
00:52:04et j'ai passé ma robe
00:52:06à la hâte.
00:52:09Les artistes qui font
00:52:10la première partie du show
00:52:11peinent à aller jusqu'au bout.
00:52:13Le public scande
00:52:18de plus en plus fort.
00:52:20Le capitaine assis à mes côtés
00:52:22me demande
00:52:23qui je suis pour Marilyn.
00:52:24Je lui réponds
00:52:25qu'elle me considère
00:52:26un peu
00:52:26comme sa mère.
00:52:29Marilyn
00:52:29semblait prouver
00:52:30une sorte
00:52:30d'exaltation innocente
00:52:32comme une joie d'enfant
00:52:33qui la rapprochait de moi.
00:52:49quand elle est apparue
00:52:51la foule était en délire
00:52:53écrit Joseph Dalton
00:52:54qui la filme avec la caméra
00:52:56d'un copain.
00:53:01On avait 20 ans
00:53:03et on était au pain sec
00:53:04depuis des mois.
00:53:06Et là,
00:53:07cette belle blonde
00:53:07plantureuse débarque.
00:53:10On était fou de joie.
00:53:13Ça changeait
00:53:13de la routine habituelle.
00:53:15Tout le monde se battait
00:53:17pour s'approcher
00:53:17de la scène.
00:53:24Les G.I.
00:53:25s'agitent de plus en plus
00:53:26en dépit des rappels
00:53:27à l'ordre.
00:53:31Ta voix est couverte
00:53:32par le tumulte.
00:53:36Sur scène,
00:53:37le pianiste voit
00:53:39la situation dégénérer.
00:53:44La police militaire
00:53:45nous protégeait
00:53:46mais les gamins en furie
00:53:47ont rompu
00:53:48le cordon de protection
00:53:49juste au moment
00:53:50où elle terminait
00:53:51sa première chanson.
00:54:03en voyant ça,
00:54:04le pianiste
00:54:05l'a entraîné
00:54:06en coulisses.
00:54:12Devant la foule incontrôlable,
00:54:14le colonel Kelly
00:54:15attrape un micro.
00:54:20soldats,
00:54:20je vous demande
00:54:21de vous taire.
00:54:23Il doit s'y reprendre
00:54:24à deux fois.
00:54:26Messieurs,
00:54:26vous faites partie
00:54:27de la première force
00:54:28militaire au monde.
00:54:30Montrons notre respect
00:54:31pour Miss Monroe.
00:54:32Restez à vos places.
00:54:37Lorsque le spectacle reprend,
00:54:38tu sembles ébranlée
00:54:40mais tu ne laisses
00:54:41rien paraître
00:54:41de ton trouble.
00:54:47Sept ans plus tard,
00:54:48tu avoueras
00:54:49la télévision.
00:54:50J'ai toujours été
00:54:51effrayée par la foule.
00:54:53Mon estomac se serre
00:54:54et je perds ma voix.
00:54:56Mais devant ces garçons
00:54:58qui hurlaient mon nom,
00:54:59pour la première fois
00:55:00de ma vie,
00:55:01je n'ai pas eu peur.
00:55:03Je n'avais plus peur
00:55:04de rien.
00:55:05Je me sentais simplement
00:55:06heureuse
00:55:06que les gens
00:55:07qui me regardaient
00:55:08m'aimaient
00:55:09et m'acceptaient.
00:55:15La blonde idiote,
00:55:17comme l'appelait
00:55:18Daryl Zanuck,
00:55:19était oubliée.
00:55:23Tout le monde avait une caméra.
00:55:24Je ne pouvais pas comprendre
00:55:26ce que ce garçon a dit
00:55:27mais je pense que
00:55:28j'ai compris
00:55:28ce qu'il veut dire.
00:55:34Avant sa sortie de scène,
00:55:36elle a interpellé
00:55:37un gars
00:55:37assis au cinquième rang,
00:55:39un plombier de phénix
00:55:40dans l'Arizona.
00:55:43Est-ce que tu as réussi
00:55:44à prendre la photo, Jack ?
00:55:45Non.
00:55:47Alors elle lui a fait signe
00:55:48de s'approcher
00:55:49en riant.
00:55:50Se rire.
00:55:53Le plus beau qu'il soit,
00:55:55Jack s'en souviendra
00:55:56le restant de sa vie.
00:56:01Mais en pleine guerre froide,
00:56:03des journalistes
00:56:04vont créer la polémique
00:56:05sur la venue
00:56:06de Marilyn en Corée.
00:56:09Hanson Baldwin,
00:56:10un rédacteur en chef
00:56:11du New York Times,
00:56:12critique la faiblesse morale
00:56:14de l'armée américaine
00:56:17et dénonce
00:56:18les poules en fourrure
00:56:19parées de diamants
00:56:20qui n'ont rien à faire
00:56:21aux armées.
00:56:23Moins de Monroe
00:56:24et de démagogues
00:56:25et plus de morale.
00:56:33Pour toute réponse,
00:56:35un lieutenant
00:56:35de la deuxième division
00:56:36lui écrira
00:56:37« La visite de Miss Monroe
00:56:40a été à la fois
00:56:41le 4 juillet,
00:56:42notre fête nationale,
00:56:43la finale du Super Bowl
00:56:45et Halloween
00:56:46tout en un. »
00:56:49La blonde l'a fait,
00:56:50si fraîche,
00:56:51si américaine
00:56:52pour nous remonter
00:56:53le moral.
00:56:55Elle a élevé notre âme
00:56:57et nous a fait
00:56:58nous sentir
00:56:59à nouveau des hommes.
00:57:01Dieu la bénisse.
00:57:09Le vendredi 19 février,
00:57:11c'est le jour du retour.
00:57:13En début d'après-midi,
00:57:15nous atterrissons à Séoul
00:57:16avant de rejoindre Tokyo.
00:57:20Bien qu'épuisée,
00:57:22Marilyn fait des déclarations
00:57:23enflammées à la presse.
00:57:26C'est la meilleure chose
00:57:27qui me soit arrivée
00:57:29et je garderai ce souvenir
00:57:30à jamais gravé dans mon cœur.
00:57:36C'est ce que tu prétendras
00:57:37jusqu'à ta mort
00:57:38avec la certitude
00:57:40d'avoir apporté
00:57:40du bonheur à ces hommes
00:57:42et de leur avoir fait
00:57:43oublier l'absence
00:57:44des leurs.
00:57:47Une femme blonde
00:57:49et pulpeuse
00:57:50que l'on croyait sotte
00:57:51et qu'on voulait docile
00:57:53avait seule
00:57:54redonnée à la guerre de Corée
00:57:56sa dimension humaine
00:57:58en ancrant le conflit
00:57:59dans le quotidien de l'Amérique.
00:58:10À ton retour,
00:58:12tu n'accepteras plus
00:58:13de jouer la énième blonde
00:58:14du casting.
00:58:16Tu exiges d'Hollywood
00:58:17non seulement un salaire
00:58:18digne de toi
00:58:19mais aussi un droit de regard
00:58:21sur tes films.
00:58:27À l'automne 1954,
00:58:29moins d'un an après la Corée,
00:58:32ta vie prend un tournant radical.
00:58:36Tu divorces d'Avec Joe DiMaggio,
00:58:39tu quittes la Fox
00:58:40et fondes à New York
00:58:42ta propre société de production.
00:58:45Tu es libre.
00:58:46...
00:58:49...
00:58:51...
00:58:51...
00:58:58...
00:58:59C'est parti.
00:59:29C'est parti.
01:00:01C'est parti.
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