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Tous les matins à 7h42, l'invité qui fait l'actualité. Un acteur incontournable, un expert renseigné... 10 minutes d'interview sans concession avec Apolline de Malherbe et les témoignages des auditeurs de RMC au 3216.
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00:007h41 sur RMC et sur RMC Story. Après les violences de samedi soir, les premières décisions de justice hier.
00:07Bonjour Ludovic Friade, vous êtes le président de l'union syndicale des magistrats.
00:12Vous êtes premier vice-président adjoint au tribunal de Paris.
00:16Avec vous, dans un instant, on va voir quelles sont les portées des peines qui ont été prononcées hier.
00:22Mais pour le savoir, je me tourne vers vous, Pierre Bazin. Bonjour.
00:25Bonjour.
00:25Vous êtes journaliste police-justice d'RMC.
00:27Une quarantaine de personnes ont donc été présentées à la justice.
00:31Première comparution immédiate hier. Quel premier bilan ?
00:34D'abord, il y a les 26 personnes qui ont été condamnées via une procédure rapide.
00:38Ça s'appelle la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité.
00:41Ce sont des gardés à vue qui ont rapidement reconnu les faits qu'on leur reprochait.
00:45Et là, c'est le procureur qui est à l'initiative des peines.
00:48Depuis dimanche, la plus lourde prononcée, c'est 10 mois de prison ferme sous bracelet.
00:52Et puis, vous l'avez dit, hier, il y a eu les premières comparutions immédiates.
00:5511 au total avec des hommes condamnés à des peines d'amende, des travaux d'intérêt général et de la
01:01prison avec sursis.
01:03Seul l'un d'eux écope de 6 mois ferme.
01:05Là aussi, la peine, elle sera aménagée.
01:07Parmi les autres condamnés hier, l'un d'eux se trouvait en état de récidive, sanctionné en septembre 2025 pour
01:14des faits similaires.
01:15Attention, Apolline, ce qu'il faut bien préciser, c'est qu'hier, la justice n'a pas forcément jugé les
01:19affaires les plus graves, bien au contraire.
01:21C'est au contraire celles qui sont les plus faciles, j'allais dire, à juger et les plus immédiates qui
01:25demandent le moins d'enquêtes.
01:27Est-ce qu'on a un bilan ?
01:28Puisque, évidemment, on est un an après la précédente Ligue des Champions, on est un an après des faits qui
01:36étaient tout à fait comparables.
01:37Est-ce qu'un an après, on sait, parmi tous ceux qui avaient été d'abord arrêtés, puis en garde
01:43à vue, puis jugés, quelles sont les peines finalement prononcées ?
01:47Eh bien non, on n'a pas de chiffres.
01:49Un an après, on ne sait pas.
01:50On ne sait pas, puisque le ministère de la Justice n'a pas tenu les comptes.
01:54Impossible d'être exhaustif dans la réponse qu'on va vous apporter.
01:57La seule chose qu'on sait, c'est à partir de ce que RMC a recensé, lorsqu'on a couvert
02:02l'année dernière les trois jours de comparution immédiate,
02:05une trentaine d'affaires au total, avec à la clé cinq condamnations à de la prison ferme.
02:10Mais là encore, il faut apporter une nuance.
02:11Les affaires les plus graves n'ont pas été jugées en comparution immédiate, mais plusieurs mois après les faits.
02:17Il est fort probable que des peines bien plus lourdes aient été prononcées lors de ces audiences, mais c'est
02:21très difficile d'avoir un suivi.
02:22Merci Pierre Bazin. Ludorique Friat, les magistrats, le parquet, vous ne tenez pas les comptes ? Vous ne faites pas
02:27le point un an après ?
02:29Le ministère ne tient pas le compte. C'est assez différent des magistrats, du siège ou du parquet.
02:34Bien évidemment, des comptes sont tenus, mais la réalité, c'est que notre ministère est assez défaillant en matière informatique,
02:43collecte de la donnée...
02:44Non mais on en est là ?
02:45On est là, mais on en est là. Oui, oui, c'est pas faute de le dire. Effectivement, on a
02:49malheureusement notre ministère, une informatique qui n'est pas à la hauteur de la tâche qu'elle est.
02:53Vous ne vous êtes pas dit les uns les autres, bon, c'est important, malgré tout, aujourd'hui aussi, pour
02:57que l'on comprenne le fonctionnement de la justice,
02:59il y a, je ne sais pas, 260 gardés à vue. Un an après, on en est où ? Combien
03:05ont été jugés ? À quel type de peine ? On ne sait pas.
03:08Un an après, les mêmes faits, il y a un an, on ne sait pas. Mais j'en rêve. Il
03:12faut savoir que dans notre travail quotidien, l'informatique dans le ministère n'est souvent pas une aide,
03:17mais souvent un irritant, un irritant majeur. On en tire les conséquences.
03:21On fait, nous, notre travail, effectivement, de journaliste, mais on n'a pas forcément accès à l'ensemble des données.
03:27C'est quand même assez saisissant.
03:29Prenons alors donc ce que l'on sait, c'est-à-dire les premières comparutions d'hier, et le cas,
03:36par exemple, de celui qui était en récidive.
03:38Pierre nous le disait à l'instant. Il s'agit d'un jeune homme, 19 ans, Ibrahima, récidiviste, puisqu'il
03:43a donc été condamné en 2025
03:45pour détention d'armes de catégorie D, couteau en l'occurrence, et condamné déjà l'année précédente, en 2024,
03:51et là, c'était pour trafic de stupes. Le parquet a requis 4 mois de prison ferme et 3 000
03:58euros d'amende,
03:59mais à la fin, il a été déclaré coupable de détention de produits explosifs, d'attroupement en vue de commettre
04:03des violences,
04:05et il a été condamné à 4 mois de prison avec sursis. Quand on est en récidive, est-ce que
04:11c'est suffisant ?
04:13L'exercice auquel vous me conviez est toujours difficile. Je n'étais pas à l'audience, je ne sais pas
04:18effectivement
04:18ce qui a été requis, vous me le dites, je ne sais pas ce qui a été plaidé.
04:21Moi, l'intérêt que j'y vois, c'est que la justice s'est mise en ordre de marche, en
04:27ordre de bataille,
04:28pour traiter ces violences qui sont d'un volume extraordinaire.
04:31Tant le parquet, pour effectivement traiter ces dossiers, les trier, les orienter,
04:36que le siège du tribunal de Paris, puisque des audiences supplémentaires de comparus chez médias,
04:40des audiences supplémentaires de CRPC, c'est-à-dire de plaidés coupables, ont été organisées,
04:44elles sont en train de se tenir, elles vont continuer à se tenir, et c'est une bonne chose,
04:48la justice fait son travail, et elle ne va pas s'arrêter à ces trois jours-là.
04:52Il y a beaucoup de dossiers qui sont des dossiers beaucoup plus graves,
04:54il y a des violences très graves qui ont été commises à cette occasion-là,
04:56qui vont faire des ouvertures d'informations judiciaires,
04:59et qui vont se juger dans les semaines et mois qui viennent.
05:02Il faut que les gens sachent que ceux qui participent à ces infractions,
05:05il y aura une réponse judiciaire, cette réponse judiciaire prendra le temps qu'il faudra,
05:09mais elle sera apportée.
05:10Laetitia, qui nous appelait tout à l'heure de Haute-Loire,
05:13disait « mais je ne comprends pas pourquoi on nous met des caméras partout,
05:16et on a l'impression qu'elles ne sont pas utilisées, en tout cas pas pour la reconnaissance faciale. »
05:20C'est ce que demandent un certain nombre désormais de politiques,
05:23qui disent « ça permettrait justement d'arrêter aussi ceux qu'on n'a pas réussi à arrêter sur le
05:27moment. »
05:28Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
05:29Ces caméras sont largement exploitées,
05:31puisque effectivement c'est un moyen de preuve qui est devenu fondamental et central.
05:37L'organisation faciale, c'est pour le coup un réel choix de société,
05:42qui dépasse effectivement ma place de magistrat et de syndicalisme magistrat.
05:46Il y a des pays, comme la Chine, pour ne pas la nommer,
05:49qui ont poussé très loin la reconnaissance faciale.
05:52Oui, ce n'est pas forcément un modèle, on est bien d'accord.
05:54Ça veut dire que, quelque part, c'est un choix de société, c'est le pacte social.
05:58Vous renoncez à beaucoup de libertés, puisque vous êtes effectivement suivi,
06:02quelque part, certains journalistes vous direz « fliqués » au quotidien,
06:05dans tous les actes de votre vie quotidienne.
06:09Donc là, les caméras, expliquez-nous ce qu'on vous dit, elles sont utilisées.
06:11Ça veut dire qu'en réalité, elles sont exploitées à posteriori, analysées.
06:15Laure Becchio, que je recevais hier sur BFM TV, la procureure de Paris,
06:19me disait « on a les visages, on les voit, et ils seront poursuivis ».
06:24Ça veut dire quoi ? C'est-à-dire qu'on analyse, on cherche, on mène une enquête,
06:27et on va les chercher chez eux ?
06:28C'est un travail de fourmi.
06:30Regardez...
06:31Oui, mais si l'intelligence artificielle vous permettait d'aller plus vite,
06:34peut-être pas plus mal ?
06:35L'intelligence artificielle nous permettrait sans doute d'aller plus vite,
06:37en croisant effectivement les fichiers des gens qu'on connaît,
06:40avec les images.
06:41Oui, ça c'est certain.
06:43Après, la reconnaissance faciale, c'est effectivement systématiquement,
06:46en temps réel, savoir qui est où.
06:49Là, on va peut-être un peu loin.
06:50Il y a d'autres choses qui sont proposées,
06:52notamment effectivement des algorithmes pour analyser les mouvements de foule.
06:55On sait que l'intelligence artificielle peut nous aider
06:58à anticiper tel mouvement de foule ou telles attaques.
07:01Ludovic Friat, je voudrais que vous puissiez accueillir aussi la parole de Jean-Pierre,
07:05qui nous appelle de l'Hérault, au 32-16.
07:07Bonjour Jean-Pierre.
07:09Oui, bonjour.
07:10Vous êtes commercial à Frontignan.
07:12Vous vous interrogiez précisément sur le rôle de la justice,
07:15et est-ce qu'elle fait encore peur ?
07:17J'ai l'impression qu'elle ne fait plus peur,
07:19parce que malheureusement,
07:20ce qui est arrivé encore samedi soir après la finale,
07:24je ne veux pas dire que c'était prévisible,
07:25mais enfin, beaucoup de gens pensaient que ça allait arriver,
07:27et qu'ils gagnent ou qu'ils perdent.
07:29Malheureusement, aujourd'hui, ce n'est même plus une question de victoire ou de défaite,
07:31c'est voilà, il faut casser pour casser.
07:33Et j'ai l'impression, moi, que la justice derrière,
07:36effectivement, il n'y a pas grand-chose qui est faite,
07:38et que c'est des contribuables, comme tout le monde,
07:41qui devront payer ce genre de choses.
07:42Donc, les sanctions de la prison ou autre,
07:44je ne sais même pas si ça fait peur aux gens,
07:46je ne suis même pas sûr.
07:47Par contre, peut-être que de toucher au portefeuille de ces gens-là,
07:49voire des familles,
07:50parce que quand on voit qu'il y a un gamin de 14 ans,
07:51quand même, qui était dans la rue,
07:52et qui a été arrêté,
07:54les parents, ils sont où ?
07:57Le plus jeune, en effet, des mineurs qui ont été arrêtés,
07:59à 14 ans, comme vous le dites, Jean-Pierre.
08:01Je pose la question tout de suite à Ludovic Piat.
08:03Est-ce qu'il faut un système,
08:05tu casses, tu payes ?
08:07On a déjà largement un système,
08:09tu casses, tu payes.
08:10Il existe.
08:11Après, il faut voir aussi à qui on s'adresse.
08:13On parle du cas du mineur.
08:14Il existe, mais il est très rarement mis en application.
08:16Oui, mais alors pour le coup,
08:17souvent, ce n'est pas nécessairement la responsabilité de la justice.
08:20On le voit bien pour, notamment,
08:22les amendes délictuelles.
08:23On a un taux de recouvrement très bas,
08:26parce qu'à la fois,
08:27on s'adresse à un public
08:28qui n'a pas forcément les moyens de les payer.
08:32Souvent, l'amende, ça embête qui ?
08:34Ça embête vous et moi,
08:36les gens qui ont une situation.
08:37Ceux qui n'ont pas de situation,
08:38c'est difficile de raser un oeuf.
08:40L'autre chose, c'est que ça coûte très cher
08:42d'aller récupérer ces sommes-là.
08:44Ça coûte quasiment plus cher de récupérer ces sommes-là
08:46que de les mettre dans les cas de l'État.
08:48Que d'y renoncer.
08:49Mais certains disent, certes,
08:50ils n'ont pas forcément l'argent sur leur compte,
08:53mais on peut le ponctionner sur les allocations.
08:56On peut sans doute le ponctionner sur les allocations.
08:59Après, c'est toujours une problématique
09:01d'avoir une espèce de responsabilité collective.
09:03Quand les gens sont mineurs,
09:05de toute façon, la règle pour les mineurs...
09:06C'est que les parents sont responsables
09:10des faits commis par les mineurs.
09:11Quand on casse et qu'on tape,
09:12c'est une responsabilité collective.
09:13On retombe dans la loi, quelque part,
09:15anti-casseurs des années 70.
09:16Est-ce que c'est le choix du législateur ?
09:19Je le lui laisse.
09:21Mais il faut quand même comprendre
09:22que la justice ne fait pas rien.
09:23On a quand même, par exemple,
09:25quelqu'un qui a été déféré
09:27en comparution immédiate.
09:28La comparution immédiate,
09:29c'est une réponse ferme
09:30qui n'avait pas de cas judiciaires
09:32et qui est partie directement en prison
09:35à l'issue de sa garde à vue
09:36et de sa présentation pour six mois.
09:37Donc, ce n'est pas rien.
09:38Ça montre bien que la justice,
09:40si vous voulez,
09:40fait son travail en individualisant les peines.
09:43Je comprends que de l'extérieur,
09:44ça soit peu visible,
09:46peu compréhensible,
09:47mais heureusement,
09:48on est dans une démocratie en France.
09:50Je veux dire, par là,
09:50il y a le débat judiciaire qui passe,
09:52les avocats parlent,
09:53le procureur parle,
09:54la défense s'exprime
09:55et après, on a un résultat.
09:57Merci beaucoup, Ludovic et Friat,
09:58d'avoir répondu à mes questions.
10:00Premier vice-président adjoint
10:01au tribunal de Paris
10:02et président de l'Union syndicale des magistrats.
10:05Merci, bien sûr, à Pierre Bazin
10:06d'avoir fait le point avec nous.
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