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Découvertes sur le theme des mystères
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00:00:16Je m'appelle Nando Parado. Je fais partie des 16 survivants du vol 571 qui s'est écrasé dans la
00:00:23cordillère des Andes le vendredi 13 octobre 1972.
00:00:36Je savais très bien qu'un avion ne pouvait pas voler si près de la montagne. J'ai regardé ma
00:00:40mère et c'est à ce moment précis que le choc s'est produit.
00:00:49J'ai sombré dans un coma profond et quand très lentement j'ai repris conscience, ça a été pour découvrir
00:00:54une véritable horreur.
00:00:58On attendait les secours, mais ils n'arrivaient pas.
00:01:03Quand un avion s'écrase en haute montagne à la saison des neiges, ces passagers n'ont aucune chance de
00:01:09survivre.
00:01:11Quand une semaine passe, puis dix jours, puis trois semaines, un mois et même deux mois, qui peut croire qu
00:01:18'il reste encore des survivants ?
00:01:21C'est l'idée de nous nourrir de la chair de nos compagnons a commencé à nous travailler l'esprit
00:01:27tous en même temps.
00:01:29Parce qu'on avait tous la même hantise, le même désespoir.
00:01:33On savait qu'on allait mourir, alors quitte à y rester, mieux valait tout tenter.
00:01:37Mais j'ai oublié à laiter.
00:02:16Le voyage devait durer 4 jours. On partait un jeudi pour revenir le lundi suivant. On était jeunes, on n
00:02:22'avait pas beaucoup d'argent.
00:02:24Le moyen le plus économique, c'était de prendre un charter et en l'occurrence un appareil de l'armée
00:02:28de l'air uruguayenne.
00:02:32La veille du départ pour Santiago du Chili, le capitaine de notre équipe de rugby nous a dit qu'il
00:02:37restait encore 10 places disponibles dans l'avion.
00:02:41On pouvait inviter de la famille ou des amis, il voyageraient gratuitement.
00:02:45J'ai sauté sur mon téléphone, j'ai appelé ma mère pour lui dire de faire ses bagages et lui
00:02:49annoncer qu'on partait pour le Chili le lendemain.
00:02:52Tant que j'y étais, je lui avais dit de prévenir ma soeur Suzy qu'elle embarquait avec nous.
00:02:59Suzy avait 17 ans. Elle adorait mes copains rugbymen. Normal, il n'y avait que des beaux gosses dans notre
00:03:06équipe.
00:03:09C'est ainsi que les choses se sont passées. J'ai voulu leur faire un cadeau, les faire profiter de
00:03:14ce voyage au Chili.
00:03:16Elles feraient du shopping, elles s'amuseraient bien, on serait de retour lundi.
00:03:19Mais rien ne s'est déroulé comme prévu.
00:03:26On est partis le jeudi, mais à l'approche des Andes, le temps s'est sérieusement gâté et l'avion
00:03:32a dû atterrir à Mendoza, la dernière grande ville argentine au pied de la cordillère des Andes.
00:03:38Et là, il a fallu attendre que la météo s'améliore pour qu'on puisse redécoller et franchir les Andes.
00:03:43On a passé la nuit à Mendoza.
00:03:46Le lendemain, on est retourné à l'aéroport et on a embarqué dans l'avion.
00:03:51Si bien que finalement, c'est le vendredi matin qu'on s'est envolé pour Santiago du Chili.
00:04:01Rien ne pouvait laisser prévoir qu'une terrible catastrophe nous attendait.
00:04:06Certes, on était un vendredi 13, mais comme je ne suis pas superstitieux, je n'y ai pas spécialement fait
00:04:11attention.
00:04:12Évidemment, la coïncidence est troublante puisqu'on a fini par se cracher.
00:04:21Il y a des gens qui y croient et d'autres qui s'en fichent.
00:04:24Quoi qu'il en soit, ça ne gênait pas le pilote.
00:04:29Mais comment un pilote expérimenté a-t-il pu commettre une telle erreur ?
00:04:35Le commandant de bord était un colonel de l'armée de l'air uruguayenne.
00:04:39Ce qui veut dire que c'était un pilote expérimenté.
00:04:44D'après ce que je sais, il avait franchi les Andes 29 fois, ce qui est beaucoup.
00:04:50Néanmoins, il ne totalisait que 5200 heures de vol.
00:04:53Et ce n'est pas énorme au regard des critères actuels.
00:04:58L'équipage avait suivi une formation conforme aux standards internationaux.
00:05:02L'appareil était en bon état, bien entretenu, sans problème particulier.
00:05:11La charge maximale du Fairchild 227 est de 22 tonnes.
00:05:15Il peut transporter de 45 à 50 passagers.
00:05:19L'appareil en question était équipé de deux moteurs Rolls-Royd Art 7,
00:05:23développant à peu près 1725 chevaux chacun.
00:05:26Notoirement sous-motorisé, ce type d'avion avait souvent du mal à s'arracher du sol,
00:05:31au point qu'entre nous, on l'avait surnommé « cul de plomb ».
00:05:41Sur les 78 Fairchild 227 fabriqués, 33 se sont crachés,
00:05:46causant la mort de 393 personnes.
00:05:50Un tiers de ces avions en service ont été impliqués dans des accidents,
00:05:53ce qui ne donne pas un bilan très reluisant en termes de sécurité.
00:05:57À l'époque, on était loin de savoir que le niveau de sécurité de cet appareil était aussi désastreux.
00:06:02Si on l'avait su, on ne serait jamais monté à bord.
00:06:10Après avoir décollé de Mendoza, le commandant a choisi de voler vers le sud
00:06:15et de faire un crochet au-dessus du col du planchon,
00:06:18ce qui s'explique parce que cette route lui permettait de franchir les Andes
00:06:21sans être contraint de voler à très haute altitude.
00:06:26S'il avait choisi la voie directe et traversé les Andes sans détour,
00:06:30il aurait dû grimper beaucoup plus haut, ce qui aurait mis son avion à rude épreuve.
00:06:35Cet appareil a déjà du mal à atteindre 15 ou 16 000 pieds,
00:06:38puis faire franchir les sommets des Andes aurait été très risqué.
00:06:43Les Andes se dressent comme une muraille abrupte
00:06:46et cette barrière crée des tempêtes très violentes.
00:06:49Si le jet stream arrive du Pacifique, toute l'humidité de l'air s'y engouffre
00:06:53et reste prisonnière des hauts sommets,
00:06:55ce qui déclenche des vents très violents, de fortes précipitations
00:06:58et la formation de gigantesques masses nuageuses.
00:07:02Les tempêtes qui se forment dans la cordillère des Andes
00:07:04peuvent être redoutables.
00:07:12On était une équipe de copains.
00:07:14On était tous jeunes et on avait embarqué avec la perspective
00:07:16de passer un week-end à tout casser.
00:07:19Si bien qu'à bord de l'avion, l'ambiance était au beau fixe.
00:07:23Les gens riaient, bavardaient, on se mettait à genoux sur les sièges
00:07:25pour pouvoir regarder ce qui était derrière.
00:07:29On chantait, on était fous de joie.
00:07:31On s'envoyait le ballon dans tous les coins de la carlingue.
00:07:34On peut dire qu'il y avait de l'ambiance.
00:07:39J'étais assis près du hublot.
00:07:42Mais mon meilleur ami, Panchito Rabal, que je considérais comme un frère,
00:07:45m'a dit, allez, c'est de la place que je profite un peu du paysage.
00:07:50On a donc échangé nos places.
00:07:52Il s'est assis côté hublot et moi, je me suis mis côté couliard.
00:07:57Un changement qui, sur le moment, paraît anodin,
00:08:00mais qui, par la suite, a décidé du sort de notre destin.
00:08:08Les montagnes étaient entièrement recouvertes de nuages.
00:08:11L'avion a donc pris la direction de Corico.
00:08:14L'équipage a appelé la tour de contrôle de Santiago
00:08:16pour leur signaler que l'avion se dirigeait vers Corico
00:08:18et demandait l'autorisation de virer vers le nord
00:08:21pour atteindre Santiago.
00:08:35Le Fairchild devait survoler Corico à 15h33.
00:08:39Mais il a annoncé être au-dessus de la ville à 15h24.
00:08:43Normalement, il faut 11 minutes pour parcourir cette distance.
00:08:45Pourtant, le vol 571 a indiqué qu'il l'avait couverte en 3 minutes.
00:08:50En réalité, l'avion devait être encore au-dessus des montagnes.
00:08:54À un moment donné, les pilotes ont sûrement commis une erreur de calcul.
00:08:58Alors qu'ils sont en plein au-dessus de la chaîne de montagne,
00:09:01ils sont persuadés de l'avoir déjà franchie.
00:09:03Le commandant de bord commet une erreur inexplicable
00:09:06et il prend la décision catastrophique d'obliquer vers le nord,
00:09:09ce qui aura une conséquence fatale pour tous les passagers de la ville.
00:09:14Le pilote a décidé de descendre
00:09:16et comme la montagne était dissimulée sous les nuages,
00:09:19il n'a sûrement pas vu les sommets qui étaient juste en dessous.
00:09:25Quand un pilote ne se trouve pas sur la position qu'il a estimée
00:09:28ou bien qu'il n'est pas là où il croit être,
00:09:30il n'a qu'une solution.
00:09:32Il doit absolument admettre qu'il a commis une erreur.
00:09:35À partir de là, c'est un nouveau mécanisme intellectuel qui se met en place.
00:09:40J'ai fait une erreur, comment vais-je pouvoir la corriger ?
00:09:45C'est absolument indéniable.
00:09:47La catastrophe est due à une défaillance humaine,
00:09:51une erreur de pilotage.
00:09:55On a commencé à ressentir des turbulences pas très fortes,
00:09:58mais l'avion donnait l'impression de trembler.
00:10:04Le chef de cabine est venu nous voir
00:10:06et nous a dit d'attacher nos ceintures de sécurité
00:10:08parce que l'avion allait être chahuté.
00:10:14Ensuite, quand les turbulences se sont accentuées,
00:10:17l'ambiance a changé.
00:10:19Plus personne ne s'adressait la parole.
00:10:21On était tous assis sur nos sièges,
00:10:23ceintures bouclées.
00:10:25L'appareil a plongé à travers la masse nuageuse.
00:10:27Les pilotes croient descendre vers la plaine du Chili.
00:10:30Et bien sûr, plus on approche des montagnes,
00:10:32plus les turbulences sont fortes à cause des vents violents
00:10:34que les hauts sommets déclenchent.
00:10:35Donc dans l'avion, tout le monde est secoué.
00:10:45En sortant de ce matelas de nuages,
00:10:49les pilotes constatent qu'ils sont cernés par les montagnes
00:10:52et les pics rochots.
00:10:55On avait tous peur et cette peur s'est vite transformée en panique.
00:10:59On a senti les moteurs qui accéléraient un grand coup.
00:11:06Il ne m'a fallu que six ou sept secondes
00:11:08pour comprendre qu'il y avait un gros problème.
00:11:11On allait s'écraser.
00:11:31La dernière image que je garde,
00:11:34c'est celle du toit de la cabine qui s'est ouvert.
00:11:38Là, je suis mort.
00:12:01L'avion s'est mis à glisser à une vitesse vertigineuse
00:12:05et j'ai cru qu'il allait se fracasser contre la montagne.
00:12:08Mais finalement, il s'est arrêté.
00:12:14Aussitôt, j'ai pensé, je suis vivant.
00:12:23Je suis monté sur le site du crash
00:12:25et je me suis rendu compte que l'avion s'était posé
00:12:27sur un épaulement que les pilotes avaient dû repérer
00:12:29en tentant d'éviter les montagnes.
00:12:32Un peu plus à gauche ou un peu plus à droite,
00:12:33l'avion aurait heurté les parents rocheuses
00:12:35et se serait désintégré.
00:12:37C'était une chance extraordinaire
00:12:39que l'avion ne se soit pas totalement fracassé.
00:12:42Mais les roches ont arraché la queue
00:12:44et une aile de l'appareil
00:12:45et le reste du fuselage a descendu la pente
00:12:47comme un toboggan, sans heurter le moindre obstacle.
00:12:50Une chance inouïe.
00:12:53Le fuselage a fini par glisser sur une pente très raide.
00:12:57Heureusement, tout était couvert
00:12:58d'une épaisse couche de neige,
00:12:59ce qui lui a permis de glisser sur la déclivité
00:13:02en effectuant des virages
00:13:04suivant la topographie du terrain.
00:13:07Dans leur malheur,
00:13:08il faut admettre qu'ils ont eu beaucoup de chance.
00:13:13Je crois que le mot miracle
00:13:16doit être employé avec précaution
00:13:17parce qu'il faut penser à tous ceux
00:13:19qui n'ont pas eu la chance de survivre
00:13:21et qui ont été mangés.
00:13:22Pour leurs parents et pour leur famille,
00:13:24il est bien évident que ce bilan
00:13:26n'a rien de miraculeux.
00:13:29Voici l'accoudoir que j'ai retrouvé
00:13:31bien plus haut dans la montagne.
00:13:34C'est celui d'un des sièges
00:13:36qui a jailli hors du fuselage
00:13:38quand la queue de l'appareil s'est disloquée.
00:13:44Évidemment, ça fait froid dans le dos
00:13:46de penser que quelqu'un était assis
00:13:48sur ce siège.
00:13:50Cet objet témoigne de la tragédie
00:13:52qui s'est passée ce jour-là.
00:14:14Aucun de nous n'avait l'expérience de la neige.
00:14:17On était comme des petits garçons.
00:14:19En Iruguay, le plus haut sommet
00:14:20ne dépasse pas 500 mètres.
00:14:22On ne savait rien de la haute montagne.
00:14:24C'était un désastre.
00:14:25Il y avait des morts, des blessés.
00:14:27Certains s'étaient cassés les jambes.
00:14:30Quand l'avion s'est immobilisé,
00:14:32on s'est occupé de secourir les blessés.
00:14:34Je suis allé trouver la mère de Nando.
00:14:36Je l'ai touchée.
00:14:37Elle était morte.
00:14:39Elle était recroquevillée sur son siège
00:14:41et étant donné sa position,
00:14:43j'ai eu la certitude qu'elle était morte.
00:14:48Nous, quand on a vu le corps de Nando,
00:14:50on a cru qu'il était mort.
00:14:53Il avait été projeté vers l'avant de l'avion.
00:14:56Il avait le visage très enflé.
00:14:58C'est tout juste si je le reconnaissais.
00:15:02On a sorti le corps de Nando de la cabine
00:15:04et on l'a déposé dehors, près du fuselage,
00:15:06afin de faire de la place à l'intérieur
00:15:08pour ceux qui avaient survécu.
00:15:16Le copilote souffrait atrocement
00:15:18et il nous a demandé de lui apporter son revolver
00:15:21pour en finir,
00:15:22tant ses douleurs étaient intolérables.
00:15:24Quand on m'a dit qu'il était en vie,
00:15:26je me suis dit que c'était un homme précieux.
00:15:28Lui seul pouvait nous indiquer notre position.
00:15:30Mais comme il était complètement prisonnier de la carlingue,
00:15:32personne n'a réussi à le désincarcérer.
00:15:35Avant que le copilote ne meure,
00:15:37certains l'ont entendu dire
00:15:39« On a passé Corico, il était en état de choc. »
00:15:42Il a dû comprendre qu'il avait fait une erreur
00:15:43car il répétait sans cesse.
00:15:45Mais comment c'est possible ?
00:15:46Je me souviens très clairement l'avoir entendu répéter
00:15:49« On a passé Corico, on a passé Corico. »
00:15:51Comme il y avait une carte, on l'a regardé
00:15:53et on a constaté que Corico était une ville côté chilien.
00:15:56C'était clair et net.
00:15:58Les survivants se sont sûrement dit
00:15:59« C'est la seule information fiable dont nous disposons
00:16:02et nous la tenons de quelqu'un qui est censé être compétent. »
00:16:05Donc si on a passé Corico,
00:16:07ça veut dire que nous sommes sur le versant ouest des Andes.
00:16:23Vous vous retrouvez dans une vallée glaciaire
00:16:25à plus de 3600 mètres d'altitude au cœur des Andes.
00:16:29Même encore aujourd'hui, c'est un endroit éloigné de tout.
00:16:31C'est comme si vous entriez dans un immense congélateur.
00:16:34Cette vallée est surmontée par des piques sur trois côtés
00:16:37et offre une ouverture vers l'est.
00:16:39Les montagnes qui vous entourent sont des piques
00:16:42qui culminent à 4000, 4500, 4900 mètres.
00:16:45À l'est se trouve un volcan nommé El Sosnéado
00:16:48qui a atteint 5500 mètres.
00:16:50Les pentes sont abruptes et les parois vertigineuses.
00:16:58Les passagers ont dû aussitôt penser à se protéger contre les éléments.
00:17:01Sinon, ils risquaient tous de mourir au bout d'un jour ou deux.
00:17:04En outre, ils se sont retrouvés brutalement à très haute altitude.
00:17:07Il leur a donc fallu s'adapter très vite à cet environnement particulier.
00:17:12La première nuit a été horrible
00:17:13parce que le soleil ne s'est levé qu'à 4 heures de l'après-midi
00:17:16et qu'il a fallu attendre 15 heures pour le voir réapparaître.
00:17:22Ils ont dû rapidement trouver des moyens de survivre
00:17:25pendant cette première nuit.
00:17:27Se tenir chaud en se serrant les uns contre les autres,
00:17:29c'est sûrement la décision la plus importante qu'ils ont prise.
00:17:52Vous espérez tout le temps qu'on viendra à votre secours.
00:17:55Vous avez confiance.
00:17:57Vous êtes prêt à faire tout ce qu'il faut pour survivre
00:17:59durant ces premiers jours
00:18:00en attendant que les hélicoptères viennent vous chercher.
00:18:03Mais les hélicoptères ne viennent pas.
00:18:11Ensuite, autour de vous, vous voyez mourir vos amis.
00:18:17On a sorti tous les cadavres de la carlingue
00:18:20pour pouvoir disposer de plus de place à l'intérieur.
00:18:27Quand l'avion s'est crashé,
00:18:29nous n'avions pas de nourriture.
00:18:31Nous avons partagé quelques verres d'alcool et des chocolats.
00:18:34C'est tout ce que nous avions.
00:18:35On a sorti tous les cadavres de la carlingue.
00:19:02Si une personne subissait aujourd'hui le choc qu'a subi Nando,
00:19:06on lui appliquerait 40 ans plus tard exactement le même traitement que celui que la nature lui a immédiatement prodigué
00:19:13par le plus heureux des hasards.
00:19:17Il a été prouvé récemment qu'une température très basse, ce qu'on appelle un état d'hypothermie,
00:19:21est le seul neuroprotecteur efficace quand le cerveau est endommagé.
00:19:28Le fait que Nando ait été considéré comme mort par ses camarades et qu'il l'ait placé à l
00:19:32'endroit le plus froid,
00:19:33c'est-à-dire à l'entrée de la cabine avec les blessés graves et les cadavres,
00:19:37a probablement eu un effet protecteur sur son cerveau commotionné.
00:19:42Ça peut paraître très paradoxal, mais ce sont sans doute les conditions climatiques dans lesquelles s'est déroulé l'accident
00:19:47qui ont sauvé la vie de Nando.
00:19:51Les premières choses que j'ai commencé à voir, ce sont les yeux et les visages de mes amis, qui
00:19:55étaient tout près de moi.
00:19:57Ils me regardaient et ils disaient, Nando, on s'est écrasé, tu m'entends ? Tu m'écoutes ? Tu
00:20:02m'entends ? On s'est écrasé.
00:20:05Je me rappelle Nando prononçant ses premiers mots. Il a aussitôt demandé des nouvelles de sa mère et de sa
00:20:11soeur.
00:20:14Ils m'ont dit que ma mère était morte et que Suzy était blessée.
00:20:18Brusquement, mon esprit s'est obscurcié. Ma mère, morte. Je ne pouvais plus rien pour elle.
00:20:23Je me suis préoccupé de ma soeur et j'ai rampé jusqu'à l'endroit où elle était.
00:20:29Il avait beaucoup d'affection pour sa soeur. Il a tenté de la rassurer, mais il n'y avait plus
00:20:34grand chose à faire.
00:20:43La première fois que je suis sorti de l'épave, j'ai été subjugué par la majesté du paysage et
00:20:49l'immensité du décor où nous nous trouvions.
00:20:54Il n'y avait que du blanc partout. Tout était blanc. Il faisait froid. Tout était gigantesque et silencieux.
00:21:02À ces 3500, 4000, 4500 mètres d'altitude, il n'y a plus rien.
00:21:09De la glace, de la neige, des rochers noirs, et c'est tout.
00:21:15Rien qui puisse vous permettre de vous alimenter, de vous nourrir.
00:21:19Strictement rien.
00:21:23Évidemment, du premier au quatrième jour, on a attendu les secours, mais ils ne sont pas venus.
00:21:31Quand nous sommes arrivés au Chili, on a réparti les recherches entre l'armée de l'air chilienne, l'armée
00:21:37de l'air argentine et l'aviation uruguayenne.
00:21:41On a effectué une série de vols au-dessus des Andes, du nord au sud.
00:21:44C'était une chose qui n'avait jamais été faite avant. Et nous n'avons strictement rien vu.
00:22:02Avoir la certitude que votre fils a survécu, ça paraît un peu fou.
00:22:07Mais ce qui comptait avant tout pour moi, c'était les recherches.
00:22:18C'était très triste, cette période que nous avons traversée.
00:22:22On ne savait rien. Je faisais partie de ceux qui étaient persuadés que les Andes avaient eu leur peau.
00:22:31Mon cœur me disait qu'ils étaient tous morts.
00:22:39Durant les dernières heures que j'ai passées près de ma soeur Suzy, tout ce que j'ai pu faire,
00:22:44c'est la serrer dans mes bras.
00:22:45Nous n'avions aucun médicament. Nous n'avions rien.
00:22:50Elle souffrait d'une très grave blessure interne.
00:22:54J'ai passé toute la nuit auprès d'elle.
00:22:59et je crois qu'elle avait conscience de ma présence.
00:23:02Elle ne pouvait pas parler.
00:23:04Elle me contemplait de ses beaux yeux
00:23:07et elle est morte dans mes bras cette nuit-là.
00:23:16Au moins, je suis heureux d'avoir été à ses côtés quand elle s'était éteinte.
00:23:21Elle n'est pas morte seule, vous comprenez.
00:23:40Nous avons complètement perdu espoir le dixième jour,
00:23:44quand nous avons entendu sur le petit transistor dont nous disposions
00:23:48que les recherches avaient été abandonnées.
00:23:52Auparavant, nous gardions tous une lueur d'espoir.
00:23:58à partir de là, ça a été fini.
00:24:02Espérer ne faisait que prolonger la douleur.
00:24:04Nous avons perdu toute espérance.
00:24:15J'ai annoncé à Nando qu'il ne restait plus rien dans les compartiments de rangement
00:24:18où nous avions entreposé les chocolats et la boîte de sardines.
00:24:21Il m'a regardé dans les yeux et m'a dit,
00:24:24Carlitos, j'ai décidé de manger le pilote.
00:24:41Nous étions animés par une fereuse volonté de survivre et par la peur.
00:24:46Nous avions attendu les hélicoptères, nous avions lutté contre le froid, la soif et le stress.
00:24:52Nous nous étions entraînés et les jours passaient.
00:24:54Je n'avais jamais senti de douleur à l'estomac.
00:24:58J'étais affamé, mais curieusement, je ne me souviens pas d'avoir été tiraillé par la faim.
00:25:04Quand on est en état de jeûne prolongé, c'est dans le foie que l'organisme commence par puiser ses
00:25:09réserves.
00:25:10Ensuite, c'est la masse musculaire qui diminue.
00:25:12Puis ce sont nos tissus adipeux, nos graisses.
00:25:15Et enfin, ce sont nos organes internes qui sont digérés.
00:25:18Voilà vraiment ce qui se passe quand on meurt de faim.
00:25:20Il leur fallait absolument trouver un moyen de se nourrir.
00:25:23Sans eau, on ne survit que quelques jours, mais ils avaient réussi à résoudre ce problème.
00:25:36En revanche, on ne peut pas survivre, surtout dans ce type d'environnement, pendant des jours et des semaines sans
00:25:42s'alimenter d'une façon ou d'une autre.
00:25:46Quand vous vous retrouvez isolé à une telle altitude, il n'y a rien.
00:25:50Vous cherchez la moindre chose qui peut être comestible.
00:25:53Nous avions tous lu des récits d'explorateurs privés de nourriture qui tentaient de manger leurs chaussures, leurs valises, des
00:26:01courroies de cuir.
00:26:03Nous, on a essayé.
00:26:04On a goûté des morceaux de cuir qui se trouvaient sur les bagages.
00:26:07Mais ce n'était pas mangeable, parce que le cuir avait été traité chimiquement.
00:26:11Le manger nous aurait fait plus de mal que de bien.
00:26:15Donc, il n'y avait absolument rien.
00:26:17On ne peut pas manger la mousse des sièges.
00:26:19On ne peut pas se nourrir avec du plastique.
00:26:21Quand les secours ont renoncé, vous savez ce qu'il vous reste à faire ?
00:26:25Les chocolats ont disparu, mais vous, vous voulez survivre.
00:26:28L'instinct de vie est sans doute le plus fort des instincts chez un être humain.
00:26:31Et cet instinct change complètement votre état d'esprit.
00:26:40L'idée de nous nourrir de la chair de nos compagnons qui avaient péri a commencé à nous travailler l
00:26:45'esprit tous en même temps.
00:26:47Parce qu'on avait tous la même hantise, le même désespoir.
00:26:52On savait qu'on allait mourir, qu'on était condamnés sans recours, qu'il ne fallait plus compter que sur
00:26:56nous et sur notre bonne étoile.
00:26:59Le même jour, trois ou quatre d'entre nous se sont mis à parler de la même chose.
00:27:05Moi, j'en ai discuté avec Carlitos.
00:27:07Je ne sais pas si j'étais le premier, mais cinq ou six heures après, tout le monde parlait du
00:27:11même sujet.
00:27:13J'ai dit à Adolfo, Nando est fou, il veut manger le pilote.
00:27:17Et Adolfo m'a répondu, non, il n'est pas si fou que ça.
00:27:21Mes cousins et moi y avons déjà pensé.
00:27:25C'est une idée qui est très difficile à accepter.
00:27:30On y pensait pratiquement tous.
00:27:32Nous voulions vivre et pour cela, il nous fallait manger le corps de nos amis.
00:27:38L'un des arguments utilisés pour convaincre ceux qui répugnaient à manger de la chair humaine, celle des cadavres, a
00:27:44consisté à comparer cet acte à l'Eucharistie.
00:27:48Ce sacrement chrétien selon lequel le corps du Christ se transforme en pain.
00:27:52Et c'est cette espèce d'analogie entre Eucharistie et anthropophagie qui a aidé les plus sceptiques à consommer de
00:27:57la chair humaine.
00:28:00Les survivants ne disposaient que d'un tournevis et d'une hache qu'ils avaient trouvé dans l'avion.
00:28:04Ils ont donc dû créer d'autres outils, entre autres des couteaux, qu'ils ont fabriqués en utilisant le plastique
00:28:10des hublots.
00:28:15Et en février 2005, on a eu la chance d'en retrouver un.
00:28:22Voici l'un des couteaux qu'ils avaient fabriqués.
00:28:24Ils en avaient besoin pour découper la chair.
00:28:27C'est à cela qu'il a servi.
00:28:30Ils l'ont taillé et affûté avec leur hache.
00:28:35C'est horrible de s'approprier la chair d'autrui, de profiter de ce que quelqu'un est mort pour
00:28:40le manger.
00:28:42Et la seule raison pour laquelle je l'ai fait, c'est que je me suis dit que si je
00:28:45mourrais, je serais très fier que mon corps permette aux autres de s'alimenter pour survivre.
00:28:56C'est dur de se mettre dans la situation où nous étions.
00:29:00Mais à notre place, vous auriez fait comme nous.
00:29:03Comme il n'y a pas d'autre choix, on finit par se décider assez facilement.
00:29:13Imaginez, chaque individu constituant ce groupe a dû voir qu'il y avait des petits morceaux de protéines, de petits
00:29:19morceaux de graisse et quand il les portait à sa bouche, qu'est-ce que son cerveau lui transmettait ?
00:29:26Certains se disaient sans doute, oh mon Dieu, dire que c'était mon ami, celui qui était assis sur le
00:29:31siège 3B.
00:29:31D'autres, en consommant cette chair, sentaient leur organisme réagir favorablement.
00:29:36Ils reprenaient des forces, un courant d'énergie le parcourait.
00:29:40C'était une lueur d'espoir.
00:29:42Peut-être survivraient-ils, peut-être seraient-ils secourus.
00:29:56D'un point de vue religieux, pour moi, ce n'était pas un péché.
00:30:00Je concevais qu'un corps qui était là puisse être utilisé par nous avant d'être rongé par les verres.
00:30:05A l'époque, cela ne m'a pas affecté.
00:30:08Et cela ne me perturbe pas davantage aujourd'hui.
00:30:13D'un point de vue nutritif, ce sont des protéines, des graisses, c'est-à-dire des lipides, des glucides.
00:30:19C'est un apport énergétique, c'est certain.
00:30:23Pour eux, le fait de consommer différentes parties du corps, de manger des organes qui sont plus riches en vitamines,
00:30:28était essentiel à leur nutrition.
00:30:31C'est quelque chose dont leur organisme avait furieusement besoin.
00:30:35Quand ils essayaient un morceau différent, ils le trouvaient bon, parce que leur organisme leur disait « oui, tu en
00:30:40as besoin, il t'en faut davantage, reprends des vitamines ».
00:30:43Tout ce qui avait un nouveau goût leur était extrêmement bénéfique.
00:30:46C'est ainsi qu'ils ont fini par manger de tout.
00:30:49Presque toutes les parties du corps y sont passées.
00:30:54Certains ont utilisé le mot de cannibalisme pour qualifier leur régime alimentaire.
00:30:58Je parlerais plutôt de rations de survie.
00:31:00Ils ont fait ce qu'il fallait faire.
00:31:02Dans les innombrables récits qu'on a fait de notre histoire, le terme de cannibalisme a été employé, ce qui
00:31:08est une erreur avant notre vie.
00:31:10Les cannibales tuent leurs proies pour les manger.
00:31:13Dans l'ancien temps, les guerriers tuaient leurs ennemis des tribus rivales.
00:31:17Ensuite, ils dévoraient les morts pour des motifs à la fois spirituels et cliniques.
00:31:24Dans notre cas, je crois que le terme approprié, c'est l'anthropophagie.
00:31:29C'est simplement une affaire de terminologie.
00:31:38On avait conclu un pacte entre nous qui ressemblait à ce que beaucoup de gens font aujourd'hui.
00:31:44Donner son sang pour ses amis, pour sa famille, donner un organe pour une transplantation, etc.
00:31:50On s'est tous pris par la main, on s'est chacun promis, au cas où on mourrait, de faire
00:31:54don de son corps aux autres pour qu'au moins l'un d'entre nous puisse se sortir d'ici.
00:32:01Je crois qu'un être humain est capable de voir et de faire des choses horribles, des choses qu'on
00:32:05n'oserait même pas imaginer.
00:32:07Mais les choses ont empiré.
00:32:12Ce que les survivants ne pouvaient pas savoir, c'est que le lieu du crash était une bombe à retardement.
00:32:29L'endroit où s'était immobilisé le fuselage est régulièrement balayé par des avalanches.
00:32:35Tôt ou tard, une avalanche allait dévaler le couloir où les rescapés se trouvaient.
00:32:39Aucun d'eux n'avait l'expérience des glaciers, de la neige, ni des avalanches, ce qui rendait leur situation
00:32:45encore plus tragique.
00:32:57On sait que les avalanches sont capables d'arracher des édifices en béton armé de leur fondation, de faire dérailler
00:33:04des trains, d'emporter des ponts en acier et de les fracasser.
00:33:09C'est dire la gigantesque pression d'impact qu'elles peuvent exercer.
00:33:16On avait échoué au pire endroit qu'on puisse imaginer.
00:33:19On survivait, mais de la pire façon qu'un être humain ait jamais survécu.
00:33:24Pendant trois jours de suite, il a mêché sans interruption.
00:33:27Nous étions totalement prisonniers de l'avion, cernés par la neige.
00:33:32On a survécu comme ça pendant deux semaines et demie.
00:33:35Et une nuit, dans l'obscurité totale, on a entendu un bruit lointain.
00:33:41J'ai entendu des témoins comparer le bruit que produit une avalanche, quand elle démarre, au puissant boom des avions
00:33:47qui franchissent le mur du son.
00:33:48Quand la couche inférieure est trop faible, l'avalanche peut aussi produire des crissements, mais il arrive qu'elle ne
00:33:54fasse aucun bruit.
00:33:55Rien ne signale qu'elle dévale du sommet de la montagne et qu'elle va tout emporter sur son passage.
00:34:01Soudain, on a entendu le bruit que ferait une troupe de chevaux en train de nous charger.
00:34:06Et ça venait d'au-dessus.
00:34:08C'était d'une rapidité infernale.
00:34:10Ça descendait à la vitesse de l'éclair.
00:34:14J'ai entendu le bruit, j'ai regardé sur ma droite, et c'est à ce moment-là que l
00:34:18'avalanche a frappé la carlingue.
00:34:25L'avalanche a dévalé la montagne.
00:34:27Elle a pénétré à l'intérieur du fuselage éventré.
00:34:29Défonçant la paroi que les survivants avaient bâtie pour se protéger.
00:34:33Et elle a englouti tous les gens qui se trouvaient à l'intérieur.
00:34:37Deux secondes plus tard, j'étais enseveli sous la neige.
00:34:40En un instant, des tonnes de neige ont envahi la carlingue et nous ont totalement recouvert.
00:34:45J'étais complètement piégé par la neige.
00:34:48Il régnait le silence le plus sinistre qu'on puisse imaginer.
00:34:51Je ne pouvais plus bouger.
00:34:54On se retrouve coincé dans une position complètement tordue.
00:34:57soit cambrée en arrière, les talons contre la nuque, soit pliée en deux, ce qui fait que la douleur n
00:35:02'est pas supportable.
00:35:03Et en plus, on ne peut plus respirer.
00:35:05C'est une des plus horribles façons de mourir qui soit.
00:35:10J'ai cru que j'allais mourir.
00:35:11Et là, j'ai souri parce que j'ai su que tout était fini.
00:35:17On ne peut pas survivre plus de trois minutes sans oxygène.
00:35:21Quand l'organisme est privé de l'oxygène qui lui permet de respirer, la mort survient au bout de trois
00:35:25ou quatre minutes.
00:35:28On estime que 75% des gens qui sont ensevelis par une avalanche meurent asphyxiés.
00:35:34Roy Harley a réussi à se dégager et j'y suis parvenu à mon tour.
00:35:38La première chose que nous avons faite a été de délivrer nos amis.
00:35:41Diego Storm, Nicolich.
00:35:43Mais quand je suis parvenu jusqu'à eux, ils étaient morts tous les deux.
00:35:47La panique a dû être totale.
00:35:48Qu'est-ce que je peux faire ?
00:35:50Tous se trouvent dans cet espace confiné.
00:35:52Dès que l'un d'eux tente de dégager la neige, ils l'entassent sur d'autres corps,
00:35:55dans la mesure où tous sont serrés les uns contre les autres.
00:35:59On a continué à chercher les autres, en déblayant comme on pouvait.
00:36:03J'ai ouvert les yeux et j'ai compris que j'étais vivant.
00:36:06Ils avaient réussi à me sortir de là.
00:36:09Roy Harley a enlevé toute la neige qui me couvrait le visage.
00:36:12Je me souviens d'avoir cherché la seule femme qui était encore en vie à ce moment-là.
00:36:16C'était Liliana Mettol.
00:36:18En fouillant la neige, j'ai découvert le visage de Nando Parado,
00:36:21qui avait réussi à s'en tirer.
00:36:25Cette avalanche a tué huit d'entre nous.
00:36:29Huit de nos copains sont morts à cause de l'avalanche.
00:36:42Encore un coup du sort, comme si tous les malheurs ne suffisaient pas.
00:36:47Une avalanche survient et cause la mort de huit d'entre eux.
00:36:50C'est difficile d'imaginer pareille situation.
00:36:53Ils sont piégés dans un espace réduit.
00:36:55L'avalanche a complètement recouvert l'épave de l'avion.
00:36:59Ils n'ont pas de lumière.
00:37:00Et dans ce lieu confiné, il leur reste juste un peu d'oxygène pour respirer.
00:37:04Ils se trouvent au-dessus de leurs amis qui ont péri,
00:37:06eux qui étaient encore en vie quelques instants par avant.
00:37:08C'est vraiment horrible.
00:37:10Essayez d'imaginer, il leur a fallu tenir trois jours.
00:37:17Dans des conditions vraiment atroces.
00:37:23Nous avions surtout peur d'être engloutis comme dans un sous-marin au fond de l'océan.
00:37:28Quand vous avez des masses d'eau au-dessus de votre tête, comment faites-vous pour sortir ?
00:37:32On avait un peu d'air.
00:37:34On s'est dit, bon, ne bougeons pas trop, respirons doucement.
00:37:39Mieux vaut économiser l'air.
00:37:41Beaucoup d'entre nous disaient, quelle importance qu'il y ait de l'air ou non.
00:37:45On est enterrés, on va mourir.
00:37:47À supposer qu'on sorte de cette épave, on va se retrouver dans la même situation que par avant.
00:37:53Égarés, perdus au milieu des Andes, personne ne nous recherche plus.
00:37:56Nous n'avons rien à manger, nous n'avons pas d'eau.
00:37:59Nous sommes transit froids.
00:38:00Nous allons mourir de toute façon, nous sommes des gens ensevelis.
00:38:03Donc, restons où nous sommes.
00:38:06Voilà qu'à présent, ils vont devoir manger les amis qui étaient encore en vie un instant auparavant.
00:38:10C'est un cauchemar.
00:38:12Ce calvaire vécu par les survivants est ponctué d'étapes toutes plus horribles les unes que les autres.
00:38:20Je crois que parfois l'esprit humain est plus fort que la réalité.
00:38:24On se demandait, qu'est-ce qu'on va faire ?
00:38:26On se disait, au moins on peut respirer et si on respire, c'est qu'on est vivant.
00:38:32Donc, luttons jusqu'à ce qu'on ne puisse plus respirer.
00:38:38En tâtonnant, je suis tombé sur un poteau autour duquel on enroule les sangles pour maintenir les bagages.
00:38:44Il y en avait un qui traînait par terre.
00:38:46Je m'en suis servi comme d'un pic pour faire un trou dans le toit de la cabine afin
00:38:51que l'air ait pénétre.
00:38:57Je me dis toujours que si l'avalanche ne s'était pas produite, nous n'aurions pas survécu.
00:39:04Et ça étonne beaucoup les gens.
00:39:07Mais en me rappelant le déroulement des faits, je me dis que cette avalanche a recouvert l'avion,
00:39:11le protégeant de tous les blizzards et de toutes les tempêtes.
00:39:14Ce qui fait que l'impact de ces intempéries a été atténué.
00:39:20Deuxième point, si nous avons pu tenir un mois et demi de plus,
00:39:24c'est parce que nous avions huit corps supplémentaires.
00:39:26Je sais que c'est un peu dur de dire ça, mais c'est la réalité.
00:39:36J'étais terrifié.
00:39:39Je ne savais pas quoi faire.
00:39:41J'ai suivi mon cœur, mon intuition.
00:39:43Je voulais revoir mon père.
00:39:45Et je n'ai pas pris en compte tous les risques que ma décision comportait.
00:39:50Si nous avions su ce qui nous attendait, nous ne serions jamais partis.
00:40:11Peu à peu, la neige fond autour de l'épave et le fuselage repose maintenant sur une sorte de socle
00:40:15très instable.
00:40:16Les survivants redoutent qu'il ne bascule au fond d'une crevasse.
00:40:20Au fil des semaines, les survivants effectuent des tâches routinières.
00:40:25Ils sèchent l'intérieur de la cabine, ils sèchent les tissus qui leur servent de matelas,
00:40:29ils font fondre de la neige, ils se préparent à manger.
00:40:32C'est une sorte de routine qui s'installe.
00:40:34Ils sont en situation de survie.
00:40:37L'endroit le plus sûr dans ce décor hostile et gigantesque, c'était la carlingue de l'avion.
00:40:44C'était comme une hutte, comme une sorte d'igloo, qui nous procurait un certain confort.
00:40:50On n'en sortait que pour partir en exploration, parce qu'il fallait bien tout tenter.
00:40:57La cordillère des Andes est une chaîne de montagnes extraordinaire qui s'étend tout au long du continent sud-américain.
00:41:03Elles sont abruptes et très éleveuses.
00:41:05L'air se raréfie dès qu'on monte en altitude comme sur toutes les montagnes du monde.
00:41:09Ce sont donc des sommets extrêmement difficiles et périlleux à escalader.
00:41:15Les deux premiers à partir ne se sont pas éloignés de l'avion de plus de 200 mètres.
00:41:21Ils ont trouvé si pénible cette marche dans la neige épaisse et dans les crevasses qu'ils ont dû rebrousser
00:41:27chemin.
00:41:29C'était très dur de sortir de l'avion.
00:41:32C'était très difficile de le quitter parce que dans une certaine mesure, il nous protégeait.
00:41:38J'ai fait partie de trois expéditions et je suis toujours revenu.
00:41:41On essayait toujours de retrouver la queue de l'avion.
00:41:44Et lors de la dernière expédition, je me souviens, j'ai renoncé.
00:41:49Quand je suis rentré, j'étais quasiment aveugle.
00:41:52Je m'étais brûlé les yeux parce que je n'avais pas de lunettes de soleil.
00:41:56J'avais les dents déchaussées et mes pieds commençaient à se gangréner.
00:42:01C'était totalement décourageant parce qu'on était comme des insectes face aux forces gigantesques de la nature.
00:42:07Notre histoire prouve qu'il est plus facile de mourir que de vivre.
00:42:11C'était beaucoup plus tentant de se laisser mourir.
00:42:15L'homme a la capacité de s'adapter.
00:42:18Il nous fallait juste acquérir de l'expérience.
00:42:20Si nous voulions tenter d'autres expéditions, nous devions être plus prudents et surtout beaucoup mieux équipés.
00:42:27Toutes les histoires de survivants, que ce soit sur une île déserte, au milieu de l'océan ou dans les
00:42:32montagnes, ont un point commun.
00:42:34Poussés par le désespoir, ils improvisent.
00:42:36Ils bricolent les outils indispensables à leur survie.
00:42:45Une fois qu'on a réussi à fabriquer des espèces de raquettes pour pouvoir marcher dans la neige,
00:42:50mes camarades m'ont élu chef, à cause de la volonté que j'avais de me sortir de là, celle
00:42:54d'aller retrouver mon père.
00:42:57J'ai accepté et je leur ai dit, maintenant qu'on est un peu mieux équipés, il faut tenter de
00:43:02descendre plus bas dans la vallée.
00:43:05Nando est devenu ce qu'on appelle un meneur.
00:43:07Il en a toujours un dans tous les groupes et toutes les équipes.
00:43:10Ses camarades un peu plus jeunes lui manifestaient beaucoup de respect.
00:43:20Roberto, Antonio et moi, on est partis un matin avec l'idée de nous éloigner de l'avion tant qu
00:43:25'on pourrait et de revenir le soir même.
00:43:27C'était un test.
00:43:31C'était une tentative expérimentale, si vous voulez.
00:43:34On s'est mis à descendre vers le bas de la vallée, toujours plus bas.
00:43:38Et tout à coup, en franchissant le sommet d'une petite colline, on a aperçu la queue de l'avion.
00:43:44Lors du choc, la queue s'était détachée du fuselage.
00:43:48Elle avait dévalé la pente abrupte et s'était arrêtée au fond de la vallée.
00:43:55Dedans, on a trouvé quelques valises.
00:43:58Immédiatement, on a cherché de quoi manger.
00:44:00On a trouvé qu'une petite boîte de chocolat et un appareil photo.
00:44:04On a également découvert quelque chose d'intéressant, des batteries.
00:44:09Des batteries de 24 volts qui étaient installées à l'arrière de l'avion.
00:44:14On s'est dit, c'est bon, on a des batteries et dans le cockpit, il y a des radios.
00:44:19On pourra peut-être les faire fonctionner.
00:44:22On a décidé de passer la nuit sur place et le lendemain, on est retourné à l'épave.
00:44:29Une fois sur place, on s'est dit qu'il fallait sortir les radios du cockpit.
00:44:35C'est Roy qui nous a aidés parce que chez lui, il s'était bricolé tout seul une chaîne stéréo.
00:44:40On l'a baptisé opérateur radio.
00:44:42Mais connecter des radios sur des batteries, c'est loin d'être facile.
00:44:45On ne s'y connaissait pas assez.
00:44:48Sur la face arrière des instruments de radio, il y avait tout un écheveau de câbles qu'on a été
00:44:53obligés de couper.
00:44:54Comment relier ces câbles aux batteries ?
00:44:57Impossible, hélas.
00:44:59Ça n'a jamais marché.
00:45:01Un autre espoir qui s'envolait.
00:45:06Nous qui avions tant espéré faire fonctionner la radio.
00:45:14Quand on a découvert l'appareil photo dans la queue, je me rappelle avoir dit,
00:45:19bon, il y a une pellicule à l'intérieur, on va prendre des photos.
00:45:22Peut-être que quelqu'un trouvera l'appareil dans 50, 60 ou 100 ans.
00:45:28Il développera les photos et il saura que des gens ont vécu ici.
00:45:31Parce que nous avions la certitude que nous allions mourir.
00:45:34C'est pour ça que nous avons pris des photos.
00:45:44Une nuit, Arturo me lançait un truc pour attirer mon attention et m'a dit qu'il souffrait beaucoup.
00:45:53Je l'ai donc allongé et il m'a dit qu'il allait mourir.
00:45:57Pendant une heure environ, je lui ai fait un massage cardiaque.
00:46:00Quand je m'arrêtais, il avait l'air très mal en point.
00:46:04Donc, j'ai continué jusqu'au moment où je lui ai dit que je n'en pouvais plus.
00:46:08Il est devenu très calme et il a lâché mes mains.
00:46:11Il est mort avec une grande expression de bonheur sur le visage.
00:46:26En ce qui concerne Numa Turcati, vu son état physique, il savait qu'il allait mourir.
00:46:33Et il n'a pas survécu.
00:46:35On l'aimait énormément.
00:46:37Il ne s'est jamais plaint.
00:46:38Quand il est mort, il pesait moins de 30 kilos.
00:46:45Attendre devient vraiment insupportable quand vous savez que vous allez mourir.
00:47:08Je disais sans cesse à Roberto, il faut partir d'ici aussi vite que possible.
00:47:13Pas vers le sud, parce qu'on ne savait pas où on allait.
00:47:16Au nord, se trouvait la partie septatrionale de l'Amérique du Sud.
00:47:20Pour nous, les Andes s'étendaient vers l'est.
00:47:23Et à l'ouest, il y avait le Chili.
00:47:25Et c'était là qu'il nous fallait aller.
00:47:35Avant de mourir, le copilote avait affirmé, nous avons franchi les Andes.
00:47:39Et le Chili se trouve à l'ouest.
00:47:40A l'ouest, se trouve le Chili, était devenu pour eux une sorte de slogan, auquel chacun d'eux croyait
00:47:45dur comme feu.
00:47:50Nous ne savions pas si nous étions en Argentine ou au Chili.
00:47:53On savait seulement que le Chili se trouvait à l'ouest à cause de la position du soleil.
00:47:58Si l'on parvenait à franchir ces montagnes, on verrait de l'autre côté des vallées verdoyantes,
00:48:03et au-delà, à l'horizon, les lumières d'une ville.
00:48:09L'ouest, pour nous, c'était le Sahel.
00:48:12Tout leur indiquait qu'il valait mieux se diriger vers l'ouest.
00:48:15Ils se disaient, de l'autre côté de ces sommets, nous trouverons les vallées verdoyantes du Chili.
00:48:20À l'est, ils pensaient qu'ils se heurteraient à toute la chaîne des Andes,
00:48:23et qu'il n'y avait aucun intérêt à suivre cette direction,
00:48:26si ce n'est qu'il suffisait de descendre.
00:48:30Les survivants ignoraient que, s'ils avaient pris la route de l'Est,
00:48:34ils auraient trouvé un hôtel dans la vallée, à 27 kilomètres du lieu du crash.
00:48:52L'hôtel se trouvait à 27 kilomètres de distance,
00:48:56mais ça représentait une sacrée expédition pour arriver jusque-là.
00:49:00C'était de l'autre côté d'un affluent du Rio Salado,
00:49:03qui est assez large et très difficilement franchissable.
00:49:08Vraisemblablement, ils auraient eu beaucoup de mal à parvenir jusqu'à l'hôtel.
00:49:12Mais il est toujours plus facile de dire rétrospectivement ce qu'il aurait fallu faire.
00:49:25Nando tenait absolument à quitter les lieux.
00:49:28Il voulait revoir son père pour lui montrer qu'il n'avait pas perdu tous les siens.
00:49:32Nando était absolument déterminé à partir.
00:49:35Il était résolu à sortir de là, pour aller retrouver son père.
00:49:40Il a compris que, s'il ne sortait pas de là à tout prix,
00:49:43ils étaient tous condamnés à très court terme.
00:49:47Je crois que les autres ont tardé, ils hésitaient, ils le retenaient,
00:49:50ils pensaient que ce n'était pas le moment, ils remettaient à plus tard.
00:49:54Difficile de savoir pourquoi.
00:49:55Peut-être parce qu'ils avaient peur que Nando échoue.
00:49:59En même temps, Nando a compris qu'il aurait besoin d'aide,
00:50:01donc il m'a demandé de partir avec lui.
00:50:04Parmi les rescapés, il y en avait beaucoup qui l'encouragent.
00:50:09Il comprenait son désir de partir, mais il refusait de l'accompagner.
00:50:14Je trouvais que c'était l'âge de le soutenir seulement avec des paroles.
00:50:21Et c'est à ce moment-là que je me suis dit que j'étais sans doute celui qui pouvait
00:50:25le mieux l'aider.
00:50:27Nando m'a expliqué, tu as de très bons yeux, tu sais dire les cartes, tu es à droit, je
00:50:31veux que tu viennes avec moi.
00:50:33Tintin était en forme, Nando aussi, et moi aussi.
00:50:37La dernière expédition se composait de Parado, de Canessa, de Visintin,
00:50:41et ils avaient le sac de couchage.
00:50:45Je me suis dit qu'avec de l'isolant, on pouvait fabriquer un sac de couchage.
00:50:49Non seulement j'ai eu cette idée, mais je l'ai réalisé tout seul.
00:50:53Jamais je n'ai été aussi fier de moi.
00:50:55C'était ma façon de contribuer à l'expédition, la fabrication de ce sac de couchage.
00:51:04Carlitos a cousu ensemble des morceaux d'isolant avec du fil de cuivre et une aiguille.
00:51:08Et il a fabriqué un sac de couchage qui nous a permis de résister au froid et d'aller jusqu
00:51:13'au bout.
00:51:15Quand je pars en expédition en haute montagne, j'ai une liste de matériel indispensable.
00:51:21Une combinaison, des chaussures solides, des crampons qui, fixés aux chaussures, me donnent de l'adhérence sur la neige,
00:51:28des piolets, des gants, des bonnets, des vêtements isolants, des tentes, des sacs de couchage, des cordes, des grappins.
00:51:35Il y a tout un matériel nécessaire à emporter avec soi quand on part en course.
00:51:40Alors que ces pauvres gens, qui s'étaient crachés en plein milieu des Andes, dans un froid polaire,
00:51:46étaient en tenue d'été, ils allaient jouer au rugby, ils n'avaient pratiquement rien sur eux.
00:51:50C'est un véritable exploit qu'ils ont accompli.
00:51:53Ils ont dû improviser, ils ont dû concevoir et bricoler un harnachement de fortune pour pouvoir quitter le lieu du
00:51:58crash.
00:52:01On avait d'ores et déjà décidé de partir tous les trois, dès que la météo serait favorable.
00:52:08Et en définitive, c'est le 12 décembre que nous sommes partis.
00:52:14Quand ils ont été tous les trois sur le point de partir, Nando s'est retourné et il m'a
00:52:18dit
00:52:20« Carlitos, avant de m'en aller, je veux baiser ton chapelet. »
00:52:23Et en échange, il m'a donné une petite chaussure et il m'a dit
00:52:26« Carlitos, je te promets de revenir chercher cette chaussure. »
00:52:30Il voulait dire qu'il reviendrait pour avoir la paire.
00:52:33Ensuite, il a ajouté, et c'est ce qu'il y a de plus important,
00:52:37« Mais si je ne reviens pas et si vous avez besoin de ma mère et de ma sœur pour
00:52:41vous nourrir, n'hésitez pas. »
00:52:44C'était vraiment très généreux de sa part, parce qu'il n'était pas forcé de nous donner cette autorisation.
00:52:48Mais il l'a fait.
00:52:54À l'ouest se trouve le Chili.
00:52:56C'est avec cette idée que nous avons quitté les paves.
00:52:59Nous en étions sûrs, à l'ouest se trouvait le Chili.
00:53:07Le premier jour, nous étions très optimistes et débordant d'énergie.
00:53:11Au début de la journée, les choses étaient faciles, parce que la neige était très dure.
00:53:15Mais au fur et à mesure que le soleil montait, elle fondait.
00:53:18Je n'avais jamais fait de montagne auparavant.
00:53:22Donc je ne savais pas dans quoi je m'aventurais.
00:53:25Ce qui est étrange, c'est qu'à cette altitude, on peut respirer, mais l'oxygène se raréfinit.
00:53:31Et je me suis souvenu qu'en voyant des films sur des alpinistes
00:53:34qui gravissaient très lentement des pentes pour arriver au sommet,
00:53:37je me disais, mais pourquoi elles ne vont-ils pas plus vite ?
00:53:40Maintenant, j'étais dans la même situation qu'eux, et moi, j'étais à peine capable d'avancer.
00:53:44Je prenais cinq aspirations avant de bouger une jambe, puis l'autre,
00:53:47et c'est ainsi qu'on a gravisé cette pente pas à pas.
00:53:52Quand ils sont arrivés face à la paroi,
00:53:54ils avaient 700 mètres de dénivelé à grimper sur une pente à 45 degrés,
00:53:58ce qui est extrêmement règle.
00:54:01Et la neige les gênait dans leur progression.
00:54:04Imaginez qu'ils n'avaient aucun entraînement, aucune technique.
00:54:07Ils étaient comme des enfants face à une pente enneigée.
00:54:11Ils ont essayé de grimper tout droit.
00:54:13Ils se sont aidés de leurs mains et de leurs pieds.
00:54:16Ils ont glissé, dérapé.
00:54:18Chaque pas gagné se paie par une glissade qui vous fait reculer de la moitié.
00:54:22La peur de l'inconnu, c'est quelque chose de difficile à expliquer.
00:54:25Quand on ignore complètement ce qui vous attend, c'est sûrement une sensation terrifiante.
00:54:30Déjà, quand on est un alpiniste chevronné, quand on sait où on va,
00:54:33quelle voie il faut prendre, à quoi ressemble le sommet,
00:54:36quand on sait bien documenter et renseigner, c'est quand même très impressionnant.
00:54:41On dit que nous avons fait preuve de courage, mais c'est une illusion,
00:54:44c'est la peur qui nous faisait avancer.
00:54:46À un moment donné, on a tenté de gravir la pente rocheuse plutôt que de peiner dans la neige.
00:54:51Mais la roche était instable, de gros rochers nous dégringolaient dessus.
00:54:55J'ai dit à Nando, on va se faire tuer, renaissance, ce n'est pas la bonne voie.
00:54:59J'étais complètement épuisé en arrivant sur l'un de ces faux sommets.
00:55:14J'ai dit à Roberto, je suis à bout de force.
00:55:18Roberto m'a répondu, tu respires oui ou non ?
00:55:20Si tu respires, tu peux y arriver.
00:55:22Tu as raison, je lui ai dit.
00:55:24Tant que je suis capable de respirer, je continuerai.
00:55:26C'était vraiment ce que je pensais.
00:55:28Je ne songeais à rien d'autre de plus profond ni de plus important.
00:55:31Je suis vivant, je respire, donc je continue.
00:55:35On a installé le sac de couchage, le vent s'est calmé et on a admiré la vallée.
00:55:40C'était magnifique.
00:55:41La lune a disparu derrière les nuages et on a bu de l'alcool que nous avions trouvé dans la
00:55:46queue de l'avion.
00:55:46Et en buvant quelques gorgées, je me suis aperçu que j'étais quand même capable d'admirer le paysage
00:55:51après tant de peines, tant de larmes, tant de cris, de souffrances.
00:56:02Ce qu'on a découvert au bout du premier jour d'ascension de cette première montagne
00:56:05n'était pas du tout ce que j'espérais.
00:56:09Je croyais atteindre le sommet en 24 heures et pouvoir contempler les verdoyantes vallées du Chili.
00:56:14Mais nous n'avions fait que la moitié de l'ascension.
00:56:19Durant les trois premiers jours, ils étaient complètement découragés
00:56:23parce qu'il leur a fallu trois jours pour atteindre le sommet.
00:56:26Ils croyaient y parvenir en un jour, il leur en a fallu trois.
00:56:29Et pendant trois jours, on les a vus comme des petits points là-bas sur la montagne.
00:56:41Roberto regardait au loin et il a aperçu une sorte de ligne.
00:56:43Il s'est dit que ça pourrait être une route, mais c'était impossible à savoir.
00:56:48Cette histoire de route est intéressante parce que Nando me soutenait que cette route n'existait pas.
00:56:53Mais elle existe bel et bien.
00:56:55Et je l'ai vue, j'en suis sûr.
00:56:59En fait, nous savons que c'est bien une route qu'il a vue.
00:57:02Un jour où je suis allé là où il s'est trouvé,
00:57:05j'ai pris une photo et j'ai constaté qu'effectivement,
00:57:07on pouvait voir la route qu'on emprunte de nos jours quand on vient de l'Est
00:57:10pour accéder à la vallée.
00:57:13Cette anecdote est digne d'intérêt
00:57:15parce que même si la route que j'ai vue était bien réelle,
00:57:19sur le moment, dans notre situation,
00:57:21on estimait qu'il y avait une chance sur mille pour qu'elle existe.
00:57:26Ils avaient déjà fait d'énormes efforts pour parvenir à cette altitude.
00:57:30Et Nando espérait toujours que s'ils arrivaient à franchir les sommets
00:57:34qui lui bouchaient la vue,
00:57:35ils pourraient enfin voir les douces vallées chiliennes.
00:57:44Quand j'étais à bout de force,
00:57:46Nando me disait, allez, on continue.
00:57:49Je grimpais, je grimpais,
00:57:50et j'imaginais que de l'autre côté, ce serait le salut.
00:57:54Et quand on a fini par atteindre le sommet de cette première montagne,
00:57:58ce que j'ai vu de l'autre côté m'a sidéré.
00:58:12Je ne pouvais plus respirer,
00:58:13je ne pouvais plus parler,
00:58:15je ne pouvais même plus penser,
00:58:16tellement ce que j'ai découvert était désespérant.
00:58:20Au lieu des vallées verdoyantes,
00:58:22on a vu se dresser des montagnes
00:58:23et des pics glacés tout autour de nous à perte de vue.
00:58:32Et là, je me suis dit, cette fois, c'est la fin.
00:58:37Mais j'ai décidé que ce serait moi qui choisirais ma façon de mourir.
00:58:43Le panorama que nous avions sous les yeux
00:58:45ne nous laissait pas la moindre chance de survie.
00:58:47Alors j'ai dit à Roberto,
00:58:49écoute, il n'est pas question de rebrousser chemin.
00:58:51On n'est plus qu'aller de l'avant.
00:58:52On y laissera notre peau, mais au moins, on aurait essayé.
00:58:55Il m'a regardé et m'a répondu, d'accord,
00:58:58on a tellement fait de choses ensemble.
00:58:59Continuons, on mourra ensemble.
00:59:20Quand les trois compagnons Tintin, Nendo et Roberto
00:59:24arrivent au sommet de cette montagne
00:59:26et constatent qu'ils n'aperçoivent pas les vertes vallées du Chili
00:59:29qu'ils imaginaient trouver de l'autre côté,
00:59:31c'est pour eux un coup terrible.
00:59:33Psychologiquement, c'est très dur à accepter.
00:59:36Et à nouveau, cela prouve l'extraordinaire résilience d'un Nendo.
00:59:40Au lieu de se laisser abattre,
00:59:41de sombrer dans la dépression et le désespoir,
00:59:44il dit simplement, très bien, on va continuer.
00:59:47On va marcher vers l'ouest.
00:59:50On dit souvent que ce sont les situations difficiles,
00:59:53les pires épreuves qui vous forgent le caractère.
00:59:55Je dirais plutôt qu'elles agissent sur nous comme des révélateurs.
00:59:59Quand vous êtes dans une situation désespérée,
01:00:01ce qui peut vous sauver,
01:00:02c'est à la fois tout ce que vous êtes
01:00:04et tout ce que vous avez appris.
01:00:09Roberto et moi, on s'entendait parfaitement,
01:00:11on formait un tandem idéal.
01:00:12Je lui ai dit, écoute à trois, on progresse trop lentement.
01:00:15On s'est tourné vers Antonio Vizintin
01:00:17et on lui a proposé de redescendre,
01:00:19de nous donner tout ce qui lui restait de nourriture.
01:00:21Nous, on allait continuer à avancer.
01:00:23Lui annoncerait aux autres
01:00:24que nous poursuivions notre route vers l'ouest.
01:00:35Vizintin, surnommé Tintin, est ravi de l'aubaine.
01:00:37Il se hâte de regagner l'épave
01:00:39parce qu'au moins, à l'intérieur de l'avion,
01:00:41il se sent en sécurité.
01:00:43Ils avaient tenu jusque-là et ils pouvaient continuer.
01:00:46Au bout de trois jours,
01:00:48quand on en a vu un redescendre,
01:00:49on est allé à sa rencontre.
01:00:51C'était Vizintin.
01:00:54Il nous a annoncé qu'au lieu des vertes vallées du Chili,
01:00:57ils avaient trouvé un panorama décourageant
01:00:59et hérissé de sommets.
01:01:03Mais Nando et Roberto
01:01:05avaient décidé d'emporter les vivres,
01:01:07si je puis dire,
01:01:08et les vêtements de rechange de Vizintin.
01:01:11et ils l'avaient chargé de nous annoncer
01:01:13qu'ils poursuivraient droit devant eux
01:01:15et que seule la mort les empêcherait d'avancer.
01:01:21L'un d'eux avait vu deux pics
01:01:23qui n'étaient pas enneigés
01:01:24et derrière ces pics,
01:01:26on devinait l'océan Pacifique.
01:01:30Quand on se tient à l'endroit où ils étaient,
01:01:32on constate à quel point ces deux pics sont éloignés.
01:01:36On comprend mieux
01:01:36combien leur situation était désespérée.
01:01:40Le besoin que j'avais de partir
01:01:41m'était tout à fait particulier
01:01:43parce qu'au bout d'un certain temps,
01:01:44viendrait le moment où, pour nous nourrir,
01:01:46nous n'aurions plus que les corps de ma mère et de ma sœur.
01:01:50Et je ne voulais même pas imaginer ce moment
01:01:52où il faudrait consommer leurs cadavres
01:01:54pour subsister.
01:01:57Il fallait que je parte.
01:02:00Et on a entamé la descente
01:02:02comme deux braves gars bien décidés
01:02:04à aller de l'avant.
01:02:06J'ai dit à Nando,
01:02:08allons-y et oublions tout le reste.
01:02:11Je savais que c'était
01:02:12un aller sans retour possible.
01:02:15Mais chaque pas compte.
01:02:17Et si on était retourné vers l'avion,
01:02:19on abandonnait toutes nos chances.
01:02:25J'ai voulu voir de mes yeux
01:02:27les obstacles qu'ils ont dû franchir
01:02:29et ce qu'ils ont enduré.
01:02:31C'était un défi,
01:02:32même pour un alpiniste chevronné.
01:02:34Et ça me fascinait.
01:02:36Si bien qu'en décembre 2005,
01:02:38on a retracé la voie qu'ils avaient prise
01:02:39pour quitter le site du crash.
01:02:41On a choisi la même date
01:02:42que celle à laquelle ils étaient partis.
01:02:44On voulait avoir les mêmes conditions d'enneigement,
01:02:46revivre les mêmes situations extrêmes
01:02:48qui avaient été les leurs,
01:02:50sans pour autant mettre nos vies en danger.
01:02:52On s'était entraînés
01:02:53et on avait du matériel.
01:02:55On avait prévu précisément
01:02:56les mêmes étapes que les leurs,
01:02:58mais une fois sur la pente,
01:02:59les risques d'avalanche étaient tels
01:03:01que c'était tout le manteau
01:03:02qui menaçait de se disloquer
01:03:03et de nous entraîner avec lui dans la mort.
01:03:08Pas question.
01:03:09La seule solution consistait
01:03:11à aller plus vite
01:03:11et à gravir la pente en un seul jour.
01:03:14Une fois arrivé au sommet,
01:03:15il n'y a plus de danger d'avalanche.
01:03:17On est en sécurité.
01:03:18Plus rien ne peut vous tomber dessus.
01:03:21Donc ça a été une rude journée,
01:03:22vraiment très éprouvante.
01:03:23On a forcé l'allure,
01:03:24on a gravi toute la pente en un jour,
01:03:26alors que Nando et Roberto
01:03:27en avaient mis trois.
01:03:28C'était épuisant.
01:03:31En haute montagne,
01:03:33c'est beaucoup plus difficile
01:03:34d'évaluer les distances
01:03:35et les proportions.
01:03:36Les vallées dans lesquelles
01:03:37ils sont descendus
01:03:37sont vraiment immenses.
01:03:41Voilà une photo
01:03:42que nous avons prise.
01:03:43Et ce tout petit point sombre,
01:03:45c'est Mayu,
01:03:46l'un des membres
01:03:47de notre expédition.
01:03:49Quand on voit la dimension
01:03:50de ce petit point,
01:03:51on se rend mieux compte
01:03:52de l'immensité de cette vallée
01:03:54où nous nous trouvions.
01:03:55Il y a tout autour
01:03:56des montagnes gigantesques.
01:03:57C'est une expérience
01:03:58qui vous remplit d'humilité.
01:04:03Les souvenirs de ces dix jours
01:04:05que j'ai passés
01:04:05en compagnie de Roberto,
01:04:07ce sont des images
01:04:09que nos violents efforts
01:04:10continuent rendent confuses.
01:04:12Tout était si énorme,
01:04:14vous comprenez.
01:04:15Les montagnes sont si gigantesques
01:04:17que vous avez l'impression
01:04:18de ne pas avancer.
01:04:19Vous vous dites,
01:04:20bon, je vais aller jusque là.
01:04:22Je vais mettre
01:04:23deux, trois ou cinq heures.
01:04:25Mais c'est tellement loin
01:04:25que vous n'y arrivez jamais.
01:04:28La seule chose
01:04:29qui vous fasse avancer,
01:04:30c'est le fait de savoir
01:04:31que vous ne pouvez pas
01:04:32rebrousser chemin.
01:04:35Cette expédition
01:04:36de Nando et Roberto
01:04:37qui a duré dix jours,
01:04:38dix longues et épuisantes journées,
01:04:40représente un exploit stupéfiant.
01:04:42Il faut vraiment imaginer
01:04:43les souffrances
01:04:44qu'ils ont dû endurer.
01:04:46Eux ont du mal
01:04:47à l'expliquer.
01:04:48Moi, je crois
01:04:49que j'en ai une vague idée,
01:04:49mais ça reste néanmoins
01:04:50quelque chose d'exceptionnel.
01:04:54Je crois que c'est Roberto
01:04:55qui a dit,
01:04:56un pied sur la roche,
01:04:57l'autre dans la neige.
01:04:58C'est la frontière
01:04:59qui sépare la vie de la mort.
01:05:00Je réussirai,
01:05:01je ne mourrai pas ici
01:05:02comme tous les autres.
01:05:03Moi, je veux vivre.
01:05:05Ce lieu où la glace
01:05:06s'arrêtait,
01:05:07c'était pour moi
01:05:07comme la ligne de démarcation
01:05:09entre la vie et la mort.
01:05:12Oui, c'était comme
01:05:14si on franchissait
01:05:15une frontière minuscule.
01:05:16On passait d'un monde
01:05:17à un autre.
01:05:18Nous étions fous de joie.
01:05:21Maintenant que les températures
01:05:23sont plus douces,
01:05:24il n'y a plus de risque
01:05:25de jolure.
01:05:26Mais comme ils n'ont aucun moyen
01:05:27de réfrigérer leurs rations,
01:05:28elles commencent à pourrir,
01:05:30ce qui leur pose
01:05:31un nouveau problème.
01:05:31et c'est un nouveau problème.
01:05:47Nando et Roberto
01:05:50nous avaient quittés
01:05:51le 12 décembre 1972
01:05:53et nous commencions
01:05:55à perdre tout espoir.
01:06:04de l'eau qui coulait.
01:06:05Le lendemain,
01:06:06nous avons été très très heureux
01:06:08de voir conquiter
01:06:09notre habituel paysage de neige,
01:06:11de glace et de roche.
01:06:13On commençait à entendre
01:06:14de l'eau qui coulait.
01:06:16Ce bruit d'eau,
01:06:17c'était le retour
01:06:17à la vie normale.
01:06:19et peu de temps après,
01:06:21on a vu cette rivière
01:06:22qui dévalait la montagne
01:06:23et là,
01:06:24j'ai aperçu de la végétation.
01:06:29C'était comme si
01:06:30j'embrassais la vie.
01:06:32Ensuite,
01:06:33dans le loin,
01:06:33on a repéré
01:06:34des traces de civilisation.
01:06:35On avait une vache,
01:06:36on s'est dit
01:06:37qu'il devait y avoir
01:06:38des hommes pas trop loin.
01:06:40Je comprends très bien
01:06:41ce qu'ils ont dû éprouver.
01:06:43On commence à voir
01:06:44quelques plantes
01:06:45par-ci par-là,
01:06:45quelques fleurs,
01:06:46des organismes vivants.
01:06:48Et on se penche
01:06:49pour respirer ses fleurs.
01:06:50Il y a si longtemps
01:06:51qu'on n'en a pas eu mais.
01:06:52Et les petites touffes
01:06:53d'herbe que l'on renifle,
01:06:54ça réchauffe le cœur.
01:06:56Ensuite,
01:06:57ils évoquent leur découverte
01:06:58de ces premiers signes
01:06:59de civilisation.
01:07:00Nando et Roberto
01:07:01ne sont pas d'accord.
01:07:02Nando prétend que
01:07:03ces objets ont été
01:07:04jetés d'avion
01:07:05et Roberto lui dit
01:07:06qu'en avion,
01:07:07les hublots ne s'ouvrent pas.
01:07:08Ils ne viennent pas du ciel.
01:07:10C'est une preuve,
01:07:11un signe que des êtres humains
01:07:13vivent dans les parages.
01:07:15J'étais dans un 5 étoiles.
01:07:17J'avais de l'eau,
01:07:18j'avais de l'herbe à manger
01:07:19et là j'ai compris
01:07:20que des choses très simples
01:07:21suffisent à nous rendre heureux,
01:07:23nous qui exigeons constamment
01:07:24beaucoup plus
01:07:25que ce qu'il nous faut.
01:07:26dans la vie.
01:07:54Quand j'ai vraiment su
01:07:55Qu'on allait s'en tirer
01:07:58Je regardais vers l'ouest
01:08:01Et Roberto regardait vers le nord
01:08:06Et Roberto m'a dit
01:08:08Regarde, regarde Nando
01:08:09Un homme à cheval
01:08:11J'ai tourné les yeux et aussitôt je les ai
01:08:29On s'est mis à crier tous les deux
01:08:32Quelqu'un nous regarde
01:08:33Impossible de communiquer
01:08:34Mais il ne nous quitte pas des yeux
01:08:36Parce qu'il n'arrive pas à croire que deux types
01:08:37Se soient aventurés si haut dans la montagne
01:08:40C'est très difficile de s'entendre
01:08:41D'un bord à l'autre de cette rivière
01:08:43Elle fait un bruit infernal en dévalant la pente
01:08:46Impossible de la traverser
01:08:47C'est beaucoup trop dangereux
01:08:48Si vous mettez un pied dedans
01:08:49Elle vous emporte et vous finissez noyé
01:08:54La nuit est tombée
01:08:56Et on a fini par perdre l'homme de vue
01:08:58On a passé toute la nuit à discuter avec Roberto
01:09:01Je lui disais
01:09:02Nous retrouvons le monde civilisé
01:09:04Demain quelqu'un viendra peut-être à notre secours
01:09:06Ah je me sens si heureux
01:09:07Et toi comment ça va ?
01:09:09Il faut qu'on trouve de l'aide pour les copains
01:09:14Et le lendemain matin vers 5h30-6h
01:09:17On a aperçu un petit feu sur la rive d'en face
01:09:20J'étais en meilleure forme que Roberto
01:09:21C'est moi qui suis descendu
01:09:25La rivière faisait un tel vacarme
01:09:27Qu'on ne pouvait pas se comprendre
01:09:29Et cet homme avec beaucoup d'intelligence
01:09:31Et de sens pratique
01:09:32A pris une pierre
01:09:33L'a roulé dans un morceau de papier
01:09:35Qu'il a attaché à l'aide d'une ficelle
01:09:37Avec un crayon dedans
01:09:38Et il a lancé la pierre par-dessus la rivière
01:09:41Et c'est comme ça que j'ai pu écrire ce message
01:09:46Je viens d'un avion qui est tombé dans la montagne
01:09:49Je suis Uruguayen
01:09:50Nous avons marché 10 jours durant
01:09:53J'ai un ami avec moi qui est blessé
01:09:56Dans l'avion, il y a encore 14 personnes qui sont en mauvaise santé
01:09:59Il faut les évacuer au plus vite mais on ne sait pas comment
01:10:02Nous n'avons rien à manger
01:10:04Nous sommes faibles
01:10:06Quand pourrez-vous venir nous chercher ?
01:10:08Je vous en prie, nous ne pouvons plus marcher
01:10:10Où sommes-nous ?
01:10:12Pour moi, la phrase la plus importante était la dernière
01:10:15Où sommes-nous ?
01:10:16On n'avait aucune idée du lieu où on se trouvait
01:10:18On savait qu'on était dans les Andes, en Amérique du Sud
01:10:21Mais où exactement ?
01:10:30Je lui ai jeté le caillou
01:10:33Il a lu la feuille
01:10:36Il m'a regardé
01:10:37Il l'a relu
01:10:38Et il m'a fait signe de l'attendre
01:10:43Et avant de monter à cheval, il m'a lancé un bout de pain et de fromage
01:10:46Que j'ai apporté à Roberto
01:11:00Il lui a fallu 10 heures à cheval pour rejoindre le premier lieu civilisé
01:11:05Une fois là-bas, il a réuni 5 ou 6 militaires, 6 cavaliers d'une garnison
01:11:10Et ils sont tous remontés jusqu'à nous
01:11:12Quand ils sont arrivés, on était sous le choix
01:11:15L'horreur s'efface
01:11:18La mort s'efface
01:11:21Et la vie vous sourit de nouveau
01:11:45Et soudain, la réalité nous a rattrapés
01:11:47Des journalistes
01:11:49Et des reporters sortis de je ne sais où
01:11:54Ont commencé à apparaître au milieu des montagnes
01:12:05Comment vous pouvez-vous vivre ?
01:12:07De quoi vous alimentiez ?
01:12:12Bon...
01:12:13Sobre...
01:12:14Sobre...
01:12:14Le thème...
01:12:16Si...
01:12:17Si...
01:12:20Si...
01:12:20Qu'est-ce que vous avez dit ?
01:12:22Qu'est-ce que vous avez dit ?
01:12:23Tu es-ce que vous avez dit ?
01:12:24Tu es-ce que vous avez dit ?
01:12:38Nando avait perdu une partie de sa famille, et je crois que pour lui, c'était un deuil irréparable.
01:12:47Ils nous ont donné à manger de la soupe chaude, je m'en souviens.
01:12:50Et ensuite, ils ont étalé une carte et ils m'ont demandé où étaient les autres.
01:12:54J'ai tracé un cercle et ils m'ont dit, mais là c'est en Argentine, c'est près du
01:12:58volcan El Sosneado.
01:13:00Vous n'avez pas pu traverser les Andes à pied.
01:13:03Et j'ai répondu, je ne sais pas si c'est en Argentine, mais je sais que c'est là
01:13:07qu'ils sont.
01:13:10La distance qu'ils ont parcourue depuis l'épave de l'avion jusqu'à Los Maitenes est d'environ 60
01:13:14kilomètres.
01:13:16On l'a mesuré avec le GPS.
01:13:18Le problème, c'est que ce chiffre ne veut rien dire.
01:13:21Parce que chaque kilomètre comptait pour 10.
01:13:25Ce que Nando et Roberto ont réussi à faire me stupéfie totalement.
01:13:30Sans le moindre entraînement, sans technique, sans savoir dans quelle épreuve ils se lançaient,
01:13:34et sans aucun matériel, ils ont réussi à s'en sortir.
01:13:38Après avoir refait leur parcours, je dirais qu'ils ont donné un exemple
01:13:41de ce que sont le courage et le dépassement de soi dans des conditions les plus extrêmes
01:13:45quand on a la volonté de s'en sortir.
01:14:00A la radio, on a entendu l'ambassadeur du Ruguay au Chili déclarer que c'était officiel,
01:14:05que Canessa et Parado étaient en vie.
01:14:09Imaginez ce moment, ce que ça nous a fait d'entendre les noms Parado et Canessa.
01:14:15Entendre ces deux noms-là, cela voulait dire que c'était la fin de notre histoire,
01:14:19la fin de nos souffrances, la fin de notre combat.
01:14:22C'était le début de notre libération, celle pour laquelle nous avions tant lutté.
01:14:27Imaginez notre fébrilité, nous étions tous comme des fous autour de la radio.
01:14:31J'en ai encore la chair de poule quand j'y repense aujourd'hui, 37 ans plus tard.
01:14:35Et après l'avoir revécu des centaines de fois, j'ai encore la gorge qui se serre.
01:14:42Et c'est là qu'ils ont fait venir des hélicoptères.
01:14:45Quand les appareils sont arrivés, les mêmes questions ont repris.
01:14:48Où sont les autres ?
01:14:49J'ai retracé le même cercle, le pilote m'a regardé et m'a dit
01:14:52« On ne les retrouvera jamais sans toi, il faut nous accompagner ».
01:14:57Il m'a embarqué dans un hélico et il a bouclé la ceinture de mon siège.
01:15:01Il m'a mis le casque avec les écouteurs et le micro et on a décollé.
01:15:09Le pilote me disait tout le temps « Je n'ai pas cette puissance, je vole trop haut pour ce
01:15:13type d'hélico ».
01:15:14« Tu es sûr que tu n'es pas perdu ? »
01:15:16« Non, je ne suis pas perdu, je sais où je peux. »
01:15:19Je me rappelle que l'hélicoptère vibrait de partout.
01:15:22Le pare-brise en plexiglas tremblait, au point qu'on aurait dit que les rivets allaient sauter.
01:15:27En poussant sa turbine à fond, le pilote a fini par franchir les montagnes et il a entamé sa descente.
01:15:33Je lui ai dit « Regarde, c'est là ! »
01:15:37Comme le fuselage était blanc, il a fallu qu'on soit à moins de 300 mètres de l'épave pour
01:15:41qu'il la repère.
01:15:42Tout à coup, il s'était crié « Je la vois, je la vois ».
01:16:22Enfin, on venait à notre secours.
01:16:26C'est quelque chose d'impossible à décrire.
01:16:29L'émotion est à la fois si profonde et si violente qu'on a beaucoup de mal à la traduire
01:16:33avec des mots.
01:16:45Deux de mes amis ont sauté dans l'hélicoptère.
01:16:48J'ai empoigné Daniel pour l'aider à monter et le pilote a décollé.
01:16:54Il a demandé combien il y en avait.
01:16:56« Trois, j'ai dit. Ferme les portes, ferme les portes qu'il me fait. »
01:17:01Je suis allé en fermer une, puis l'autre, et j'ai dit « Laissez-moi souffler un peu. »
01:17:06Mes trois camarades m'embrassaient.
01:17:09Ils pleuraient, ils criaient de joie.
01:17:11Je me rappelle leur grand sourire.
01:17:12C'était vraiment un moment merveilleux, je peux vous le dire.
01:17:29Mon père m'a téléphoné en pleurant.
01:17:32Il m'a dit « Nando est vivant, Nando est vivant. »
01:17:38J'étais assise sur mon lit, et mon père me serrait dans ses bras en pleurant et me disait
01:17:44« Tu avais raison, il est en vie. »
01:17:49C'est comme ça que j'ai appris que Roberto et Nando étaient réapparus.
01:17:54L'Uruguay avait demandé d'établir une liste des survivants.
01:17:57J'ai dit « Je me charge de l'annoncer au pays tout entier. »
01:18:02Et je me suis mis à énumérer les noms en commençant par Nando Parado, Antonio Vizintin,
01:18:12Jusqu'au moment où je suis arrivé au nom de mon fils.
01:18:18Et j'ai dû poser le combiné à cause de la force de ce nom,
01:18:21à cause du merveilleux sentiment de bonheur que j'avais à prononcer le nom de mon fils en sachant qu
01:18:27'il était vivant.
01:18:28« Je me suis dirigée vers la porte de ce vieil hôpital,
01:18:33et j'ai crié que je voulais entrer.
01:18:37Personne n'a pu m'en empêcher.
01:18:39Il était très maigre,
01:18:42mais il était si beau.
01:18:44En serrant mon père dans ses bras, il l'a soulevé de terre.
01:18:47Il était très costaud. »
01:18:58Quand les gens me demandaient « À ce moment, vous êtes-vous senti coupable d'être resté en vie ?
01:19:03»
01:19:03Je répondais toujours « Nous avons célébré la vie,
01:19:06et on ne s'est pas senti coupable. »
01:19:07Pourquoi ?
01:19:08Coupable de quoi ?
01:19:19Il y a dix semaines, un avion s'est écrasé avec 45 personnes à bord.
01:19:23La plupart étaient membres d'une équipe de rugby uruguayenne.
01:19:26L'avion, parti de Montevideo, se rendait à Santiago du Chine.
01:19:29Les recherches entreprises avaient été arrêtées depuis plusieurs semaines.
01:19:33Ces montagnes atteignent 6000 mètres et sont couvertes de glace et de neige.
01:19:37Tous les passagers étaient considérés comme morts.
01:19:40Et aujourd'hui, l'incroyable s'est produit.
01:19:43Après dix jours de marche, deux survivants affamés et épuisés
01:19:46sont parvenus à retrouver le monde civilisé.
01:19:59Je crois que le plus éminent psychanalyste du monde
01:20:03serait incapable d'expliquer notre comportement là-haut.
01:20:09Aurais-je fait la même chose ?
01:20:11En Amérique, tout le monde s'est posé la question
01:20:13« Comment me serais-je comporté si j'avais été dans la même situation ? »
01:20:18En Espagne, par exemple, la presse affichait en gros titre
01:20:22« Le retour des cannibales ».
01:20:24Nous avons survécu en mangeant la chair de nos amis
01:20:27mais sans aucune volonté d'offenser leurs familles
01:20:30qui étaient un peu comme les nôtres.
01:20:33Ces gens qui ont survécu dans des conditions abominables
01:20:37ne sont pas devenus des sauvages pour autant.
01:20:40Ils se sont soutenus.
01:20:43Ils ont gardé leur foi en Dieu.
01:20:46Ils ont cru que Dieu les sauverait.
01:20:48C'est bien qu'ils aient été soignés au Chibi.
01:20:51Un prêtre est venu les voir et leur a dit
01:20:54« Vous avez bien agi »
01:20:56et les autorités de l'Église catholique
01:20:58ont immédiatement confirmé.
01:21:03À un moment donné,
01:21:04les survivants ont décidé qu'il fallait qu'un livre
01:21:07relate leur histoire
01:21:08et ils ont formé un comité chargé de choisir
01:21:10l'éditeur et l'auteur.
01:21:12Ils redoutaient qu'un tel livre
01:21:14ne déforme les choses.
01:21:17Inévitablement,
01:21:18la vérité a montré que certains
01:21:20s'étaient conduits en véritables héros
01:21:21et d'autres un peu moins.
01:21:23Mais j'ai trouvé que cela ne servait à rien
01:21:25d'écrire un livre
01:21:26si ce n'était pas pour dire toute la vérité.
01:21:29Dans le livre,
01:21:30Nando apparaît peu à peu
01:21:31comme une personnalité exceptionnelle
01:21:33et à la fin comme celui qui les sauve tous.
01:21:36Mais il est aussi le produit des autres.
01:21:39Le salut ne vient pas que de lui.
01:21:42C'est très étrange
01:21:43parce que nous sommes sortis de la montagne
01:21:46avec les mêmes rêves.
01:21:47J'avais ma maison, ma famille, tout.
01:21:50En revanche,
01:21:50quand Nando est rentré chez lui,
01:21:52il a trouvé sa photo
01:21:53sur le manteau de la cheminée
01:21:55à côté de celle de sa mère
01:21:57et de sa soeur qui étaient mortes.
01:22:00Mon père était quelqu'un de très pragmatique.
01:22:03Il s'était dit
01:22:04« Il ne reviendra pas ».
01:22:06Il avait donné mes vêtements
01:22:07à des gens.
01:22:09Il avait vendu ma moto
01:22:10et il a sombré
01:22:12dans une très profonde dépression.
01:22:15Il adorait ma mère et ma soeur.
01:22:18Il les aimait plus que tout.
01:22:20Il les a pleurés
01:22:21jusqu'à la fin de sa vie.
01:22:24Nando a essayé
01:22:25de reprendre une vie normale,
01:22:26celle d'un jeune homme de son âge.
01:22:28Mais il était complètement perdu.
01:22:30Il ne savait plus quoi faire
01:22:32ni où aller.
01:22:36Je ne saurais pas dire
01:22:37s'il était plus fort
01:22:38une fois sorti de la montagne
01:22:40ou bien là-bas,
01:22:41dans les Andes.
01:22:45La cordillère l'a endurci
01:22:46parce qu'il y a perdu
01:22:48sa mère et sa soeur.
01:22:51Mais par la suite,
01:22:52il a manifesté
01:22:53une force de volonté
01:22:55qu'on ne peut
01:22:56véritablement ni expliquer
01:22:57ni comprendre.
01:22:59la forme d'exprimer
01:23:01et de comprendre.
01:23:04Quand je suis rentré
01:23:05chez moi,
01:23:06je me suis posé la question.
01:23:07Avant l'accident,
01:23:08qu'est-ce qui comptait
01:23:09le plus pour toi ?
01:23:10Avant l'accident,
01:23:11mon père était le président
01:23:12de l'association
01:23:13des pilotes de course
01:23:15uruguayens.
01:23:15Il m'emmenait sur les circuits
01:23:16depuis que j'étais très jeune.
01:23:18J'adorais le bruit
01:23:19des moteurs,
01:23:19les voitures,
01:23:20la course.
01:23:21Je voulais courir,
01:23:22moi aussi.
01:23:23Donc, je m'y suis mis
01:23:24parce que je pensais
01:23:25que c'était important pour moi.
01:23:27Rien à voir avec le danger
01:23:28et la peur.
01:23:29J'ai fait ça
01:23:29parce que je jugeais
01:23:30bon de le faire.
01:23:35Je sais que je vais courir
01:23:36certains risques aujourd'hui,
01:23:38mais je ne pense pas au passé.
01:23:40Je ne me dis pas
01:23:41la peur,
01:23:42j'en ai eu ma dose,
01:23:43je n'en veux plus.
01:23:46Le motif principal
01:23:47qui m'a poussé à partir,
01:23:48c'était le désir
01:23:49de revoir ma famille
01:23:50et mon père.
01:23:52Et je crois
01:23:52que d'avoir baptisé
01:23:54du nom de mon père
01:23:55le plus haut sommet
01:23:56que nous ayons gravi,
01:23:57c'est un bel hommage
01:23:58qui lui est rendu.
01:24:02Malgré les terribles épreuves
01:24:03qu'il a traversées,
01:24:04malgré la mort
01:24:05de sa mère
01:24:05et de sa soeur,
01:24:06au lieu de céder au chagrin
01:24:07et de se replier
01:24:08sur lui-même,
01:24:09il a décidé
01:24:10de s'éclater dans la vie.
01:24:11Pourquoi ne pas célébrer
01:24:12le fait d'avoir survécu ?
01:24:14À mon avis,
01:24:15il a dû se dire
01:24:16pourquoi ne pas profiter
01:24:17de cette vie
01:24:17que j'ai su garder
01:24:18et faire ce qui me plaît
01:24:20plutôt que de ne rien faire du tout.
01:24:25Grâce à la course,
01:24:26j'ai rencontré
01:24:27une très belle femme
01:24:28que j'ai épousée.
01:24:29Nous sommes mariés
01:24:30depuis plus de 30 ans,
01:24:31si bien que je bénis
01:24:32le jour
01:24:33où je me suis mis
01:24:34à la course automobile.
01:24:38Il y a deux ans,
01:24:39nous sommes tous
01:24:40allés ensemble
01:24:41sur le site du crash.
01:24:42Ça a été
01:24:43une expérience incroyable.
01:24:45Et je crois
01:24:46que pour lui,
01:24:46d'une certaine façon,
01:24:48c'était un moyen
01:24:49de montrer à ses filles
01:24:50le lieu où elles étaient nées
01:24:51parce que si Nando
01:24:53n'avait pas quitté
01:24:54le lieu du crash,
01:24:55s'il n'avait pas fait
01:24:56ce qu'il a fait,
01:24:57elle n'aurait jamais
01:24:58vu le jour.
01:24:59C'était une façon
01:25:00de leur montrer
01:25:01le début de leur vie.
01:25:04Si je fais le bilan,
01:25:06j'ai eu une vie fantastique.
01:25:07J'ai une famille formidable.
01:25:10Je fais ce que j'aime.
01:25:12C'est-à-dire
01:25:13que j'apprécie
01:25:14ce fait très étonnant,
01:25:16celui d'être en vie.
01:25:17Chaque jour,
01:25:18chaque fois que je respire,
01:25:20je l'apprécie.
01:25:26On est retournés au Chili
01:25:27avec Roberto,
01:25:28Gustavo et nos familles.
01:25:31Un jour,
01:25:32on roulait sur une route poussiéreuse
01:25:33qui grimpait dans la montagne
01:25:36et tout à coup,
01:25:38on a aperçu
01:25:38un homme à cheval
01:25:39qui descendait
01:25:39sur le côté du chemin.
01:25:43On arrive à sa hauteur,
01:25:45c'était Sergio.
01:25:46On l'a reconnu.
01:25:48On stoppe les voitures,
01:25:50Roberto et moi
01:25:50en cours après lui
01:25:51et je lui crie
01:25:52« Monsieur,
01:25:53s'il vous plaît,
01:25:54arrêtez-vous ! »
01:25:55Et tous les deux,
01:25:56Roberto et moi,
01:25:56on lui dit
01:25:57« Nous sommes perdus.
01:25:58Vous pouvez nous aider ?
01:25:59Vous pouvez nous indiquer
01:26:00la direction ? »
01:26:01Il nous a regardés
01:26:02et il s'est mis à pleurer.
01:26:04J'ai cette photo
01:26:04de Sergio et de nous deux
01:26:06prises 35 ans plus tard.
01:26:07On pense à lui très souvent
01:26:08et dès qu'on le peut,
01:26:09on va lui rendre visite.
01:26:21Il est parfois très difficile
01:26:24de parler de soi.
01:26:26En revanche,
01:26:27il est agréable
01:26:28de pouvoir redonner
01:26:29un peu de ce qu'on a reçu.
01:26:32Je ne sais pas
01:26:33si j'ai un message.
01:26:34Je peux partager
01:26:35ce que j'ai prouvé,
01:26:36ce que j'ai appris
01:26:37et ce que la vie
01:26:38m'a apporté.
01:26:40C'est parfois dur,
01:26:41vous savez.
01:26:43En fait,
01:26:44la vie est plus simple
01:26:45qu'il y paraît.
01:26:46Pour moi,
01:26:47l'amour est ce qu'il y a
01:26:47de plus important au monde.
01:26:49C'est notre amour
01:26:50pour nos familles
01:26:50qui nous a maintenus en vie.
01:27:11Je voudrais rendre hommage
01:27:12à tous ceux
01:27:13qui étaient à bord
01:27:14de cet avion.
01:27:16Parce qu'il y a la place
01:27:17de Nando qui vous parle.
01:27:19Ce pourrait être Marcello
01:27:20ou bien Guido,
01:27:22Arturo,
01:27:23Alexis ou Gaston.
01:27:25Pourquoi suis-je là,
01:27:26moi,
01:27:27et pas eux ?
01:27:28C'est l'une des questions
01:27:30à laquelle je n'ai jamais
01:27:31su répondre.
01:27:33Ça peut paraître idiot,
01:27:35mais je voudrais
01:27:36que vous soyez tous là.
01:27:38Je voudrais que vous n'ayez
01:27:39jamais embarqué
01:27:40dans cet avion.
01:27:41Je vous sers tous
01:27:41affectueusement dans mes bras
01:27:43où que vous soyez.
01:27:44Vous serez toujours
01:27:45dans mon cœur.
01:27:52Sous-titrage Société Radio-Canada
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