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  • il y a 2 jours
Découvertes sur le theme des mystères

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00:07Il habite sur la rive nord-est du lac Batur de l'île de Bali.
00:10Il vit isolé avec sa famille au milieu du lac et sa maison est accessible uniquement en barque.
00:17Il appartient à la communauté des Bali-Aga du village de Trounian qui se situe sur la rive est de
00:23ce même lac,
00:24juste en face du volcan Batur toujours en activité.
00:28Cependant, il est le seul à ne pas vivre dans le village.
00:32Les Aga de Trounian sont les baliniens d'origine qui se distinguent des autres Bali-Aga et des baliniens hindouistes
00:38actuels
00:39par le fait qu'ils n'enterrent pas leur mort, mais les laissent se décomposer à l'air libre,
00:46dans un cimetière accessible en barque.
01:17Pourquoi agissent-ils ainsi avec leurs morts ?
01:20Quelles sont leurs croyances et traditions ?
01:24Comment vivent-ils ?
01:26Peuvent-ils concilier modernité et technologie avec leurs traditions ancestrales ?
01:31Arrivent-ils à préserver leurs traditions de la globalisation, de la modernité, de l'influence touristique de Bali ?
01:38En quoi les transitions existentielles que nous vivons les impactent-ils ?
01:45Et puis, en quoi les saisitent ennements individuels ?
01:56Encore un contexte.
01:56Encore un contexte.
02:00Aperiné, les cultures ont pu chemismer,
02:03Et les cultures sur le monde,
02:17Trounian est un des villages de Bali-Aga qui culturellement est isolé des autres villages de Bali-Aga.
02:23Il est situé sur la rive est du lac Batur, juste au pied du mont Abang, en face du volcan
02:29Batur.
02:30Il existe un autre village aga à Tanganan, dans la région de Karangasem de Bali.
02:35Mais étrangement, leur culture est totalement différente.
02:39Et les deux se revendiquent comme les baliniers d'origine.
02:43Les bali-Aga pratiquent d'anciens rituels antérieurs à l'arrivée de l'hindouisme ou du bouddhisme sur Bali.
02:48Et le village de Trounian est réputé pour ses traditions uniques, principalement avec ses morts, qui les démarquent de la
02:55majorité des bali-Aga.
02:57Mais pourquoi ce peuple est-il différent des autres ?
03:00Que s'est-il passé dans la lignée des Aga pour que leurs traditions soient différentes et que leur village
03:05soit isolé ?
03:07Je m'appelle Iketutnurata.
03:10Je réside dans le village de Trounian, qui se trouve dans le district de Kintamani, dans la région de Bangli.
03:17Je suis un résident comme les autres, et le porte-parole du village de Trounian, et de tous ses habitants.
03:26Sur l'île de Bali, nous sommes tous hindouistes.
03:29Mais à Trounian, notre tradition est différente.
03:34Elle est considérée comme la plus ancienne de Bali, et remonte aux origines mêmes de Bali.
03:41Deux castes existent encore au sein des bali-Aga de Trounian, la secte de Banjar-Gero et celle du Banjar
03:47-Jaba.
03:48Alors qu'en Occident, le terme de secte a une connotation très négative, due à une médiatisation excessive et manipulatrice,
03:56ici, à Bali, les sectes définissent plus un rang dans la hiérarchie qu'autre chose.
04:02Une légende dit que les jeunes doivent voyager dans les basses terres de Bali pour vivre comme des mendiants.
04:09Que ce n'est qu'après ce périple qu'ils peuvent alors revenir dans leur village et faire partie de
04:14la communauté.
04:15Mais il s'avère que d'autres régions pauvres de Bali se servent de la renommée de Trounian,
04:21se faisant passer pour eux à des fins économiques.
04:24Est-ce que cela est vrai ?
04:26Nous savons que beaucoup de personnes de Trounian partent vivre dans d'autres villages.
04:33Mais selon nous, ils ne deviennent pas mendiants.
04:38Ils s'y rendent pour travailler.
04:40Par le passé, dans le village de Trounian, si nous avions des biens, nous les échangions.
04:48Ce que nous possédions, on nous l'achetait sous forme d'échange.
04:52Et peut-être que c'est pour cela que l'on pense que les habitants de Trounian m'en disent.
04:56Pour nous rendre au village de Trounian et rencontrer Paquetout,
04:59nous avons dû faire appel à Ibu Gyan, qui vit au bord du lac Batur depuis 26 ans.
05:04Ibu Gyan est une amie de notre caméraman Tito et elle vit à 20 minutes du village de Trounian.
05:09Mais étrangement, elle m'a avoué qu'il y avait de drôles d'histoires ou légendes
05:14qui se racontaient sur les habitants de Trounian.
05:16Et qu'elle n'était jamais allée au village depuis toutes ces années où elle vit ici,
05:20car elle avait peur de prendre le bateau.
05:22Apparemment, à cause des légendes autour du cimetière.
05:26Je ne suis pas originaire de Trounian.
05:28Je viens du village de Kedisan.
05:30Mais de mon point de vue, le peuple de Trounian est vraiment fidèle à ses coutumes et ses traditions.
05:38Ils respectent tous les conseils de leurs ancêtres.
05:42Ils n'accepteront pas les avis des autres concernant leur culture.
05:46Mais ça ne les empêche pas de recevoir les visiteurs à bras ouverts dans le profond respect de leur tradition.
05:54L'histoire des habitants de Trounian, dont j'ai souvent entendu parler depuis mon enfance,
06:00est celle de la cérémonie des morts, dont les corps ne sont pas enterrés.
06:05Ils ont un cimetière particulier.
06:08Ils pratiquent également une danse traditionnelle, appelée Barong Gautuk.
06:14Dansée par les jeunes hommes du village.
06:17Ils sont habillés d'une tenue spécifique à Trounian,
06:21faite seulement avec des feuilles fanées de bananes,
06:24qu'ils n'ont pas le droit d'obtenir ailleurs,
06:27que ceux uniquement issus des bananiers du village de Blandingan.
06:31S'ils ne l'en trouvent pas là-bas, la danse ne pourra pas être pratique.
06:35J'ai entendu raconter une autre histoire.
06:38Quand nous nous rendons à ce cimetière, il faut s'y rendre avec respect.
06:41Un profond respect et surtout écarter toute pensée négative,
06:45car même si ce n'est qu'un cimetière, il est considéré sacré par les villageois.
06:51Une fois, un visiteur dénué de tout respect est rempli de pensées négatives et a volé un objet.
06:57Cette personne a eu par la suite un tragique incident.
07:03Le premier jour de notre arrivée, nous sommes d'abord allés au village de Trounian en voiture
07:06pour rencontrer Paquetoute et organiser notre traversée en bateau.
07:11Le lendemain, un ami de Paquetoute, qui n'est pas un aga, Pac-Nyumwan,
07:16nous a guidés pour faire le tour du lac en voiture et prendre l'embarcation depuis le temple d'Anu
07:21pour nous rendre chez Paquetoute qui vit isolé du village.
07:24Ils nous ont invités dans sa maison, accessible uniquement en barque,
07:28située à plus de 1,5 km du village et à peu près 1 km en bateau du cimetière sacré
07:33où leurs morts sont posés à l'air libre.
07:36Alors que la simplicité et la frugalité respirent chez eux,
07:43nous avons été accueillis par sa famille Louputou
07:46et son grand-neveu Paquetoute avec du café, avec du thé, avec des gâteaux.
07:51Ensuite, elle nous a fait un repas local en cuisinant encore au feu de bois,
07:55du poisson fraîchement pêché dans le lac, du riz blanc
07:58et du piment que Paquetoute a lui-même récolté dans ses champs pour agrémenter le repas.
08:04Ici, tout est frais.
08:06Pour moi, qui ne mange ni poisson ni viande, ça a été riz blanc.
08:10Mais mon équipe, elle, s'est régalée.
08:43Il y a 11 familles.
08:46Mais seulement 5 familles vivent vraiment ici.
08:53Je vis ici parce que j'y suis né.
08:57C'est l'héritage de mes parents.
09:02Je suis ici depuis que je connais la vie.
09:07Je n'ai jamais pensé vivre ailleurs.
09:12Si nous avons besoin de faire les courses au village,
09:16il faut y aller en bateau.
09:20Il y a longtemps, on devait utiliser un bateau à Paquet.
09:24Et récemment, on nous a prêté plusieurs fois un bateau à moteur.
09:30Nous allons au village de Trounian pour acheter du riz, de l'huile.
09:37Mais de temps en temps, nous devons aller jusqu'à la ville de Kintamani en Bemo.
09:43Je vis du travail de paysan.
09:46Je plante des échalotes une fois dans l'année.
09:52Puis alterne avec des piments.
09:55Et sur mon temps libre, je pêche dans le lac.
09:59On pourrait se poser la question du lien familial
10:02et de l'importance de la famille qui réside au sein de la communauté de Trounian.
10:07Ont-ils la même vision de la famille que les occidentaux ?
10:11Se séparent-ils ou, au contraire, ont-ils un lien familial très fort ?
10:17Les familles à Trounian ne doivent pas se séparer.
10:24Elles doivent plutôt s'attacher.
10:28Bien qu'on soit déjà partis se marier ailleurs,
10:34nous devons toujours retourner chez nos parents.
10:38Sauf si nous sommes écartés du village,
10:42parce que nous décidons de ne plus rester hindouistes de Trounian.
10:46Nous n'en faisons alors plus partie.
11:19Nous nous apprêtions à partir du cimetière sacré où les morts sont laissés à l'air libre.
11:22Mais la pluie nous a pris de court.
11:25Les pluies à Bali sont souvent très fortes et souvent soudaines.
11:29Étant en pleine saison des pluies, nous savions que nous allions rester bloqués.
11:32Nous avons donc décidé d'attendre que la pluie s'arrête.
11:36Cette attente a duré jusqu'à la tombe de la nuit.
11:38Nous sommes donc revenus le lendemain.
11:42Le lendemain, nous étions prêts pour nous rendre au cimetière,
11:46puis à la maison de Pâquetoute.
11:48Nous sommes d'abord rendus au village de Songhan,
11:51qui compte près de 8000 habitants et qui abrite deux temples importants.
11:55Un dans le plongement du village et l'autre au bord du lac.
11:59Nous devions être bénis des dieux,
12:02car ce matin, il y avait une cérémonie balinaise juste au bord du lac.
12:36Pâquetoute est venu nous chercher avec son propre bateau
12:39au départ du temple Tirta Ulundanu.
12:41Juste derrière le temple, aux abords du lac,
12:44a été érigée la plus grande statue de toute l'Indonésie,
12:48celle de la déesse de Wydanu.
12:50Elle fait 15 mètres de haut.
12:53Ce sont les villageois de Songhan,
12:54aidés de leur petit bateau et de 14 sculpteurs,
12:57qui ont permis sa réalisation.
12:59La légende dit que le parfum diffusé par Taroumenyan,
13:05l'arbre à enceint,
13:06a invité une déesse à descendre du ciel pour vivre dans la région.
13:10L'arbre Taroumenyan a donné le nom au village de Téroumenyan.
13:15Le roi Surya était furieux qu'une déesse soit descendue sur terre et la doncherchait.
13:21La déesse était irritée d'être constamment surveillée par le dieu Surya.
13:25Elle s'est alors retournée et la provoquée en montrant ses organes génitaux.
13:30Puis, la déesse est tombée enceinte de l'enfant dieu Surya
13:34et a ensuite donné naissance à des jumeaux de sexe différent.
13:37Le premier transgenre et le deuxième de sexe féminin.
13:42Beaucoup plus tard, la déesse est retournée au ciel alors que ses deux enfants étaient déjà vus.
13:49La déesse d'Eoudanou est devenue la déesse souveraine du lac d'Apure.
13:54Elle est aussi vénérée comme la déesse de la fertilité.
14:07Sous-titrage Société Radio-Canada
14:28Selon la tradition du village de Trounian, et à ma connaissance,
14:34Si quelqu'un meurt dans une collision ou se suicide, il est enterré.
14:38Si quelqu'un meurt d'une mort naturelle, il n'est pas enterré
14:41et est simplement déposé sur le sol, comme s'il dormait.
14:45C'est la tradition du peuple de Trounian.
14:47Une légende dit que les morts sont laissés à l'air libre, à regarder les étoiles
14:51pour permettre à leur âme de partir plus vite.
14:55N'étant pas apeurés ou attristés de se voir brûlés ou enterrés,
14:59leur âme peuvent ainsi se libérer plus facilement.
15:02Mais ce qui m'intrigue dans ce cimetière,
15:05c'est le nombre de places très réduits disponibles pour accueillir les morts,
15:08et qu'il n'y ait aucune odeur de mort ou de décomposition.
15:12Et pourtant, nous sommes restés deux jours entiers.
15:15Les récits disent que c'est grâce à l'arbre sacré qui daterait du XIe siècle
15:20qu'il ne peut pas se reproduire car il ne produit pas de fruits,
15:25et que même s'il en produisait, ces derniers tromberaient et se bruseraient.
15:30Ici, le nombre de défunts que l'on peut déposer est limité à 11.
15:37S'il y a déjà 11 corps,
15:42et que quelqu'un d'autre décède d'une mort naturelle,
15:48le corps de l'un des 11 défunts,
15:50qui repose ici depuis assez longtemps,
15:52sera déplacé là-bas.
15:53Et on mettra à sa place le corps du nouveau défunt.
15:57Il est dit que s'il y a 11 corps,
15:59l'odeur est neutre.
16:00L'odeur de l'arbre, elle-même, disparaîtrait,
16:03ainsi que celle des cadavres.
16:04Car les odeurs seront absorbées.
16:06Les cadavres ne dégagent pas d'odeur,
16:08car selon les récits du village de Trunyan,
16:12ce seraient les racines de l'arbre Taroumenyan
16:17qui en absorberaient les odeurs.
16:25Selon le peuple de Trunyan,
16:28ce village s'appellerait autrefois Taroumenyan.
16:33Mais depuis la visite de voyageurs,
16:35le nom a été abrégé pour donner Trunyan.
16:40La magie provient donc uniquement de cet arbre.
16:43Aucun formol,
16:44aucune injection,
16:45n'ont été administrées aux défunts.
16:47C'est uniquement l'arbre qui absorbe l'odeur des corps,
16:50afin qu'il ne s'en dégage aucune.
16:53On peut imaginer qu'au XIe siècle,
16:55les morts étaient déposées sur le sol,
16:57puis déplacées et enterrées les uns les autres,
17:00lorsqu'il fallait libérer une place.
17:03Lorsque nous sommes arrivés au cimetière,
17:06la première chose qui nous a choqués,
17:08c'est cet aspect un peu déchetterie.
17:10Il faut comprendre qu'au XIe siècle,
17:12le plastique n'existait pas,
17:14et donc les corps créent un compost humain naturel.
17:18Une question,
17:19mais de suite venue à l'esprit.
17:21Pourquoi est-ce que ce second dépôt
17:24n'est pas nettoyé et vidé des objets
17:26et plastiques non recyclables ?
17:27Pour les villageois de Trunyan,
17:29et pour moi,
17:31en ce qui concerne ce lieu,
17:33je suis désolé de le dire,
17:37mais je n'ose pas y pénétrer pour le nettoyer.
17:44Les villageois de Trunyan
17:46n'ont absolument pas la force
17:48de nettoyer cet endroit.
17:53Cela requiert des personnes avisées
17:55pour le nettoyer,
17:58tout comme pour y déposer les corps.
18:03Le lieu est nettoyé
18:05une fois que l'on a célébré
18:07la deuxième cérémonie,
18:10appelée Pengroras.
18:13Pour les habitants de Trunyan,
18:15cet endroit est considéré
18:16comme le plus sacré,
18:17et donc,
18:18ils n'ont jamais osé le nettoyer.
18:21Pour nous,
18:22Monsieur Poutou,
18:24sacré signifie que
18:26c'est le seul endroit
18:27que nous n'osons pas nettoyer.
18:31Jusqu'en 2006,
18:32il n'était possible
18:33d'accéder au village de Trunyan
18:34qu'en bateau.
18:35Mais depuis,
18:36une route a été construite.
18:38Le reste,
18:38néanmoins escarpé,
18:39sinueuse et dangereuse.
18:44Dans ce village,
18:45il y a
18:46le magnifique temple
18:47Panchering Jagat,
18:49un des temples
18:50les plus anciens de Bali
18:51qui, d'après
18:51certaines instructions gravées dessus,
18:54daterait au moins
18:54du 10e siècle
18:55après Jésus-Christ.
18:57Le temple
18:57abrite
18:58une statue mégalithite
18:59de 4 mètres de haut
19:00représentant le dieu
19:01Bali Yaga,
19:02Batara da Tonta.
19:04Cependant,
19:05cette statue
19:06n'est visible
19:06que lors des cérémonies
19:08importantes.
19:09le reste du temps,
19:10elle sommeille
19:11dans le grand Stupa.
19:13Aujourd'hui encore,
19:14deux cimetières sur trois
19:16ainsi que
19:16la maison de Paquetoute
19:18nécessitent une barque
19:19pour être visitée
19:20et reste inaccessible
19:21par la route.
19:22La construction de la route
19:23a modernisé
19:25le village
19:26et a permis aussi
19:27l'arrivée de l'électricité,
19:28énergie
19:29qui nous est si chère
19:31et au point
19:31que son absence
19:33provoquerait
19:34l'effondrement
19:35de notre système
19:35existentiel
19:37en un instant.
19:38On se demande même
19:40comment
19:40certains
19:41pouvaient
19:42il y a quelques années
19:43ou encore
19:44juste quelques mois
19:45vivre sans.
19:4717 personnes
19:48et une semaine
19:50ont été nécessaires
19:51pour que Paquetoute
19:52puisse avoir
19:52de l'électricité
19:53il y a seulement
19:54trois ans et demi.
19:59Avant l'installation
20:00de l'électricité,
20:02il faisait vraiment noir
20:04le soir.
20:09Ça changeait carrément
20:10de la journée ensoleillée.
20:14Ma sœur
20:17devait faire la cuisine
20:19sous la lumière
20:20de la torche.
20:28et merci Dieu.
20:31Nous avons maintenant
20:32de l'électricité.
20:33C'est formidable.
20:37On peut cuisiner
20:38le soir sans problème.
20:42On a la télévision.
20:45C'est vraiment formidable.
20:52Franchement,
20:52la vie est plus facile
20:54sans l'électricité
20:54car on ne doit rien payer.
20:58Mais ce serait dommage
20:59pour les enfants.
21:01Avec l'électricité,
21:03on n'est plus à l'aise
21:04dans la vie en ce moment.
21:05On peut plus facilement
21:07sortir le soir
21:07car nous sommes éclairés.
21:17Pour nous,
21:19la vie reste toujours
21:20difficile en ce moment
21:21car il faut qu'on aille
21:22au village de Songhan
21:23en bateau
21:24pour faire les courses.
21:29De Songhan,
21:30nous prenons un bémo
21:33pour aller au marché
21:34de Kintamani.
21:39Il n'y a pas de Warung ici.
21:52Sous-titrage Société Radio-Canada
22:13A Trounian,
22:14il y a trois cimetières
22:16avec un code bien précis.
22:17Le premier cimetière
22:19s'appelle Sema Waya
22:20avec les morts à l'air libre.
22:23Le Sema Bantas
22:24au village de Trounian
22:25avec les morts enterrées
22:26et le Sema Muda
22:28avec un mix des deux.
22:30Seulement,
22:30dans le cimetière Sema Muda,
22:32les odeurs sont très présentes
22:34car il n'y a pas
22:35l'arbre sacré,
22:37le Tarou Ménian
22:38qui aspire les odeurs
22:40des morts
22:41et dégage
22:42une odeur d'ensemble.
22:45Pourquoi séparer
22:46les morts ainsi ?
22:47Que se passerait-il
22:48pour leur âme
22:49si leur dépouille
22:51devait être posée
22:52à côté,
22:53côte à côte ?
22:55Pourquoi
22:56certains ont le droit
22:58d'être à l'air libre
22:58dans le cimetière sacré
22:59de Sema Waya
23:00et d'autres non ?
23:03Dans le village de Trounian,
23:05il y a trois types
23:06de tombes.
23:10La première
23:12qui est une tombe naturelle
23:18la deuxième
23:20qui est une tombe
23:22pour bébé
23:23et la troisième
23:24qui est appelée
23:25Salapati
23:26ou
23:26Oulapati.
23:28Par exemple,
23:29lorsqu'une personne décède
23:30suite à un combat
23:31et poignardée,
23:34tombe dans un lac
23:35ou chute à terre
23:39ou suite à une fracture.
23:42Par exemple,
23:45elle se retrouve handicapée
23:46après une fracture
23:46à la jambe.
23:52Elle est enterrée
23:53aux confins
23:53du village de Trounian.
23:58Cette mort
23:59s'appelle
24:00Oulapati.
24:03Lorsque ce sont
24:04des jeunes
24:06ou des bébés
24:07qui décèdent,
24:09ils sont déposés
24:10dans des grottes
24:10et recouverts
24:11de pierres.
24:13Si une personne
24:14célibataire décède
24:17et qu'elle a déjà
24:18effectué le rituel
24:19du limage de dents
24:20nommé
24:21Meketus,
24:23alors
24:24des offrandes
24:25et du bambou
24:26sont également
24:27déposés
24:27dans ces grottes.
24:30Par contre,
24:31cela sent mauvais
24:32là-bas
24:33parce qu'il n'y a
24:34pas d'arbre
24:35tarouméniane.
24:36Ceux qui décèdent
24:37d'une mort naturelle
24:38ou pure
24:40sont simplement
24:41déposés
24:42sur le sol
24:42sous l'arbre.
24:44Leurs corps
24:45sont recouverts
24:46d'une étoffe.
24:46Leur visage
24:47reste à découvert
24:48comme celui
24:49d'une personne endormie.
24:50Les agas
24:50de Trounian
24:51ont une relation
24:52toute particulière
24:53avec la mort.
24:54Il semblerait
24:56qu'ils ne soient pas
24:57attachés
24:58au corps physique.
24:59Mais qu'en est-il
25:00de l'âme ?
25:00L'âme et l'esprit
25:02existent véritablement.
25:06Nous pouvons sentir
25:08la présence
25:09des membres
25:09de notre famille
25:10décédés
25:12qui sont reliés
25:13à l'univers
25:13lorsque nous rêvons
25:14le jour
25:15ou la nuit.
25:21Pour nous,
25:23nous possédons
25:23deux esprits.
25:26Notre corps physique
25:27est emprunté
25:28par l'âme.
25:35Cette âme
25:38communiquera
25:39certainement
25:40avec nous
25:43dans nos rêves futurs.
25:47Notre corps physique
25:48est emprunté
25:49à
25:49Ida Sang Yang Widi
25:53et demeure
25:55après notre mort.
25:56Seul notre souffle
25:58s'évapore.
26:00Lors d'un décès,
26:01il y a
26:01trois cérémonies.
26:03Le premier jour,
26:04le troisième jour,
26:05puis le douzième.
26:07Ensuite,
26:07la famille
26:08ne vient plus
26:08au cimetière,
26:09mais communique
26:10avec les âmes
26:10à l'aide d'offrandes
26:11qui doivent être
26:12confectionnées
26:13selon les règles
26:14de Trunyan.
26:15Je n'ai pu m'empêcher
26:16de lui demander
26:17ce que représentait
26:19la mort pour eux.
26:20la mort est prédestinée
26:25selon la décision
26:27de Sang Yang Widi,
26:29selon la décision
26:30de Dieu.
26:36C'est le destin
26:37et seul
26:38Sang Yang Widi
26:39le sait.
26:41Seul Dieu
26:41le sait.
26:44Lorsqu'une personne
26:45décède,
26:45nous sommes tristes.
26:48On l'amène ici,
26:50près de sa tombe.
26:54Selon la tradition
26:55de Trunyan,
26:57ce n'est pas acceptable
26:58de pleurer en ce lieu.
27:01Si quelqu'un meurt
27:02et si cela vous est possible,
27:05ne pleurez pas
27:06lorsque vous l'amenez ici,
27:08de sorte qu'il ne parte pas
27:10accompagné de vos larmes.
27:13Selon le peuple
27:14de Trunyan,
27:16il ne faut pas
27:17verser de larmes sur lui
27:21pour l'aider
27:22à être conscient
27:23une fois dans l'univers.
27:26Lors d'une cérémonie
27:27pour déposer un défunt,
27:29il n'y a pas de femme.
27:31Il s'avérerait
27:32que ce ne soit pas
27:33une question de sexe,
27:35mais plus une question
27:36de force mentale
27:36et spirituelle
27:37pour permettre
27:38à l'âme du défunt
27:39de se libérer.
27:42Les femmes
27:43n'y sont pas autorisées
27:47parce que les hommes
27:48sont plus à même
27:48de retenir leurs larmes
27:49que les femmes.
27:53d'un point de vue émotionnel.
27:54Par le passé,
27:55nos précurseurs
27:56et nos ancêtres
27:57disaient que si des femmes
27:58se rendaient en ce lieu,
28:00leurs pleurs
28:01étaient insoutenables.
28:03Elles criaient,
28:03hurlaient
28:04et ne voulaient pas
28:05rentrer chez elles
28:06afin de ne pas lâcher
28:07l'âme du défunt.
28:10L'âme voyait encore
28:11les femmes
28:12sur un plan physique,
28:14comme lorsqu'elles
28:15pouvaient encore parler
28:17et manger ensemble.
28:21Le cimetière
28:22Semawaya
28:23est de loin
28:24le cimetière
28:25le plus mystérieux
28:26de Bali
28:26et le plus sacré
28:27pour les baliagas
28:27de Trounian.
28:29Aujourd'hui,
28:30les habitants de Trounian
28:31vivent encore
28:32selon les traditions anciennes.
28:34Mais avec la construction
28:35de la route en 2006,
28:37l'activité grandissante
28:39touristique de Bali
28:39et le désir gouvernemental
28:41de faire découvrir Trounian,
28:43les nouvelles infrastructures
28:44touristiques
28:45sont en train
28:45de voir le jour.
28:47Une organisation locale
28:48s'est créée autour
28:48de Trounian
28:49pour amener
28:50des touristes
28:51sur les différents sites.
28:52Nous avons aussi
28:53pu voir
28:54qu'en dehors
28:55du village,
28:56il y a même
28:57une sorte de mafia
28:58qui s'est créée
28:59pour vendre
29:00à des tarifs exorbitants
29:01le transport
29:02pour le cimetière,
29:03arnaquant
29:04des touristes naïfs
29:05et souvent perdus
29:06en prenant
29:07une commission énorme
29:08sur les embarcations
29:09des habitants de Trounian.
29:11Bien que Trounian
29:13ne soit pas un site
29:14où tout le monde
29:15veuille aller,
29:15car la relation
29:17à la mort
29:17est souvent difficile,
29:19voire fait peur
29:20pour encore une très
29:21grande majorité
29:21de personnes
29:22dans le monde.
29:23Si des groupes
29:24touristiques importants
29:25comme les bus
29:26de chinois en vacances
29:27par exemple
29:27débarquent ici,
29:28que va-t-il rester
29:29de leur tradition ?
29:31Arriveront-ils
29:32à se préserver
29:33de toute influence extérieure ?
29:36L'arrivée des touristes ?
29:38C'est très bien.
29:42Cela nous permet
29:43d'améliorer
29:43notre niveau de vie.
29:45Les enfants
29:46peuvent aller à l'école.
29:49Bref,
29:51le tourisme
29:52nous fait du bien.
29:55mais la tradition
29:57reste toujours
29:57conservée.
29:59Impossible
29:59de la changer
30:00parce que c'est
30:01le patrimoine
30:02de nos ancêtres.
30:04Donc les hindous
30:05restent toujours hindous.
30:07La cérémonie
30:07des morts
30:08à la manière
30:09du village
30:09reste identique.
30:12Tout ce qui était
30:12pratiqué par nos parents
30:13ou nos ancêtres
30:15on continue
30:16à le pratiquer
30:17sans modification
30:18parce qu'on ne sait
30:19jamais la conséquence.
30:22Ce qui pourrait
30:22nous arriver
30:24si nous osions
30:25changer notre tradition
30:28de Bali Aga.
30:32Certaines communautés
30:33enseignent
30:34leur tradition
30:35aux jeunes enfants
30:35par un enseignement écrit
30:36d'autres oral
30:38ou encore
30:39par des passages initiatiques.
30:41Mais à Trounian
30:42il paraîtrait
30:43que la tradition
30:44n'est pas transmise
30:45par un enseignement
30:46mais plus
30:47par un mémétisme.
30:51nous ne faisons
30:52que regarder
30:53comment font nos parents.
30:58Même le nombre
30:59de bambous
31:00qu'on utilise
31:01doit correspondre
31:02à un calcul
31:03suivant la position
31:04du défunt
31:04dans le système
31:06hiérarchique.
31:07Si nous nous trompons
31:08nous devons le refaire.
31:11Si moi
31:11je meurs
31:13mon petit frère
31:14devra savoir
31:15ce qu'il doit faire
31:15pour mon corps.
31:17Le type d'offrande
31:18ou quelle forme
31:20à faire
31:20pour le bombe.
31:23Il y a longtemps
31:26avant l'intrusion
31:27de la vie moderne
31:29la tradition
31:30n'avait pas changé.
31:32Et maintenant
31:33je ne sais pas encore.
31:36Par contre
31:37si l'on refuse
31:38de perpétuer
31:39la tradition
31:41on n'a plus le droit
31:42de vivre
31:42au village de Trounian.
31:45même si vous êtes riche
31:46vous êtes toujours
31:47obligé de suivre
31:48la tradition.
31:51C'est pourquoi
31:52il n'y a pas d'étrangers
31:53qui viennent vivre
31:53dans notre village.
31:57Ces quatre jours
31:58passés avec
31:58Paquetout et sa famille
31:59nous révèlent
32:00leur authenticité
32:01et leur forte volonté
32:02de vouloir
32:03maintenir leur tradition
32:04bien qu'elle puisse
32:06s'adapter
32:06au nouveau mode de vie
32:07que nous avons nous aussi.
32:09Pour les habitants
32:10du village de Trounian
32:11les influences extérieures
32:13et politiques
32:13ainsi que
32:13l'accès par la route
32:15leur ont permis
32:16de s'aventurer
32:17au-delà
32:17de leur village
32:18et pour certains
32:19de sillonner
32:20de plus en plus
32:20l'île de Bali.
32:22Cela transforme
32:23leur relation
32:24avec leur tradition
32:25et augmente
32:25les liens
32:26avec les touristes
32:27le monde moderne
32:28la réalité virtuelle
32:30le monde
32:31tel que nous le connaissons.
32:33Ils vivent
32:33en fin de compte
32:34entre
32:34la tradition ancestrale
32:36et l'avancée technologique
32:38qui caractérise
32:38notre siècle.
32:40Mais après tout
32:41les traditions
32:42des pays occidentaux
32:44n'ont-elles pas
32:44pratiquement toutes
32:45disparues
32:45laissant place
32:47à des fêtes marchandes
32:48et une spiritualité
32:49qui se perd
32:49au profit
32:50d'un nouveau monde.
32:52Leurs rites funéraires
32:53sont uniques
32:53ici à Bali
32:54et remontent
32:54à la période
32:55néolithique
32:56située entre
32:576000 et 2200
32:58avant notre ère.
32:59Ils proviennent
32:59principalement
33:00d'une des six sectes
33:01les plus importantes
33:03de la période
33:03pré-hindoue
33:04à Bali
33:04les Bayou
33:05qui étaient
33:07des adorateurs
33:08des étoiles
33:08et du vent.
33:10Alors peut-être
33:11que le fait
33:12de laisser leur mort
33:13face aux étoiles
33:14pour que le vent
33:15puisse emporter
33:16ce qui les compose
33:17permet de laisser
33:18leur âme s'envoler
33:19avec plus de légèreté.
33:21Il est évident
33:22que le rapport
33:23au corps
33:24de chair
33:24pour eux
33:25est dénu
33:26d'attachement
33:26et qu'ici
33:27seule l'âme
33:28du défunt compte
33:29ce qui apparemment
33:31n'enlève pas
33:32la tristesse
33:32des femmes.
33:33Nous sommes matière
33:35et retournerons
33:37à la terre
33:37quoi qu'il arrive
33:39quelles que soient
33:39nos croyances
33:40nos connaissances
33:41et nos technologies.
33:44Et si
33:44les considérations
33:45matérialistes
33:46nous illusionnaient
33:47et nous écartaient
33:48jour après jour
33:48un peu plus
33:49de qui nous sommes
33:49et de ce que nous sommes.
33:52Et si
33:53nous étions
33:53des êtres spirituels
33:55remplis d'amour
33:55de rêve
33:56et de croyance
33:58perdus dans un univers
33:59que nous ne maîtrisons pas
34:00et qui ne nous demande
34:01qu'une seule chose
34:03nous rappeler
34:04qui nous sommes.
34:24et qui ne maîtrisons pas
34:48qui ne maîtrisons pas
35:19...
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