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Les clefs d'une vie d'Éric-Emmanuel Schmitt
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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2026-05-21##
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PersonnesTranscription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Sud Radio, les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:06Les notes n'ont jamais cessé de faire le quotidien de la partition de votre vie.
00:11Votre histoire d'amour avec la musique classique vous a permis de construire des histoires
00:15où les mots que vous choisissez finissent par constituer une symphonie.
00:20Bonjour Eric-Emmanuel Schmitt.
00:21Bonjour Jacques.
00:22Alors on vous retrouve encore une fois.
00:24J'ai repris mes fiches.
00:25Vous étiez le quatrième invité des clés d'une vie en 2016.
00:28Et vous êtes aujourd'hui le 1662ème.
00:31Mais nous n'avons pas changé.
00:32Belle histoire pour vous.
00:34Et pour nous.
00:34Alors la belle histoire continue aussi avec la musique, avec ce livre
00:37Juste après Dieu, il y a papa.
00:40Mozart, Perré, Fisch et Albin Michel.
00:42On va l'évoquer bien sûr.
00:44Mais on va évoquer en même temps dans les clés d'une vie, vous connaissez le principe.
00:46Votre parcours par rapport à la musique classique.
00:50Et j'ai trouvé une date qui est le 9 octobre 1997.
00:53Avec le journal de TF1.
00:58Alors, vous êtes à l'époque un auteur célèbre mais débutant.
01:02Il y a eu Le Visiteur.
01:03Il y a eu Variation Enigmatique.
01:05Et pour la première fois au journal de 20h, vous évoquez votre passion de la musique
01:09devant le journaliste qui l'ignorait.
01:11Et c'est la première fois dans les archives de l'INA que vous parlez de musique classique
01:15et que vous expliquez que la musique et les mots sont liés.
01:17Oui, je peux passer une journée sans lire, je peux passer une journée sans écrire, difficilement.
01:24Mais alors, une journée sans écouter de la musique, ça m'est simplement impossible.
01:28Parce que j'ai l'impression que la musique me permet d'abord de me vider de moi-même
01:33et ensuite de retrouver en moi-même ce qu'il y a de meilleur.
01:36Comme si c'était une hygiène spirituelle qui m'amenait toujours vers ce qui est important.
01:41Et puis dans ce journal télévisé, vous expliquez qu'en France, malheureusement à l'époque,
01:47un écrivain ne peut pas être un musicien et réciproquement.
01:50Oui, là je pensais, je pense que je disais quelque chose de très très personnel.
01:54J'aurais rêvé d'être un compositeur.
01:57J'ai composé quand j'étais jeune, mais ça ne me satisfaisait pas.
02:01Ça ressemblait toujours à la musique de quelqu'un d'autre.
02:03Du pseudo Poulenc, du pseudo Debussy.
02:06Et je me suis rendu compte que je n'avais pas une imagination musicale très forte.
02:10Alors qu'à côté, dès que j'écrivais, je recevais des louanges.
02:15On trouvait que c'était évident.
02:17Et donc j'ai fini par accepter de devenir celui que je suis,
02:21c'est-à-dire plutôt un écrivain qu'un compositeur.
02:24Vous avez conservé ces musiques, ces partitions ?
02:27Oui, je les ai conservées de façon un peu fétichiste.
02:32Parce que c'est des traces de mes efforts.
02:35C'est joli, c'est joli.
02:37Mais ce n'est rien d'autre que joli.
02:39Alors, il se trouve qu'au départ, la musique, ce n'était pas évident
02:43à cause de votre grande sœur qui torturait le piano familial.
02:47Ma sœur est devenue une biologiste tout à fait brillante.
02:50Mais alors, le piano, visiblement, ce n'était pas pour elle.
02:53Donc en fait, je pensais que je détestais la musique,
02:55que je détestais ce piano dont je m'écartais dès qu'elle s'en saisissait.
02:59Et puis, il a fallu un éblouissement.
03:02Parce qu'il faut construire sa vie sur les éblouissements.
03:04Il a fallu un éblouissement, c'est-à-dire ma tante, tante Aimée,
03:08qui un jour, lorsque j'avais 9 ans, est venue à la maison.
03:11Elle a vu le piano, elle s'est assise et elle a joué du Chopin.
03:15Et là, ça a été...
03:16Et là, j'ai l'impression que la lumière changeait dans la pièce,
03:18que quelque chose de précieux venait d'arriver et nous immobilisait.
03:23C'était la musique, la beauté de la musique.
03:25Et dès le lendemain, j'ai dit à ma mère, je veux faire du piano.
03:29Une semaine après, je prenais mon premier cours de piano.
03:32Vous étiez très jeune ?
03:33J'avais 9 ans.
03:34Quand même, oui, mais c'est pas mal de commencer à être piéton à 9 ans, c'est pas mal.
03:37C'est bien, c'est bien.
03:38Alors, il se trouve qu'en plus, ça n'a pas été simple,
03:40parce qu'à plusieurs reprises, Éric Emmanuel Schmitt,
03:42vous avez failli abandonner, c'était dur le piano.
03:44Oui, parce que la progression en musique,
03:46c'est pas une progression en pente douce,
03:48c'est une progression en escalier.
03:51C'est-à-dire, de temps en temps, on reste longtemps sur la marche
03:52sans arriver à passer à la marche suivante.
03:55Et donc, j'étais agacé.
03:57Et fort heureusement, ma mère a tenu bon.
04:00Et elle me disait, tu as voulu faire du piano ?
04:02Tu fais du piano.
04:04Elle savait que je franchirais les étapes.
04:06Et puis, après toute ma vie,
04:08toute ma vie, je l'ai remercié d'avoir tenu bon.
04:11Je rencontre beaucoup de gens qui me disent,
04:12mon fils, ma fille a abandonné,
04:14je leur dis, non, vous auriez dû tenir.
04:16Le meilleur service qu'on peut rendre à un enfant,
04:18c'est de le faire tenir,
04:22éviter qu'il se cabre devant une difficulté
04:25et qu'il fasse demi-tour.
04:26Il faut sauter l'obstacle.
04:27Et qu'est-ce qui était difficile dans le piano à l'époque ?
04:33Vous savez, au piano,
04:35tout d'un coup, il faut faire des accords,
04:36ça vous tord les doigts.
04:37Ce n'est pas du tout naturel de mettre ses doigts
04:39sur plusieurs touches à la fois,
04:41en les écartant.
04:42Puis après, c'est arrivé à articuler
04:45différentes voix, la voix aiguë, la voix médiane
04:47et la voix basse ensemble,
04:48sans que ça ait l'air d'empater.
04:50Il y a plein de progrès à faire
04:52pour que la musique s'articule
04:54et devienne fluide et naturelle.
04:56Et je crois aussi que votre mère était très importante
04:59dans votre amour du théâtre,
05:00lorsque vous avez été découvrir, je crois,
05:02Jean Marais au théâtre.
05:04Deuxième éblouissement,
05:06le théâtre, Cyrano de Bergerac,
05:07joué par Jean Marais.
05:09Mes premières larmes altruistes, philanthropiques,
05:12je pleurais sur le sort de cet homme
05:13qui pensait qu'on ne pouvait pas l'aimer.
05:15Moi, j'étais aimé,
05:16je n'avais jamais imaginé
05:17qu'on puisse ne pas être aimé
05:19et ne pas se penser aimable.
05:21Et c'est le cas de Sigrano
05:23à cause de son nez.
05:24Donc, j'étais bouleversé.
05:25À la sortie, ma mère me dit
05:28« Qu'est-ce que tu as aimé ? »
05:29J'ai dit « J'ai adoré,
05:30je veux faire ça plus tard.
05:32Je vais être le monsieur qui fait pleurer tout le monde. »
05:34Et elle, comme elle était amoureuse de Jean Marais,
05:36elle me dit
05:36« Ah oui, tu voudrais être acteur comme Jean Marais ? »
05:38Et je regarde l'affiche
05:39et je lui dis
05:39« Non, je voudrais faire Edmond Rostand. »
05:42Parce que c'est lui qui avait écrit la pièce
05:43et je comprenais bien
05:44que c'était lui qui m'avait d'abord fait pleurer.
05:46Et on sait ce qui s'est passé ensuite.
05:48Il faut savoir que les premiers rôles de Jean Marais
05:50étaient muets
05:51parce qu'il n'aimait pas sa voix
05:52et Cocteau n'aimait pas sa voix non plus.
05:55Franchement, il n'avait pas une belle voix.
05:56C'était une voix un peu décorchée.
05:59Mais en même temps, elle est tellement singulière, cette voix.
06:01Elle lui donne une telle présence
06:03parce qu'elle a du grain.
06:04Elle a comme de la souffrance.
06:06Et puis, vous savez,
06:06c'est le contraste entre une voix et un physique
06:08qui fait souvent la fascination d'un être.
06:11Regardez Depardieu,
06:14un physique de géant
06:15et une voix d'une douceur extrême.
06:18Jean Marais, un physique d'athlète grec
06:21et une voix roque
06:22qui raconte les bas-fonds,
06:24qui raconte autre chose.
06:25Et c'est ce contraste qui fascine.
06:27Alors, il se trouve, je reviens à la musique,
06:29qu'au départ, vos parents n'étaient pas forcément
06:31mélomanes, Éric Emmanuel Schmitt,
06:32et qu'il n'y avait pas beaucoup de disques à la maison.
06:35Oui, il y en avait peu,
06:36mais c'était des bons.
06:38Parce qu'ils étaient abonnés à,
06:41je ne sais pas,
06:41une firme de musique classique,
06:44la firme du disque,
06:45le club français du disque.
06:47Le club français du disque.
06:48Et du coup, il y avait de très, très bons disques à la maison.
06:51Et assez rapidement,
06:52j'ai pu puiser dans ces disques.
06:53Et puis après, ils ont été formidables.
06:56Ils m'achetaient
06:58les disques que je désirais
07:00au compte-gouttes.
07:01Et du coup, je les écoutais précieusement.
07:03Je les réécoutais,
07:03je les usais.
07:05Mais j'avais le sentiment
07:07que c'était précieux.
07:08Aujourd'hui, tout est disponible.
07:09Je pense qu'on se rend moins compte
07:11de la préciosité de posséder
07:13tel enregistrement,
07:14tel disque.
07:15Il y avait le club français du disque,
07:17mais il y avait aussi
07:17sélection du Raiders Digest.
07:19Oui.
07:19Et là, il y avait une astuce.
07:21En fait, il y avait des gens
07:22qui avaient repéré le truc.
07:23Vous commandiez la collection complète
07:25et vous ne payez pas.
07:26Et on vous envoyait un huissier
07:27qui n'existait pas.
07:29Et vous étiez tranquille,
07:30vous aviez toute la collection gratuite.
07:32Et je connais des gens
07:33qui ont fait ça.
07:33Ah oui.
07:34Parce que le huissier était bidon
07:35et qu'ils avaient dit
07:35bon, ça fera 2% de gens
07:37qui connaissent le truc.
07:38Ce n'est pas grand-chose.
07:39Ah, c'est drôle.
07:41Alors, on avait ça,
07:42mais je crois qu'on avait payé.
07:44Ça ne m'étonne pas de vous.
07:46Et puis, il y a les livres.
07:47Car finalement, les livres sur la musique
07:48vous ont permis de comprendre
07:50la vie des compositeurs.
07:51Et ça aussi, ça a été important.
07:52Oui, oui.
07:53J'avais le petit guide en poche
07:55d'Émile Villermoz.
07:58Et le livre aussi de Rebattey,
08:00Lucien Rebattey,
08:02de sinistre mémoire
08:03à cause de ses opinions
08:04pendant et après la guerre.
08:07Mais qui avait écrit
08:08des choses remarquables sur la musique.
08:10Moi, j'ignorais absolument
08:11qui étaient ces gens-là.
08:13Et je lisais la vie des compositeurs.
08:14Et ça me permettait
08:15de créer une échelle de temps,
08:19de voir qui était avant qui,
08:20qui était après qui.
08:22Et puis, de voir comment une vie
08:23se construit justement
08:25sur des éblouissements,
08:26la rencontre de la musique,
08:27et peut s'épanouir dans la création.
08:30Je n'ai pas été compositeur,
08:31mais ma vie s'est construite
08:32sur des éblouissements
08:33et dans la création.
08:34Et ça s'est tellement bien passé
08:36que vous vous êtes retrouvé ensuite
08:37au Conservatoire de Lyon.
08:38Oui.
08:39Oui, parce que je voulais vraiment
08:42avoir toute la grammaire musicale
08:43en tête.
08:44Donc, je faisais du piano
08:46avec un prof indépendant,
08:47mais je suis rentré au Conservatoire
08:48pour faire du solfège
08:49et de l'harmonie.
08:50Et j'ai été jusqu'en supérieur.
08:52Oui, et ça s'est bien passé.
08:53Alors, il se trouve que
08:54ce Conservatoire, au départ,
08:56c'est un projet qui remonte
08:57au 19e siècle.
08:58Et qu'au départ,
08:59il y avait un haut-relief
09:01qui n'a jamais été placé,
09:03qui avait été prévu.
09:04C'était un haut-relief de Molière
09:07qui, à Lyon,
09:08avait fait la première représentation
09:09de son étourdie.
09:10Ah !
09:11Vous me l'apprenez.
09:11Et ça n'a jamais existé.
09:13Ah, vous me l'apprenez.
09:14Alors, il se trouve qu'ensuite,
09:16vous continuez
09:17parce qu'il y a l'Opéra de Lyon.
09:19Et à l'Opéra de Lyon,
09:20il y a un déclic.
09:21Oui, j'ai 15 ans.
09:22Je suis dans une dépression
09:24d'adolescent
09:25qui ne veut pas s'engager
09:26dans la vie,
09:27qui a peur de tout,
09:28de ses désirs,
09:29des autres,
09:30de son corps,
09:31de tout.
09:32Et je suis carrément,
09:33non seulement habité
09:34par des pulsions suicidaires,
09:36mais par un projet suicidaire.
09:39C'est dans cet état
09:40que je vais à l'Opéra de Lyon
09:42emmené par une professeure
09:43qui emmène 5 de ses élèves,
09:44une professeure de musique.
09:46Et puis,
09:47l'Opéra de Lyon
09:48n'avait pas été refait à l'époque.
09:49Il était poussiéreux,
09:50il était laid.
09:52Et c'était une lumière
09:54de répétition.
09:56Une femme rentre,
09:57mal habillée.
09:59Bref, tout ça me déplaît.
10:00Et elle se met à chanter.
10:01Et à partir du moment
10:02où elle se met à chanter,
10:04ça a été fini.
10:05Je suis en apnée,
10:07suspendu pendant 4 minutes et demie,
10:09et à la fin de ces 4 minutes et demie,
10:11je suis revenu à la vie.
10:12Je suis revenu au désir,
10:14au désir d'être là,
10:16au désir de savourer,
10:17au désir de goûter,
10:18au désir d'apprécier.
10:19Et c'est toujours mon rapport
10:20avec le monde aujourd'hui.
10:22Je suis là pour admirer,
10:24m'émerveiller devant tout
10:25ce que le monde propose,
10:27de surprenant,
10:28de beau,
10:29d'étonnant.
10:32Et ce rapport à l'existence,
10:35il m'a été donné par Mozart,
10:37puisque c'était les noces de Figaro,
10:39l'ère de la comtesse
10:40dans les noces de Figaro.
10:42Et c'est pour ça que Mozart
10:43a pris une place si importante
10:44dans ma vie,
10:45puisqu'il est mon sauveur.
10:47On va en parler justement,
10:48mais il faut savoir
10:49que cet opéra de Lyon,
10:50s'il était souffroteux à l'époque,
10:52c'est qu'il n'avait pas été refait
10:53depuis que son créateur,
10:54Soufflot,
10:55qui a également fait le Panthéon,
10:58avait créé le premier conservatoire,
11:01cet opéra qui devait être
11:02un lieu mythique et extraordinaire
11:04à l'époque.
11:05Oui, oui.
11:08Ah, il était dans son jus.
11:09Il avait le charme
11:10des bâtiments restés dans leur jus.
11:14Mais moi, adolescent morose,
11:17je n'étais pas capable
11:17d'apprécier ce charme.
11:19Vous avez en tout cas apprécié
11:21le charme de Mozart
11:22et on va l'évoquer
11:23à travers la date du 12 octobre 2005.
11:25A tout de suite sur Sud Radio
11:26avec Eric Emmanuel Schmitt.
11:28Sud Radio, les clés d'une vie.
11:30Jacques Pessis.
11:31Sud Radio, les clés d'une vie.
11:32Mon invité Eric Emmanuel Schmitt.
11:34Nous allons parler de ce livre
11:36Juste après Dieu, il y a papa.
11:37Mozart, père et fille
11:38chez Albin Michel.
11:39Un livre de plus sur Mozart,
11:41votre passion.
11:42Et alors, Mozart,
11:43vous l'avez déjà évoqué,
11:44le 12 octobre 2005
11:45avec un livre qui s'appelait
11:47Ma vie avec Mozart
11:48et qui a été un ouvrage
11:50déterminant dans votre parcours.
11:52Oui, c'est la première fois
11:53où j'ai dit je
11:55et où je racontais
11:56quelque chose de personnel
11:59et je racontais finalement
12:01ce qu'on peut devoir
12:03dans sa vie
12:04à l'art et à la beauté
12:05qui nous redonne
12:07l'envie de vivre.
12:08Alors justement,
12:09ces noces de Figaro
12:09qu'on a évoquées,
12:10on en écoute un extrait.
12:20C'est là où vous avez compris,
12:22Éric Manuel Schmitt,
12:22que la musique,
12:23c'était plus que la musique.
12:24Oui.
12:25La musique,
12:26elle est capable
12:26de nous redonner de l'énergie
12:28quand on n'en a pas.
12:29Vous entendez cette ouverture
12:31des noces de Figaro.
12:32La musique,
12:33elle est capable
12:34de nous donner des larmes
12:36quand on est sec.
12:37Moi, il m'est arrivé
12:38de vivre des deuils
12:39et paradoxalement
12:41de ne jamais accéder
12:42à mes émotions.
12:43Et tout d'un coup,
12:43un morceau de musique
12:44entendu parfois
12:46dans une rue,
12:47parfois dans un couloir
12:47de métro
12:48ou parfois
12:49sortant de la radio,
12:51vous ramène
12:52à l'essentiel,
12:54à vos émotions principales.
12:56La musique,
12:56elle est capable aussi
12:57de vous élever.
12:59Dans la vie spirituelle,
13:00ça compte beaucoup,
13:00la musique.
13:01Moi, la fréquentation
13:02de Bach
13:02est un des éléments
13:03constructeurs
13:04de ma foi
13:05et de ma paix
13:06et de ma sérénité.
13:08Donc voilà,
13:08c'est un adjuvant
13:10spirituel extraordinaire,
13:11la musique.
13:12On n'en parle pas
13:13souvent comme ça,
13:14alors que pour beaucoup
13:15de gens,
13:15elle est ça.
13:16Oui, et surtout,
13:17la musique,
13:17il faut prendre le temps
13:18de l'écouter,
13:19Éric Majestwick.
13:19Oui, et qu'est-ce que c'est
13:20écouter ?
13:21C'est faire le vide
13:21de soi en soi.
13:23Il y a très peu de gens
13:24qui savent écouter
13:25parce qu'ils sont toujours
13:25trop présents à eux-mêmes.
13:27Moi, j'adore
13:28m'absenter de moi-même
13:30pour n'être plus qu'une écoute.
13:32Alors, une écoute de la musique,
13:32mais ça peut être aussi
13:33l'écoute de quelqu'un,
13:34d'une voix.
13:37Et dans ces cas-là,
13:38je ne suis pas capable
13:39de répondre, en fait.
13:40Je suis sur un autre mode
13:41que le mode du dialogue
13:42qui est le nôtre en ce moment.
13:44Je suis vraiment
13:44dans le mode de l'écoute.
13:45Et je pense que les phrases,
13:48qu'elles soient musicales
13:49ou qu'elles soient humaines,
13:51elles vont se loger
13:52dans des coins de mon esprit
13:53qui, tout d'un coup,
13:54sont accessibles.
13:55Et la musique est d'autant
13:56plus importante aujourd'hui
13:57quand une certaine catégorie
13:59d'artistes,
14:00ou présumées telles,
14:01parle de son
14:02et plus de musique.
14:03Ah oui.
14:05Oui, mais...
14:09Chacun son prisme.
14:10Je veux dire,
14:11il y a des gens
14:12qui sont sensibles
14:13au pur son.
14:15Et je peux le comprendre.
14:16Moi, je suis aussi sensible
14:18au son.
14:18Mais je suis sensible
14:19à la ligne.
14:20Je suis sensible
14:20donc à la mélodie.
14:21Je suis sensible
14:22à l'harmonie.
14:23Je suis sensible
14:23à l'épaisseur des lignes
14:25qui s'entremêlent
14:26pour faire une musique.
14:27Je la suis, moi,
14:28la musique de manière horizontale
14:30et verticale à la fois.
14:32Et en même temps,
14:33vous avez fait votre enseignement
14:34dans la musique,
14:34ce qui est important
14:35parce qu'à l'école,
14:36aujourd'hui,
14:36Jules Ferry a rendu obligatoire
14:38une heure de musique
14:39en 1882,
14:40mais ce n'est pas évident
14:41aujourd'hui.
14:41Non, ce n'est pas évident
14:42aujourd'hui.
14:43Mais bonne nouvelle,
14:43j'entendais à France Musique
14:45l'histoire d'un jeune ténor
14:46qui, en ce moment,
14:47chante Lucie
14:48dit La Mère Mort
14:49à l'Opéra Comique
14:50et qui, l'année prochaine,
14:51va chanter Werther
14:53et qui était dans une famille
14:55absolument pas musicienne
14:56en Franche-Comté.
14:57Et c'est la petite heure
14:59de musique
14:59qu'il avait au collège
15:01qui lui a permis
15:02de rentrer dans ce domaine.
15:03Donc, c'est peu,
15:04mais c'est encore
15:05la porte pour certains.
15:06Et je sais aussi
15:07que, finalement,
15:08il y a un point commun
15:09entre votre vision
15:10de la musique
15:11et celle de Mozart,
15:12c'est la flûte enchantée.
15:13Ah !
15:22Car, finalement,
15:23cette flûte enchantée,
15:24c'est un instrument magique
15:25qui va au plus profond
15:26de son cœur.
15:27Oui !
15:28L'Opéra raconte
15:29l'histoire d'un instrument,
15:31une flûte
15:32qui change l'âme des êtres
15:33et qui les amène
15:34au meilleur d'eux-mêmes.
15:36C'est un conte initiatique.
15:37C'est la fameuse
15:39Zauberflötel,
15:39la flûte enchantée.
15:41Alors, vous savez,
15:42il y a un vieux proverbe
15:44qui dit
15:44« La musique adoucit les mœurs ».
15:45Mais c'est une manière
15:47de reconnaître
15:48l'importance spirituelle
15:50dans notre vie
15:50de la musique.
15:51Et c'est vrai
15:52que cette flûte enchantée,
15:53ça correspond à votre façon
15:54de ressentir la musique.
15:56Oui !
15:57C'est-à-dire
15:57comme une enfance éternelle.
16:00Parce que Mozart,
16:01il écrit ce morceau
16:02juste avant de mourir.
16:03C'est comme s'il avait
16:04enfin l'enfance
16:05qu'il n'a pas eue.
16:06Parce qu'il atteint
16:07un état de simplicité,
16:08d'étonnement,
16:10d'émerveillement,
16:12en sentant la malheur
16:14la magie de l'existence,
16:16la magie du fait
16:16d'être là,
16:18présent au monde.
16:20Et moi,
16:21je suis un partisan
16:22de l'émerveillement.
16:24J'avais écrit
16:25dans « La nuit de feu »
16:28« Dans le monde,
16:28ce ne sont pas
16:29les occasions
16:29de s'émerveiller
16:30qui manquent,
16:31ce sont les émerveillés. »
16:33Et nous oublions
16:34d'être dans ce rapport-là
16:36avec l'existence.
16:37La force de la musique,
16:38la force des arts,
16:39en général,
16:40c'est de nous remettre
16:41en situation
16:42d'étonnement
16:42et d'admiration,
16:43c'est-à-dire
16:44en nous refaisant
16:45de nous des émerveillés.
16:46Et la flûte enchantée
16:47a eu un tel succès
16:48que lorsque le film
16:49tourné par Inmar Verma
16:50est sorti,
16:51il y a eu 98%
16:52d'audience
16:53à la télévision.
16:54Ah,
16:54quelle bonne nouvelle.
16:55Alors,
16:56j'en reviens
16:56à ma vie avec Mozart
16:57parce que finalement,
16:58à Bruxelles,
16:59c'était l'occasion
16:59d'une première.
17:00Vous avez pour la première fois
17:01une lecture
17:02de votre livre,
17:03Éric Emmanuel Schmitt.
17:04Ça aussi,
17:05c'était inédit.
17:05C'était inédit.
17:07En plus,
17:08dans une salle
17:08de 2500 sièges
17:10qui était pleine
17:11et avec un orchestre
17:12derrière moi
17:13qui jouait les morceaux
17:14de Mozart
17:15et moi qui les disait
17:15face au public.
17:17C'est-à-dire,
17:17j'ai fait mon baptême
17:18avec le public
17:18de la façon
17:19la plus impressionnante
17:20qui soit.
17:21J'étais tout seul
17:22avec mon texte
17:23et puis la musique
17:25derrière.
17:26J'ai pris goût
17:27ce jour-là
17:28et depuis,
17:29je me suis mis
17:29quand même
17:30à faire un peu de scène.
17:31Oui,
17:31parce qu'il y a eu
17:32notamment
17:32avec l'Orchestre
17:33Symphonique de Lyon
17:35en 2010
17:36une tournée
17:36impressionnante.
17:37Oui,
17:38une tournée
17:39impressionnante
17:39et puis après,
17:41là ces dernières années,
17:42j'ai joué
17:42Madame Pilinska
17:43et le Secrets de Chopin
17:44avec deux grands pianistes
17:45qui étaient avec moi.
17:47J'ai vraiment pris goût
17:48à la scène.
17:49Encore une fois,
17:50c'était un cadeau
17:50de Mozart.
17:51Et il se trouve
17:51qu'il y avait
17:52un jeune comédien
17:52qui débutait,
17:53Julien Aluguette,
17:54qui est devenu célèbre
17:56aujourd'hui
17:56parce qu'il a tourné
17:57dans les feuilletons
17:57notamment
17:58Si tout commence
17:59pendant quatre ans
18:00et vous l'avez fait
18:01débuter avec vous.
18:02Je l'ai fait débuter.
18:03D'abord,
18:03je l'avais auditionné
18:04pour Marigny,
18:05je l'avais fait mettre
18:06dans un rôle muet
18:06dans une pièce
18:07et ensuite,
18:08quand il a fallu jouer
18:09Ma vie avec Mozart,
18:10il fallait que quelqu'un
18:10me joue jeune.
18:12Alors,
18:12j'ai pensé à lui
18:13puis je me suis dit
18:13non,
18:14il est vraiment
18:14beaucoup trop beau
18:15pour être moins jeune.
18:17Puis après,
18:17je me suis dit
18:18ben non,
18:18ça sera agréable
18:19de penser
18:19que j'ai pu être ça.
18:22Alors,
18:22ce que vous défendez
18:23dans ce premier livre,
18:24c'est que Mozart
18:25est à la portée
18:25de tous,
18:29si vous vous demandez
18:30quelle musique
18:31faire entendre
18:32à votre enfant
18:32pour qu'il aime
18:33la musique classique,
18:33c'est Mozart.
18:34Quel opéra
18:35vous devez aller voir
18:36d'abord,
18:37c'est la flûte enchantée.
18:38Mozart a le don
18:39de l'évidence.
18:40C'est une musique
18:41qui se donne
18:42comme aimable.
18:43C'est une vertu
18:44du 18e siècle
18:46qui a un peu disparu
18:47après au 20e siècle
18:48dans la musique.
18:50C'est-à-dire,
18:51ça a une apparence
18:52bonhomme,
18:53ça a une apparence
18:53joviale.
18:54Quand c'est profond,
18:55ça ne prend pas
18:56un air profond.
18:57Quand c'est triste,
18:58ça ne prend pas
18:58un air triste.
18:59Il y a une espèce
19:00d'élégance
19:01qui fait que
19:02chacun va pouvoir
19:03s'approprier
19:04cette musique
19:04à tous les âges
19:05et à tous les niveaux
19:07d'éducation musicale.
19:08Et dans tous les pays,
19:09puisque vous avez fait
19:10beaucoup de voyages
19:11et à chaque fois,
19:12vous avez compris
19:13qu'à l'étranger,
19:13que ce soit aux Etats-Unis
19:14ou en Corée du Nord
19:15ou en Corée du Sud,
19:16on écoutait Mozart.
19:17Oui, bien sûr.
19:20Je pense que
19:21l'économie
19:22des moyens de Mozart
19:23pour dire
19:23une infinité de choses,
19:26ça fonctionne
19:26dans toutes les cultures.
19:27Là, j'étais en Chine.
19:28Je viens de faire
19:29une grande tournée en Chine
19:30et je voyais que
19:32moins on emploie
19:34de notes
19:35pour faire une mélodie,
19:37plus elle porte.
19:38Moins on emploie
19:39de mots
19:40pour écrire une phrase,
19:42plus elle porte
19:42et les gens
19:43peuvent se l'approprier.
19:44C'est le principe
19:45de la peinture chinoise,
19:46c'est le principe
19:47de la poésie chinoise.
19:48En fait,
19:49c'est la son de Mozart.
19:50Et en même temps,
19:52certains ont peur
19:53du grandiose
19:53de Mozart
19:54ou d'autres.
19:55Non,
19:56c'est une idée préconçue.
19:59Il y a un peu
20:00des dorures
20:00du XVIIIe siècle
20:01dans Mozart,
20:02mais il ne faut pas
20:04se laisser impressionner
20:04par les dorures
20:05et derrière,
20:06il y a un cœur
20:07qui bat.
20:07Et pour vous,
20:08ça a toujours été important
20:09de faire ce que vous appelez
20:11ces structures universelles
20:13de l'âme ?
20:14Oui.
20:14Moi, je suis un humaniste.
20:15C'est-à-dire,
20:16je crois que
20:17quelles que soient
20:18les régions du globe
20:19que nous habitons,
20:20quelles que soient
20:20les langues que nous parlons
20:21et quelles que soient
20:22même les époques
20:22où nous vivons,
20:23nous avons quelque chose
20:24en commun.
20:25C'est cette condition humaine.
20:26On ne sait pas
20:26pourquoi on est là.
20:27On ne sait pas
20:27pourquoi on en partira.
20:29On ne sait pas
20:29toujours comment se comporter.
20:31On ne sait pas
20:31pourquoi on aime,
20:32pourquoi on n'aime pas,
20:33etc.
20:34Et donc,
20:34ce grand mystère
20:35de la condition humaine,
20:36on le partage.
20:37Donc, c'est ce qu'ils font
20:38de mon humanisme.
20:39Et moi, je dois avouer
20:40qu'à ma manière,
20:41j'ai pu avoir
20:42des vérifications
20:43de cet humanisme
20:44dans le fait
20:44que mes pièces,
20:45je les vois jouer
20:46dans le monde entier.
20:47Et à chaque fois,
20:48que ce soit à Tokyo,
20:50à New York
20:51ou à Paris,
20:52eh bien,
20:53la jeune femme
20:53qui est devant moi
20:54met la tête
20:54sur l'épaule de son mari
20:55parce qu'elle était émue
20:56au même endroit
20:57dans la pièce.
20:58Le rire arrive
20:59au même endroit
21:00dans la pièce.
21:01Les souffles se coupent
21:02au même endroit.
21:04On partage
21:05tous
21:07cette condition.
21:08On a toutes les raisons
21:09d'être humaniste.
21:10Oui, mais construire cela,
21:11ce n'est pas simple,
21:12justement.
21:13Oui, mais la simplicité,
21:16c'est le contraire
21:17du simplisme.
21:18Le simplisme,
21:19c'est l'ignorance
21:20des difficultés.
21:21La simplicité,
21:22c'est la résolution
21:23des difficultés.
21:24Il faut beaucoup de temps
21:24et de savoir
21:25et de culture
21:25pour être simple.
21:27Et je peux vous dire
21:28que tout est simple
21:29avec vous
21:29parce que vous répondez
21:31parfaitement
21:31à mes questions
21:32et on va continuer
21:33avec la date
21:33du 26 février 2026.
21:35A tout de suite
21:36sur Sud Radio
21:37avec Eric Emmanuel Schmitt.
21:39Sud Radio,
21:40les clés d'une vie.
21:41Jacques Pessis.
21:41Sud Radio,
21:42les clés d'une vie,
21:43mon invité Eric Emmanuel Schmitt.
21:45Nous avons évoqué
21:46vos débuts,
21:47votre passion dans la musique
21:48et puis cette découverte
21:49de Mozart
21:50avec Ma vie avec Mozart.
21:51Et puis là,
21:52il y a un nouveau livre
21:53qui est sorti
21:53le 26 février 2026
21:56qui s'appelle
21:57Juste après Dieu,
21:58il y a papa.
21:59un roman qui raconte
22:00Mozart père et fils.
22:02Alors,
22:02on va bien sûr
22:03parler de ce roman
22:03dans les deux séquences
22:04qui viennent
22:05mais surtout
22:05ce qui est important
22:06c'est que vous avez
22:07raconté Mozart autrement
22:08et montré l'importance
22:10que Léopold,
22:11le père de Mozart,
22:12a eu dans sa vie.
22:13Eric Emmanuel Schmitt
22:13ce qu'on ne sait pas souvent.
22:14Non,
22:15il n'y aurait pas eu
22:15de Mozart
22:17sans Léopold Mozart.
22:18Évidemment,
22:19pas seulement
22:19parce qu'il l'a mis au monde
22:20avec son épouse,
22:23la mère de Mozart,
22:24mais surtout parce que
22:26cet homme était extraordinaire.
22:28D'abord,
22:28il a proposé
22:29à ses deux enfants
22:30sa fille
22:31comme son fils.
22:32C'était très rare
22:33de s'occuper autant
22:34des filles
22:34que des garçons
22:35mais lui,
22:36c'est un homme des Lumières.
22:37Il s'occupe autant
22:38de sa fille
22:38que de son fils.
22:39Il leur a proposé
22:40les mathématiques,
22:41l'histoire,
22:41la géographie,
22:42les voyages,
22:42les langues,
22:43la musique.
22:44Évidemment,
22:45les deux enfants
22:45ont accroché à la musique
22:46d'une façon incroyable
22:47et Nanerl,
22:49sa fille aînée,
22:51est devenue une virtuose
22:52et le petit Wolfgang,
22:54lui,
22:55la musique,
22:55bien sûr,
22:56a été une révélation
22:57pour lui
22:57mais je pense
22:57une révélation
22:58de lui-même.
22:59C'est-à-dire
22:59qu'il a tout de suite
23:00manifesté
23:01des dons absolument
23:02extraordinaires.
23:03Et là où le père
23:03est un père exceptionnel,
23:05c'est que non seulement
23:06il offre à son fils
23:08l'étincelle
23:09qui lui permet
23:09de voir
23:10où il peut briller
23:11dans l'existence,
23:12mais il est lui-même
23:13professeur de musique,
23:14il est vice-maître
23:15de chapelle
23:16du prince-archevêque
23:17de Salzbourg
23:19et donc il va lui apprendre
23:20la musique,
23:21tout ce qu'il sait
23:22et c'était un pédagogue
23:23de premier ordre.
23:24Sa méthode de violon
23:25a été utilisée
23:27pendant des décennies
23:28dans toute l'Europe
23:30mais encore plus beau,
23:31quand Mozart a 10 ans,
23:33Léopold se rend compte
23:34que lui,
23:35Léopold,
23:35ne peut plus rien
23:36lui apprendre
23:36tellement son fils
23:37est doué.
23:37alors ils vont entamer
23:39une seconde tournée
23:41de voyage.
23:41La première tournée
23:42c'était pour montrer
23:43le génie de ses enfants.
23:44La deuxième tournée
23:45c'est pour que Wolfgang
23:46rencontre les plus grands
23:47compositeurs de l'Europe,
23:49particulièrement en Italie
23:50et qu'il continue
23:51sa formation musicale.
23:53Conclusion,
23:53à 20-21 ans,
23:55Mozart était le musicien
23:56le plus cultivé
23:57de son époque.
23:58Et d'ailleurs,
23:59Mozart a dit de son père
24:00« Papa est le plus grand
24:01professeur du monde ».
24:02Oui,
24:03il était fou d'admiration
24:04devant son père.
24:05La phrase qui fait le titre,
24:06c'est une phrase de lui
24:07juste après Dieu,
24:08il y a papa.
24:09Exactement.
24:11Il lui disait toujours
24:12« Je vais te mettre
24:13dans une cloche
24:13pour te conserver
24:14près de moi
24:15toujours plus tard ».
24:16Et évidemment,
24:17ce qui m'a ému,
24:18l'image qui m'a fait
24:19écrire ce livre,
24:20c'est que ce petit garçon
24:21qui dit ça,
24:22il va s'éloigner de son père,
24:24il va laisser son père
24:25dans une solitude radicale,
24:26son père va passer
24:27ces dernières années
24:28à attendre
24:29le courrier,
24:30les lettres
24:31qui ne viennent pas,
24:32la visite
24:32qui n'a pas lieu.
24:34Et il va vivre
24:35dans cette solitude
24:36d'un amour déçu
24:38ou d'un amour,
24:39je dirais,
24:40qui n'a plus
24:41de réciprocité
24:42pendant ce temps-là.
24:43Parce que ce petit garçon
24:45a dû rompre
24:46avec son père
24:47pour devenir lui-même.
24:48C'est le destin
24:49de tous les fils.
24:50Et on va en parler,
24:51il y a aussi une chose
24:51qu'il faut savoir,
24:52c'est que Léopold,
24:54le père,
24:54jouait du violon,
24:55il est devenu célèbre
24:55à son époque,
24:56il a même mis au point
24:57une méthode de violon.
24:58Oui, oui,
24:59qui a été traduite
25:00immédiatement
25:01dans plusieurs langues
25:02et qui était vraiment
25:03en vogue dans l'Europe
25:04et dont aujourd'hui
25:05on se sert
25:06pour tous les amateurs
25:09de baroque,
25:09de musique baroque
25:10qui font des recherches
25:11sur non seulement
25:11les instruments
25:12mais sur la façon
25:13dont on utilisait
25:14ces instruments.
25:15Ils sont tous retournés
25:16à la méthode
25:17de Léopold Mozart
25:17pour savoir comment
25:18un homme du XVIIIe siècle
25:20utilisait le violon
25:21et entendait le violon.
25:22La méthode était
25:22particulière, originale ?
25:24Oui, elle était
25:24très rhétorique,
25:25c'est-à-dire pour lui,
25:26toucher un violon
25:27c'était parler.
25:28Alors il fallait
25:28que les attaques
25:29soient nettes,
25:30que les consonnes
25:30soient précises,
25:31il fallait ne jamais
25:32bafouiller, etc.
25:33C'était une espèce
25:34de rhétorique du violon.
25:35Et au départ,
25:36je crois que Léopold,
25:37le père,
25:38devait étudier
25:38la théologie
25:39et pas du tout
25:39la musique.
25:40En fait,
25:41il a fait croire
25:41qu'il avait une vocation
25:42religieuse
25:43pour pouvoir faire des études
25:44et donc rentrer
25:45au petit séminaire.
25:46Il était d'une famille
25:47de relieurs
25:48pas très argentés,
25:49on n'avait pas
25:50les moyens
25:50de faire des études.
25:51Et lui,
25:52il s'est inventé
25:52une pseudo-vocation
25:53religieuse
25:54pour aller au lycée.
25:57Franchement,
25:57il y avait presque
25:58une passion commune,
26:00c'était des gènes communs
26:01entre Léopold
26:02et Wolfgang.
26:03Oui,
26:04en tout cas,
26:04le gène de la musique
26:05et même l'amour
26:07des lettres
26:08et de l'histoire
26:10qu'ils avaient
26:10tous les deux.
26:12Ils ont beaucoup partagé.
26:13C'est pour ça
26:14que c'est d'autant plus triste
26:15de voir ces deux hommes
26:15s'éloigner
26:17parce que
26:19en fait,
26:20jamais l'un
26:20n'a pu se penser
26:21sans l'autre.
26:23Exactement.
26:23En plus,
26:24Léopold,
26:24on le sait peu,
26:25il a fréquenté
26:26Bach et Hendel
26:26car il a fait partie
26:27d'une société savante
26:29quand il a commencé
26:29à jouer du violon
26:30et à être célèbre.
26:31C'est vrai.
26:31Je ne l'ai pas mis
26:32dans le livre
26:32mais vous avez raison.
26:34Et puis,
26:34il se trouve
26:34qu'il se marie,
26:36Léopold,
26:36avec Anna Maria Perl.
26:38Ils vont avoir
26:38sept enfants
26:39mais il n'y en a
26:39que deux
26:40qui vont survivre.
26:41C'est la moyenne
26:42de l'époque.
26:42La mortalité infantile
26:44était terrible
26:45et très rare
26:46qu'un enfant
26:46dépasse un mois
26:47ou un an.
26:49Et Mozart lui-même
26:49aura six enfants
26:51et simplement
26:52deux fils
26:53survivront.
26:54C'est fou,
26:54à l'époque.
26:55On a oublié.
26:56On a oublié.
26:58Ça veut dire
26:59qu'on accueillait
26:59les enfants différemment.
27:01On essayait
27:02de ne pas trop
27:02s'y attacher
27:04parce qu'on ne savait pas
27:05s'ils allaient passer
27:06leurs deux,
27:06trois ans
27:07et après
27:07on s'y attachait vraiment.
27:10Mais ça veut dire aussi
27:11qu'on avait
27:11une conscience
27:12de la fragilité
27:13de la vie
27:13et cette conscience
27:14de la fragilité
27:15de la vie
27:15elle a donné
27:16tous ces compositeurs
27:17qui en quelques années
27:18font une oeuvre
27:19énorme.
27:20Ça n'existe plus
27:21aujourd'hui
27:21parce qu'on a confiance
27:22dans le temps.
27:23On sait qu'on a
27:24une espérance de vie
27:25de 82, 87 ans
27:27et conclusion
27:28on prend son temps
27:29et tant mieux.
27:31À l'époque
27:32on savait
27:32que la vie
27:33était brève.
27:34Alors
27:34Mozart
27:35est né
27:35le 27 janvier
27:371756
27:37dans un appartement
27:40à Sarsbourg
27:40au troisième étage
27:41et je crois
27:42que la famille
27:43a vécu
27:4326 ans
27:44dans cet appartement.
27:45On le visite
27:45toujours d'ailleurs
27:46j'y étais
27:46il y a un mois.
27:48Et je crois
27:48qu'il a été détruit
27:49en partie
27:50par des bombardements
27:51pendant la seconde
27:52guerre mondiale
27:52il a été reconstruit
27:54et c'est
27:55la résidence
27:57originelle aujourd'hui.
27:58Oui tout à fait
27:58on peut toujours le voir
28:00il n'y a évidemment
28:00plus rien
28:01des Mozart
28:02mais il y a une exposition
28:04qui essaye
28:07de reconstituer
28:08un peu
28:09la vie
28:09de cette époque
28:10puis on peut voir
28:10aussi l'autre maison
28:11où ils ont déménagé
28:12qui est la maison
28:13du maître de danse.
28:15Oui
28:15où ils ont passé
28:1617 ans ensuite
28:17je crois.
28:18Alors il se trouve
28:18que Mozart
28:19au départ
28:19c'est un enfant
28:20docile
28:21timide presque.
28:23Timide
28:23je ne sais pas
28:24si j'irais jusque là
28:25émotif et tendre
28:26émotif
28:27voilà
28:27émotif
28:28tendre
28:28et c'est vrai
28:29que
28:30quand il devait jouer
28:32devant un adulte
28:32impressionnant
28:33comme par exemple
28:33le prince archevêque
28:35il disait
28:36est-ce que tu m'aimes ?
28:37Parce que si on lui répondait
28:39oui alors il se sentait
28:40le courage d'aimer
28:40ça c'est tout Mozart
28:42c'est-à-dire qu'il y a
28:43de l'amour au fond
28:44de sa musique
28:45il y a de l'amour
28:45dans le fait
28:46qu'il écrive
28:48et tout est inscrit
28:49sur le mode de l'amour.
28:50Et puis il y a la musique
28:51mais pas seulement
28:51parce qu'on ne le sait pas assez
28:53mais Mozart voulait
28:54tout apprendre
28:54il voulait apprendre
28:55les mathématiques
28:56il avait une imagination
28:57débordante
28:57il aurait pu être
28:58un grand écrivain.
28:59Oui
28:59ah bah
29:00ses lettres sont
29:02réjouissantes
29:02dès l'enfance
29:03c'est une sorte
29:04de petit théâtre
29:05où il joue
29:06les bouffons
29:07il était évidemment
29:09extrêmement doué
29:10pour des tas de choses
29:11mais vous savez
29:11comme les lettres
29:13de Mandelson
29:13comme les croquis
29:15de Mandelson
29:16autre compositeur
29:17génial
29:18et précoce
29:20comme
29:20de même que Berlioz
29:22les mémoires de Berlioz
29:23et les lettres de Berlioz
29:24sont presque aussi belles
29:25que la symphonie fantastique
29:28ça veut dire
29:29qu'un musicien
29:29peut être doué
29:30pour d'autres matières
29:31oui
29:31surtout
29:32c'est-à-dire
29:33dans la langue
29:33il entend la musique
29:34de la langue
29:34donc il écrit bien
29:36combien d'écrivains
29:37n'entendent ni la musique
29:39ni la musique
29:40de la langue
29:41c'est un autre débat
29:42je crois qu'en plus
29:43il finisse ses devoirs
29:44très vite
29:44il va jouer avec sa soeur
29:46parce que c'est aussi
29:47un enfant
29:47qui veut s'amuser
29:48oui oui oui
29:50mais la musique
29:51fait partie de ses jeux
29:52parce que toute sa vie
29:53il va écrire
29:54des rébus musicaux
29:55il va écrire une musique
29:57par exemple
29:57pour deux violons
29:58vous avez vu
29:59ils sont en face
30:00l'un de l'autre
30:00comme nous nous sommes
30:01en face l'un de l'autre
30:01en ce moment
30:02et chacun va lire
30:04les notes
30:05de son côté
30:05et en fait
30:06ensemble ça marche
30:08c'est un sport
30:10de génie mathématique
30:12et musical
30:13en même temps
30:13et puis à trois ans
30:14je crois que Léopold
30:16découvre
30:16Eric Malinochuit
30:17l'oreille absolue
30:18de son fils
30:18oui
30:19ça c'est une
30:20il n'imaginait pas
30:21au départ
30:22oui
30:22et puis
30:23alors l'oreille absolue
30:25c'est une chose
30:26qui quand même
30:26se révèle par le travail
30:28ça n'existe pas
30:29c'est une légende
30:30ça n'existe pas
30:31sans le travail
30:31moi je sais
30:32quand j'étais au conservatoire
30:33j'ai découvert
30:35que j'avais l'oreille absolue
30:35bon
30:36mais en même temps
30:37il faut travailler
30:37pour le découvrir
30:39mais surtout
30:40il avait une mémoire
30:41hors du commun
30:42parce qu'il y a
30:43cette fameuse anecdote
30:44que je raconte
30:45dans le livre
30:46lorsque vers
30:4710-11 ans
30:48il va visiter
30:50la chapelle Sixtine
30:50au Vatican
30:52et il entend
30:52le chant interdit
30:53c'est à dire
30:54le miséréré
30:55d'allégrie
30:56qui n'est chanté qu'ici
30:57dont la partition
30:58est conservée
30:59au Vatican
31:00qu'on n'a pas le droit
31:01de copier
31:01sous peine d'excommunication
31:03et qu'on n'a pas le droit
31:04de tenter d'écrire
31:04en l'écoutant
31:05sous peine aussi
31:06d'excommunication
31:06Mozart écoute
31:08c'est un chœur
31:09à 9 voix
31:09enfin un double chœur
31:11à 9 voix
31:12il sort
31:12ils vont manger
31:13dans une trattoria
31:14et Mozart écrit tout
31:15et là
31:16Léopold se rend compte
31:17que son fils est arrivé
31:19sur un continent musical
31:20où il ne peut
31:21lui-même
31:22pas le suivre
31:23il se trouve aussi
31:24qu'il n'a pas commencé
31:26par le violon
31:27il y a eu le clavecin
31:28il y a eu d'autres instruments
31:28avant
31:29oui oui
31:30alors les instruments
31:31avant
31:31il n'aimait pas trop
31:32la trompette par exemple
31:34la trompette
31:35il a failli mourir
31:36à cause du train d'être
31:37oui il s'est évanoui
31:37qu'est-ce qui s'est passé ?
31:39c'était trop violent
31:40c'était trop fort
31:41c'était pas très juste
31:42et son hypersensibilité musicale
31:45a fait qu'il s'est évanoui
31:46en entendant la trompette
31:47pour la première fois
31:48il aimait médiocrement
31:50la flûte
31:50même s'il a écrit
31:51plus tard
31:51la flûte enchantée
31:52il adorait
31:53le hautbois
31:54et surtout
31:54la clarinette
31:55et puis
31:56je crois que
31:57il y a des morceaux
31:58qu'il a joués
31:59un jour
32:00et ce morceau
32:01était tout simple
32:02au départ
32:03c'est un classique aussi
32:11c'est une bergerie
32:13qui l'a traitée de 1740
32:14dans un morceau
32:16qui s'appelle
32:16les feuilles corallines
32:18et ça
32:18il l'a joué
32:19ça a été presque
32:20un tournant
32:20dans son parcours
32:21c'est-à-dire
32:22qu'il a fait
32:22des variations
32:23sur cet air
32:24et qu'est-ce
32:25qu'il peut montrer
32:26plus l'imagination
32:27la fantaisie
32:28le jet créatif
32:30d'un compositeur
32:31que les variations
32:31et on les joue
32:33toujours aujourd'hui
32:33ces variations
32:34sur à vous dire
32:35à j'aurais maman
32:37on voit une pensée musicale
32:40se développer
32:41oui parce que
32:42ça s'est passé
32:42en plus devant
32:43un prince
32:44lors d'une audition
32:45qui a été aussi déterminante
32:47dans son parcours
32:48et dans la suite
32:48de son parcours
32:49oui c'est le prince
32:50archevêque
32:51de Salzbourg
32:52Stratenbach
32:55et qui n'a pas du tout
32:57envie de donner
32:58un congé
32:59à son vice-maître
33:00de chapelle
33:01Léopold Mozart
33:01mais Léopold Mozart
33:03lui dit
33:04mais j'ai des enfants
33:04extraordinaires
33:05et il le prend de haut
33:06en lui disant
33:06oui oui
33:07on sait que tout le monde
33:08a un enfant extraordinaire
33:09il dit non mais
33:10dans mon cas c'est vrai
33:11et il veut lui présenter
33:13ses enfants
33:14le prince
33:14congé d'Inanerle
33:16parce qu'elle est déjà
33:17adolescente
33:18donc il n'y a rien
33:19d'impressionnant
33:19mais il garde
33:19le petit garçon
33:20et ce petit garçon
33:21va improviser
33:23donc le prince
33:24est surpris
33:24il lui met un bandeau
33:25sur les yeux
33:26pour voir s'il sait jouer
33:28sans voir
33:29oui il met carrément
33:30aussi un tissu
33:31sur le clavier
33:32et l'enfant continue
33:33puis il lui chantonne
33:34à vous dirais-je maman
33:35et l'enfant se met
33:36à improviser
33:37des variations
33:38et là
33:38la réaction
33:39du prince archevêque
33:40c'est de se dire
33:41Dieu
33:42Dieu se manifeste
33:43à travers ses enfants
33:44Dieu a élu
33:46un petit garçon
33:47de Salzbourg
33:48pour montrer sa présence
33:49au monde entier
33:50nous sommes dans un siècle
33:52qui devient
33:52athée
33:53et matérialiste
33:55Mozart
33:55emmenez votre fils
33:57et montrez-le
33:57à toute l'Europe
33:58donc la première
33:59tournée de Mozart
34:01elle est théologique
34:02il s'agit de prouver
34:03à ce monde
34:03qui devient un monde
34:04de mécréants
34:05le génie de Dieu
34:06à travers Mozart
34:07et Mozart
34:08comme tous les enfants
34:08de son âge
34:09auraient pu se promener
34:10dans les bois
34:10dans la nature
34:11la forêt
34:11d'ailleurs il y a une chanson
34:12qui s'appelle Mozart
34:13qui a été chantée par Eva
34:15et qui évoque ça
34:26c'est vrai que cette chanson
34:28c'est du Mozart
34:28mais oui oui oui
34:29je l'ai adoré cette chanson
34:30je l'ai entendue
34:31quand j'étais tout petit
34:32oh merci
34:33et en fait Eva a commencé
34:35dans les cabarets parisiens
34:37elle a ensuite été repérée
34:38par Brassens
34:39qui l'a mis en première partie
34:40à Bobineau
34:41elle a eu cette chanson
34:42qui a eu du succès
34:42et elle a continué sa carrière
34:43au Québec
34:44où elle a triomphé
34:45ah c'est ça
34:45alors il se trouve
34:47effectivement que Mozart
34:48a commencé comme ça
34:49et que les voyages
34:50ont commencé
34:51mais que c'était pas évident
34:53parce qu'il fallait
34:54beaucoup d'argent
34:55pour faire des voyages
34:55oui parce que
34:56Léopold Mozart
34:57il prend tous les risques
34:58il prend un congé sans solde
35:00alors qu'il a un poste sûr
35:02et
35:04qu'est-ce qu'il va payer
35:05le voyage
35:05et bien
35:05les dons
35:06que vont faire
35:07les princes
35:08les comtes
35:08les ducs
35:09les duchesses
35:09chez qui il se produit
35:10mais parfois
35:11ces personnes-là
35:12se contentent de donner
35:13un bout de tissu en soi
35:14ou une montre
35:15etc
35:16donc il faut aller
35:17chez les receleurs
35:17revendre tout ça
35:19pour avoir un peu de liquide
35:20pour payer l'hôtel
35:21l'attente
35:21parce que l'attente
35:23d'une audition
35:24ça prend un certain temps
35:25donc il faut payer l'hôtel
35:26les restaurants
35:27etc
35:27donc en fait
35:28ils ne gagnent pas d'argent
35:30ils s'épuisent
35:31à en gagner un peu
35:32et à dépenser
35:33cet argent immédiatement
35:35c'est une prise de risque
35:36incroyable
35:37que lui va faire
35:38pour ses enfants
35:39mais qu'il va refuser
35:40plus tard
35:41à son propre fils
35:42en lui disant
35:43non il faut que tu aies
35:43un emploi sûr
35:44j'ai pas fait tout ça
35:46pour que tu sois
35:48comme ça
35:48abandonné dans la nature
35:49il faut que tu rentres
35:50dans une bonne maison
35:50et que tu sois un domestique
35:52un domestique musical
35:53dans une grande maison
35:54et c'est ce qui va être
35:56le début
35:56de leur séparation
35:58voilà
35:58et ça c'est éloqué
35:59dans ce livre
35:59qu'on a commencé
36:01justement
36:01à traiter
36:02dans le fond
36:04et il y a une autre date
36:05dans ce livre
36:06qui est importante
36:08parce que c'est le tournant
36:09aussi de la vie de Mozart
36:10c'est le 4 août 1782
36:12à tout de suite
36:13sur Sud Radio
36:14avec Eric Emmanuel Schmitt
36:16Sud Radio
36:17les clés d'une vie
36:18Jacques Pessis
36:19Sud Radio
36:19les clés d'une vie
36:20mon invité
36:21Eric Emmanuel Schmitt
36:22on parle de Mozart
36:23depuis le début
36:24de cette émission
36:24il y a donc ce livre
36:25qui est sorti
36:26le 26 février
36:27juste après Dieu
36:28il y a papa
36:29Mozart père et fils
36:30alors j'ai parlé
36:31du 4 août 1782
36:33car c'est le jour
36:34où il épouse Constance
36:35la femme de sa vie
36:37et ça c'est un moment
36:39important pour Mozart
36:40oui parce que
36:40c'est mal engagé
36:41cette histoire au départ
36:42en fait il est amoureux
36:43de la soeur aînée
36:45Aloysia Weber
36:45c'est une famille
36:46où il y a 4 filles
36:47elles sont assez jolies
36:49sauf Constance
36:51et elles sont assez brillantes
36:53elles ont appris
36:53la musique très jeune
36:54etc etc
36:55et Mozart est raide bleu
36:57devant Aloysia
36:58qui est une cantatrice
36:59magnifique
37:00qui chante déjà
37:01etc
37:02qui a des contresols
37:03des contrutes
37:04et il écrit pour elle
37:05d'ailleurs des déserts
37:07et en fait
37:08elle
37:09suivant les conseils
37:10de sa mère
37:10qui est une
37:14qui utilise ses filles
37:15comme un cheptel
37:17une mondaine
37:18une mondaine
37:19une demi-mondaine
37:21et donc
37:22ça ne l'intéresse pas du tout
37:23d'être avec ce compositeur
37:25sans le sou
37:25parce que c'était le cas
37:26à l'époque
37:26donc elle va épouser
37:27quelqu'un d'autre
37:28et finalement
37:29entre guillemets
37:29Mozart se rabat
37:30sur la suivante
37:33la cadette
37:33qui est Constance
37:34qui elle
37:35n'est pas un prix de beauté
37:36qui chante joliment
37:36mais qui n'a pas du tout
37:37le tempérament
37:38d'être cantatrice
37:39elle tout ce qu'elle veut
37:40c'est aimer un homme
37:41et avoir des enfants
37:41et elle adore la musique
37:42et finalement
37:43ces deux êtres
37:44vont se rencontrer
37:44vont s'aimer
37:45est-ce qu'il y a du dépit
37:47dans le rapprochement
37:48de l'un pour l'autre
37:49on ne sait pas
37:50je pense qu'ils vont être
37:51assez heureux
37:52les lettres en témoignent
37:54malgré les
37:55malgré quatre enfants
37:56qui meurent en bas âge
37:59et malgré le peu de temps
38:00qu'ils vont passer ensemble
38:01et moi ce qui est apporté
38:02pour moi au crédit de Constance
38:03c'est que je ne sais pas
38:04si elle a été une grande épouse
38:05mais après
38:06elle a été une grande veuve
38:08parce qu'il meurt à 35 ans
38:10elle elle a
38:11un enfant de quelques mois
38:12et un autre
38:13qui a 5 ou 6 ans
38:14et elle va organiser
38:16la succession de Mozart
38:17elle va s'occuper
38:18de faire publier
38:19les partitions
38:20etc
38:20Mozart est enterré
38:22dans l'anonymat
38:22dans une fosse
38:25anonyme
38:25et 5 ans plus tard
38:27on commence à en parler
38:29dans toute l'Europe
38:29comme le grand génie
38:31du 18ème siècle
38:32et elle
38:33elle va mourir
38:33au milieu de l'époque romantique
38:34la veuve Mozart
38:36remariée
38:37avec un homme
38:38qui va écrire
38:38la première biographie de Mozart
38:40elle aura vu
38:41et fait grandir
38:42la notoriété de Mozart
38:44alors il se trouve que
38:46lorsqu'il se marie
38:48elle lui écrit une messe
38:50dédiée
38:50il lui écrit
38:51non
38:51il écrit une messe dédiée
38:53à Constance
38:54et cette messe
38:55il y a une arrière-pensée
39:02Cette grand messe
39:03en fait c'est pour se réconcilier
39:04avec son père
39:05et c'est la base
39:06l'une des bases
39:06de votre livre
39:07Eric Maillot
39:08Oui oui oui
39:08en fait
39:10il n'y a pas toujours
39:11des commandes
39:12dans l'oeuvre de Mozart
39:13il y a parfois
39:13des choses qu'il fait
39:14ou il profite de la commande
39:16pour exprimer
39:16des choses personnelles
39:18cette messe là
39:20Mozart l'a fait
39:21quand Constance
39:23est malade
39:24et déprimée
39:24après la perte
39:25de nouveau
39:25d'un de ses enfants
39:26et donc il l'écrit
39:28pour que Dieu
39:29leur vienne en aide
39:31et puis après
39:32il va écrire surtout
39:33à la fin de sa vie
39:34le recueillème
39:35où moi je vois
39:36un moment
39:37où il tente
39:39il l'écrit comme une messe
39:40pour son père
39:41Oui parce qu'effectivement
39:42son père
39:43ils se sont fâchés
39:43et c'est à la force
39:44de votre roman
39:45parce que finalement
39:45ce roman
39:46vous l'avez fait
39:46non seulement pour raconter Mozart
39:48mais parce qu'il y a
39:49une dramaturgie
39:50l'univers que vous connaissez
39:51qui est cette séparation
39:53entre Mozart et son père
39:54séparation terrible
39:55voilà cet enfant
39:56qui idolâtrait son père
39:57est obligé de couper avec lui
39:59et cet homme
40:00dont le centre de l'existence
40:02a été son fils
40:02à un moment je lui fais dire
40:04je suis un compositeur médiocre
40:06je n'ai fait qu'un seul chef-d'oeuvre
40:08et il s'appelle Wolfgang
40:10il a complètement réussi
40:11entre guillemets son fils
40:12mais il ne veut pas lâcher l'affaire
40:14comme beaucoup de pères
40:15c'est à dire
40:15il se rend compte que son fils
40:16est un génie en musique
40:17et ça c'est évident
40:18pour lui en tout cas
40:20mais son fils n'est pas du tout
40:22un génie au niveau social
40:23il n'a pas d'entre-gens
40:24comme on dit à l'époque
40:25il ne sait pas se comporter
40:26avec les puissants
40:27et encore moins avec les femmes
40:28donc son père veut continuer
40:30à interférer dans sa vie
40:31et Mozart va être obligé
40:33de couper
40:33pour lui dire
40:34mais laisse-moi
40:35et laisse-moi vivre ma liberté
40:36en plus
40:39Léopold voulait que son fils
40:40soit à Salzbourg
40:41chez lui
40:41avec lui
40:43avec le nouveau prince archevêque
40:45Colorado
40:45qui était un crétin sublime
40:47et qui ne voulait que de la musique
40:48d'église Mozart
40:49il voulait écrire des opéras
40:50il en avait déjà écrit
40:51pour les théâtres italiens
40:53il voulait écrire des symphonies
40:54il voulait écrire des concertos
40:55des sérénates
40:56de la musique de chambre
40:57ça lui était impossible
40:58il voulait être libre
41:00mais pas la liberté pour elle-même
41:01la liberté pour créer
41:03la liberté n'était pas une fin en soi
41:05elle était le moyen
41:06d'être le créateur
41:07qu'il sentait qu'il était
41:08c'est ce que son père n'a pas compris
41:09et ça a été à l'origine
41:10de leur rupture
41:12Oui et d'ailleurs
41:13Mozart s'est fâché
41:15lorsque notamment
41:16on l'a traité de gueux
41:17il n'a pas vraiment apprécié
41:18Voilà
41:19le comte d'Arco
41:22de la part du prince archevêque
41:23lui annonce qu'il est congédié
41:25qu'il est un gueux
41:26et lui demande de se tourner
41:27en lui disant
41:27j'ai un petit souvenir pour vous
41:29Mozart se tourne
41:30et il lui fout un coup de pied au cul
41:32et ça Mozart ne s'en relèvera pas
41:34de ce coup de pied au cul
41:35quand on écoute
41:36les noces de Figaro
41:37la colère de Figaro
41:40elle est animée par ça
41:41quand on écoute Don Giovanni
41:43le viva la libertà
41:45vive la liberté
41:46que crée Don Giovanni
41:48c'est le cri de Mozart
41:49Et Don Giovanni justement
41:50ce qui est étonnant
41:51dans cet opéra
41:53il l'a écrit avec da pompté
41:54la veille de la première
41:55la fin n'était toujours pas composée
41:57il y a des génies
42:00qui vous coupent le souffle
42:01c'est à dire que
42:02en fait Mozart avait tout
42:04dans la tête
42:04mais il n'avait pas encore eu le temps
42:06de le mettre sur le papier
42:08et quand il perdait
42:09je le raconte dans le livre
42:09quand il perdait une feuille
42:11il commençait par la chercher
42:13puis après il disait
42:13bon peu importe
42:14et il reprenait
42:16une page blanche
42:17et il écrivait
42:18exactement la même chose
42:19et quand sa femme
42:21retrouvait la feuille perdue
42:23elle le comparait
42:24il disait
42:24mais oui
42:24c'est écrit dans ma tête
42:26c'est fou
42:26et cet opéra
42:27justement il l'a écrit
42:29au réveil le matin
42:30il est passé une soirée
42:31je crois à boire du ton
42:32oui il faut dire qu'il aimait
42:33et jouer au jeu
42:35je pense qu'il a perdu
42:35beaucoup d'argent
42:36et c'est à l'origine
42:37de beaucoup de ses problèmes
42:38d'argent
42:38et puis il aimait boire
42:40exactement
42:40et ce qui fait que
42:41l'opéra a été sauvé
42:43alors dans ce livre
42:43ce qui est important
42:44vous l'avez construit
42:45comme un véritable roman
42:46puisqu'il y a des allers
42:49et retours en permanence
42:52je pars de ce père
42:55qui attend
42:55de ce père
42:56qui est avec la grande soeur
42:58Nanerle
42:58et qui attend toujours
43:00une lettre de son fils
43:01et une lettre qui n'arrive jamais
43:02et puis on remonte
43:02dans le passé
43:03et on voit cet amour
43:05énorme entre le père
43:06et le fils
43:07donc tout le temps
43:07on se demande
43:08mais enfin
43:08que s'est-il passé entre eux
43:10pour que le lien
43:12soit coupé
43:13parce qu'en fait
43:14je voulais écrire
43:14pas seulement un livre
43:16avec Mozart
43:17et sur Mozart
43:18mais je voulais écrire
43:19un livre sur le rapport
43:20père-fils
43:20et il fallait dans cette vie courte
43:22trouver les éléments
43:23parce qu'il y en a eu beaucoup
43:24qui correspondent
43:25à cette rupture
43:26et à cet amour
43:27leur relation est tellement riche
43:28en bien comme en mal
43:30qu'il y avait tout
43:31et il y a une chose
43:32que je montre
43:34c'est aussi
43:34l'étrange réaction
43:36de Mozart
43:38à la mort de son père
43:39à ce moment-là
43:40il ne se voit plus beaucoup
43:40il reçoit une lettre
43:41de sa soeur
43:42qui lui dit sèchement
43:43papa est mort
43:46donc il n'est même pas
43:47à l'enterrement
43:47puisque là
43:47il met trois jours à venir
43:48et l'enterrement
43:49est déjà fait
43:51et cet homme
43:52ne va pas pleurer
43:52au contraire
43:53il va récaner
43:55il va écrire une oeuvre
43:56qui s'appelle
43:56une plaisanterie musicale
43:58qui est un pastiche
43:59de ce qu'est un mauvais compositeur
44:00et il va mettre
44:01toutes les mauvaises formules
44:02que peut employer
44:03un compositeur
44:04le jour de la mort
44:05de son père
44:05qu'est-ce qu'il fait ?
44:07en fait
44:08il lutte par la moquerie
44:09et le sarcasme
44:10contre l'immense chagrin
44:11qu'ils sont montés en lui
44:12et qu'il veut endiguer
44:13et c'est après
44:16qu'il s'écroulera
44:17et après j'essaye de montrer
44:18comment dans ses autres oeuvres
44:19il va essayer de rejoindre son père
44:21dans Don Giovanni
44:22et dans le Requiem
44:23exactement
44:24et c'est vrai que
44:25c'est presque un gâchis énorme
44:27bien sûr
44:28mais on ne va pas l'accuser
44:30parce qu'on est tous
44:31on est tous dans ce gâchis-là
44:33je trouve que la relation
44:34père-fils
44:34moi je l'ai vécu
44:36je l'ai gâché aussi
44:37j'ai vraiment découvert
44:39les vraies dimensions
44:40de mon père
44:40une fois qu'il est parti
44:41parce que j'ai cessé
44:42de lui demander
44:43d'être un père
44:45qu'il était
44:45il était un excellent père
44:47mais
44:48je me suis tout d'un coup
44:49intéressé une fois qu'il est parti
44:50à la personne qu'il était
44:51et je me suis dit
44:52ah bah tiens
44:53j'aurais pu aimer cette personne
44:54si j'avais pris le temps
44:56de la connaître
44:57souvent
44:58je trouve que
44:59nous nous vivons
45:00avec un père
45:00et une mère inconnues
45:01tant qu'ils sont là
45:02et c'est quand ils ne sont plus là
45:04qu'on se met à
45:05à enquêter sur eux
45:06à découvrir
45:06quelle personne ils étaient
45:07et malheureusement
45:09c'est trop tard
45:10c'est pas trop tard pour nous
45:11mais c'est trop tard pour eux
45:13et puis ce livre
45:14est très particulier
45:15puisque c'est vraiment
45:16la vérité absolue
45:17historique
45:18avec un roman
45:19sauf sur un point
45:20de Voyage à Vienne
45:22de Rosar
45:22je l'ai signalé
45:23pour que comme ça
45:24mon lecteur ait confiance
45:25je lui ai dit
45:26voilà tout est vrai
45:27sauf
45:29des choses qui se sont dites
45:30par lettres
45:30je les ai fait
45:33j'ai fait des scènes
45:34où les deux personnages
45:35sont ensemble
45:35et ils ne se disent pas
45:36les choses par lettres
45:37ils se les disent pour de vrai
45:38je l'ai signalé
45:39perso
45:39peu de gens l'auraient vu
45:40mais c'est aussi pour dire
45:43faites-moi confiance
45:44quand je trahis
45:46la vérité historique
45:47c'est pour lui faire
45:47des beaux enfants
45:48et en même temps
45:49Vienne
45:50c'est là où il a passé
45:51les dix dernières années
45:51de sa vie
45:52et il y a une maison
45:53aujourd'hui
45:53qui est ouverte au public
45:54et qui a été entièrement
45:55rénovée
45:56et qui permet de découvrir
45:57Mozart
45:58ce qui est fou aujourd'hui
45:59c'est que
46:00et Salzbourg
46:01et Mozart
46:02vivent de Vienne
46:02et lui
46:03il y a si mal vécu
46:04il y a un contraste absolu
46:06entre Salzbourg
46:08c'est la ville de Mozart
46:09et on y va
46:09pour voir
46:10et lui a été malheureux
46:11Salzbourg
46:12sauf dans son enfance
46:13et puis Vienne
46:15a accueilli Mozart
46:16au départ
46:17et puis ensuite
46:18s'est désintéressé de lui
46:19pourquoi ?
46:20parce que les gens
46:21écoutent avec
46:22leurs yeux
46:23plutôt qu'avec leurs oreilles
46:24quand ils voyaient
46:25Mozart enfant tout petit
46:26avec les jambes
46:27qui n'arrivaient pas
46:27jusqu'au pied
46:29du siège
46:29et les bras
46:30qui touchaient à peine
46:30le clavier
46:31ils se rendaient tous compte
46:32avec leurs yeux
46:33que c'était un génie
46:33une fois qu'il était
46:35qu'il avait 20 ans
46:35et qu'il était un adulte
46:36parmi les adultes
46:37il fallait se servir
46:38non plus de ses yeux
46:39mais de ses oreilles
46:39pour écouter
46:40et peu de gens ont des oreilles
46:42alors le grand drame
46:43de Mozart
46:44c'est qu'il était seul
46:45à se rendre compte
46:45qu'il était Mozart
46:46et puis s'en rendait compte
46:48sa soeur
46:49Léopold Mozart
46:50et il est mort
46:53et Joseph Hayden
46:54le grand compositeur
46:55oui donc il a été
46:56très proche
46:57et très admiratif
46:57oui oui
46:58d'ailleurs
46:59Mozart l'appelait papa
47:00ce qui évidemment
47:02faisait beaucoup souffrir
47:03Léopold Mozart
47:03qui lui était le vrai père
47:04donc Mozart s'était inventé
47:06un autre père
47:08c'est terrible
47:08quand on pense
47:09au père extraordinaire
47:10qu'il a eu
47:10et il appelait Joseph Hayden
47:12à partir du moment
47:13où il a rompu
47:13avec son père papa
47:14parce qu'il était
47:15son modèle musical
47:16et il lui avait fait
47:17six enfants
47:17c'est à dire
47:18il avait écrit
47:18six quatuors
47:19pour Joseph Hayden
47:21et Joseph Hayden
47:22disait que
47:22c'est lui qui avait inventé
47:24la forme du quatuor
47:25Joseph Hayden
47:26et Joseph Hayden
47:28disait que
47:28les six enfants
47:29que lui avait fait Mozart
47:29étaient plus beaux
47:30que les siens
47:30alors Mozart
47:32effectivement
47:32les enfants le connaissent
47:34et le connaissent
47:35particulièrement
47:35grâce à ce morceau
47:44la petite musique de nuit
47:46c'est le cauchemar
47:46des voisins
47:47en général
47:47mais c'est incontournable
47:49mais c'est tellement beau
47:50l'allégresse
47:51la franchise
47:52la netteté
47:53l'énergie
47:54je veux dire
47:55c'est une musique
47:56de la joie
47:56et il apparaît-il
47:58un menuet
47:59entre le premier
48:00et le deuxième mouvement
48:01dont les pages
48:01ont été arrachées
48:03c'est ce qu'on raconte
48:05ça je ne sais pas
48:05donc elle n'est pas complète
48:07alors le rêve de Mozart
48:09aussi c'était
48:09que son fils Karl
48:11reprenne sur la relève
48:12mais malheureusement
48:14ou heureusement
48:15il est devenu fonctionnaire
48:16en Italie
48:16non non
48:17il n'était pas musicien
48:18du tout
48:18par contre
48:19son autre fils
48:20Franz
48:21mais qui est mort
48:22enfin Mozart est mort
48:23quand il avait quelques mois
48:24simplement
48:25et était musicien
48:26et il a fait
48:27d'assez jolies choses
48:28mais il n'y a pas
48:29de descendance Mozart
48:30non seulement
48:31parce que
48:32ses deux fils
48:32n'ont pas eu d'enfant
48:33et tout s'est éteint
48:37mais ils ont à peine
48:38connu leur père
48:40et vous dites
48:41dans ce livre
48:41si vous parlez du génie
48:42qui peut finir
48:43la médiocrité
48:44et la médiocrité
48:45ne peut pas donner
48:46l'illusion du génie
48:48bien sûr
48:49c'est toujours
48:49plus facile
48:50de faire le bête
48:52que de faire l'intelligent
48:53je veux dire
48:54l'idiot a du mal
48:55à faire l'intelligent
48:56tandis que l'intelligent
48:57peut faire le bête
48:58mais ça veut dire aussi
48:59que Mozart vous touche
49:00aujourd'hui
49:01plus que jamais
49:01il me touche
49:03depuis toujours
49:04et plus que jamais
49:05je ne sais pas
49:06en tout cas
49:06le compagnonnage
49:08continue
49:09c'est une musique
49:10dont j'ai besoin
49:11parce qu'elle me
49:12c'est une musique
49:13qui a la grâce
49:14c'est-à-dire
49:14le sens de l'équilibre
49:15et elle me remet là
49:17dans la grâce
49:18et dans le sens
49:18de l'équilibre
49:19et puis Mozart
49:20fait partie
49:20de ces compositeurs
49:21qu'on écoute
49:22quelquefois
49:23sans savoir
49:24que les oeuvres
49:24sont de lui
49:26oui parce qu'il y a
49:27plein de tubes
49:28de choses
49:29qui sont devenues
49:29des tubes
49:30chez Mozart
49:32et parce que
49:32c'est une musique
49:34facile d'accès
49:36alors qu'il y a
49:36des musiques classiques
49:38qui ne sont pas faciles
49:39Bach est beaucoup moins
49:41facile d'accès
49:41Wagner est moins facile
49:43d'accès
49:43Mozart c'est aimable
49:45ça a l'air simple
49:46ça a l'air
49:47ça ne l'est pas
49:48et aujourd'hui
49:48il pourrait être
49:49un grand musicien populaire
49:50ah mais complètement
49:51d'ailleurs il l'a été
49:52à son époque
49:52parce que je raconte
49:53dans le livre
49:54la création de la flûte
49:55enchantée
49:55c'est pas dans un opéra
49:56classieux
49:57c'est pas l'opéra
49:58de la cour
49:58c'est dans un opéra
50:00des faubourgs
50:02un musical
50:03on pourrait dire
50:03vous qui connaissez
50:05tellement bien
50:05l'histoire du musical
50:06c'est un musical
50:07dans les faubourgs
50:07de Vienne
50:09dirigé par un acteur
50:10chicané d'air
50:11qui a écrit le livret
50:11et qui est très drôle
50:12et qui ne chante pas très bien
50:13et c'est là
50:14que cette musique
50:15est maintenant
50:16l'opéra sans doute
50:17le plus joué au monde
50:17c'est là que cette musique
50:18est créée
50:21les morceaux de la Reine de la Nuit
50:22l'ère de Loiseleur
50:23de Papagéno
50:24etc
50:24et c'est d'abord
50:25un succès populaire
50:27c'est incroyable
50:28de voir que le plus grand musicien
50:29peut-être de toute la littérature
50:30de la musée classique
50:31a eu
50:32dès son époque
50:33des succès populaires
50:34en tout cas
50:35le succès populaire de ce livre
50:36vous le méritez largement
50:38juste après Dieu
50:39il n'y a pas pas
50:40chez Albin Michel
50:40je conseille à celles
50:42et ceux qui le liront
50:43d'écouter Mozart en même temps
50:44oh oui
50:45c'est ce que vous faites
50:46quand vous continuez à écrire
50:48avant d'écrire
50:49ou après
50:50que j'ai écrit
50:51j'écoute
50:52et la plupart du temps
50:53Mozart
50:54et bien continuez ainsi
50:55ne changez rien
50:56restez dans la note
50:57si j'ose lire
50:58merci et puis à bientôt
51:00pour vos prochains livres
51:00merci
51:01les clés d'une vie
51:02c'est terminé pour aujourd'hui
51:03on se retrouve bientôt
51:04restez fidèles
51:05à l'écoute de Sud Radio
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