00:00Alors, immigration négative, la formule frappe, c'est le moins qu'on puisse dire,
00:04et on comprend par là qu'elle sera au cœur de la campagne présidentielle d'Éric Zemmour
00:09s'il fait le saut à nouveau, s'il est candidat.
00:13Pourquoi la question de l'immigration sera-t-elle au cœur de la présidentielle,
00:16quels que soient d'ailleurs les slogans qu'on utilisera?
00:18Parce que l'écart n'a jamais été aussi grand entre les préférences populaires des Français
00:22et la politique que leur imposent leurs institutions.
00:25Les Français voudraient stopper l'immigration massive si ce n'est pas davantage.
00:29De l'autre côté, les institutions font tout, ou à tout le moins,
00:32elles sont prises en roue libre en quelque sorte.
00:34Elles imposent toujours plus d'immigration dans une situation de saturation démographique,
00:38de dérèglement des systèmes sociaux, d'effondrement identitaire.
00:42Donc, inévitablement, la question sera au cœur de la présidentielle.
00:46Mais on cherche de quelle manière aborder cette question?
00:48Que veut dire aujourd'hui chercher à contenir l'immigration massive?
00:53On connaît la formule première, il faudrait une immigration maîtrisée.
00:56Mais plusieurs disent, une immigration maîtrisée, c'est un slogan d'impuissant aujourd'hui.
01:01C'est-à-dire, ça consiste à dire globalement qu'on va ralentir la croissance de l'obésité
01:04et de l'embonpoint sans jamais pour autant engager une forme de marche arrière.
01:08Donc, c'est ralentir le dérèglement sans pour autant aller dans une autre direction.
01:12Certains y vont avec la position de la plus grande fermeté.
01:16C'est stopper l'immigration, disent-ils. La stopper.
01:19Mais ce à quoi plusieurs répondent, d'accord, mais que fait-on de tous ceux qui sont ici,
01:25légalement dans certains cas, sans être nécessairement des jeunes citoyens,
01:29illégalement très souvent, et qui s'installent durablement dans une situation
01:33soit de vide juridique, de vide identitaire.
01:36Est-ce qu'il n'y a pas une partie de cette population qui vit en France
01:40mais qui n'a pas vocation juridiquement, culturellement à y rester?
01:44Est-ce qu'une partie de ceux qui se sont installés ici n'ont pas vocation à repartir?
01:49Il ne s'agit pas d'être pour ou contre, il s'agit de voir quel est l'état d
01:51'esprit de Zemmour là-dessus.
01:54La première chose à dire sur cette proposition d'immigration négative,
01:57c'est qu'elle n'est pas nouvelle.
01:59Raymond Barre, dès la fin des années 70, plaide déjà pour le retour.
02:02À l'époque, on dit le rapatriement des travailleurs immigrés.
02:05Donc, il dit qu'ils sont venus, leur contrat est terminé, qu'ils repartent.
02:09Donc, il n'y a aucun problème de conscience, de morale lorsqu'il dit ça.
02:12Il sera bloqué, évidemment, par le Conseil d'État
02:15et plus largement, les tribunaux vont développer un appareillage juridique
02:19en un équipement juridique conceptuel
02:21pour limiter la volonté de l'État de stopper l'immigration,
02:25renvoyer le clandestin, renvoyer ceux qui devraient repartir tout simplement.
02:28Mais Barre, à l'époque, qui ne passe pas, que je sache, pour un terrifiant fasciste,
02:31dit le rapatriement et la vocation naturelle de ceux qui viennent ici pour travailler,
02:35qui doivent repartir.
02:36Dans le même état d'esprit, au début des années 80,
02:39le Front national qui s'empare de cette question, plus encore vers la fin des années 80,
02:43va dire quelquefois qu'il y a une formule brutale, évidemment,
02:45il faut renvoyer les immigrés chez eux.
02:47La formule est brutale, évidemment,
02:48parce qu'elle bute toujours sur qui sont les immigrants en question.
02:51S'agit-il des clandestins, des délinquants,
02:53de simplement des travailleurs temporaires?
02:55S'agit-il aussi, c'est une autre chose,
02:57de ceux qui sont nationalisés, qui ont été naturalisés,
03:01sans pour autant s'être assimilés?
03:03Donc, c'est une vraie question.
03:03Les naturalisés, non assimilés, c'est toujours sur cette question qu'on bute.
03:06Mais le FN de l'époque envoie le signal, ils doivent repartir.
03:10Encore une fois, il ne s'agit pas d'être pour ou contre,
03:12il s'agit de dire que ce n'est pas une idée nouvelle.
03:15Plus récemment, il y a eu une forme d'idée,
03:17le consensus sur maîtriser les flux, je l'ai dit,
03:20mais toujours la question du retour s'impose.
03:22Mais quel retour?
03:23Par exemple, on va nous dire, dans la maîtrise des flux migratoires,
03:26il faut au moins renvoyer les OQTF.
03:27Qu'on se comprenne bien, quand on parle des OQTF,
03:30on parle de remigration.
03:31On parle de gens qui sont venus ici, qui n'en ont pas le droit,
03:33qui doivent repartir, mais qu'on n'est pas capables de faire partir.
03:37Ça, c'est l'autre chose.
03:37Donc, sommes-nous capables de traduire juridiquement
03:40les volontés populaires ou les volontés politiques?
03:43D'autant qu'il y a deux éléments ici.
03:45Est-ce que juridiquement, c'est possible de faire repartir les OQTF?
03:47Et par ailleurs, est-ce qu'on n'a pas un système de pompe aspirante
03:50avec l'État social qui fait en sorte que,
03:52même si on en renvoie un, il y en arrive 100, il y en arrive 1000?
03:54Ce qui fait en sorte que la question migratoire
03:56demeure toujours aussi intense.
03:59Par ailleurs, la question du retour au-delà des OQTF des clandestins.
04:01Il y a un piège dans cette formule.
04:03Parce que quand on dit qu'il faut retourner
04:04renvoyer les clandestins chez eux ou les illégaux,
04:07premièrement, on constate que c'est très difficile
04:09de renvoyer les illégaux.
04:10Et deuxièmement, ça laisse croire que l'immigration légale,
04:13elle, ne pose aucun problème.
04:14Or, on constate que l'immigration massive, aujourd'hui,
04:17c'est d'abord de l'immigration légale,
04:19qui ne s'assimile pas, qui ne s'intègre pas,
04:21qui est souvent un coût réel pour le pays.
04:23Donc, est-ce que l'immigration légale
04:25ne devrait pas être questionnée aussi?
04:27Voilà pourquoi il y a un concept qui s'est imposé
04:29ces dernières années, quoi qu'on en pense encore une fois.
04:31Le concept de remigration, on en parlait ici
04:33la semaine dernière, Donald Trump à la Maison-Blanche
04:35s'en empare, l'AFD en Allemagne,
04:37le Parti libéral autrichien, Restore Britain,
04:40reconquête. Donc, c'est un concept
04:41qui, il y a quelques années, était...
04:43Vous le chuchotiez, vous passiez pour quelque chose
04:45comme une forme de nazi plus.
04:46Aujourd'hui, dans les partis démocratiques en Occident,
04:49le concept existe.
04:51Prenons-le au sérieux.
04:52Et dès lors, Zemmour, qui a la tentation chez lui
04:54toujours de préciser des choses, quitte à aller plus loin,
04:56veut, a peut-être peur de ne pas être compris
04:58lorsqu'il dit remigration.
05:00Donc, il dit immigration négative.
05:03Globalement, ça consiste à dire
05:04ils seront nombreux à repartir.
05:07La question est de savoir qui, lesquels.
05:09Mais que pourrait vouloir dire concrètement
05:12une politique d'immigration négative?
05:16Voilà, c'est quand même, c'est une vraie question.
05:17Alors, la première, on peut dire les OQTF.
05:20D'abord et avant tout, ceux qui juridiquement
05:21doivent déjà repartir.
05:23On comprend.
05:23Ça, si on n'est pas capable de le faire,
05:26imaginez le reste.
05:27Mais quoi qu'il en soit, on comprend qu'il faut
05:29identifier, non pas sur le mode du tri-ethnique.
05:31Évidemment, tous ceux qui s'imaginent
05:33qu'il y a une question de remigration,
05:34de guillemets, et c'est une politique de tri-ethnique,
05:36ne comprennent pas du tout ce qu'elle a été
05:37à l'échelle de l'histoire de cette idée.
05:40Il s'agit juridiquement de voir si,
05:42à l'intérieur des paramètres de l'État de droit,
05:45certaines catégories de gens, juridiquement,
05:47dans le respect du droit, doivent repartir.
05:49Ça ne s'agit pas d'être pour ou contre.
05:50Il s'agit de voir ce qu'il y a dans leur tête.
05:52Alors, donc, les OQTF, évidemment.
05:54Ensuite, on pourrait dire plus largement
05:56ceux qui ne sont pas encore OQTF,
05:57mais qui sont arrivés illégalement.
05:58Dès lors que vous avez mis le pied illégalement en France,
06:00vous repartez.
06:01C'est tout simplement, vous voulez venir en France,
06:03ou en Autriche, en Hongrie, quand on sait-je,
06:05vous respectez le droit.
06:06Si vous ne le respectez pas, vous repartez.
06:08Ceux qui ont un titre de séjour qui arrivent à terme,
06:10tout simplement, il n'y a pas un droit fondamental
06:12à avoir son titre de séjour éternellement renouvelé
06:14sur un territoire.
06:16Ceux qui, pour vivre en France,
06:18dépendent des aides de l'État.
06:19Ça, c'est fondamental.
06:20Donc, ceux qui fondamentalement dépendent des aides de l'État.
06:22Ou encore, ajoutez à cela,
06:24ceux qui se sont rendus coupables d'un délit ou d'un crime.
06:27Est-ce que la France a pour vocation
06:28de conserver sur son territoire
06:30des gens qui n'ont pas respecté ses règles,
06:33n'ont pas respecté son droit?
06:34Je ne parle peut-être pas de délits mineurs,
06:36mais globalement, des gens qui sont sur le territoire
06:38et qui n'ont pas respecté les règles du pays qui les accueille.
06:41Donc, ça commence à faire beaucoup de gens, en quelque sorte.
06:43Alors, on bute toujours sur la même question des naturalisés,
06:47non-assimilés.
06:48Ça, j'y reviens parce que les démographes appellent ça le « stock ».
06:51Ce sont ceux qui sont déjà ici, qui ne repartiront pas,
06:53qui n'ont pas vocation à repartir.
06:55Mais c'est à ce moment que la dynamique d'immigration négative,
06:58comme disait Mour, peut avoir une signification.
07:00C'est-à-dire, si vous renvoyez des gens
07:02qui, juridiquement, doivent repartir,
07:03si vous envoyez un signal clair
07:05que la société d'accueil ne se laisse plus faire,
07:07si vous envoyez un signal clair
07:08que si vous ne jouez pas selon les règles,
07:10vous repartirez,
07:11si vous envoyez un signal clair
07:12que les règles du pays d'accueil
07:14seront désormais appliquées sans la moindre hésitation
07:17et dans la plus grande intransigeance,
07:18vous créez peut-être,
07:20on est sur des hypothétiques,
07:21vous créez peut-être les conditions
07:22d'une assimilation enfin réussie en France.
07:25Donc, une forme de rapport de force intérieure
07:28qui s'établirait.
07:29Avec l'idée suivante,
07:30il n'y a plus d'irréversibilité
07:33en matière d'immigration massive.
07:34Parce que c'est comme ça
07:35qu'on a imposé l'immigration massive.
07:36Pendant longtemps, on nous disait,
07:37« Ah, ça n'existe pas. »
07:38Maintenant, ça existe,
07:39mais vous ne pouvez rien faire.
07:39Tout l'enjeu par rapport aux révolutions dans l'histoire
07:42consiste à dire,
07:42« Vous pensez que c'est irréversible.
07:44Je vous dis que ce ne l'est pas.
07:45Quels sont les moyens juridiques et politiques
07:47et sociaux de la réversibilité
07:50de l'immigration massive,
07:51de l'immigration négative selon Zemmour ? »
07:53C'est la grande question à laquelle
07:54il devra répondre
07:55pour poser une prochaine étape dans sa réflexion.
07:58Éric Zemmour parle d'un réveil des peuples européens.
08:00La formule est-elle abusive ?
08:02Trop optimiste ?
08:05Elle est orientée.
08:06Quand on dit « réveil des peuples »,
08:07théoriquement, ça veut dire qu'on est content.
08:08Mais je pense que le constat,
08:10peu importe qu'on le code positivement
08:12ou négativement, il est présent.
08:13À gauche, ils vont dire
08:14« Grande montée du racisme et de la xénophobie ».
08:16Zemmour dit « Réveil des peuples européens ».
08:18Enlevez le côté positif ou négatif,
08:20on désigne la même chose.
08:22C'est-à-dire des peuples
08:23qui s'opposent désormais
08:24à la submersion migratoire.
08:26Et pourquoi s'y opposent-ils ?
08:27Parce qu'à l'échelle de l'histoire,
08:28la submersion migratoire,
08:29c'est un coup d'État démographique.
08:31Je tiens à cette formule
08:32parce qu'on a provoqué
08:34un changement de peuple
08:35dans des pays
08:35qui ne l'ont jamais demandé,
08:37jamais réclamé.
08:38Si on avait demandé aux Français
08:39au début des années 80 et 90,
08:41c'est même 2000,
08:42souhaitez-vous désormais
08:43être un pays progressivement islamisé,
08:45un progrès de moins en moins
08:46culturellement européen,
08:47un pays de plus en plus fragmenté ?
08:49Si on avait fait le portrait
08:50de ce qui allait arriver,
08:51qui aurait voté pour cela ?
08:52Personne.
08:53Mais l'immigration massive
08:55s'est imposée
08:55grâce à une série de mensonges
08:57qui se sont emboîtés
08:58les uns les autres.
08:59Le mensonge voulant
09:00que les peuples n'existent pas,
09:01qu'il n'y a que des valeurs républicaines.
09:03Le mensonge voulant
09:04que la submersion migratoire
09:05n'existait pas,
09:06rien ne se passe,
09:06rien ne se passe.
09:08Le mensonge voulant
09:08que la proportion d'immigrés
09:09soit demeurée stable
09:10depuis un siècle,
09:11la grande blague.
09:12Le mensonge voulant
09:13que l'assimilation
09:13et l'intégration
09:14fonctionnaient parfaitement.
09:15Le mensonge voulant
09:16que l'écart culturel
09:17et identitaire
09:17entre les immigrés
09:18et les natifs
09:19ne compte pas.
09:19Globalement,
09:19c'est aussi facile
09:20d'intégrer l'islam
09:21que des Italiens en France.
09:22On a compris
09:23que c'était approximatif.
09:25Le mensonge médiatique
09:26consistant en dissocier
09:27l'immigration
09:27des questions
09:28comme l'insécurité,
09:29les politiques sociales,
09:30le logement,
09:30le pouvoir d'achat,
09:31comme si l'immigration
09:32était une question secondaire
09:33qui ne structurait pas
09:34tout le débat public.
09:36Et derrière ça,
09:36il y a tout simplement
09:37un cri de détresse existentielle
09:38de peuples
09:39qui ne veulent pas
09:40devenir étrangers chez eux.
09:41Je terminerai
09:41avec une anecdote
09:42qui tire part
09:43de mon passage à Montréal
09:44il y a quelques jours.
09:44En fait, hier et avant-hier,
09:46je me promenais,
09:47les circonstances
09:48s'y prêtaient au cimetière
09:49et je voyais partout
09:50sur les tombes des noms
09:53Thibodeau, Tanguay,
09:54Touchette, Bigras,
09:55Leclerc, Lacroix, Côté,
09:58des noms québécois
09:59partout, partout, partout.
10:00Je voyais mon peuple,
10:01son avenir était
10:01si bien sous terre.
10:03Et je me promenais
10:04ensuite à Montréal
10:04et je n'entendais plus
10:06parler français,
10:06je l'entendais parler
10:07de moins en moins.
10:08Je me sentais étranger
10:09dans la métropole
10:10fondée par mon peuple
10:11qui était à l'époque
10:11aussi le vôtre,
10:12soit dit en passant,
10:13qui était notre peuple.
10:14Eh bien, mon peuple
10:15qui a son avenir
10:16si bien sous terre,
10:17la métropole
10:18dans laquelle je vis,
10:19qui est fondamentalement
10:19d'une ville qui me réserve
10:21un destin d'étranger
10:21en mon propre pays,
10:22peut-être est-ce
10:23pour éviter ce sort
10:24que tant de gens
10:25aujourd'hui souhaitent
10:26stopper l'immigration
10:27massive ou peut-être
10:28davantage.
10:31Sous-titrage Société Radio-Canada
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