Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
Avec Mohamed Bourouissa, photographe, metteur en scène et scénographe du spectacle “Quartier de femmes” du 19 au 23 mai à la Maison des métallos à Paris.

Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Là c'est Daphne Burkier, là c'est sa nouvelle tête.
00:02Bah oui parce qu'il est 9h50 et qu'on est toujours en direct dans le studio de la grande
00:05matinale de France Inter.
00:06Ma nouvelle tête ce matin s'appelle Mohamed Bourouissa.
00:10Il est artiste, photographe, vidéaste, plasticien et aujourd'hui metteur en scène.
00:14Il a grandi entre Blida en Algérie, Paris et Courbevoie depuis plus de 10 ans.
00:19Ses oeuvres circulent dans les plus grands musées du monde,
00:22du MoMA à New York au Palais de Tokyo dans le centre de la capitale.
00:25Et pourtant, son travail parle souvent de celles et ceux qu'on ne regarde pas ou qu'on regarde mal.
00:30Les marges, les vies résumées trop vite, ce qu'on enferme dans des clichés.
00:34Aujourd'hui, pour la première fois, il met en scène Quartier de Femmes.
00:37Un spectacle né après plusieurs semaines d'atelier avec des détenus en prison
00:40qui se jouent à la Maison des Métallois à Paris.
00:43Bonjour Mohamed Bourouissa, bienvenue sur France Inter.
00:46Merci, merci pour l'invitation.
00:48Bah oui parce que ok vous êtes artiste mais là, on est sur une première fois.
00:52Mise en scène scénographie d'un spectacle qui m'a amusée.
00:55C'est lorsque je vous ai demandé votre première fois hors micro,
00:58vous m'avez répondu le jour où j'ai allumé la télévision en arrivant en France.
01:02Parce que oui Charline, je pose toujours la question à mes nouvelles têtes,
01:05quelle est votre première fois ?
01:06Et je te jure qu'il y a des bonnes surprises quelques-unes.
01:08Mais ce souvenir-là, il est limpide.
01:11Parce que depuis, dans tous vos projets, vous êtes devenu quelqu'un qui lutte contre les représentations,
01:16justement simplifiées, les images toutes faites.
01:19Vous vous souvenez de ce moment de télévision ?
01:21Oui, oui, oui, oui, oui.
01:23Bah écoutez, je crois que c'est un des tout premiers souvenirs que j'ai en étant petit.
01:31Et la première image que j'ai, c'est moi sur un lit.
01:34En fait, on était dans une chambre de bonne avec ma mère.
01:37Et donc, elle partait travailler.
01:39Et puis moi, j'étais sur le lit et tout.
01:42Et je regardais la télé, j'étais là.
01:44Et donc à l'époque, bon, il n'y avait pas de télécommande.
01:45Donc on appuyait comme ça sur les boutons.
01:47Et donc je la regardais et tout.
01:48Et à un moment donné, je pensais à force d'avoir appuyé sans arrêt comme ça, de zapper,
01:52je l'ai cassé et je me suis retrouvé face à un écran de brouillard comme ça de la télé.
01:58Et je pense que c'est vraiment le premier souvenir comme ça, très fort que j'ai eu.
02:02Et vous travaillez depuis sur ces sujets-là, moi je trouve,
02:08vous travaillez souvent sur des temps longs, parfois plusieurs mois, parfois plusieurs années,
02:12aux côtés des personnes, des jardins aussi, que vous photographiez ou que vous filmez.
02:17Pour Quartier de Femmes, vous êtes entrée dans un centre pénitentiaire de Lille
02:20avec l'autrice Zazon Castro pour mener des ateliers avec des détenus pendant plusieurs mois.
02:25Elles vous ont parlé de honte, de désobéissance, d'amour, d'enfant aussi, de solitude.
02:30Vous saviez dès le départ ce que vous alliez en faire de cette résidence, on va dire ?
02:35Disons qu'au tout départ, quand on a commencé à travailler avec Zazon,
02:39ce qui s'est passé, c'est qu'on s'est dit qu'on voulait créer une sorte de one
02:43-man show.
02:43Moi j'avais cette idée de one-man show au départ et je me suis dit, tiens, one-woman show,
02:47pardon.
02:48Et on est parti là-dessus.
02:50Et puis on s'est dit, on va aller les rencontrer, on va écrire le spectacle avec elles.
02:54Et donc on a eu la chance d'aller dans cette prison à Secudin, dans le nord de la France,
02:58où on a pu rencontrer et faire des ateliers avec beaucoup de femmes détenues.
03:02Donc on faisait des ateliers le matin et puis l'après-midi.
03:04Donc ça c'était quand même assez impressionnant parce que rentrer dans une prison,
03:07c'est quand même quelque chose d'assez fort, d'assez impressionnant.
03:12Et on faisait ces ateliers avec elles le matin et puis l'après-midi avec Zazon.
03:17Et je me suis très vite rendu compte que finalement, elles n'avaient pas envie d'écrire.
03:21Parce qu'elles utilisaient l'espace des ateliers juste pour parler, pour discuter, pour échanger avec nous,
03:27pour avoir un moment convivial et pouvoir un peu s'exprimer et donner de la voix.
03:31Donc ensuite, on a quand même récolté toutes ces histoires.
03:34Et Zazon, puis elle en a construit le spectacle et puis c'est devenu un seul en scène petit à
03:39petit.
03:39C'était même pas prévu.
03:40Et c'est l'actrice Lou, Adriana Bouziohane, qui est seule donc sur scène et qui retranscrit toutes ses vies.
03:46On écoute un extrait.
03:47Donc une meuf en prison, c'est la honte.
03:50Par contre, un mec, c'est stylé.
03:51C'est ça, c'est un rite initiatique, ça le rend mystérieux.
03:53Genre, il gagne en virilité.
03:55Je sais pas, une meuf a un rendez-vous Tinder qui te dit « je suis une taularde ».
03:59Ah non, non, c'est pas une blague.
04:00Là, j'étais à la MAF, j'étais en mandat criminel.
04:03T'as envie de swiper la meuf, tu vois.
04:05Le bâtard, ça m'avait tellement soudée de le voir, j'ai eu mes règles pendant un mois.
04:09Moi, ça me fait ça quand je fais un choc émotionnel.
04:11Tout ça pour dire, je suis sortie du parloir, je l'ai quittée direct.
04:15Toutes ces histoires, elles sont vraies.
04:17On se retrouve nous aussi en immersion dans cette prison et hors la prison.
04:22Il y a beaucoup d'humour, c'est vraiment du stand-up, comme cette histoire de linge.
04:26Il faut savoir, c'est vrai donc, ce sont les femmes qui lavent le linge de la prison des hommes.
04:32Alors, certains, je vous jure.
04:33Donc certains hommes glissent des mots quelquefois dans le linge pour essayer de rentrer en contact.
04:38Et il y en a même un qui envoie volontairement son linge propre, juste pour créer un contact.
04:42Il y a du désir, en fait. Ça, ça vous a intrigué, cette histoire ?
04:45C'est surtout qu'il y a de la tendresse, en fait.
04:47Là où on pense que c'est très dur, où il n'y a que de la violence, en fait,
04:49il y a de l'amitié, il y a de l'amour, il y a de la tendresse.
04:52Et je pense que la pièce, au-delà du contexte, elle raconte aussi une relation d'amitié et d'amour.
04:59Je pense que... Et c'est ça qui, parfois, nous fait changer aussi.
05:03Il nous fait évoluer.
05:05On va entendre, d'ailleurs, à un moment donné, il y a quand même Jul qui s'immisce dans cette
05:09histoire, parce qu'il est vraiment love de moi.
05:18Je ne vais pas vous raconter toute la pièce, parce que j'aimerais vraiment, vous qui vous écoutez aujourd'hui,
05:27que vous alliez la voir.
05:29Mais ce qui m'a beaucoup frappée, ce n'est pas seulement ce qu'on apprend sur la prison, sur
05:32la vie de ces femmes, mais ce sont les silences.
05:34Vous êtes un artiste plasticien, quand une fois, et là, le silence, il faut savoir qu'en radio, c'est
05:40l'une des choses qui fait, je pense, Sonia le plus peur au monde.
05:44Il ne faut pas qu'il y ait de silence. En télévision, il ne faut pas qu'il y ait
05:46de silence.
05:47Même sur une pièce, il ne faut pas qu'il y ait de silence. Et vous, vous travaillez des silences
05:50longs, quelques fois.
05:51Oui, pas si longs que ça. Le silence de la pièce, bon, je ne dis pas, mais il dure à
05:55peu près à peine cinq minutes.
05:56Et c'est vrai que...
05:57Le silence de la pièce, il dure cinq minutes, je te jure.
05:59Il y a un moment donné dans la pièce où j'ai eu le désir d'arrêter et de laisser,
06:06en fait, du silence.
06:09Et je pense que le silence aussi, à l'intérieur de la pièce, parce qu'on demande beaucoup aux gens
06:13de raconter en permanence leurs histoires.
06:15Et je voulais qu'en fait, il y ait ce moment de tension, d'échange, mais qui ne passe plus
06:19par les mots, mais qui passe aussi par le corps et par l'attente.
06:23Voilà, des moments de silence.
06:25Cette pièce, elle parle évidemment de prison, de justice, de violence sociale, mais elle parle surtout des tout petits détails
06:30et de la manière dont on tient debout.
06:32Et ça traverse, encore une fois, tout votre travail.
06:34Je pense notamment à une série qui s'appelle Périphérie, qui a été exposée dans le monde entier.
06:37On voit des femmes, des hommes photographiés dans des banlieues.
06:40Certaines, vous avez grandi sur des parkings, dans des halls d'immeubles, des stations-service.
06:44Ces scènes qui ressemblent presque à des tableaux classiques.
06:47Je vous engage à aller voir ce travail.
06:49Et c'est exactement ce que vous faites.
06:51Redonnez justement du détail, de la contradiction, du récit, là où la société avait collé une grosse étiquette.
06:57En fait, c'est votre mission dans la vie, Mohamed ?
06:59Non, je ne crois pas que j'ai une mission particulière dans la vie.
07:02Mais en tout cas, j'essaie de donner de la complexité.
07:06Là, on essentialise peut-être.
07:09Ce morceau qu'on entend ?
07:17Vous avez peut-être reconnu Rosalia.
07:19Ça s'appelle Nothing Special, rien de spécial.
07:23C'est le son qui vous représente bien en ce moment.
07:25Vous avez commencé votre vie d'artiste par le dessin, mais aussi de manière plus illégale, par le graffiti.
07:30Votre première fois, c'était sur un train.
07:32Vous preniez déjà possession d'une image publique en laissant des traces sur quelque chose qui traverse la ville.
07:37Qu'est-ce que le graffiti vous a appris avant même de débarquer dans l'art contemporain officiellement ?
07:47L'union avec les autres, peut-être.
07:49D'avoir un collectif, de pouvoir échanger des idées, d'avoir une sorte de même mentalité.
07:56Et d'avoir une union comme ça, une solidarité avec d'autres.
08:00Alors, ce moment de solidarité, moi je trouve que c'est exactement ce qu'on ressent quand on est dans
08:04le public de ce spectacle.
08:06Avec Quartier de Femmes qui se passe à la Maison des Métallos, du 19 au 23 mai, si vous passez
08:11par la capitale.
08:12N'hésitez pas à y aller.
08:13Est-ce que vous avez une dédicace ce matin, Mohamed, avant de se quitter ?
08:16Je voudrais faire une dédicace à ma sœur.
08:19Pourquoi ?
08:20Parce que c'est une femme qui est seule et qui a des enfants et qui fait son travail tous
08:28les jours et que ce n'est pas simple pour elle.
08:31Alors, à votre sœur et à toutes les autres sœurs de France qui nous écoutent aujourd'hui.
08:36Myriam.
08:36Myriam.
08:37On embrasse Myriam.
08:38Voilà.
08:39Alors, merci Myriam.
08:40Merci Mohamed.
08:42Merci Mohamed.

Recommandations