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  • il y a 8 minutes
Théodore Desprez, auteur, son premier roman “Big bang mon amour” (éd Julliard).

Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:01Eh ben il est 9h50 et nous sommes en direct dans le studio de la grande matinale de France Inter.
00:06J'ai envie de balancer une autre boulette à cette Charline.
00:09Ma nouvelle tête ce matin s'appelle Théodore Després.
00:12Mais vous l'avez peut-être connu sous un autre nom, son blason de rappeur, Lord Esperanza.
00:17Un nom qui contient déjà toute une histoire, Esperanza pour l'espoir, Lord pour la posture.
00:22Et entre les deux, un garçon qui écrit, qui écrit, qui écrit pour raconter, pour tenir, pour ne pas sombrer.
00:26Il est donc rappeur, poète, enfant du siècle au sens de Musset, c'est l'un de ses prefs.
00:30Mais un enfant inquiet surtout.
00:33Aujourd'hui, il devient romancier avec un premier livre qui s'appelle Big Bang, mon amour, aux éditions Julia.
00:39C'est un roman comme une traversée, celle d'un jeune homme qui cherche à survivre à lui-même à
00:44son époque.
00:44Bonjour Théodore Després, bienvenue sur France Inter.
00:46Bonjour Daphné, merci beaucoup de me recevoir, je suis très heureux d'être là.
00:49Moi aussi, alors je vous appelle Théodore ou Lord aujourd'hui ?
00:52Théodore c'est très bien.
00:52Allez, on reste sur Théodore parce que c'est vrai qu'en vrai ce matin, vous auriez pu débarquer comme
00:58ça avec votre tout dernier album qui s'appelle Apprends-moi à voler.
01:02On aurait pu commencer très fort, vous auriez pu arriver nu comme dans le clip du titre Putain d'Epoche
01:06où vous vous déshabillez à courir tout nu dans une ville pavillonnaire.
01:24Non, là il est habillé.
01:27Je gardais ma veste.
01:28Mais se mettre à nu chez vous, c'est une esthétique ou alors c'est complètement une nécessité ?
01:33En tout cas dans le roman, c'était vraiment cette envie de venir parler de manière très authentique et très
01:40sincère sur ces apprentissages d'un jeune qui veut percer dans la musique
01:44et qui va trouver grâce à l'art un moyen de trouver une évasion finalement.
01:49Alors il parle d'un jeune homme.
01:51Ce jeune homme, il est assez mélancolique, il est assez sensible dans Big Bang Mon Amour.
01:55Il est pris entre ce fameux désir de réussir, des histoires d'amour, il y a Suzanne, il y a
02:00la mère, il y a Mameau, la grand-mère, des addictions aussi qu'il va falloir quitter.
02:04Comme un roman en effet initiatique où on découvre les coulisses d'une vie et donc les prémices de la
02:09carrière d'un rappeur.
02:10Et puis il y a un fantôme, l'oncle Benoît, qui aurait pu avoir la même trajectoire.
02:15En lisant tout ça, je me suis quand même dit j'ai l'impression que le jeune homme c'est
02:18un peu vous quand même Théodore Desprez.
02:21Lord Esperanza, je ne sais pas.
02:23J'aime bien le terme autofiction.
02:25Je trouve que ça brouille un peu les pistes.
02:27Je n'avais pas le mot, c'est une autofiction.
02:29Je trouve ça chouette.
02:30Ça brouille un peu les pistes parce qu'en effet c'est évidemment autobiographique et en même temps il y
02:32a plein de choses qui sont inventées.
02:33Et ça me permet de réexplorer un peu certaines phases et certaines parties de ma vie et en même temps
02:38d'en inventer plein d'autres.
02:39Qu'est-ce que vous avez ressenti quand il y a eu la première impression, vous l'avez tenu entre
02:42les mains ce roman autofiction ?
02:44Eh bien j'ai pleuré, tout simplement, ma chère Daphné.
02:48Non, non, écoute, j'ai tout de suite été très ému parce que c'est toujours très particulier de partir
02:52de quelque chose aussi abstrait qu'une idée
02:54pour qu'il arrive à un objet physique.
02:56J'avais évidemment déjà eu la chance de le vivre avec un disque, un vinyle.
02:59Mais là c'est encore autre chose, surtout que chez moi les livres c'est un peu particulier.
03:03Je pense qu'il y a toujours un truc un peu sacralisé qui peut nous faire peur, quasi même poussiéreux.
03:08Alors on va en parler, les mots, vous avez un père normalien qui écrit des essais philosophiques sur les mots,
03:13une mère psychanalyste qui écrit aussi sur les êtres.
03:16Vous dites qu'ils vous ont légué d'ailleurs cet amour des mots, vous les avez vus écrire toute votre
03:20jeunesse finalement.
03:21Donc d'un côté il y a les mots pour penser, de l'autre il y a les mots pour
03:23réparer.
03:24Et vous vous grandissez au milieu de tout ça, vous écrivez pourquoi alors ?
03:27J'écris pour donner du sens, pour combler le vide principalement.
03:32Et j'écris aussi pour me retrouver seul parce que je pense que c'est quelque chose dans la musique
03:38avec lequel j'ai moins l'habitude de dealer.
03:42Parce qu'évidemment c'est des aventures humaines, c'est des concerts, c'est quelque chose de très effervescent.
03:45Alors que la littérature est un exercice beaucoup plus solitaire.
03:49Je suis seul derrière l'écran pendant des heures et ça me fait du bien.
03:53Vous m'avez compris que vous avez mis trois ans à écrire ce très beau roman, vous allez l'ouvrir
03:57parce que vous allez me lire une page quand même.
03:59Vous venez à ce moment-là, s'il vous plaît.
04:02Vous allez me lire une page.
04:03C'est bien impératif, elle a bien raison Daphne.
04:05Un peu plus d'impératif de nos vices.
04:08C'est à un moment donné, il s'est fait virer trois fois quand même.
04:10Il est dans un nouveau lycée, dans la zone de Caen et puis c'est le fameux mercredi après-midi,
04:15on est avec ses potes sur un vélo et ça roule.
04:18Tout à fait.
04:19Sur le retour, le vélo nous pousse péniblement.
04:22On repasse par le bois, c'est plein de moustiques.
04:25Sacha les écrase de tout leur sang sur mes bras pendant que je donne tout dans la côte.
04:29Les derniers rayons traversent les branches en couloir jaune écarlate.
04:32Tom a le regard dans le vide.
04:34Il dit qu'il est nostalgique du futur, ce con.
04:37Ça veut rien dire, mais on comprend.
04:38Et plus loin, les bottes de foin forment des dos d'âne sur l'horizon.
04:42En remontant, quelques cadavres de caddie gisent là, noircis par des barbecues improvisées.
04:47On rejoint enfin la zone industrielle.
04:49À peine un tiers du chemin parcouru et tout mon corps hurle à la pause.
04:52Mais la montée s'arrête bientôt.
04:53Après, il y aura l'air et la descente de la butte pour nous pousser jusqu'au lycée.
04:57On dépasse la halle aux chaussures et d'un coup, au-dessus de nos têtes, le gris n'est plus.
05:01Tout s'ouvre et se dégage comme pour nous féliciter de l'effort.
05:04Nos trois perdus, enflammés, s'accordent aux nuages.
05:07Ça tend vers l'orange, avec des nuées de rouge qui coagulent et du blanc tout autour.
05:10Et sous ce ciel couleur cocktail, on s'apprête à dévaler la pente.
05:14Le vélo brinque-balle dans tous les sens.
05:15On pourrait tomber, mais on s'en fout.
05:17Au contraire, on se baisse en se précipitant pour fendre le vent.
05:21Les pneus écrasés réussissent à nous jeter dans la ligne droite de toute leur force.
05:24Alors, on va de plus en plus vite.
05:26Le goudron colle aux roues.
05:27Ça vibre jusqu'en dans les poignets.
05:29Et la chaîne claque contre les jantes dans un carillon de ferraille.
05:31Une symphonie crachée au pavé.
05:33On file droit vers la ville.
05:35Au loin, le château nous guette.
05:36Les feux s'assortissent du même verre.
05:38Avec la vitesse, ça se déforme comme un jus de plastique fondu qui nous coule dessus.
05:42L'air brûle dans ma gorge.
05:44Ça pique les yeux.
05:44Ça fait pleurer et rire en même temps.
05:46Et je me mets à hurler.
05:47Le vent siffle, arrache mes cheveux et décroche ma tour de Pisa.
05:51Alors, la liberté ressort par tous les ports.
05:53Je lâche le guidon et ouvre les deux bras en croix en hurlant.
05:56Tom et Sacha me suivent.
05:57On crie à son détaché lame.
05:59On est jeune, invincible, prêt à défier l'univers.
06:03Et à lui cracher à la gueule s'il nous arrête.
06:05Waouh !
06:06Ça fait...
06:08Merci beaucoup.
06:09On a envie de l'audiolivre même.
06:11C'est vrai, non ?
06:12J'adorerais.
06:13Ça serait une bonne idée.
06:14J'adorerais.
06:15Ça, ce serait un autre stade.
06:15Les trois filles de radio.
06:17Oh !
06:17De la voix pour nous raconter un livre.
06:20C'est clair.
06:21Mais oui, mais c'est vrai parce que c'est hyper musical ce roman.
06:24Dans la longueur, c'est un flot qui s'étire et qu'on ne lâche jamais.
06:27Et c'est très chouette comme balade.
06:29Et c'est très drôle aussi.
06:30Il y a une forme de nostalgie, presque une inquiétude.
06:32Il est hypocondriaque du cœur, clairement, ce garçon.
06:35Qu'est-ce que la littérature vous apporte que la musique ne vous donne pas ?
06:38Ce que je pense être essentiel, ce que je disais un peu avant, en effet, la solitude.
06:43Parce que c'est l'occasion de se retrouver avec soi, de pouvoir explorer des univers que je ne pourrais
06:47jamais vivre aussi.
06:48Il y a cette phrase de Gary qui m'a toujours marqué.
06:50Il dit « Je me suis toujours été un autre ».
06:52Déjà, la formule est assez particulière parce qu'il joue avec la langue.
06:55Mais au-delà de ça, je pense que la littérature me permet, ou en tout cas je l'espère, de
06:58vivre toutes les vies que je ne vivrai jamais.
07:00Et moi qui suis effrayé par ces sauts quantiques potentiels, ça me fait du bien d'imaginer d'autres histoires.
07:06On va imaginer notre histoire parce que j'avais quand même envie de mots encore ce matin pour nous.
07:11C'est très égoïste.
07:12Et donc de mots et de refuges.
07:14Et je vous ai demandé si vous aviez envie de partager un poème ou en tout cas quelque chose avec
07:19nous.
07:20Et vous avez choisi.
07:21J'ai une lettre à l'inconnu qui s'appelle « Quelque part ».
07:26Peu importe où tu es, on va se retrouver.
07:29Et je dis bien retrouver car on se connaît déjà même si on ne se connaît pas.
07:33Peut-être que tu t'endors de l'autre côté de la terre, bloquée dans la guerre ou physicienne quantique
07:37en train d'explorer la matière.
07:39Moi, je t'attends.
07:41Alors, pour passer le temps, je touche d'autres corps, je sens d'autres bouches, j'essaye d'autres cœurs,
07:46j'enfile d'autres âmes.
07:47Mais je t'attends.
07:48Et toi aussi, normalement.
07:50C'est peut-être pour ça que tout paraît plus fade, moins goûtu, plus crade, moins soutenu.
07:55En fait, si j'en crois les cieux, tu es mon sel, mon piment et mon poivre.
08:00Et là, grâce à toi, je réalise que c'est dur de faire rimer poivre.
08:03À part avec toi.
08:04Mais toi, c'est trop facile car tout rime avec toi, inconnu, anonyme.
08:08Et même si là, dit comme ça, ça ne rime pas, à l'intérieur, ça résonne.
08:11Mais tu n'es pas là, donc ça rit jaune.
08:13J'imagine ton sourire qui danse sur tes commissures, ton visage que je ne connais pas et qui pourtant sonne
08:17comme issue,
08:18comme une porte de sortie vers un monde meilleur, un ailleurs, un horizon qui chante et qui promet que ce
08:23sera mieux à deux.
08:24Et dans la douze, hier soir, je te jure, j'y ai cru.
08:27Ton regard malicieux, tes mains pleines de tous ces petits doigts maladroits qui défilent sans arrêt sur ton écran tout
08:31gras,
08:32t'as l'air en retard.
08:33Ton pied tapez le sol au rythme d'une musique imaginaire, celle de l'attente et du stress.
08:37Et ton regard, figé sur chaque station qui passe, oui, il n'y a pas de doute, t'es en
08:41retard.
08:41J'ai pas osé de sourire, j'étais tétanisé.
08:43Alors, c'est peut-être ça, nos destins liés, à l'autre bout d'une planète qu'on regarde brûler,
08:48une fois réunis, se croiser, se rater et espérer retomber sur l'autre, encore et encore.
08:54Moi, en tout cas, je t'attendrai.
08:57Mais c'est moi !
08:58Mais oui, Charline, viens par là !
09:00Mais oui, c'était sur la douze !
09:02Je crois qu'on vient de recruter un chroniqueur en direct.
09:06Théodore Després, ou Lord Esperanza, ce roman, il s'appelle Big Bang, mon amour.
09:12Il est édité chez Julliard, il sort le 9 avril.
09:15Et cet album que j'aime beaucoup aussi, qui s'appelle Apprends-moi à voler,
09:20il est à streamer dès maintenant.
09:21Et avec un nez bouché ou pas, c'est pas très grave.
09:25Merci, Daphne !

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