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  • il y a 10 heures
Burc Akyol, créateur de mode.

Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:00Il est 9h50 et nous sommes dans le studio de la grande matinale de France Inter.
00:04Dans quelques jours démarre la Fashion Week Femmes de Paris.
00:08Et ce matin, je vous présente un créateur dont vous allez entendre le nom partout dès demain.
00:13Parce que fonder une maison indépendante aujourd'hui, c'est une prouesse.
00:16Parce que lui, dans un monde où tout va vite, où tout se copie, où tout s'oublie,
00:20il fait l'inverse. Il fabrique, il coupe, il construit.
00:23Il s'appelle Bursakiole. Bienvenue sur France Inter.
00:28Merci Daphné de m'accueillir.
00:29Je suis ravie de vous accueillir. Comment ça va ce matin, quelques jours de la Fashion Week ?
00:32Le stress, mais comme d'habitude. On a l'habitude, c'est notre croix.
00:36Mais c'est un stress addictif en fait.
00:38Oui.
00:38Parce que ça se répète quand même dans l'année.
00:40Oui, mais on ne sait pas faire sans.
00:41C'est bien ce truc un peu... qui vive, animal en cage, toujours sous tension.
00:47C'est bien de le dire et c'est bien de l'aimer.
00:49Lors de la dernière Fashion Week, votre défilé a eu lieu au ministère de la Culture.
00:53Tout se joue en 8 minutes à peu près.
00:56Il faut présenter toute sa collection.
00:578 minutes où se joue une année entière pour vous, pour votre atelier.
01:01La première silhouette, le premier vêtement, il arrive comme une évidence.
01:05Un tailleur noir, ultra sharp, des épaules architecturales.
01:08Et puis le twist qu'on n'attend pas.
01:10La veste est nouée à la taille.
01:12Vous savez, comme un pull ou une chemise qu'on a enfilée en vitesse.
01:15Sauf que là, pas du tout.
01:16C'est une sorte d'origami couture.
01:18Une silhouette de la nuit, taillée au millimètre, qui n'a absolument pas besoin de parler, ni de se présenter.
01:24Cette veste dit tout simplement « Bonsoir ».
01:27C'est le mot.
01:29C'était à peu près ça.
01:30C'est exactement le mot.
01:31Bonsoir.
01:34Comment va s'ouvrir le prochain défilé d'Ursacquiole ?
01:37Je n'invente rien.
01:39Il suffit d'aller voir les autres, ça sera un tailleur.
01:41C'est la signature maison.
01:43On commence comme ça.
01:44C'est le truc le plus exigeant qu'il y a à dire.
01:47Et après, on peut se dévêtir un peu.
01:49Pourquoi c'est le tailleur, la signature de votre maison ?
01:51Ça vient de mon père.
01:52Il était tailleur.
01:53Ça vient de...
01:54C'est pas indulgent.
01:56Il faut être un peu plus sérieux pour faire le tailleur.
01:58Donc, c'est les premières étapes.
01:59C'est ce qui structure.
02:00C'est l'épaule.
02:01C'est la force.
02:03Alors, c'est toujours émouvant de rencontrer un créateur
02:06qui installe sa maison après des années de travail.
02:08Vous étiez finaliste du prix LVMH.
02:10Mais vous avez surtout gagné le prix Pierre Berger de Landam.
02:13Alors, Landam, c'est l'un des grands prix français
02:15pour soutenir les jeunes créateurs.
02:17C'est une dotation de 100 000 euros
02:18et un accompagnement pour faire justement grandir la maison.
02:21Est-ce que ça aide à tenir la reconnaissance ?
02:24Ou est-ce que ça met finalement encore plus de pression ?
02:26Non, non, non.
02:27Ça aide.
02:28C'est un encouragement.
02:28C'est des gens qui vous serrent la main en vous disant
02:30« Attends, on va t'aider encore un petit peu. »
02:33C'est le mentoring, par exemple, avec Alexandre Mathussi.
02:37Alors, le créateur Alexandre Mathussi, le créateur de Ami.
02:40C'est quand même de la lumière au bout du tunnel.
02:43On passe nos journées à se poser des questions.
02:45C'est un ascenseur émotionnel moins 100, plus 90 tous les jours.
02:48Donc, d'avoir des gens avec plus d'expérience
02:51qui vous disent « Chaque jour, ça peine », c'est moteur.
02:54Alors, aujourd'hui, vous êtes portée, par exemple,
02:57par l'actrice britannique Emma Corrin,
02:59qui est Lady Di, dans The Crown,
03:01la rapuse Cardi B, la mannequin Kendall Jenner,
03:03ou encore notre chérie Philippine Leroy Beaulieu,
03:06à l'ère des réseaux sociaux et de la viralité d'une image.
03:09Qu'est-ce que ça change, en vrai, pour vous ?
03:12C'est un spa de lumière.
03:14On l'adore, ce spa de lumière.
03:15Et puis, surtout, c'est une incarnation.
03:16Ces femmes-là, ces hommes, ces veilles.
03:20Ce qui est génial, c'est que notre langage trouve un corps,
03:24une gestuelle, qu'on ne pourrait pas dire seulement avec le tissu.
03:27Ils prennent vie.
03:28C'est vraiment pour eux qu'on le fait, à la base.
03:30Pour eux, et d'ailleurs, les clients, c'est la même chose.
03:31Oui, parce que le lendemain, j'imagine qu'il y a un petit peu plus de commandes.
03:34Il y a un peu plus de commandes.
03:35On est bien contents.
03:36On peut faire une saison un peu plus tranquillement.
03:38C'est toujours aussi puissant.
03:40Moi, j'ai une robe qui nous a sauvé une collection.
03:42Elle s'appelait comment, cette robe ?
03:44Elle s'appelait la cariatide.
03:45Mais c'est comme à chaque fois, c'est la cariatide 2.0.
03:47C'est vos inspirations premières, la cariatide.
03:50Donc, cette robe, la cariatide, elle a été portée par ?
03:52Par tout le monde.
03:53Parce que c'est toujours une itération de cette robe qui finit sur un red carpet.
03:57Je suis très content.
03:58Parce que cette idée très Agnès Varda, silencieuse de la femme la plus forte du monde.
04:03C'est un peu Isabelle Luper aussi qui rentre dans une pièce.
04:05Tout le monde s'éteint d'un coup pour s'allumer à elle.
04:08C'est toute la force qu'on demande à une robe, non ?
04:10Je suis bien d'accord.
04:12Je n'ai pas encore vu Fanny Ardent d'ailleurs dans un de vos livres.
04:14Et pourtant, j'ai l'impression qu'elle est un peu dans votre peau.
04:18Qu'est-ce qu'elle durait, Fanny Ardent ?
04:20Que c'est de l'amour.
04:21Que c'est rame.
04:23Que c'est les coups de couteau.
04:24Je l'adore.
04:26Il n'y a pas de phrase autre que Fanny.
04:27Ah ben non.
04:28Alors, vous êtes passés, on va le raconter, par la chambre syndicale.
04:31Aujourd'hui, on peut dire l'IFM.
04:33Vous avez travaillé chez Balenciaga, chez Hungaro, chez Dior.
04:37Mais le moment où vous comprenez que vous voulez faire ce métier,
04:41et j'aime bien cette image, c'est en regardant finalement la télévision.
04:44Vous êtes tombé sur un défilé.
04:45Oui, parce que le papa était tailleur, mais je ne comprenais pas trop le lien avec la mode.
04:48C'est très différent.
04:49Et c'est l'époque John Galliano, c'est l'époque Alexander McQueen,
04:53Edie Slimane aussi.
04:54Je pense que la rigueur du noir, du vrai tailleur, elle vient de là.
04:59Donc, qu'est-ce que c'est que ce monde ?
05:00Vous vous souvenez de ce moment-là ?
05:01Oui, j'étais plus fin que fin, et ado,
05:05et je découvre un jean skinny pour la première fois sur un mec qui me ressemble à la télé.
05:10Ça me parle.
05:10Je veux dire, ce n'était pas un jogging, j'étais content.
05:12Du coup, j'ai passé trois mois à essayer de trouver quelque chose qui ressemblait à ça.
05:16Le désir du vêtement est né là, je crois.
05:18Alors, vous avez grandi à Dreux, et ce son de votre enfance, c'est celui du film Un singe en
05:24hiver.
05:25Belmondo qui danse le flamenco sur une table dans un bar et qui vous fait penser à l'insouciance et
05:30aux élans de votre père,
05:31qui était donc très bon danseur.
05:33Vos parents sont turcs, votre mère était fan de ménage, votre père, vous l'avez dit, était tailleur,
05:37et la chambre familiale devenait son atelier.
05:40Qu'est-ce qu'il vous a transmis ?
05:42La fierté de son ouvrage, le plaisir de faire un manteau soi-même et de l'enfiler et de se
05:48dire, on est beau dedans.
05:49Il vous l'a appris très jeune ?
05:51Ou vous regardiez ça de loin ?
05:53Non, on participait, on avait cette même activité familiale où on se retrouvait avec les grands-parents à coudre et
05:59rapiesser les vêtements,
05:59parce qu'on ne pouvait pas en acheter beaucoup.
06:00Donc le samedi soir, c'était devant la télé ou à parler, boire le thé et rapiesser les vêtements.
06:05On faisait de la couture.
06:06Vous aviez une spécialité à cet âge-là, vous ?
06:10Oh là là, quelle horreur ! Les tenues de L5 pour mes sœurs, les pauvres, elles sont passées par des
06:14états !
06:16Vous avez copié toutes les tenues de L5 pour mes sœurs, j'avais copié toutes les femmes de ta vie,
06:20évidemment.
06:21Oui, complètement. Je les ai obligées à filmer aussi.
06:26C'est génial comme première pièce.
06:28En tout cas, il paraît, la légende dit sur vous, Bursakiole, que vous dessinez des silhouettes depuis la maternelle, finalement.
06:35Que personne n'aurait pu vous dissuader de travailler dans la mode.
06:38En plus, vous êtes bélier.
06:39À l'adolescence, vous écoutiez en boucle une cassette piquée à votre tente, une compile de ballade pop.
06:45Il y avait les fujis, il y avait Maria Carey, mais il y avait aussi les guns.
06:59Et comme vous êtes persévérant, vous apprenez l'anglais en écrivant les paroles en phonétique, exceptionnel,
07:06et vous demandez la nationalité française à l'âge de 13 ans.
07:10L'administration française a voulu corriger votre identité. Que s'est-il passé ?
07:15Alors, ce n'est pas aussi spécifique à moi. C'est une règle commune.
07:20On enlève tout ce qui est signes distinctifs, les trémas, les cédis, etc.
07:23Donc, j'ai perdu la cédie de mon Burç. Mon prénom se dit Burç.
07:27On enlève cette cédie. En turc, le C devient Dja.
07:29Donc, c'est autre chose, complètement.
07:31Et j'ai l'impression qu'à ce moment-là, je ne m'en suis pas vraiment rendu compte.
07:34Mais plus tard, en décidant de prendre une plateforme mode avec son propre nom,
07:39on se dit qu'il y a une partie de nous qui a été coupée avec ce cédie.
07:42Est-ce qu'il est revenu ?
07:43Oui, il revient maintenant. Je le signe à nouveau avec tous mes mails.
07:47La marque n'a pas encore son cédie.
07:51Mais ce n'est pas parce que c'est une question de Dja et ça doit arriver.
07:53Je veux rencontrer les bonnes personnes qui vont m'aider à le réintégrer à ce logo.
07:56C'est de l'image aussi.
07:57Mais moi, en tant que designer, oui, je suis Burç.
08:01Alors, Burç, vous dites que le vêtement, il sert à serrer la main des autres.
08:05Ça veut dire quoi exactement ?
08:06Serrer leurs mains, les accompagner, être un soutien, les embellir aussi.
08:11Parce qu'il y a cette notion du beau qui est en train de disparaître dans le vêtement.
08:14J'ai l'impression qu'il est tellement singulier, tellement chacun,
08:17qu'on a un peu oublié ce qu'il voulait dire.
08:20Mais je crois que beau, c'est...
08:22Est-ce qu'on se sent, quoi ?
08:24Est-ce qu'on arrive à se sentir maintenu, tenu ?
08:27Et épaulé, prêt à affronter un peu.
08:30C'est ce que vous voulez dire avec votre mode ?
08:32Oui, séduire aussi.
08:34Je suis un éternel séducteur.
08:35C'est maladif, je pense.
08:37On ne va pas le cacher.
08:39Mais oui, c'est la première chose qu'on a envie de faire.
08:43Le vêtement que je fais, en plus, il est tellement particulier.
08:45Il a des moments de vie.
08:46Il vous accompagne sur des petits accents, en fait.
08:50Et là, j'aime bien qu'il permette la séduction.
08:52Un verre sur le côté en soirée.
08:55Ça va être un grand jour, ce défilé.
08:57À chaque fois, de toute façon, on rejoue tout.
08:59Je vais mettre un petit peu de ce son qui vous aide à vivre.
09:02Et je vous propose, ce matin, avant ce grand jour, une dédicace au micro de France Inter.
09:08À qui vous feriez une dédicace ?
09:09Les deux personnes les plus importantes aujourd'hui.
09:12Mon mari, Hugo et Jonathan, sans eux.
09:14Les nuits blanches, elles n'ont vraiment pas le même goût.
09:16Il faut qu'ils soient là.
09:19On les embrasse très fort.
09:21Bursa Akiol est à suivre, évidemment, sur tous ses réseaux sociaux.
09:25Et puis, vous allez voir des images magnifiques défiler dans quelques jours.
09:28Merci beaucoup.
09:29Merci, Tafni.

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