00:00Voilà, c'est Daphne Burki, c'est sa nouvelle tête.
00:03Elle est 9h50, on est bien en direct sur France Inter, il y a peut-être 2-3 Pokémon dans
00:06le studio, je ne sais pas.
00:08Mais ma nouvelle tête, ce matin, s'appelle Ingrid Aspeli.
00:11Elle est marionnettiste.
00:13Mais alors attention, ces marionnettes, elles ne tiennent pas dans une boîte à chaussures.
00:16Ce sont des corps à taille humaine, des visages sculptés à la main, des créatures hyper troublantes.
00:21Avec sa compagnie Plexus Polaire, elle crée des spectacles où on croise des femmes qui se libèrent,
00:28des vampires, des fantômes et cette sensation hyper étrange d'être observée par quelque chose,
00:33mais finalement qui n'est pas vivant.
00:35Alors bienvenue dans un monde où on ne sait plus très bien qui manipule qui.
00:39Bonjour Ingrid Aspeli, bienvenue sur France Inter.
00:42Merci.
00:42Comment ça va ?
00:43Ça va bien.
00:44Merci d'avoir accepté mon invitation, merci d'être sortie de votre salle de spectacle jusqu'à nous,
00:49parce que je sais que ce n'est pas forcément votre exercice préféré.
00:52Mais je me suis posé la question, quand vous arrivez à un dîner,
00:54oui alors qu'est-ce que vous faites dans la vie et vous dites je suis marionnettiste ?
00:57Comment est-ce qu'on explique ce métier ?
01:00Oui, je pense qu'être marionnettiste, c'est quelque part,
01:04comme les marionnettes c'est des objets morts qui prennent vie,
01:10d'être marionnettiste quelque part c'est d'être en contact avec une...
01:15Les marionnettes deviennent comme une sorte de médium,
01:17un médium qui nous permet de se mettre en contact avec l'invisible et aller...
01:23Donc vous êtes dieu.
01:26Très très humain justement, je pense que la marionnette permet de nous rappeler comment on est humain,
01:31et que aussi d'utiliser la marionnette comme moi j'aime les utiliser,
01:36c'est vraiment aussi de se permettre de donner une distance pour pouvoir se voir plus clair.
01:41Parce que des fois qu'on est dedans, avec trop d'émotions,
01:44on ne voit rien, on ne comprend rien, on juste sent des choses.
01:47Vous êtes en ce moment au Théâtre Montfort à Paris avec la compagnie Plexus Polaire,
01:52qui est entournée d'ailleurs en France mais partout en Europe,
01:55et vous présentez une maison de poupées d'Henri Kipsen.
01:59C'est l'histoire de Nora, une femme qui semble vivre un mariage parfait,
02:03jusqu'au moment où tout bascule, elle décide de quitter mari et enfant et retrouver sa liberté.
02:08Et chez vous cette histoire devient hyper troublante parce que Nora,
02:10elle est à la fois une actrice et une marionnette à taille humaine,
02:13comme si elle était elle-même prisonnière en fait d'un rôle.
02:17Qu'est-ce que la marionnette vous permet de raconter que le théâtre classique ne permet pas ?
02:22Pour moi c'était important de pouvoir créer une Nora qui n'est pas une victime,
02:27mais qu'on voit dans ma version de cette maison de poupées,
02:31une Nora qui manipule, qui ment, qui utilise les gens qu'elle aime
02:37et aussi les gens avec qui elle a des conflits,
02:40et que du coup quand elle se réalise,
02:45elle réalise qu'elle aussi, par un moment plutôt monstrueux,
02:50parce qu'elle doit rencontrer ses propres démos,
02:53et du coup aussi se rend compte de sa propre force,
02:57car des fois c'est la même chose,
02:59ou ça vient du même endroit,
03:01elle réalise qu'elle aussi elle est responsable,
03:04et qu'elle joue un rôle dans ce jeu,
03:06et que du coup au final, pour pouvoir changer des choses,
03:09pour pouvoir changer elle-même,
03:12elle doit réaliser que c'est elle la solution,
03:16que c'est elle,
03:17elle doit être elle qui doit changer,
03:21pour changer les choses autour d'elle.
03:22Vous, votre solution, c'est de fabriquer des marionnettes,
03:25et elles sont vraiment troublantes les marionnettes,
03:27j'aimerais que vous voyez l'image,
03:29et j'aimerais que vous puissiez l'imaginer,
03:31comment elles naissent vos marionnettes,
03:32par quoi ça commence ?
03:33Est-ce que c'est dans votre tête ?
03:34Est-ce que c'est dans votre corps ?
03:36Je ne sais pas, j'ai l'impression qu'il y a comme une maturation,
03:38elles sont tellement immenses, extraordinaires,
03:41comment ça se passe ?
03:43Je travaille vraiment à partir des images,
03:45du coup c'est comme une matière,
03:48souvent je travaille à partir des oeuvres littéraires,
03:52ou des pièces de théâtre.
03:53On part d'un récit.
03:55Mais du coup, quelque part,
03:57c'est comme traduire des émotions
04:00que cette oeuvre me donne dans d'une image.
04:03Et que cette image, souvent il y a du coup les marionnettes,
04:06et après pour créer vraiment les personnages,
04:08je passe à la sculpture,
04:10je les sculpte les personnages pour les créer.
04:13Du coup, ça passe à des moments de créer une image,
04:17mais après vraiment aussi la fabrication est par les mains,
04:19comprendre qui est cette personne,
04:21et ensuite du coup les fabriquer,
04:24et jusqu'au que ça devient un spectacle.
04:27Vous pensez à elle quelquefois ?
04:29C'est très étonnant.
04:32Parce qu'en fait, quand on regarde les spectacles,
04:35il faut bien comprendre qu'il y a un moment où on doute.
04:37En fait, je ne sais plus très bien qui manipule qui,
04:40et parfois la marionnette,
04:41elle devient plus vivante que vous,
04:43les comédiens sur scène.
04:44C'est hyper troublant.
04:45Est-ce que vous avez l'impression quelquefois
04:46que vos marionnettes, elles prennent le pouvoir sur vous ?
04:48Absolument.
04:49Il y a des fois aussi où on pense
04:51qu'on a créé des acteurs parfaits,
04:54qui font exactement ce qu'on veut,
04:55mais non, parce que des fois,
04:57ils font ce qu'ils veulent,
05:01et du coup, c'est nous qui doit adapter
05:02pour pouvoir rattraper la situation.
05:06On va écouter un son de votre enfance.
05:11J'aurais pu aussi bien vous mettre le bruit de la forêt
05:15ou le son de la neige qui crisse sous vos pas.
05:17Vous êtes né à Amar.
05:19Vous avez grandi dans les vallées norvégiennes,
05:20dans une maison remplie de livres.
05:22À 20 ans, vous hésitez.
05:23Soit on reste à Oslo, on étudie la littérature,
05:26soit je pars à Paris pour faire du théâtre
05:28à l'école Jacques Lecoq.
05:30Vous êtes dans un cimetière,
05:31devant les tombes de Munch et d'Ibsen.
05:33C'est quand même fou cette histoire.
05:35Et vous vous dites,
05:36non, je vais rester là,
05:37je vais rester à Oslo,
05:38c'est plus raisonnable.
05:39Et il se passe quelque chose.
05:40Qu'est-ce qui vous tombe dessus ?
05:42Alors, une châtaigne me tombe dans la tête
05:45et je m'arrête.
05:46Je regarde cette châtaigne
05:48et je le prends dans ma main
05:49et je décide de partir à Paris.
05:52C'est la châtaigne qui vous a décédé.
05:54Vous avez encore la châtaigne avec vous ?
05:55J'ai toujours la châtaigne.
05:57Des fois, il faut un signe.
05:59Juste un signe et ça suffit.
06:01Quand on lit vos spectacles,
06:02ben oui,
06:02il y a un mot qui revient.
06:04C'est la puissance.
06:05On parle d'un univers hypnotique inquiétant
06:07des images qui restent longtemps après.
06:08Et je me suis posé la question
06:09d'où elle vient votre force intérieure
06:11et vous m'avez confié des scènes de votre enfance.
06:13Vous rentrez en pleurant un jour de l'école
06:14suite à une bagarre entre camarades
06:16et votre mère vous dit
06:17essuie tes larmes,
06:18serre les poings
06:19et va te battre.
06:21Et vous dites que vous avez toujours
06:22été ridiculement préoccupé
06:24pour respecter les règles
06:26et suivre les consignes.
06:27Et votre mère, encore une fois,
06:28a peur que vous ne sachiez pas
06:30vous en sortir
06:31et elle vous a appris
06:32à voler.
06:33Oui, je pense que...
06:35Vous avez volé dans un supermarché
06:37sous les conseils de votre mère.
06:38Ma mère m'a forcée
06:39à aller dans un supermarché
06:41pour voler.
06:42Les bonbons, hein.
06:43Les bonbons dans les...
06:44C'était pas très un grand vol.
06:47Mais parce qu'elle avait peur
06:48que dans le monde,
06:49dans la réalité,
06:50dans la vraie vie,
06:51si je ne sais pas
06:53comment m'en sortir
06:55et me battre
06:56et que j'étais trop
06:57trop à suivre
06:57les règles
06:59et les consignes...
07:00Elle vous a appris
07:00à transgresser.
07:02Exactement.
07:03Elle a aussi essayé
07:05de me apprendre
07:07des gros mots,
07:08mais ça,
07:09ça n'a pas marché.
07:12Je vous ai proposé
07:15une carte blanche ce matin
07:16et vous m'avez proposé
07:16de chanter
07:18une chanson norvégienne,
07:19une chanson,
07:20une comptine
07:20de votre enfance aussi.
07:22Finalement,
07:22on y revient toujours.
07:23Il n'y a rien à faire, Sonia.
07:24Alors, le micro
07:25de France Inter,
07:26il est à vous.
07:27OK.
07:50Sous-titrage Société Radio-Canada
08:25est-ce que vous avez
08:27une dédicace ce matin
08:27au micro de France Inter ?
08:29Le dédicace,
08:30c'est pour David,
08:32car tu es la solution.
08:34Alors, David se reconnaîtra.
08:36Vous pouvez aller voir
08:36une maison de poupées,
08:37vous pouvez aller voir Dracula
08:38et le travail d'Inville Aspeli.
08:41Ça se passe à Montfort,
08:42à Paris,
08:42jusqu'au 29 mars.
08:43Et la suivre,
08:44évidemment,
08:44sur ses réseaux sociaux.
08:45Elle a des dates
08:46un peu partout.
08:47Voilà.
08:48Merci.
08:49Merci beaucoup.
08:50J'aurais tellement voulu
08:51voir les marionnettes.
08:52J'aurais tellement voulu
08:53qu'on les interview,
08:54les marionnettes.
08:54Mais un jour,
08:55on y arrivera.
08:56On interviewera
08:57des marionnettes
08:58en nouvelle tête.
08:58Sous-titrage Société Radio-Canada