- il y a 11 mois
Ancien commandant de police, Jean-Pierre Colombies a longtemps travaillé dans les brigades des stupéfiants de Paris et de Marseille. Députés sous coke, jeunes voyous prêts à s’entretuer, cartel colombien aux méthodes impitoyables : il nous raconte ses meilleures enquêtes, en immersion dans un milieu qui ne pardonne rien !
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🎙 Dans cette série d’interviews, nos journalistes plongent au cœur des enquêtes criminelles en donnant la parole à ceux qui les mènent : enquêteurs, experts judiciaires, et professionnels de la scène de crime.
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NewsTranscription
00:00Le danger pour un flic qui évolue dans cet univers, c'est de considérer que ça devient la normalité.
00:04Le monde des stupéfiants est un monde qui s'adapte très bien.
00:08Ce sont des businessmen, ce ne sont pas des crétins.
00:11Et comment un indique vous donne un renseignement quand vous êtes flic ?
00:13Il n'y a pas 36 solutions, il n'y en a que deux.
00:15La frontière est de ne pas devenir le copain de l'indique.
00:18Bonjour, Jean-Pierre Colombien, ancien policier, est ravi d'être de nouveau invité chez le nouveau détective.
00:30Bonjour, Jean-Pierre.
00:35Bonjour.
00:35Alors, nous vous avions déjà reçu il y a quelques semaines pour parler de l'affaire qui avait le plus marqué votre vie,
00:42la mort de Dominique Aubry sur sa péniche à Neuilly.
00:45Et aujourd'hui, comme on l'avait prévu, vous revenez nous raconter plusieurs anecdotes sur votre carrière
00:51quand vous exerciez à la brigade des stupéfiants.
00:54Donc, vous avez exercé à Paris entre 1985 et 1990.
01:00Puis à Marseille, donc toujours au stup, entre 1993 et 1998.
01:04Tout à fait.
01:05Et de ces années, vous avez gardé des anecdotes d'affaires dignes d'une fiction
01:09avec des trafiquants qui ne manquaient pas d'imagination.
01:12C'est le moins qu'on puisse dire.
01:14C'est un milieu, le monde des stupéfiants, c'est un milieu qui est sans limite
01:18en termes d'imagination, puis en termes d'affaires, je dirais, rocambolesques.
01:25Dans ces années-là, je ne vais pas faire le vieux couillon, mais un petit peu quand même.
01:29Dans ces années-là, c'était vraiment une aventure d'être flic au stup.
01:33C'était un monde à part.
01:35Aujourd'hui, je le déconseillerais à tous les policiers.
01:37Parce que s'il y a un milieu qui est, pour moi, à mes yeux, en tant qu'ancien policier,
01:41qui est l'un des milieux les plus pourris qui soit, c'est bien celui des stup.
01:44C'est un milieu où il n'y a pas de...
01:46Vous savez, la légende qui consiste à dire qu'il y a une forme de noblesse, de voyous,
01:51un code de l'honneur.
01:53Tout ça, c'est de la pure fiction, pour le coup, dans le milieu des stups.
01:57Non, il n'y a pas de noblesse à être trafiquant de stups et à évoluer dans ce secteur.
02:04On va voir tout ça.
02:05Alors, on va commencer par quelques questions générales.
02:08Tout d'abord, est-ce que le trafic de stupéfiants a toujours existé ?
02:10Sous différentes formes, oui, d'une certaine manière.
02:15Je pense que ce qui peut se comparer le mieux à ce que nous connaissons aujourd'hui
02:20et à ce qui a évolué depuis, on va dire, surtout l'après-guerre,
02:23c'est ce qui a existé aux États-Unis avec la prohibition.
02:26Dès lors que vous interdissez un produit, quel qu'il soit,
02:29vous créez presque l'envie, l'attractivité vers ce produit.
02:32On n'a jamais autant consommé d'alcool que durant la période de la prohibition.
02:37Avec le monde des stupéfiants, il y a toujours eu
02:40cet attrait de produits transgressifs.
02:45Les fumeries d'opium, date du 19e siècle,
02:47ont consommé de l'opium déjà à cette période-là.
02:51Et avant la Seconde Guerre mondiale et après-guerre,
02:55il y avait beaucoup de consommateurs en France d'opium.
02:57Cocteau est un opioman connu et reconnu,
03:00mais d'autres également.
03:02C'était dans l'air du temps.
03:04La définition du produit stupéfiant, elle n'est pas nette, elle n'est pas claire.
03:08Est-ce que l'alcool peut être considéré comme un produit stupéfiant ?
03:12Dès lors qu'il vous amène vers un état d'ivresse et un état second,
03:17est-ce qu'on peut le considérer comme un produit stupéfiant ?
03:21Ce n'est pas à moi de le définir, mais j'ai la faiblesse de penser que oui.
03:24Après, la consommation de produits stupéfiants telle qu'on la connaît aujourd'hui,
03:30elle a considérablement évolué au fil des années.
03:32Mais comme je disais, l'opium, qui avait été fabriqué aussi en Asie,
03:37pas sous l'autorité des autorités françaises.
03:41Il y avait des pavés d'opium qui étaient estampillés NF quand même,
03:46d'une certaine manière.
03:48Pour rappeler la guerre de l'opium au XIXe siècle,
03:50qui a opposé l'Angleterre à la Chine,
03:54parce que la Chine s'opposait à l'importation de l'opium
03:58sur son territoire qui venait d'Inde.
04:00Donc, si vous voulez, ça a toujours généré une économie très florissante
04:04et qui a créé des circuits parallèles de financement,
04:08d'échanges commerciaux d'abord,
04:10et puis ensuite de financement occulte.
04:12Et on est passé de l'opium, ensuite au pavot,
04:15à l'héroïne et avec le cannabis plus récemment
04:19dans certains pays comme le Maroc.
04:22C'est une véritable source de richesse
04:24qui n'est pas du tout anecdotique.
04:26Je pense à l'Afghanistan également.
04:28qui est un très, très gros producteur de pavots
04:30et qui est un régulateur de l'économie
04:33et de l'équilibre politique.
04:35Donc, ça rentre dans une dynamique
04:36qui est économico-politique.
04:39Et on sait que c'est un stabilisateur parfois
04:42de certaines économies dans des pays
04:44comme l'Amérique du Sud.
04:45On sait très bien que si l'Amérique du Sud,
04:47Colombie, Venezuela et d'autres,
04:49ne produisaient plus de produits stupéfiants,
04:51il y aurait un effondrement de ces économies.
04:54Ça n'est même pas moi qui le dit,
04:55c'est le Fonds monétaire qui l'a clairement écrit.
04:58D'accord.
04:58En disant que si demain,
04:59la Colombie ne produisait plus de cocaïne,
05:03l'économie s'effondre.
05:03D'accord.
05:05Mais justement, quelle est la drogue qui se vend le plus en France ?
05:08Vous avez donné des exemples.
05:09Et en France, c'est quoi ?
05:10C'est le cannabis, la cocaïne ?
05:11Le cannabis, oui, c'est quand même la drogue la plus répandue.
05:16La cocaïne se démultiplie, c'est évident.
05:19Oui, surtout en ce moment,
05:20ça se démocratise de plus en plus.
05:21On le voit dans tous les milieux.
05:22Avant, on avait l'impression que c'était un peu une drogue
05:24des milieux les plus riches.
05:26Oui, de bobo, de milieux privilégiés, artistiques,
05:28en règle générale.
05:30Ça a été un milieu qui a longtemps privilégié ce produit.
05:33Pourquoi ?
05:34Parce que c'était une drogue propre,
05:36à la différence de l'héroïne,
05:37qui était considérée comme une drogue.
05:39Ça, la juste titre d'ailleurs,
05:41et qui a été particulièrement stigmatisée au moment du sida.
05:44Là, clairement, c'est apparu au grand jour.
05:47Le milieu de la cam, à ce moment-là,
05:49si on veut faire une parenthèse sur l'héroïne,
05:52c'est terrifiant.
05:53J'ai vraiment connu un monde de toxicomanes
05:56qui étaient dépendants d'héroïne,
05:58qui étaient juste effrayants,
05:59qui vivaient dans des conditions épouvantables.
06:01Parce que l'héroïne se substitue véritablement
06:05à l'alimentation et va se substituer
06:09au mode de vie normal de l'individu.
06:12Il ne vit plus que par ça,
06:13qu'au travers de l'héroïne.
06:15Et c'est pour ça que c'était un véritable danger social,
06:18danger sanitaire,
06:19mais aussi danger sur les actes criminels
06:21qu'il pouvait engendrer.
06:22Parce que le toxicomane à l'héroïne
06:24avait un besoin physique de consommer de l'héroïne.
06:28C'était terrifiant.
06:29Et donc, on a vu des meurtres,
06:30on a vu des femmes se prostituer uniquement,
06:32et des hommes aussi,
06:34uniquement pour se procurer leurs produits.
06:36Donc, c'est assez terrifiant.
06:38Alors que parallèlement,
06:39la cocaïne était consommée dans des milieux
06:41de boîtes de nuit, des artistes,
06:44c'est-à-dire que l'héroïne,
06:45c'est un ultra-stimulant,
06:47qui d'ailleurs est l'héritier
06:47de drogues de synthèse
06:50qui ont été développées avant-guerre.
06:52Avant-guerre, il y avait la pervitine,
06:54qui avait été un ultra-stimulant,
06:56développé déjà dans les milieux
06:58de la finance et dans les milieux des cadres,
07:02qui était un hyper...
07:03voilà, ça supprimait tout ce qui était fatigue,
07:08tout ce qui était faim,
07:10la faim alimentaire,
07:12et donnait une sensation d'hyperpuissance
07:15à ceux qui les consommaient.
07:16D'accord.
07:16Ça a été très développé
07:17pendant la Seconde Guerre mondiale.
07:19Les soldats allemands ont surconsommé
07:21pour tout simplement ne plus dormir.
07:24Et il y a eu des...
07:26Là, je renvoie au livre d'histoire
07:28qui relate cette époque-là.
07:31Certains généraux français
07:31ne comprenaient pas
07:32comment l'armée allemande
07:34pouvait progresser sans arrêt
07:35pendant des jours et des jours,
07:37sans se reposer.
07:38Tout simplement parce qu'on avait développé
07:40la consommation de la pervitine
07:42qui permettait aux soldats
07:43de ne plus dormir.
07:44D'accord.
07:44Le contre-coup, par contre,
07:46c'était des effets à rebours
07:47qui étaient terrifiants.
07:48On devenait fou à force de consommer ça.
07:51Les Américains se sont penchés
07:53sur l'usage de cette drogue
07:55pour leurs pilotes,
07:56notamment les pilotes du Pacifique
07:58qui survolaient pendant des heures
08:00et des heures le Pacifique
08:01sans avoir à dormir.
08:04Et eux ont très vite constaté
08:05les effets pervers de cette drogue
08:07dès ce qu'on arrive
08:08dans ce qu'on appelle la descente
08:10où là, on tombe,
08:12ni plus ni moins,
08:13on tombe par terre.
08:14Et on le voit dans les images
08:15de pilotes américains
08:16qui atterrissent sur des porte-avions
08:20et qui se crachent
08:21parce qu'ils dorment,
08:23tout simplement.
08:24Donc, ils ont renoncé à ça.
08:26Ensuite, ça s'est développé
08:27sous la forme de cocaïne
08:28et toujours vers des milieux
08:29où on avait un rapport
08:31à l'hyperactivité.
08:32Je pense aux traders,
08:33je pense aux économistes,
08:35je pense aux gens
08:35qui travaillent dans le business
08:36qui ont besoin d'être toujours
08:38dans la surreprésentation,
08:40dans la performance continuelle.
08:43Donc ça, c'était le support
08:45de la cocaïne.
08:46Dans une société comme la nôtre
08:47qui est hyper individualisée
08:49et qui prône le culte
08:52de l'hyperperformance,
08:54il n'est pas surprenant
08:55qu'on aille vers cette surconsommation
08:57de cocaïne.
08:59Cette démocratisation
09:00qui se passe dans tous les milieux.
09:01Et c'est la raison pour laquelle
09:02on le trouve également
09:03chez des politiciens
09:04qui sont dans l'ultra-représentation,
09:06suivez mon regard,
09:07et qui ont un besoin permanent
09:09d'être sur tous les fronts.
09:10On arrive à se demander
09:11mais quand dorment-ils ?
09:12Comment ils arrivent
09:13à aller constamment
09:14d'un endroit à l'autre,
09:16d'évoquer un sujet à l'autre ?
09:18On le voit, il y a une forme
09:19de suractivité,
09:20de surreprésentation,
09:21mais c'est tout simplement
09:22parce qu'ils utilisent
09:23des produits,
09:24alors je ne dis pas
09:24qu'ils utilisent de la cocaïne
09:26au sens cocaïne classique,
09:29mais il y a à l'évidence
09:31un usage de produits
09:32ultra-stimulants.
09:34Le cannabis, c'est autre chose.
09:36Là encore, ça correspond
09:37à un usage social
09:40parce que c'est plus facile d'accès.
09:42On peut en trouver
09:43n'importe où, n'importe comment.
09:45Et c'est plus, là pour le coup,
09:46un déstressant.
09:47C'est une forme, je dirais,
09:50d'usage un peu thérapeutique.
09:52Alors au départ,
09:53certains veulent développer ça
09:54pour, je dirais,
09:56améliorer et supporter
09:57des traitements médicaux
09:58assez lourds.
09:59On sait aussi
10:00que c'est une forme
10:01d'antidépresseur
10:02qui peut être utilisé
10:03pour, comment dire,
10:07accéder à une forme
10:08de sérénité.
10:09Le problème du cannabis,
10:11c'est que ça n'est pas
10:11sans conséquences.
10:12Ça peut révéler
10:14des névroses,
10:15des psychoses,
10:16pas des psychoses,
10:17mais des schizophrénies,
10:19des phénomènes schizophréniques
10:20qui étaient sous-jacents.
10:22Donc ça n'est pas sans effet,
10:23ça n'est pas sans impact.
10:24C'est pour ça que ça reste
10:25une drogue
10:26et pas simplement
10:27un produit de loisir.
10:29Et tous ces produits,
10:30donc,
10:30ils se vendent en majorité
10:31sur des points de deal.
10:33Il y en a sur tout le territoire
10:34où il y a des zones privilégiées.
10:35Il y en a partout.
10:37Et il n'y a pas que
10:37des points de deal.
10:38C'est pour ça que
10:39ce qu'on a développé récemment,
10:41les fameuses,
10:41alors sous Valls,
10:42on a appelé ça des ZSP,
10:43des zones de sécurité
10:44prioritaires.
10:46Il avait mis le focus
10:46sur le quart nord-est
10:48de Paris,
10:4918, 19, 20.
10:51Là,
10:51Gérald Darmanin
10:52nous a fait,
10:53nous a organisé
10:53un théâtre,
10:54un théâtre d'ombre
10:55avec les opérations XXL,
10:57les opérations coups de poing.
10:58Or,
10:59le monde des stupéfiants
11:00est un monde
11:01qui s'adapte très bien.
11:02Ce sont des businessmen,
11:03ce ne sont pas des crétins.
11:05Ce sont des businessmen
11:06qui s'adaptent.
11:07Et dès lors que
11:07vous mettez le focus
11:08sur un endroit particulier,
11:10ce qu'on appelle
11:10des points de deal,
11:11ils se délocalisent
11:12tout simplement.
11:13On crée l'UberSheet.
11:15C'est une façon
11:16de se faire livrer ailleurs.
11:18On délocalise
11:19les lieux de production
11:21ou de consommation
11:22ou de vente.
11:24C'est tout simple.
11:25C'est une économie
11:26très fluide,
11:28très mouvante,
11:29très flexible.
11:30Donc, vouloir croire
11:31ou vouloir faire croire
11:32à l'opinion publique
11:33qu'il suffit
11:33de s'attaquer
11:34à un secteur
11:35en particulier
11:36pour le résoudre
11:38ou du moins le stopper.
11:39C'est juste illusoire
11:41et c'est destiné
11:42aux médias mainstream.
11:43Et d'ailleurs,
11:44ce qui est significatif
11:46et qui démontre
11:47que les gouvernements,
11:48je dis bien
11:49les gouvernements,
11:50tous,
11:50quelle que soit
11:51leur couleur politique,
11:52ne s'attaquent pas
11:53aux problèmes
11:54tels qu'ils devraient le faire,
11:55c'est que lorsque
11:56vous avez des prises de parole
11:57ou des prises de position,
11:58vous ne voyez
11:59que deux ministres.
12:00Le ministre de l'Intérieur
12:01est le ministre de la Justice.
12:03Mais jamais
12:04vous ne voyez
12:05un triptyque
12:06associant le ministre
12:07de la Santé.
12:07Oui, alors que c'est essentiel.
12:08Mais c'est fondamental.
12:10Le problème
12:10de la consommation
12:11des stupéfiants
12:12répond à un problème
12:13de mal-être
12:14qui répond souvent,
12:15enfin,
12:15qui est en écho
12:16la plupart du temps
12:17à une société
12:18qui devient anxiogène.
12:20Donc,
12:20soit on consomme
12:21des produits,
12:22des stimulants
12:22pour démontrer
12:23ou pour arriver
12:25à gérer
12:25une profession
12:26qui est très chronophage
12:28et qui demande
12:28une énergie permanente,
12:30soit on consomme
12:31un produit
12:31comme le cannabis
12:32ou d'autres
12:33pour se relaxer.
12:35En tout cas,
12:35ça correspond
12:35à des mal-être,
12:37à un mal-être
12:38ou un souci
12:38d'être toujours au top
12:40ou toujours
12:40en apaisement.
12:43Donc,
12:43c'est psychologique
12:44au départ.
12:45Il y a un problème,
12:45ce n'est pas que récréatif.
12:47Or,
12:47est-il normal
12:48que dans une société
12:49où on nous rabat les oreilles
12:50en nous disant
12:51que nous vivons
12:52dans une société anxiogène,
12:53à aucun moment
12:54vous ne voyez
12:54le ministre de la Santé ?
12:56C'est juste scandaleux,
12:57en tout cas,
12:57c'est l'illustration
12:58que ces gouvernements-là
12:59à minima
13:01ont renoncé
13:02à lutter efficacement
13:03contre les trafics
13:03de stupes.
13:05D'ailleurs,
13:05ce serait illusoire
13:06de vouloir lutter
13:06que d'un point de vue
13:08judiciaire sur ça.
13:09Ça n'a pas de sens
13:10tout simplement
13:11parce que lorsque vous avez
13:12autant de consommation,
13:14c'est qu'il y a un problème,
13:15un problème de fond,
13:16un problème de société.
13:16Un problème de société,
13:17oui, tout à fait.
13:18Et puis, même,
13:19ça passe de plus en plus,
13:20comme vous disiez,
13:20sur les réseaux sociaux,
13:21sur WhatsApp,
13:22il y a des groupes,
13:23c'est vraiment très organisé.
13:25C'est très organisé,
13:26on organise.
13:27C'est un business.
13:28C'est un business.
13:29Vous savez,
13:29Escobar disait à l'époque,
13:30moi, je vends ce qu'il s'achète.
13:32C'est tout à fait ça.
13:34Donc, quand vous avez
13:34un tel flot de consommation,
13:36quand il y a une telle demande,
13:37la vraie question à se poser
13:38est de savoir
13:39si ça sert à quelque chose
13:39d'envoyer en prison
13:41des petits dealers
13:41ou des dealers moyens
13:42ou même des caïds.
13:44La vraie question à se poser,
13:46c'est pourquoi
13:47il y a une telle demande
13:48et comment on peut arriver
13:49soit à neutraliser cette demande
13:50parce qu'elle est très néfaste
13:52pour l'individu qui consomme
13:54mais aussi pour les conséquences
13:56que ça engendre,
13:57la conduite sous stup
13:58et puis l'état
13:59d'hyperdépression
14:01que ça peut engendrer.
14:03Et de fait,
14:04vous ne pouvez pas y répondre
14:05que par le volet judiciaire.
14:06Il faut se poser
14:07des bonnes questions
14:08en termes de médication,
14:10tout simplement.
14:11Donc, en tout,
14:12vous avez été plus de 10 ans
14:13au stup.
14:14Oui, 5 ans au Quai des Orfèvres
14:16et 5 ans au SRPG de Marseille.
14:18Et est-ce que vous pouvez
14:18me raconter un peu
14:19le quotidien
14:20d'un policier au stup ?
14:23Est-ce que déjà,
14:24il y a vraiment un quotidien ?
14:25Est-ce qu'il y a une routine ?
14:26Oui, une routine.
14:27Je ne sais pas
14:27si on peut appeler ça comme ça.
14:29Comme je le disais,
14:30c'est un monde à part.
14:31C'est un monde à part
14:32pour les trafiquants
14:33et les consommateurs
14:33et c'est un monde à part
14:34pour les flics.
14:36Parce que vous baignez
14:38à temps plein
14:39exclusivement
14:41dans cet univers
14:42qui est l'univers
14:43le plus pourri
14:45que je connaisse.
14:46Donc, en tant que flic,
14:47votre quotidien,
14:48c'est quoi ?
14:49Ce sont des toxicomanes,
14:51des dealers,
14:52des prostituées.
14:53Enfin, véritablement,
14:54un monde à part,
14:55un monde parallèle.
14:57Et le danger,
14:57le danger pour un flic
14:58qui évolue dans cet univers,
15:00c'est de considérer
15:01que ça devient la normalité.
15:02Que ce monde-là,
15:04que ce monde des stupéfiants
15:05est le monde du quotidien.
15:07Et vous perdez,
15:07vous pouvez perdre pied.
15:08Alors, ce qui peut vous raccrocher
15:10à la vie réelle,
15:11c'est votre famille,
15:11votre compagne
15:13ou votre compagnon
15:13selon que vous êtes
15:14homme ou femme
15:15et vos enfants
15:17si vous avez le bonheur
15:18d'en avoir
15:18parce que ça vous raccroche.
15:20Ça peut vous donner
15:21une tape sur la tête
15:22et vous dire,
15:22attention,
15:23ce monde-là,
15:24professionnel,
15:25n'est pas le monde normal.
15:27Le monde normal,
15:27c'est tes voisins,
15:29c'est ta famille,
15:30c'est ça que vous devez considérer.
15:32Et le gros danger,
15:33c'est de se laisser glisser
15:34vers une sorte de griserie
15:38d'appartenir à un monde
15:39qui n'est pas le vôtre.
15:40Tout simplement.
15:41C'est très dangereux.
15:42Et justement,
15:43je rebondis sur ce que vous dites,
15:45est-ce que vous avez des collègues
15:46qui ont complètement glissé
15:47mais de l'autre côté,
15:49c'est-à-dire qui sont mis
15:50à consommer
15:51voire à revendre
15:52les prises saisies,
15:54vous en avez croisé ?
15:55Oui, bien sûr.
15:55Oui, j'ai déconnu des collègues,
15:57hommes et femmes pour le coup,
15:58qui sont tombés dedans.
16:00D'accord.
16:01À consommer,
16:02à revendre les deux ?
16:02À consommer.
16:03À consommer, oui.
16:05D'accord.
16:05Oui, revendre,
16:06c'est quasi impossible
16:07pour un flic,
16:08mais à consommer, oui.
16:11Avec, voilà,
16:12bon, je peux difficilement
16:13dire plus.
16:14D'accord.
16:15Vous disiez que c'était
16:16un monde qui était
16:16très dangereux,
16:18donc je suppose
16:18que vous êtes armé
16:19et que vous êtes armé
16:22quand vous êtes policier
16:23à la brigade des stupéures.
16:24C'est un peu notre métier,
16:24oui.
16:25C'est un peu notre fonction.
16:27Après, être armé
16:28pour un flic des stups,
16:29c'est pas, je dirais,
16:30que c'est pas,
16:31on n'est pas
16:32d'une brigade d'intervention.
16:33Quand on a parti
16:33à la brigade des stups,
16:34au contraire,
16:34on doit être
16:35le plus invisible possible,
16:37le plus discret possible.
16:38Donc l'idée,
16:39c'est pas de se promener
16:39avec,
16:40on n'est pas dans
16:41une série américaine
16:42avec un flic
16:42qui aurait son badge
16:43et son arme sur le côté
16:44et puis qui ferait
16:45un peu peur à tout le monde.
16:46C'est pas ça.
16:47L'idée,
16:47c'est d'être
16:48l'individu
16:50qui passe
16:50le plus inaperçu possible
16:51et c'est pas
16:52le plus simple.
16:53Donc il faut,
16:54parce qu'on passe
16:5590% de notre temps
16:56en filature
16:58ou en planque.
16:59Donc il y a un très bon film
17:00qui relate cette ambiance-là,
17:02c'est L627
17:02de Bertrand Tavernier
17:04qui vraiment décrit
17:05ce qu'est le quotidien
17:06des flics des stups,
17:08notamment dans les années 80,
17:10avec cette obligation
17:11d'avoir des indics
17:12et donc d'avoir
17:13ce relationnel
17:14très compliqué
17:15avec le monde
17:16des stups.
17:17Parce que
17:18qu'est-ce qu'est la vocation
17:19d'un flic des stups ?
17:20C'est d'avoir une information.
17:22Cette information,
17:22elle tombe pas du ciel.
17:24Elle nous vient,
17:25bon,
17:25elle tombe pas par hasard.
17:26Il faut aller au contact
17:27des indics,
17:28donc des toxicomanes.
17:30Ça a été mon métier
17:31pendant 5 ans,
17:31notamment au Quai des Orfèvres
17:33et ensuite
17:33à la brigade des stups
17:34à Marseille.
17:36Donc,
17:36pour avoir un indic,
17:38il faut
17:39arrêter des gens.
17:40Il faut arrêter
17:41des...
17:42On peut croire
17:43que c'est des lapalissades
17:44ou des choses anecdotiques,
17:46mais c'est le cœur
17:46du métier.
17:48Et vous avez affaire
17:48à des gens
17:50qui évoluent
17:50dans un univers
17:51qui est terrible.
17:53Leur quotidien,
17:53c'est consommé.
17:54Donc,
17:55il faut obtenir d'eux
17:56un renseignement.
17:57Et comment,
17:58un indique,
17:58vous donnez un renseignement
17:59quand vous êtes flic ?
17:59Il n'y a pas 36 solutions,
18:00il n'y en a que deux.
18:01Soit vous le donnez
18:02lui-même des stups,
18:03donc ça veut dire
18:03que vous en avez
18:04dans vos bureaux
18:05et que vous êtes obligés
18:08de lui donner
18:08ses doses
18:10ou sa barrette de shit,
18:11soit vous le laissez dealer.
18:13De facto,
18:14ça fait de vous
18:15quelqu'un
18:15qui est impliqué
18:17dans le trafic.
18:18Et c'est là
18:18tout le danger.
18:19C'est là tout le danger.
18:20Et c'est ce qui fait
18:21que des policiers
18:22ont basculé,
18:23je dirais,
18:24non pas dans la revente,
18:25ce n'est pas vrai
18:25de dire ça.
18:26Ou s'ils ont eu
18:27le malheur de le faire,
18:28ça leur a coûté la prison.
18:29Mais en tout cas,
18:29ça vous oblige
18:30à avoir un relationnel
18:31très malsain
18:32avec des gens
18:33dont vous attendez
18:34une information.
18:34et cette information,
18:36elle concerne
18:37soit son dealer,
18:39soit le dealer
18:39du toxicomane,
18:41soit un concurrent
18:42qui le gêne
18:44dans son trafic.
18:45Mais ce que je veux dire,
18:46c'est extrêmement compliqué.
18:48La frontière
18:49est de ne pas devenir
18:50le copain de l'indique.
18:52Et c'est là
18:52où vous avez des flics
18:53qui ont basculé.
18:53Ils se sont tombés
18:54dans une relation
18:55qui n'était plus celle
18:56d'un professionnel
18:57avec quelqu'un
18:57qui va lui donner
18:58une information,
18:59mais un lien
19:02de copinage
19:03qui est extrêmement dangereux.
19:04Est-ce que la limite
19:06est mince ?
19:08Parce qu'il faut quand même
19:08obtenir des informations.
19:10Alors le problème
19:11de la police,
19:12pourquoi il est obligatoire
19:13pour des policiers
19:14d'avoir des indiques ?
19:14Tout simplement
19:15parce que vous n'avez pas
19:16en tant que policier
19:17les moyens de rémunérer
19:18un indique.
19:19Alors on va vous dire,
19:21on va vous répondre
19:21« Ah mais si,
19:22ce n'est pas vrai,
19:23il existe des primes d'indiques. »
19:24Oui,
19:25il existe des primes d'indiques.
19:26Mais elles sont ridicules.
19:27Elles ne sont pas
19:29en rapport
19:29avec ce que rapporte
19:30le trafic de stupes.
19:33Ceux qui ont
19:33un vrai système
19:34de rémunération
19:34d'indiques,
19:35ce sont les douanes.
19:36Les douanes ont
19:37un système
19:37de rémunération
19:38des indicateurs
19:39qui est tarifé
19:40en fonction
19:41des quantités saisies.
19:43Donc tout ça
19:43est cadré
19:44et ça peut représenter
19:45certaines sommes.
19:46La deuxième arme
19:47des douanes,
19:48c'est qu'ils appartiennent
19:49au ministère des Finances.
19:50Pourquoi c'est une arme ?
19:51C'est tout simplement
19:51parce que quand vous
19:52arrêtez un trafiquant,
19:53petit ou moyen,
19:55vous pouvez le taxer,
19:57le punir,
19:58le sanctionner
19:59d'une amende
20:00fiscale considérable.
20:02De ce fait,
20:03cet individu,
20:04cet homme
20:04ou cette femme
20:05peut arriver
20:06à négocier
20:07avec les services douaniers
20:08une autre affaire
20:09pour s'en sortir.
20:10Du style,
20:11pas d'amende
20:11mais moi je vous refile
20:12quelqu'un
20:12de bien plus gros.
20:14Et ça,
20:15cette arme-là,
20:15les policiers
20:16ne l'ont pas.
20:17C'est pour ça
20:17que vous êtes
20:17toujours obligés
20:19de négocier
20:20avec un indicateur
20:22pour avoir
20:22plus gros,
20:23plus haut.
20:24Mais de ce fait,
20:25vous êtes obligés
20:25soit de lui laisser
20:26une part plus importante,
20:29c'est du donnant-donnant,
20:30soit vous-même
20:31de lui donner
20:31quelque chose
20:32de plus important.
20:33Vous voyez le piège
20:34dans lequel ça peut
20:35faire rentrer le policier.
20:36C'est un piège mortel
20:37dans lequel il ne faut pas rentrer.
20:39Nous l'avons fait
20:40à une certaine époque.
20:41Aujourd'hui,
20:41moi je conseillerais
20:42à n'importe quel policier
20:43de la brigade,
20:44de quelques brigades
20:45des stupéfiants que ce soit,
20:47un,
20:47premièrement de quitter
20:48la brigade des stupes
20:49et deux,
20:49surtout pas tomber
20:50dans ce piège-là
20:51parce que c'est un piège terrible.
20:53On ne peut pas
20:53s'en sortir en tant que flic.
20:55C'est juste impossible.
20:56Je suis tombé,
20:57enfin j'ai évolué
20:58dans ce milieu
20:58dans une période
20:59où tout le monde
21:00était au courant,
21:01que ce soit la hiérarchie,
21:02la haute hiérarchie
21:03ou même les magistrats.
21:05Il n'y avait pas de dupe.
21:06Tout le monde le savait.
21:07Tout le monde savait
21:08qu'il y avait un jeu
21:08de donnant-donnant
21:09très pervers.
21:10Mais il y avait
21:11une forme de,
21:13je dirais,
21:13de gentleman agreement
21:14qui consistait
21:15à tolérer tout ça.
21:17Et puis un jour,
21:17un jour ça a été terminé,
21:19un jour on a
21:19des chefs de service
21:20qui sont arrivés
21:21dans nos bureaux
21:22en nous disant
21:22bon ben les gars,
21:23c'est fini,
21:24on ne vous couvrira plus.
21:26Ok, message reçu.
21:28Deux choses l'une.
21:29Ou vous restez
21:30et vous êtes un peu couillon
21:31et vous continuez.
21:33Ou vous prenez
21:33la décision
21:34de changer d'air
21:35et vous partez.
21:36Et ça c'est la décision
21:36que j'ai prise
21:37à un moment donné.
21:39De quitter les stups.
21:40Donc quand vous dites
21:40qu'on ne vous couvrira plus
21:42c'est qu'on ne
21:43fermera plus les yeux
21:46sur les arrangements
21:47avec les indics ?
21:48Exactement.
21:48D'accord.
21:49Mais dans ces cas-là
21:50de résoudre une affaire
21:51ça devient très compliqué.
21:52Ça devient très compliqué
21:53et ça devient encore plus dangereux
21:54pour les policiers
21:55qui se livrent
21:56à ce petit jeu
21:57de donnant-donnant.
21:58Et c'est pour ça
21:59que moi je conseillerais
22:00à n'importe quel policier
22:01de surtout pas jouer à ça.
22:02Parce qu'on est dans un monde
22:04je dirais
22:04un peu angélique
22:06où on s'imagine
22:07qu'un voyou
22:08vient voir un policier
22:08parce qu'il le trouve sympathique.
22:10Non.
22:10Un voyou vient voir un policier
22:12parce qu'il a intérêt à le voir.
22:13Clairement.
22:14On ne vient pas donner
22:15une information à un voyou
22:16parce que
22:17voilà quoi
22:17on a envie
22:18de lui rendre service
22:19ou de rendre service
22:20à la nation.
22:20ça c'est du roman
22:22c'est de la fiction.
22:23On vient voir un flic
22:24parce qu'on a un intérêt concret
22:26pécuniaire
22:27à venir le voir
22:27comme je vous le disais tout à l'heure
22:29à faire tomber
22:30un concurrent
22:31ou à récupérer
22:32une part des quantités saisies.
22:34Il faut dire les choses
22:35parce que ces choses-là
22:36ont existé
22:37elles existent encore
22:38on le voit
22:38des affaires récentes
22:39ont provoqué la chute
22:41de certains groupes
22:42qui se sont cru plus malins
22:43que les autres
22:43et qui ont cru que
22:44voilà
22:44ils pourraient s'en sortir.
22:46Malheureusement
22:46un indique ça parle
22:47ça peut parler
22:48ça peut être sur écoute
22:49et quand j'entends certains dire
22:51à des conseillers
22:52à des policiers
22:52quand vous téléphonez
22:53à un indique
22:54faites-le d'un endroit
22:55ou avec un téléphone
22:57qui ne soit pas le vôtre
22:57c'est complètement
22:58crétin
22:59parce que l'indique
23:00lui-même peut être mis sur écoute
23:01ou il peut être surveillé
23:02par d'autres services
23:03que des services de police
23:04ou du moins
23:05par un autre service
23:06ça peut être les gendarmes
23:07ça peut être un office
23:08ça peut être un autre service
23:09donc vous êtes toujours
23:10sur un fil tendu
23:12sur le fil du rasoir
23:13le plus simple
23:14c'est de ne pas avoir
23:15de relation
23:16je dirais
23:17tordue
23:17avec un indique
23:18et de rester droit
23:19dans vos bottes
23:20et de rester un professionnel
23:21de rester un flic
23:22mais ne plus se laisser aller
23:24à ce qui se faisait autrefois
23:25c'est-à-dire
23:26de filer des doses
23:27ou filer de la cam
23:28à des indiques
23:28pour obtenir une information
23:29parce que ça a marché comme ça
23:31mais ça ne peut plus continuer
23:32c'est juste impossible
23:34donc si on veut des informations
23:35il faut être le gentil petit fonctionnaire
23:37et se contenter d'une information
23:39qui vous tombe du ciel
23:40ce qui est très rare
23:41je ne dis pas que ça ne peut pas arriver
23:42je dis que c'est très rare
23:43donc aujourd'hui
23:43c'est plus compliqué
23:44pour les policiers actuels
23:45de résoudre des affaires
23:47bien sûr
23:47bien sûr
23:48c'est pour ça que l'État
23:49joue un double jeu
23:50et un jeu
23:50d'une hypocrisie absolue
23:52parce qu'il ne donne pas
23:53les moyens
23:53aux policiers
23:54particulièrement aux policiers
23:56des stups
23:56de je dirais
23:57sortir des affaires
23:58il faudrait des primes conséquentes
24:00pour les indiques
24:01il faudrait véritablement
24:02avoir des moyens logistiques
24:04pour le faire
24:04plus de magistrats
24:06en fait tout ce qui n'existe pas
24:07aujourd'hui
24:07et ne pas réduire les effectifs
24:09comme on le fait
24:09et au contraire
24:10booster les effectifs
24:12du judiciaire
24:13améliorer leur formation
24:15améliorer leur protection
24:17et créer vraiment
24:18un environnement
24:19de protection judiciaire
24:20quand je dis ça
24:21c'est-à-dire d'avoir
24:21une procédure
24:23qui permette de protéger
24:24les flics
24:25y compris lorsqu'ils font
24:26de l'entrisme
24:26au niveau des groupes
24:28de délinquants
24:29ou de criminels
24:29mais ça c'est juste impossible
24:30aujourd'hui
24:31il ne faut pas se laisser aller
24:33ce genre de choses
24:34pour revenir à votre carrière
24:36à vous
24:37comme on l'a dit plusieurs fois
24:38vous avez travaillé à Marseille
24:39c'est un autre monde
24:42enfin un niveau stup là-bas
24:44j'ai l'impression
24:44que c'est beaucoup plus
24:45beaucoup plus fort
24:46beaucoup plus
24:47tout est multiplié
24:48par rapport à Paris
24:49tout est multiplié
24:50Marseille par vocation
24:51et la porte ouverte
24:52vers le Maghreb
24:54donc c'est un port international
24:56donc vous avez des conteneurs
24:57entiers qui arrivent
24:58remplis de cannabis
25:00notamment
25:00j'ai fait une mission
25:02dans les années 80
25:03je crois que c'est en 88
25:04de mémoire
25:0587-88
25:06j'avais été en Espagne
25:07j'avais été à Malaga
25:08j'avais accompagné
25:10un autre groupe de policiers
25:11on devait prendre attache
25:13avec des policiers
25:13de la PJ espagnole
25:14ce qu'on a fait du reste
25:15et on a discuté avec eux
25:17sur l'ampleur du trafic
25:19je parle des années 80
25:20ils évaluaient
25:22le passage journalier
25:23à 5 tonnes
25:24de cannabis
25:26nous sommes dans les années
25:2687-88
25:27et rien que le cannabis
25:28je parle rien que du cannabis
25:29de toute façon
25:30du Maroc il vient que ça
25:31quasiment
25:32la cocaïne
25:34elle avait un autre
25:34un autre parcours
25:36mais voilà quoi
25:37on est dans une
25:38des mesures de consommation
25:40c'est la raison pour laquelle
25:41avoir la prétention
25:43de juguler
25:43le trafic en France
25:45alors qu'un état
25:46comme le Maroc
25:46vit
25:47alors je ne dis pas
25:48qu'il vit exclusivement
25:49du trafic de cannabis
25:50mais enfin il en vit bien
25:51quand même
25:52et pareil pour l'Amérique du Sud
25:54si demain
25:54vous supprimez
25:55le trafic
25:56de la culture
25:58de la coca
25:59en Amérique du Sud
26:00vous ruinez
26:01la moitié des pays
26:01d'Amérique du Sud
26:02c'est une véritable économie
26:04mais qui fait vivre
26:05pas simplement
26:06ces pays producteurs
26:07qui fait vivre aussi
26:08toute une économie
26:09de transfert
26:10de transformation
26:11d'acheminement
26:11et en France
26:12de réseau
26:13et pas simplement
26:14de réseau criminel
26:15je pense aussi
26:16à quelques édiles
26:18locaux
26:18qui ont un lien
26:19privilégié
26:20avec des caïds
26:21de cités
26:21pour la première fois
26:26j'ai vraiment failli
26:27tuer quelqu'un
26:27qu'est-ce qu'un type
26:28du cartel de Cali
26:29pouvait faire
26:29à Salon de Provence
26:30voilà
26:30le type sort
26:31comme un éclair
26:32et nous braque
26:33véritablement
26:33le milieu
26:34était tellement pourri
26:35qu'on se sentait
26:36tout permis
26:37et bien la dose magique
26:38c'est un coup tordu
26:39qui nous arrivait
26:40de faire quelques fois
26:41c'était de contrôler
26:42quelqu'un
26:42et de lui mettre
26:43une dose dans la poche
26:44opération XXL
26:46à l'Assemblée nationale
26:47ça m'aurait bien amusé
26:48en fait l'héroïne
26:49c'était
26:50le porte-document
26:52merci à tous
26:53de nous avoir écoutés
26:54pensez à vous abonner
26:56pour ne manquer
26:56aucune interview
26:57et à très bientôt
26:58sur la chaîne
26:58du Nouveau Détective
26:59Sous-titrage Société Radio-Canada
27:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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