- il y a 11 heures
Mathieu Dépée est un ex-membre des forces spéciales françaises et chef de groupe au sein du CTLO (Contre-terrorisme et Libération d’otages) chez les commandos marines. Il a consacré sa vie au maintien de la sécurité et de la paix en France, ainsi qu'à la défense des intérêts de notre pays, à travers différentes missions qui l’auront mené, lui et ses hommes, au quatre coins de la planète, sur des terrains d’opérations comme le Mali, l’Afghanistan ou dans l’océan indien. Dans son deuxième livre Au Service De l’Etat, à la source du commandement, aux éditions Solar, il plonge le lecteur dans des missions périlleuses où se côtoient tour à tour des djihadistes de Daesh, des pirates somaliens et des trafiquants de drogue. Mais ce bouquin est aussi un hommage à ces hommes de l’ombre, ces frères d’armes, qui se battent pour défendre les valeurs de la France dans le plus grand secret, loin du train-train quotidien de leurs familles et de leurs concitoyens qui ignorent tout ou presque de leurs sacrifices. Pour Story, Mathieu Dépée a accepté de se confier sur cette vie pas comme les autres, où chaque décision peut avoir de très lourdes répercussions.
« Story », c’est tous les lundis à 18h30 sur 20 Minutes TV.
Une émission disponible sur le canal 32 de la TNT en Île-de-France, sur les box partout en France (Free : 910, Orange : 349, Bouygues : 300; SFR : 461) et sur 20minutes.tv (http://20minutes.tv)
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00:00J'avais l'ennemi en face de moi, mais on est en hyper-vigilance,
00:03c'est-à-dire qu'on essaie de ressentir tout ce qui se passe,
00:06et j'ai eu la chance de les voir, et c'est ce qui, je pense, m'a sauvé la vie.
00:09C'est-à-dire que je suis resté debout, et j'ai essayé de combattre au mieux,
00:14et à ce moment-là, j'en prends une, vraiment au niveau du cœur,
00:19mais à un centimètre de la plaque.
00:30Alors bonjour, je suis Mathieu Dépée, je suis ex-membre des opérations spéciales,
00:38j'ai servi pendant 20 ans au sein du commando Jobet, Treppel et Deport-Saint-Egnaud,
00:44et aujourd'hui je suis ici pour vous présenter le livre « Au service de l'État » aux éditions Sola.
00:55Alors pourquoi j'ai voulu écrire ce livre ?
00:58Parce que c'est, voilà, après le premier, je me suis dit que c'était important de continuer,
01:05et le premier parlait vraiment de comment faire, et celui-ci raconte un petit peu mon histoire.
01:10Et l'objectif pour moi premier, c'était de transmettre,
01:13transmettre à la jeune génération qui arrive pour pouvoir leur donner envie,
01:19voilà, de signer et d'aller combattre l'ennemi en dehors de la France.
01:26Et oui, c'est aussi pour rendre hommage aux frères d'armes, aux gars qui y sont encore,
01:33aux gars qui se sont tombés, et il y a quelques amis qui y sont restés,
01:37et voilà, à travers ce livre, je me livre complètement.
01:40C'est une écriture qui m'a permis pour moi personnellement de, voilà, peut-être tirer un trait réel sur tout ce qui s'est passé là-bas.
01:52Ça a fait du bien, ça a, pendant des, j'ai mis sept mois à l'écrire,
01:57et voilà, c'est quelque chose qui demande beaucoup d'énergie,
02:01une introspection réelle, et voilà, ça demande, voilà, de l'énergie.
02:08Et j'étais heureux de le finir, parce que, voilà, c'est éprouvant.
02:13Mais je pense que c'est nécessaire pour tous ceux qui vont nous écouter,
02:18et tous ceux qui vont le lire, je l'espère.
02:22Et ça pourra leur apporter, voilà, quelque chose de concret sur le fait de savoir comment ça se passe,
02:29et qu'est-ce qu'on y trouve réellement dans ce genre de mission.
02:31J'ai passé 20 ans dans l'effort spécial, et sur ces 20 ans, j'ai dû m'entraîner 90% du temps.
02:43Mais on pourrait comparer ça à un sportif de haut niveau, comme un boxeur, par exemple,
02:49qui va, lui, répéter ses gammes constamment, et le jour J, il faudra qu'il soit prêt.
02:55Et le jour, il va prendre des coups, comme on en a appris souvent.
02:59Il faut être capable, sans y réfléchir, de faire ce qu'on a appris depuis tout petit.
03:09Et avec toutes ces répétitions, tout cet entraînement, en fait, le corps est bien fait,
03:14on a des réflexes qui arrivent, et voilà, ça sort tout seul, sans y réfléchir.
03:20Et avec l'expérience, au bout d'un moment, ces réflexes-là, on arrive à les maîtriser,
03:24et on arrive à les anticiper et à analyser encore plus vite que les gars du groupe.
03:32Et c'est pour ça qu'on devient chef du groupe au bout d'un moment,
03:34c'est qu'on arrive à anticiper tout ce qu'on voit et tout ce qu'on ressent.
03:38Et ça, c'est grâce à l'entraînement.
03:40Moi, je me suis toujours dit et toujours répété aux gars,
03:43quand on est par exemple face à des cibles et qu'on tire nos 200 munitions par jour,
03:50il faut toujours se mettre dans le réel, c'est le jour J, il va pleuvoir, il fera nuit,
03:58et bien aujourd'hui, on va éteindre les lumières,
04:00on va peut-être courir 500 mètres avant d'aller courir, avant d'aller tirer, pardon.
04:04C'est hyper important de se projeter toujours là où on sait que l'ennemi va nous attendre.
04:17Alors la première opération, c'est quelque chose de particulier.
04:19On était habillé en civil, on avait été projeté sur des bateaux,
04:26des tonniers français dans l'océan Indien pour lutter contre la piraterie.
04:31Et c'était pour moi la première fois parce que j'étais jeune chef d'équipe.
04:34Mon chef de groupe à l'époque, Alex, m'avait bien formé,
04:38il m'avait donné l'opportunité d'être en fait responsable de cette petite unité.
04:42Donc j'étais responsable de deux bateaux, de deux tonniers français,
04:45avec une quarantaine de pêcheurs à bord, plus deux équipes de commandos.
04:50Et c'était pour moi la première fois où j'ai été responsable de tout ce monde-là,
04:56et avec la possibilité un jour d'être face à l'ennemi.
05:00Et l'ennemi est arrivé un jour,
05:02on a eu beau répéter des dizaines de fois pendant les semaines de pêche,
05:09mais voilà, la réaction d'un civil est complètement différente d'une réaction d'un militaire,
05:16par la formation, comme on disait tout à l'heure.
05:18Et voilà, j'ai dû faire face à beaucoup d'imprévus,
05:21et je me suis dit à ce moment-là,
05:23« Ok, c'est maintenant que tu te révèles, ou c'est maintenant que tu t'effondres ? »
05:28Et voilà, j'ai réussi à...
05:31J'ai fait de mon mieux, on va dire.
05:33Et voilà, on a eu droit à deux attaques pirates pendant ces différentes marées.
05:40Et à chaque fois, on a pu repousser l'ennemi.
05:42Et voilà, en faisant le travail que la France nous avait demandé de faire,
05:47en fait, de protéger le fait que la France ait le droit de pêcher dans ces eaux-là.
05:59Alors, la fois où je suis passé à un centimètre du drame,
06:03c'était au Mali.
06:05On était au mois de novembre, le 11 novembre.
06:09Et c'était la nuit, c'était une mission héliportée.
06:14Notre mission était de capturer et neutraliser sept terroristes
06:19qui étaient réfugiés à côté de leurs camions, leurs véhicules,
06:23dans une forêt bien dense, comme on connaît au Mali.
06:27Donc, ce soir-là, on était très nombreux.
06:30C'est-à-dire qu'on n'a pas l'habitude de faire des grosses missions comme celle-ci.
06:34Mais le commandement avait décidé de mettre en place les gros moyens.
06:38Donc, on avait la 3D, on appelle ça, c'est-à-dire qu'on avait beaucoup de moyens 3D
06:43avec les drones, les hélicos, les avions de chasse qui étaient là pour nous.
06:47On avait aussi un deuxième groupe qui était là pour notre renfort, notre appui.
06:51Et aussi pour venir nous donner un coup de main s'il le fallait.
06:56Et notre groupe était là en tête pour neutraliser.
07:01Enfin, on a essayé de les capturer.
07:04Donc, la manip, c'était quoi ?
07:06On a fait environ 30 minutes d'hélicoptère, on a posé.
07:11Donc, à chaque fois, beaucoup de poussière, énormément de poussière.
07:14On a du mal à se poser.
07:17Et à chaque fois, ça tape assez fort.
07:19Et dès que l'hélico est posé, nous, on court, on saute de l'hélico.
07:23À ce moment-là, l'hélico est considéré comme une cible, bien évidemment, par les terroristes.
07:29Donc, il se peut qu'il y ait des tirs.
07:31On avait décidé ce soir-là de poser assez loin.
07:34Et en fait, de les mettre dans un brouillard complet, c'est-à-dire visuel, mais aussi mental.
07:38C'est-à-dire que, ok, ils sont là, mais ils ne pourront pas nous voir.
07:45Donc, on s'est extrait de l'hélico.
07:47On a attendu quelques minutes.
07:50J'avais l'habitude de dire à la radio, aux gars, ok, on passe en mode fantôme.
07:54C'est-à-dire qu'on n'existe plus.
07:56Et s'il faut mettre 6 heures pour faire les 500 mètres, on va mettre les 6 heures.
08:01Et le but du jeu, en fait, c'est de les cueillir au plus près.
08:04Donc, je vous passe les détails de toute cette infiltration
08:07qui était assez stressante, mais nécessaire pour le bien de tous.
08:14Et du coup, on marchait pas à pas.
08:16On écoutait tout ce qui se passait.
08:18Le moindre craquement de brindilles, c'était quelque chose de très stressant pour nous.
08:23Mais vraiment stressant.
08:24C'est-à-dire que le moment où on craque une feuille, où on craque une brindille au sol,
08:29c'est-à-dire que ça peut être le départ d'un coup de feu ennemi.
08:32Et quelqu'un peut tomber, quoi.
08:34Donc, c'est vraiment important, tous les détails pour nous.
08:38Donc, au bout d'un moment, on est rentré dans ce bois.
08:43Et grâce à un drone américain ou français, je ne me rappelle plus.
08:47En fait, il y a une procédure pour nous désigner précisément où sont les gars
08:52avec nos JVN infrarouges.
08:56Et en fait, j'ai pu m'apercevoir qu'ils étaient pile poil face à moi.
08:59Et à ce moment-là, je me suis arrêté.
09:01Je me suis rendu compte qu'on faisait énormément de bruit.
09:04On était vraiment cette meute de loup, mais pas très discrète.
09:07Malgré tous les efforts des gars, parce qu'en fait, la végétation était très basse.
09:12On fait tous 1m80, des gros gabarits, équipés à 30 kilos.
09:17Donc, ce n'est pas évident de se déplacer.
09:19Et voilà, je me suis rendu compte qu'on faisait beaucoup de bruit
09:22et qu'on était à une cinquante tête de mètre des terroristes.
09:28Donc, j'ai décidé en fait de bifuguer un petit peu sur la gauche.
09:32Et à ce moment-là, je me suis rendu compte qu'il y avait un chemin qui était là pour moi.
09:35Je me suis dit, OK, c'est maintenant qu'il faut reproduire ce que j'ai appris depuis tout petit.
09:39Et voilà, 40 mètres, 30 mètres.
09:44Et à partir de 25 mètres, j'ai pu vraiment apercevoir cette silhouette
09:47comme on peut l'imaginer dans tous les films.
09:51Comme on imagine un terroriste, quelqu'un habillé avec des vêtements longs,
09:56une barbe, une kalachnikov.
09:59Et voilà, à ce moment-là, j'ai compris en fait qu'il ne savait pas trop d'où on venait.
10:07Et je lui ai laissé l'opportunité de lâcher son arme.
10:11J'ai décidé de prendre mon arme et de tirer deux fois juste à côté de lui.
10:17Et à ce moment-là, voilà, quand on tire avec son 417,
10:21et voilà, on crée une boule de feu sur le canon.
10:26En fait, je me suis dévoilé aux yeux de l'ennemi.
10:30Et lui, en fait, il n'a pas hésité.
10:31Il a tout de suite tiré.
10:32Il s'est passé très près.
10:33Il y a eu un combat intense pendant deux secondes.
10:37Mais deux secondes, à ce moment-là, c'est une éternité.
10:41Et voilà, j'ai décidé de rester debout.
10:44Pourquoi ?
10:45Parce qu'au moment où j'ai fait mes tirs de sommation
10:49pour laisser la chance à l'ennemi de lâcher les armes,
10:53je me suis aperçu que derrière le tronc d'arbre qui était au sol,
10:56il y avait cinq autres terroristes qui étaient planqués
11:00et qui nous attendaient, quoi.
11:03Et en fait, voilà, on est en hyper-vigilance.
11:07C'est-à-dire qu'on est dans un tunnel.
11:10On est vraiment focus sur un tunnel, quoi.
11:15J'avais l'ennemi en face de moi, mais on est en hyper-vigilance.
11:18C'est-à-dire qu'on essaie de ressentir tout ce qui se passe.
11:21Et j'ai eu la chance de les voir.
11:22Et c'est ce qui, je pense, m'a sauvé la vie.
11:25C'est-à-dire que je suis resté debout.
11:26Et voilà, j'ai essayé de combattre au mieux.
11:29Et à ce moment-là, j'en prends une vraiment au niveau du cœur,
11:34mais à un centimètre de la plaque.
11:38Et à ce moment-là, on redevient l'homme vulnérable que l'on est.
11:45Et voilà, je suis projeté en arrière.
11:47On a vraiment la sensation de prendre un coup de poing de Mike Tyson dans le plexus,
11:52mais réellement.
11:55Moi, j'ai été projeté en arrière.
11:56Je fais quand même équipé, je fais 120 kg.
12:00Et j'ai été vraiment projeté en arrière,
12:02alors que j'étais sur mes appuis en train de tirer.
12:04Donc à ce moment-là, dans cette chute-là,
12:08encore une fois, il se passe plein de choses dans la tête d'un humain.
12:12Et je me dis, OK, c'est fini.
12:16OK, je vais crever comme ça, quoi.
12:18Je me dis ça, je vais crever comme ça.
12:20Et au moment où je touche le sol, ma tête impacte un petit peu le sol.
12:26Et je me rends compte que non, en fait, c'est pas maintenant.
12:29Je ne peux pas encore combattre.
12:31Et je me mets sur le côté.
12:33Et avec les gars qui étaient autour de moi,
12:35on a fait le boulot, comme on dit, quoi.
12:41Et tout de suite, dans la radio,
12:43j'ai rendu compte à la radio, OK, de maths, de maths, je suis touché.
12:47C'est l'une de nos procédures
12:48pour essayer que quelqu'un vienne nous chercher.
12:52Parce que voilà, on est tout seul à ce moment-là.
12:55Et tout de suite, à la radio, on m'a dit, je suis derrière toi,
12:59quelques mètres à gauche, tu peux te lever, viens derrière.
13:03Donc voilà, encore une fois, on apprend,
13:06on vide son chargeur avant de partir.
13:08Et on se lève et puis on ne réfléchit pas.
13:10Même si ça tire dans tous les sens, on y va, on trace.
13:14Et je me suis retrouvé derrière un collègue, Mich.
13:18Et à ce moment-là, quelques secondes plus tard,
13:20notre infirmier, par je ne sais quel moyen, est arrivé jusqu'à moi.
13:26Et il m'a dit, il a passé sa main comme ça,
13:29il m'a dit, OK, c'est bon, maths, t'as rien.
13:31Donc voilà, c'était la fois où j'ai vraiment,
13:35c'est vraiment passé à ça.
13:42Ce syndrome, alors ce syndrome, on l'appelle le PTSD,
13:47c'est quelque chose de très important pour nous,
13:50d'avoir vraiment de l'anticiper tout le temps.
13:54Et pour moi, c'était quelque chose, j'avais analysé vraiment quelque chose de...
13:58Je suis quelqu'un de très sensible.
14:00Et du coup, je m'étais vraiment posé encore une fois beaucoup de questions là-dessus.
14:04Et voilà, je me suis dit à ce moment-là,
14:07une fois que la poussière était retombée,
14:09et qu'on a eu comme ordre à la radio,
14:12OK, on va compter, quoi.
14:16On va compter combien ils sont,
14:17on va essayer de sécuriser leur armement, etc.
14:22Et en fait, tout de suite, j'ai ressenti quelque chose chez moi,
14:25où je me suis dit,
14:27il ne faut pas que j'aille plus loin dans ce combat.
14:30En fait, j'ai réussi à être courageux, tout ce qu'on veut.
14:35Mais à ce moment-là, je me suis senti un peu faible.
14:39Et du coup, je me le suis avoué.
14:41Et je pense qu'aujourd'hui, c'est ce qui m'a permis de...
14:45C'est ce qui me permet encore d'en parler avec le sourire.
14:49Et c'est quelque chose de vraiment concret.
14:51C'est...
14:52Voilà, je suis arrivé...
14:54Je n'avais pas envie d'aller voir les corps,
14:56d'aller les compter, etc.
14:58J'ai levé la main, j'ai dit, OK,
14:59je préfère aller plus loin
15:00et prendre un appui aussi important.
15:04Et commencer une introspection, en fait, sur ma personne.
15:07Et me dire, je n'ai pas le droit
15:10que cet événement ait un impact négatif dans ma vie.
15:15Et en fait, cette phrase, avec d'autres phrases,
15:19je me suis répété toute la soirée.
15:21Vraiment.
15:22C'est...
15:22Si je ne l'ai pas répété mille fois,
15:24je ne l'ai pas répété une seule fois.
15:26Et je me suis dit, OK,
15:29bon, il s'est passé plein de choses dans cette soirée-là.
15:32On a encore été faire...
15:35On a checké des véhicules, etc.
15:37On a fait exploser un véhicule, enfin, bref.
15:38Mais à chaque moment, à chaque temps mort,
15:42je prenais un temps pour moi,
15:44parce qu'il faut, à un moment donné,
15:45penser à sa gueule, comme on dit.
15:47Et voilà, je me suis dit,
15:49même arrivé, même en voyant l'hélico,
15:52je me suis dit, OK, ne t'effondre pas maintenant.
15:55Ce n'est pas le moment.
15:56Et je me suis dit, OK, tu vas profiter de ce transit en hélico
16:00pour signer un contrat avec toi-même.
16:03Mais c'est réellement ce que je me suis dit, quoi.
16:05Et tu n'auras aucun impact négatif dans ta vie.
16:10Et bien au contraire, justement,
16:11tu vas t'en servir pour aider les autres
16:13à anticiper ce syndrome
16:16et à anticiper ce mal-être
16:19qu'on peut avoir naturellement
16:21quand on est force spéciale
16:23et qu'on voit plein de choses.
16:24Et voilà, pendant les 40 minutes de vol retour,
16:28les gars étaient là, allongés autour de moi.
16:31Bon, pendant 5 minutes,
16:31on a regardé le matos.
16:33J'avais ma plaque d'explosé.
16:35J'avais mon chargeur éclaté.
16:38Et puis, voilà, je l'avais en main.
16:39Au bout d'un moment,
16:40tout le monde s'est endormi,
16:41comme à chaque fois.
16:42Et moi, je regardais, en fait,
16:44le soleil se lever.
16:46Et je me suis dit, OK,
16:47au moment où l'hélico va poser,
16:50on sera en zone safe.
16:52Je vais arrêter de me répéter cette phrase.
16:56Et ce sera fini.
16:57Ce sera que du positif.
17:03Avoir côtoyé l'ennemi au plus proche,
17:06c'est toujours quelque chose de déstabilisant.
17:10Il m'est arrivé plusieurs fois,
17:11même, de leur serrer la main,
17:13d'avoir des moments avec eux
17:16autour d'un thé, d'un café.
17:19Et voilà, essayer de discuter
17:20pour des choses et d'autres.
17:23Mais c'est toujours la même sensation
17:25que j'avais, en fait, en les regardant.
17:28J'avais l'impression que c'était des êtres humains
17:31qui étaient complètement déconnectés de leur corps.
17:34C'est-à-dire qu'ils étaient envoûtés
17:37par quelque chose
17:38dont ils croyaient à fond.
17:42On pouvait leur dire n'importe quoi.
17:46Dans leurs yeux,
17:48rien ne se passait.
17:50Donc, même autour d'un café,
17:52même dans une cellule
17:54ou au bout de quelques jours
17:55de prison,
17:57parce que de temps en temps,
17:59on les capturait,
17:59on les mettait dans un endroit sûr.
18:01et on allait les voir pour les nourrir
18:04et les hydrater.
18:06Mais malgré ça, en fait,
18:07ils restaient hyper, en fait, sereins.
18:12Et en fait, j'ai envie de dire
18:15qu'ils étaient convaincus
18:16de leur combat.
18:20C'est-à-dire que pour eux,
18:22c'était réellement le bon choix.
18:24Donc, c'était quelque chose
18:26de déstabilisant.
18:27Un jour, sur un convoi en véhicule,
18:32on a dû bombarder ce convoi-là
18:35et on a dû aller récupérer
18:36les blessés,
18:39les soigner
18:40pour ensuite les emprisonner.
18:42Et on décolle
18:46et en fait,
18:48sous le sable,
18:48il y en a un qui sort,
18:50qui s'était caché,
18:50il s'était rendu compte
18:51que s'il restait là,
18:52il allait y passer.
18:54Et en fait,
18:54on l'a récupéré,
18:55on a reposé,
18:55on l'a récupéré.
18:57En fait, le mec,
18:58il avait une balle
19:00qui lui avait arrachée
19:01la moitié de la fesse.
19:04Mais il était
19:05comme moi maintenant,
19:07c'est-à-dire qu'il était
19:07serein.
19:09Il n'avait pas mal.
19:10Il ne se plaignait pas.
19:12Il était assis dans l'hélico
19:14sur cette fesse éclatée.
19:16Il avait toujours
19:17cette part de lui-même
19:20qui était déconnectée
19:21à tout ce qu'on peut
19:22nous comprendre
19:23en tant qu'occidentaux,
19:26si je peux dire.
19:28C'est vraiment quelque chose
19:29de particulier.
19:30Et quand on sait ça,
19:31en fait,
19:31on sait que face à nous,
19:33on peut avoir
19:36n'importe quelle réaction
19:37et il faut être prêt.
19:39Parce que ces réactions-là,
19:40on ne pourra jamais
19:41les anticiper à 100%
19:43parce qu'on ne peut pas
19:44être dans leur mood,
19:46tout simplement.
19:53Alors oui,
19:54quand on est force spéciale
19:55et qu'on est engagé
19:56sur une mission,
19:58on est français.
20:00On n'est pas des mercenaires,
20:02on n'est pas des agents secrets.
20:03mais on est toujours
20:05régi sous la loi.
20:08Et en plus de ça,
20:10au CTLO,
20:11on a une devise,
20:12c'est le sang de nos ennemis
20:14reste le sang des hommes.
20:16La vraie gloire,
20:17c'est de l'épargner.
20:19C'est quelque chose
20:19qu'on inculque aux plus jeunes
20:20quand on les sélectionne
20:21parce que quand on vient
20:22dans notre unité,
20:23on sera,
20:24quoi qu'il arrive,
20:25un jour,
20:26amené à utiliser notre arme
20:28pour effacer une menace.
20:31Mais ça reste une menace.
20:32Ce n'est pas pour tuer quelqu'un.
20:34C'est une menace.
20:36Et voilà,
20:36qu'on connaît cette phrase,
20:38qu'on connaît cette devise,
20:40et en fait,
20:40ça a derrière
20:41et qu'en plus,
20:42en parallèle,
20:43on nous instruit
20:44depuis tout petit
20:45d'être sous légitime défense
20:48ou légitime défense élargie.
20:51Donc,
20:51c'est une frontière très fine,
20:53mais il faut,
20:55voilà,
20:55c'est avec l'entraînement
20:56tous les jours,
20:57on arrive à,
20:58voilà,
20:59à l'analyser
21:00et à l'utiliser au mieux
21:02pour notre sécurité
21:03et puis pour les autres.
21:04Donc,
21:05voilà,
21:05c'est quelque chose
21:05de particulier
21:06et c'est hyper important.
21:08On n'est pas là
21:08pour tuer des gens,
21:11on est là
21:11pour réaliser une mission
21:12pour le bien des Français
21:14parce que,
21:16voilà,
21:16c'est notre but,
21:17quoi.
21:17C'est simplement pour ça
21:18et c'est pour ça,
21:19aujourd'hui,
21:20qu'on signe.
21:22C'est pour,
21:22voilà,
21:22défendre la France
21:23et défendre les Français.
21:28Quand on a un chien
21:31à côté de soi
21:32et qu'on se rend compte
21:33qu'il est là,
21:35en fait,
21:36en tant que combattant,
21:38au début,
21:38on ne se rend pas compte
21:39quand on est jeune,
21:40quand on a un chien
21:41avec nous,
21:42il fait du mordant
21:43à gauche,
21:44il court vite,
21:44il se haute haut,
21:46on a 22 ans,
21:47on n'arrive pas
21:47à tout assimiler.
21:48mais quand on est
21:50au cœur de l'action,
21:52qu'on est,
21:54c'est-à-dire,
21:55moi,
21:55je fais référence
21:56à l'opération HK35
21:57en Afghanistan
21:58où on a perdu Jonathan,
22:00on était bloqué
22:01à 3 mètres du terroriste,
22:03c'est-à-dire qu'il était
22:04de l'autre côté
22:04de la porte
22:06et il y avait un couloir
22:08et Jonathan était
22:09dans ce couloir
22:09et le terroriste
22:10était dans l'autre pièce
22:11et il était impossible
22:14pour nous de rentrer
22:15sans perdre
22:16un autre gars.
22:17Donc au bout d'un moment,
22:19on a eu,
22:20il y a un chef
22:21à 30 kilomètres derrière
22:24qui sont là,
22:25eux,
22:25pour réfléchir
22:25et il nous a donné l'idée
22:27d'utiliser le chien.
22:29Pour moi,
22:29c'était la première fois
22:30que je voyais un chien
22:32en action.
22:33Donc c'était quelque chose
22:34de vraiment,
22:35j'ai encore les frissons
22:36quand j'en parle,
22:36mais c'est quelque chose,
22:38j'ai vu la naissance
22:39d'un combattant
22:40sous mes yeux,
22:40c'est-à-dire que c'était
22:41un chien
22:42qui était dressé
22:44pour trouver
22:44des explosifs
22:46et de l'armement.
22:47Donc il avait fait
22:48ses preuves
22:49pendant les deux,
22:49trois missions
22:50juste avant
22:51et le chef de groupe,
22:54Sly,
22:55mon chef de groupe,
22:57il lui a demandé
22:58tout simplement
22:59est-ce que tu es capable
22:59de transformer ton chien
23:00en chien d'attaque
23:01parce qu'on en a besoin
23:02maintenant
23:02et le maître chien
23:03lui a demandé
23:04de lui donner
23:0610 minutes.
23:07Donc il est parti
23:07dans une pièce
23:08avec ce chien.
23:09Je l'ai suivi
23:10parce qu'il fallait
23:13faire sa sécurité
23:14et j'ai vu
23:16la transition
23:16entre un chien
23:18qui est là
23:19pour trouver des objets
23:20et un chien d'attaque.
23:22Bien évidemment,
23:23il était entraîné pour
23:24et on ne passe pas
23:25comme ça
23:25en chien d'attaque
23:26en 10 minutes
23:27mais en fait
23:28le chien
23:30et le combattant
23:34qui est à côté de lui,
23:35le maître chien,
23:37en fait c'était un discours,
23:38un dialogue entre deux
23:39et vraiment
23:40le maître chien
23:41lui parlait
23:41tu vas y aller,
23:43prépare-toi,
23:44tu vas les mordre.
23:46Il lui racontait tout ça,
23:48il le secouait un petit peu
23:49et tout de suite
23:49le chien,
23:50j'ai vu dans ses yeux,
23:52le chien s'est transformé.
23:54Tout de suite,
23:55il est devenu
23:56en mode
23:57combattant
23:57et quelques minutes
23:59plus tard,
24:00il était prêt,
24:01il avait les yeux
24:03injectés,
24:04il était vraiment prêt,
24:05il savait pourquoi
24:06il allait être envoyé
24:06et en fait,
24:08moi ce que j'ai ressenti
24:09c'est du courage
24:11en fait.
24:12Putain,
24:13lui il est prêt quoi,
24:14lui il est prêt
24:14et nous on est quatre,
24:16à ce moment-là
24:16on était quatre
24:17devant cette porte
24:19qui donne accès au couloir,
24:20qui donne accès
24:21à la pièce ultime
24:22et on s'est dit
24:24on va envoyer le chien
24:27une fois que le chien
24:27est parti,
24:28on ne le laisse pas
24:29tout seul,
24:29c'est comme un,
24:32en fait le chien
24:33ne va pas faire de bruit,
24:34on le sait,
24:35dans le noir
24:35il va réussir à choper
24:36le gars,
24:36c'est du 100%
24:37et du coup nous on va
24:39l'utiliser comme diversion
24:41pour rentrer
24:43et neutraliser les terroristes
24:45et il l'a fait quoi,
24:47le maître chien l'a lâché,
24:49il est parti
24:49et deux secondes plus tard
24:52il le mordait à la jambe
24:54ou au bras,
24:55je ne me rappelle plus trop bien
24:56et ce qui a permis
24:57aux deux gars
24:58qui étaient juste devant
24:59de pouvoir rentrer
25:01et neutraliser
25:01les deux terroristes
25:02et en fait je me suis rendu compte
25:04que ce chien ça y est
25:05c'est un frère d'armes
25:07malheureusement
25:08depuis il est mort
25:10il est mort au combat
25:11mais voilà
25:13il a été médaillé pour ça
25:15c'est vraiment des combattants
25:17et ils ont tout notre respect
25:19et depuis ce jour là
25:20on n'a pas fait une mission
25:21de contre-terrorisme
25:22sans chien
25:23c'est quelque chose
25:24qui est hyper important
25:25pour nous
25:26on peut être dans un couloir
25:28avec plein de choses à passer
25:30le chien lui va y arriver
25:32et on va être derrière lui
25:34en fait voilà
25:35c'est vraiment
25:35un compagnon de guerre
25:38qui est indissociable
25:40maintenant pour nous
25:41opération
25:42quand on va chercher l'ennemi
25:44c'est vraiment important
25:53mais
26:11c'est vraiment important
26:13comme ça
26:14c'est vraiment important
26:16pour nous
26:16être
26:18bien
26:18pour nous
26:19c'est vraiment important
26:21pour nous
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