00:00C'est l'édito politique, Patrick Cohen avec vous, on remonte le temps ce matin, 50 ans en arrière,
00:06c'était l'épopée des Verts de Saint-Etienne et la défaite mythique en finale de Coupe d'Europe des
00:11clubs champions face au Bayern de Munich.
00:13En ce temps-là, 1976, les téléviseurs étaient des cubes et des cuisines en formica,
00:18les joueurs de foot avaient des cheveux longs, les shorts courts et les maillots moulants,
00:22l'Ukraine était en urs, le Dynamo Kiev avec Oleg Blokin était la meilleure équipe d'Europe
00:27et après la défaite légendaire du Dynamo à Geoffroy Guichard en quart de finale,
00:31on chantait « Allez les Verts » dans tous les recoins du pays, jusque dans les émissions de Guilux,
00:36là où le foot alors n'avait jamais posé un orteil.
00:39Ils s'appelaient Larké, Rocheteau, Janvion, Piazza, Kurkovic, les frères Révelli, ils n'étaient pas des stars
00:45et on peine à imaginer aujourd'hui à quel point cette équipe, immensément populaire,
00:49a pendant des mois fait vibrer et rendu heureux tout un pays jusqu'à ce moment unique de communion nationale
00:55après la finale perdue de Glasgow, 100 000 personnes sur les Champs-Elysées pour acclamer ces perdants magnifiques,
01:02ce qui fait de cette épopée pas seulement un morceau d'histoire du foot mais une page d'histoire de
01:07France.
01:07Et qu'est-ce qu'elle nous dit cette histoire Patrick ?
01:09Que tout n'est pas perdu dans une France en crise et dans une ville qui souffre.
01:13Saint-Etienne a pu fermer son dernier puits de mine trois ans plus tôt,
01:17Manufrance, la célèbre manufacture d'armes et de cycles dont le nom orne les maillots des verts,
01:21commence à battre de l'aile, elle sera liquidée en 79 et c'est du déclin de cette France industrielle
01:26et provinciale qu'émerge un sujet de fierté, pas seulement à cause de la gagne,
01:31mais de ce groupe auquel chacun peut s'identifier, que les Stéphanois peuvent croiser dans les rues de la ville
01:35des joueurs payés au mieux 5 à 8 000 euros d'aujourd'hui, pas des millionnaires.
01:41C'est le football d'avant la marchandisation et des droits télés,
01:44le foot du courage et de la solidarité, de l'envie d'être ensemble et de se battre pour les
01:48autres.
01:48Si la malchance des poteaux carrés de Glasgow, qui d'ailleurs n'était pas carrée mais elliptique,
01:53on peut les voir au musée des verts, fait partie du mythe,
01:56l'exceptionnelle cohésion de cette équipe n'était pas une légende.
01:5950 ans après, les joueurs continuent de se voir et d'appeler l'arquet capitaine.
02:04C'est tout cela qui nous paraît si exotique, si différent d'aujourd'hui,
02:07qui est entré dans la mémoire collective.
02:09Alors très bien Patrick, mais la politique dans tout ça ?
02:11C'est là que ça a commencé, la politique et le sport et le foot,
02:15c'est là avec l'épopée des verts, que les politiques se sont immiscés,
02:19que les gouvernants ont compris la puissance symbolique du sport de masse
02:23et qu'ils ont voulu être de la fête.
02:25C'est le président Giscard d'Estaing qui multiplie les télégrammes à Saint-Etienne à chaque match
02:30avant d'accueillir les joueurs en héros à l'Elysée après leur défaite.
02:33On ne voit pas encore les politiques dans les tribunes, mais ça va venir.
02:371980, François Mitterrand et Georges Marchais se rendent ensemble,
02:40mais en s'ignorant à Geoffroy Guichard, défaite de Saint-Etienne,
02:45commentaire séparé de l'un et de l'autre.
02:47Je suis désolé du résultat, il faut dire que l'équipe allemande a été excellente,
02:51beaucoup plus rapide et plus puissante.
02:53Je trouve que Saint-Etienne a souvent mieux joué au milieu de terrain
02:56et s'est laissé déborder par la vitesse et la puissance.
02:59Je trouve qu'entre Darius et Platini, il y a quelque chose qui n'a pas bien marché.
03:03Monsieur Marchais et François Mitterrand étaient également du match.
03:06Oui, moi quand je suis tout seul, on gagne.
03:09Et voilà, ce qui n'a pas changé à 50 ans d'écart, c'est la gauche qui se querelle.
03:13Très bien, merci Patrick Cohen, on attendait la chute pour savoir où vous vouliez en venir.